Philippe Dore est directeur du marketing et des contenus numériques depuis deux ans à l'Indian Wells Tennis Garden.

Philippe Dore: de Charlesbourg aux plus hautes sphères du tennis

Il était bon au tennis. Très bon, même. Dans les parcs de Charlesbourg, puis au club Avantage. Encore meilleur à l’université. Mais ce n’est pas son talent avec la balle jaune qui l’a propulsé jusqu’aux plus hautes sphères du tennis. Plutôt sa facilité à jouer avec les chiffres. Rencontrez Philippe Dore, le patron du marketing au tournoi d’Indian Wells, plus gros tournoi de tennis au monde qui n’est pas un Grand Chelem. Et qui se déroule présentement jusqu’à dimanche prochain.

«Non, je n’ai pas enlevé l’accent aigu à cause de mes années passées aux États-Unis! C’est bel et bien Dore, pas Doré. Le chanteur Georges Dor [de son vrai nom Georges-Henri Dore] était le cousin de mon père», établit-il d’entrée de jeu.

Le Soleil l’a joint dans ce lieu mythique du sud de la Californie, à égale distance de Los Angleles et de San Diego. «Paradis du tennis» autoproclamé, l’Indian Wells Tennis Garden est la propriété du milliardaire Larry Ellison, fondateur d’Oracle. Dore y est directeur du marketing et des contenus numériques depuis deux ans.

Au bout des ondes cellulaires, l’accent est perceptible sur certains mots plus que d’autres. Il s’efforce de traduire les termes techniques avec lesquels il jongle à longueur de journée, comme digital rights et mobile apps.

Normal : le gars vit au pays de Pete Sampras et des sœurs Williams depuis près de 25 ans. Et il n’a que 47 ans!

Se sauver d’Ottawa

Ses parents jouaient au badminton. Son père, Jean-Marc, a été le premier président de la Fédération québécoise de badminton. Son frère, Martin, a excellé au baseball, s’alignant dans le junior élite avec les Alouettes de Charlesbourg.

Philippe a aussi pratiqué le hockey l’hiver et le baseball l’été, «comme tous les enfants». Mais c’est sur un court de tennis qu’il se sentait le mieux et obtenait le plus de succès. 

Après avoir fait ses classes sur le circuit junior québécois, il part en 1991 pour réaliser son rêve américain. Jouer dans la NCAA. L’Université de North Florida lui offre une bourse d’études pour jouer au tennis avec les Ospreys (balbuzards).

Deux autres joueurs de Québec étaient passés avant lui, Louis Lamontagne à la fin des années 1980 et Sébastien Drapeau, l’année avant Dore.

Pas facile, au début. Son anglais était loin d’être à point. Il a même dû prendre des cours de mise à niveau au community college, tout en comblant son horaire universitaire de cours de maths et de stats afin de demeurer admissible pour le tennis. Mais l’immersion a fait son œuvre; il n’est jamais reparti.

Sauf un an, où il est rentré au Canada travailler pour le gouvernement fédéral. «Quand j’ai obtenu mon diplôme, je regardais pour des jobs un peu partout, mais je ne pensais pas vivre en Floride ou aux États-Unis. Mais la fonction publique, ce n’était pas pour moi! Alors au bout d’un an à Ottawa, un de mes contacts m’a dit que l’ATP cherchait quelqu’un et j’ai sauté sur l’occasion», raconte Dore.

NASCAR et... dauphin

L’Association of Tennis Professionals (ATP), le circuit mondial masculin, a ses bureaux à Ponte Vedra Beach, tout près de Jacksonville et de l’Université de North Florida. Qui l’a admis à son Temple de la renommée sportive, en 2015.

Dore revenait donc chez lui, son nouveau chez lui, et pouvait enfin unir sa formation de statisticien et son sport de prédilection. Le Québécois devenait responsable de tout ce qui touchait aux classements, statistiques et bases de données à l’ATP.

Il s’est ensuite fait un nom en implantant la mise en ligne en direct des résultats et des statistiques des matchs de tous les tournois de tennis professionnels au monde, avec la WTA des femmes et même l’ITF.

C’était il y a une quinzaine d’années, une révolution dans le domaine. Quoiqu’amélioré, le logiciel qu’il a mis sur pied est encore utilisé.

L’ATP en a fait le chef de son département technologique, de 2010 à 2012, pour lancer ATPtour.com, les sites web des tournois et des applications mobiles.

Des réalisations qui ont impressionné la concurrence. Le géant américain de la course de stock-car NASCAR a ainsi arraché Dore au tennis pour l’installer à son siège social de Daytona, un peu plus au sud. Aux commandes d’une grosse équipe pour le lancement du nouveau site web.

De là, il a poussé encore plus au sud de la Floride, à l’Aquarium de Clearwater. Dépassée par la popularité phénoménale de son dauphin Winter, vedette du film Histoire de Dauphin (A Dolphin Tale, 2011), la direction de l’endroit a fait appel à Dore pour gérer cette expansion soudaine sur les réseaux sociaux et les ventes de produits dérivés en ligne.

«Les gens disent ça comme un compliment, mais on ne veut pas devenir un Grand Chelem. Ce que les quatre tournois du Grand Chelem font, c’est super. Mais ici, on a quelque chose de spécial.

L’appel de l’Ouest

Au même moment, le complexe d’Indian Wells, à l’autre bout du pays, vivait aussi un boum important sous l’impulsion de son nouveau propriétaire. Dore a retrouvé là ses premières amours, le tennis, mais sous de nouveaux horizons.

«Au début, j’ai eu un petit contrat comme consultant. Ce qui m’a emmené à un plus gros contrat comme consultant, ce qui m’a amené à lancer ma propre compagnie [Stoked Digital]. Comme le projet grandissait, j’avais besoin d’être plus officiel. Puis après un an, on m’a dit : “On aimerait t’avoir ici dans les bureaux, à temps plein”» explique-t-il.

Deux ans plus tard, il y est encore. Et ne compte pas s’envoler de sitôt. Bien installé avec sa femme, une Américaine coéquipière de tennis à l’université, et leurs deux filles de 14 et 13 ans, bonnes joueuses de soccer, Dore ne se voit plus ailleurs.

Car il gère pas mal plus que le marketing d’un simple tournoi de tennis, quand même considéré comme le «cinquième Grand Chelem». Surnom auquel les gens d’Indian Wells ne tiennent d’ailleurs pas tant.

«Les gens disent ça comme un compliment, mais on ne veut pas devenir un Grand Chelem. Ce que les quatre tournois du Grand Chelem font, c’est super. Mais ici, on a quelque chose de spécial.

«On a 15 terrains d’entraînement où tu peux te placer proche des joueurs, décrit-il. On publie l’horaire des entraînements chaque jour, alors tu sais que Roger Federer sera à tel terrain à 10h demain matin et le monde s’aligne aux portes.

«Et les joueurs adorent venir ici. Certains arrivent avec beaucoup d’avance et d’autres restent même après avoir été éliminés! Ça fait cinq années de suite qu’on gagne le meilleur tournoi Masters 1000 de l’année femmes et hommes, un titre voté par les joueurs.»

Coupe Davis en 2021

Plus que le tournoi qui se joue jusqu’au 17 mars, l’entreprise Desert Champions d’Ellison, lu qui est aussi propriétaire d’une île de l’archipel d’Hawaii, gère le Tennis Garden et tout ce qui s’y passe à l’année et plus.

C’est-à-dire l’Omnium BNP Paribas, mais aussi quatre tournois Challenger — l’Oracle Challenger Series, dont celui d’Indian Wells s’est terminé dimanche —, un tournoi junior (Easter Bowl), un festival de musique (Garden Jam) et même le championnat national de pickleball!

Le prochain grand projet tennistique de Dore et des Desert Champions est de présenter la grande finale du nouveau format de la Coupe Davis sur ses terrains, en 2021.

«Ça va tellement vite ici et il y a tellement de possibilités que je ne regarde pas ailleurs. Je suis chanceux d’avoir un propriétaire qui investit dans la business. Et on a plein de projets excitants qui n’ont pas encore été annoncés, alors si tout va bien, je serai encore ici dans quelques années», conclut Dore, un homme comblé.