«Il y a 15 ou 20 ans, des gens associés aux structures du sport et responsables d'attribuer des services aux athlètes me disaient: \"Ne va pas penser que tu vas faire une job avec ça plus tard.'' J'étais abasourdi d'entendre ça!» - Raymond Veillette, préparateur physique du Rouge et Or
«Il y a 15 ou 20 ans, des gens associés aux structures du sport et responsables d'attribuer des services aux athlètes me disaient: \"Ne va pas penser que tu vas faire une job avec ça plus tard.'' J'étais abasourdi d'entendre ça!» - Raymond Veillette, préparateur physique du Rouge et Or

Raymond Veillette, l'entraîneur de pur-sang

Olivier Bossé
Olivier Bossé
Le Soleil
Raymond Veillette a commencé par des chevaux de rodéo et entraîne maintenant des pur-sang. Ses poulains d'aujourd'hui courent sur deux jambes et jouent au football ou au hockey. Mais l'idée reste toujours de pousser la bête à son maximum. Portrait d'un préparateur physique avant-gardiste.
<p>Raymond Veillette s'occupe de l'entraînement hors terrain des 90 joueurs du Rouge et Or football et de la préparation estivale d'une douzaine de joueurs de la LNH. De plus, il enseigne aux départements de kinésiologie et d'éducation physique de l'Université Laval à la session d'hiver.</p>
Raymond Veillette a grandi à Saint-Tite, en Mauricie. La capitale québécoise du chapeau de cow-boy. C'est autour de la fameuse arène de compétition du Festival western qu'il a fait ses premières armes comme préparateur physique... pour animaux.
«J'entraînais les chevaux de mon cousin, tout en travaillant à l'épicerie Veillette [propriété de son oncle]», se souvient l'homme de 51 ans. «Ma responsabilité était de maintenir la condition physique des chevaux qui prenaient part au gymkhana [épreuves d'habiletés].
«Ça m'a amené à envisager le métier de vétérinaire. Mais étant très allergique aux animaux et n'ayant pas fait mes sciences de la santé au cégep, on m'a guidé vers la bioagronomie [à l'Université Laval], me faisant miroiter que ça pouvait se ressembler. Pas du tout! Après deux ans, je suis revenu à mes premières amours, ce qui me faisait vibrer dès le début, le sport. Je suis entré en activité physique en 1984.»
Trente ans plus tard, Veillette s'occupe de l'entraînement hors terrain des 90 joueurs du Rouge et Or football, ainsi que de la préparation estivale d'une douzaine de joueurs établis ou aspirants de la Ligue nationale de hockey. Il enseigne aussi aux départements de kinésiologie et d'éducation physique, à la session d'hiver.
Environnement exceptionnel
Veillette a sculpté les muscles de la skieuse Mélanie Turgeon l'année où elle a été sacrée championne du monde de descente, en 2003. Le voltigeur Marc Griffin a fait appel à lui lors de son entrée dans les filiales des Expos, début des années 90. Les patineurs de vitesse Sylvain et Patrick Bouchard sont passés entre ses mains avant les Jeux olympiques de Nagano, en 1998. La planchiste Dominique Maltais a profité de ses conseils il y a quelques années.
Le Soleil a rencontré Veillette dans son bureau du PEPS. Le petit cubicule abrite livres et dossiers à profusion, une douzaine d'espadrilles rangées derrière la porte, les casquettes des équipes de la Ligue canadienne de football, une patère ensevelie de vêtements du Rouge et Or, un gant de hockey bleu-blanc-rouge autographié par David Desharnais.
La porte 00880-D donne sur la salle d'entraînement réservée aux 14 clubs du R et O. «C'est un environnement exceptionnel pour un préparateur physique», s'exclame-t-il, à propos du complexe sportif inauguré il y a à peine un an.
«On a un petit centre de performance qui n'a rien à envier à ce que tu trouves dans la NCAA. On a un peu adapté le format au contexte sportif québécois. Un environnement où tout est facilité pour les étudiants-athlètes, c'est un facteur de performance en soi.»
Loin du PEPS qu'il a connu à son arrivée dans le club d'athlétisme de l'UL, sous l'égide de Richard Chouinard. Il est ressorti du Triaste avec deux baccalauréats et un titre de champion québécois universitaire sur 600 mètres.
Ensuite adjoint de Chouinard, aujourd'hui son collègue, il s'est appliqué à développer les qualités d'accélération et de vitesse de ses protégés. De là l'intérêt d'athlètes d'autres disciplines.
Jusqu'aux clubs de hockey junior des Remparts de Québec, copropriété de Jacques Tanguay, et de l'Océanic de Rimouski, l'équipe de Maurice Tanguay. Le duo d'hommes d'affaires père-fils l'a aussi impliqué au sein des Citadelles, dans la Ligue américaine. Avant que Jacques ne mandate Veillette auprès du Rouge et Or football, qu'il préside.
«J'ai été un des premiers au Québec à exposer le titre "préparateur physique'', mes services n'étant pas seulement reliés au développement des qualités musculaires en salle», explique-t-il.
Ouverture d'esprit
Veillette loue l'ouverture d'esprit des Jacques Tanguay et Glen Constantin, l'entraîneur-chef du Rouge et Or football. «Il y a 15 ou 20 ans, des gens associés aux structures du sport et responsables d'attribuer des services aux athlètes me disaient: "Ne va pas penser que tu vas faire une job avec ça plus tard.'' J'étais abasourdi d'entendre ça!»
Depuis 2006, après la Coupe Memorial des Remparts, il concentre ses efforts sur le ballon ovale. Son temps avec les gars de la LNH fait partie de son contrat avec le Rouge et Or. 
«Qu'ils jouent pour des millions de dollars ou non, tous ces gens partagent la même passion dans le gymnase. Ils viennent s'entraîner avec une belle humilité et avec l'intention de voir jusqu'où ils sont capables d'aller. D'un côté ou de l'autre, on reste connecté avec l'essence même d'une belle pratique sportive. C'est ce que je trouve beau.»
De la charité à l'humilité...
«C'est un peu par charité chrétienne que je l'ai pris», avoue un Raymond Veillette un tantinet honteux, quand on aborde son association avec Patrice Bergeron.
Le joueur de centre des Bruins de Boston est l'un des patineurs les plus prisés sur la planète hockey. Il possède une bague de la Coupe Stanley, deux médailles d'or olympique, une du Championnat du monde junior et une du Mondial senior. Bergeron sera le hockeyeur québécois le mieux payé dans la LNH, cette saison, avec un salaire de 7,5 millions $.
«Je ne viens pas de ce milieu-là et à l'époque, Patrice Bergeron n'était pas connu!» s'excuse presque Veillette. Né à L'Ancienne-Lorette, Bergeron a grandi à Charny et à Sillery. Encore aujourd'hui, le 37 passe ses étés à Québec.
Été 2003. «Patrice s'entraînait déjà au PEPS dans la salle du public et il m'avait vu travailler avec Simon Gagné et Éric Chouinard. Son agent, Philippe Lecavalier, m'a appelé et m'a demandé la possibilité que Patrice intègre le groupe. J'ai fini par dire : "OK, je vais le prendre, ton kid'', un peu à reculons. Je ne voulais pas que le groupe soit trop gros pour continuer d'assurer un encadrement du plus haut niveau», raconte le préparateur physique, 11 ans plus tard.
Bergeron venait d'être repêché en deuxième ronde (45e rang) par les Bruins, après sa première saison junior à Bathurst. «Je me souviens du gars timide qui disait "bonjour'' et "à demain''. À sa place, toujours très appliqué et avec l'éthique de travail qu'on lui connaît aujourd'hui.
«Patrice part au camp des Bruins à la fin de l'été, je lui souhaite bonne chance. Puis je lisais le journal le matin, en buvant mon café : "Bergeron fait bien à Boston'', "Bergeron reste avec les Bruins''... Ç'a été une bonne dose d'humilité», admet-il.
Disciples de la LNH
Pareil pour Simon Gagné, en 1999. Après son premier été auprès de Veillette, les Flyers de Philadelphie ont gardé l'ailier de Sainte-Foy au sein du grand club, à 19 ans.
Au désespoir des Remparts de Québec, l'employeur de Veillette, qui perdaient leur attaquant étoile. «J'ai toujours eu peur que les Remparts m'en veuillent!» s'esclaffe celui qui évite de s'approprier la réussite de Gagné. «Il a juste augmenté ses probabilités.»
Bergeron compte encore parmi les disciples de Veillette durant les mois estivaux. Antoine Vermette (Arizona), de Saint-Agapit, est le premier à lui avoir fait confiance. David Desharnais (Montréal), de Laurier-Station, et Jean-Philippe Côté (Tampa Bay), de Charlesbourg, sont d'autres pionniers.
Se sont ajoutés Marc-Édouard Vlasic (SJ), Steve Bernier (NJ), Jason Demers (SJ), Jordan Caron (Boston), Alex Chiasson (Ottawa), Pierre-Cédric Labrie (Chicago) et Mark Barberio (Tampa Bay). Francis Bouillon, Mathieu Garon et Éric Gélinas (New Jersey) ont aussi bénéficié de ses conseils.
***
L'abécédaire de Raymond Veillette
A
Antidopage. Sur le dopage : «Jamais je ne vais proposer cette voie-là sachant les dommages à long terme que ça peut provoquer. De toute façon, c'est de penser que la dimension physique est le seul déterminant de la performance et c'est faux», affirme Raymond Veillette. En 2011, deux cas positifs aux stéroïdes chez le Rouge et Or football. «Malgré tout le discours éducatif et les moyens qu'on leur donne, les athlètes sont responsables de leurs choix», tranche-t-il. 
B
Bonbon. Il s'abreuve au soccer européen. Conférencier au diplôme universitaire français de préparateur physique, il a abouti au lutrin de Clairefontaine, QG de l'Équipe de France. «Je suis comme un enfant dans une confiserie», sourit-il. Les clubs emploient plusieurs préparateurs hyper spécialisés. «De plus en plus, les joueurs sont équipés de GPS et de cardiofréquencemètre, pour voir les contraintes physiques qu'ils subissent en temps réel. En plein entraînement, le préparateur peut dire au coach: "Change un tel de position ou donne-lui une pause, parce qu'il commence à accumuler une charge musculaire qui augmente sa probabilité de blessure.'' C'est fou!»
C
Crossfit. L'entraînement n'est pas à l'abri des modes. «Est-ce que ça répond aux exigences techniques dans ton sport?» demande Raymond Veillette. «Te faire suer, je suis capable. Je pourrais faire monter le mont Sainte-Anne à mes gars de foot trois fois par semaine, durant l'été. Vont-ils être plus en forme? Oui. Mais vont-ils être préparés pour faire face aux exigences de leur sport? Non. Les crossfit de ce monde, ce n'est pas mauvais en soi. Ça répond bien à monsieur et madame Tout-le-monde qui veulent sortir avec l'impression qu'ils ont travaillé, qu'ils en ont eu pour leur argent. Je n'ai rien contre flipper un pneu, mais encore faut-il que ça serve à développer une qualité physique exprimée dans ton sport.»
D
Dumont. Raymond Veillette a entraîné des centaines d'athlètes de pointe. Aucun ne l'a impressionné comme la volleyeuse Guylaine Dumont, athlète olympique sur sable en 2004. «Quand j'ai vu cette athlète-là faire des exercices d'impulsion, wow! La réponse au sol, le synchronisme musculaire, la puissance générée... Je l'ai toujours décrite comme la Steffi Graf du volleyball: le gabarit, la fluidité, le synchronisme.»
É
Étendard. Le porte-drapeau de l'équipe de football n'oubliera pas la finale québécoise de 2005. Les joueurs des Carabins de Montréal l'attendaient au centre du terrain du PEPS, où il a planté l'énorme étendard au blason de l'Université Laval. «Ce logo-là a une valeur morale pour nous, un sens symbolique. Ils nous piétinaient!» laisse-t-il tomber. Mémorable empoignade générale. En subsiste l'interdiction de franchir la ligne de 45 verges avant les parties. Et un trophée patenté à l'aide d'une bouteille de champagne de la victoire, enrubannée et signée par les joueurs de cette année-là. Veillette avait été suspendu quatre matchs.