«Le hockey évolue partout. C'est commeune business. Si tu regardes la parade passer, tu vas un jour te faire clancher» - Patrick Dom, dg du Tournoi international de hockey pee-wee de Québec

Patrick Dom: l'homme par qui le changement arrive

Le Tournoi international de hockey pee-wee de Québec est terminé depuis à peine deux semaines que ceux des prochaines années sont déjà en chantier. Car au-delà d'un rendez-vous pour des centaines de jeunes des quatre coins de la planète, le tournoi est aussi un laboratoire. Grâce aux initiatives du directeur général Patrick Dom, de nouvelles manières de faire ont été testées, dont certaines ont depuis été adoptées par la Fédération québécoise de hockey sur glace (FQHG). Dom est devenu celui par qui arrive le changement au hockey mineur québécois.
«Je pense que l'on est une belle vitrine», indique Patrick Dom en parlant du Tournoi pee-wee de Québec. «Le fait d'accueillir des gens de hockey de partout et de voir ce qui se fait ailleurs nous permet de déterminer ce qui pourrait être de bons modèles et de mettre de nouvelles idées de l'avant. Car on veut aller plus loin. On ne dit pas que l'on veut tout changer, mais on pense que certaines choses peuvent être profitables pour le tournoi, mais aussi pour le hockey mineur.»
Très proactif, l'homme de 47 ans a bousculé bien des règles établies au cours des 12 dernières années au Tournoi pee-wee. Son entêtement lui a permis de convaincre les gens de la FQHG de lui donner leur aval dans la réalisation de différents projets qu'il a qualifiés d'essais routiers. Qu'il suffise de penser à la participation d'une équipe féminine (2002), à l'acceptation de la mise en échec (2011), à la création de la catégorie AA-Élite (2011) regroupant l'élite mondiale, à la présence de deux équipes québécoises dans le AA-Élite (2013), à la création de la catégorie AAA (2014), une division dans laquelle a évolué la crème de la crème dont sept formations du Québec, et à la présence d'une équipe du circuit scolaire (2014).
«Je n'ai pas eu une bonne relation avec mon père. Je pense que la seule chose que j'ai retenue de lui, c'est qu'il ne fallait jamais abandonner. Jamais! Quand on veut quelque chose, on doit aller jusqu'au bout. Il faut se battre tant et aussi longtemps que l'on est mené par ses convictions.»
Dom mentionne que l'avènement du AAA au Québec est assurément sa plus grande satisfaction personnelle dans le domaine du hockey. Il a été le plus grand défenseur de cette catégorie au cours des années et il a beaucoup poussé pour qu'elle voie le jour.
«J'ai toujours dit qu'il y a de la place pour tout le monde au hockey au Québec. Il y en a pour la participation et il y en a pour la compétition. Mais on ne pouvait pas former de l'élite en tentant de faire plaisir à un maximum de jeunes», lance le dg, dont la croisade pour le regroupement des meilleurs joueurs dans un circuit AAA a démarré il y a presque sept ans avant de devenir encore plus intense lors des Jeux olympiques de 2010.
«Ça m'avait écoeuré qu'il n'y ait qu'un seul patineur québécois dans l'équipe canadienne, soit Patrice Bergeron. Pour moi, ce n'était pas normal. Il y avait Roberto Luongo et Martin Brodeur, mais c'était des gardiens de but. Il n'y a personne au Québec qui va me faire croire que nos jeunes hockeyeurs au Québec sont moins bons que ceux du Canada, des États-Unis et même du reste du monde. Au contraire.
«Mais il fallait faire quelque chose pour permettre aux meilleurs d'atteindre le maximum de leur potentiel. C'est en jouant avec les meilleurs que tu deviens meilleur. Mais ce n'est pas parce que tu n'es pas avec les meilleurs que tu ne peux pas le devenir. Il faut alors que tu te serves du AAA comme d'un défi à réaliser. Et je suis convaincu qu'à moyen terme, on va voir des retombées de la création du AAA.
«Tout ce que j'espère maintenant, c'est que la victoire de l'Armada de Blainville-Boisbriand dans le AAA et la participation des Riverains du Collège Charles-Lemoyne en finale [du Tournoi pee-wee] a fait tomber tous les complexes que nous avions.»
Une division scolaire
Parlant de la présence du hockey scolaire - présence qui sera accentuée en 2015 lors du 56e tournoi avec la création d'une division scolaire -, Dom a expliqué que si sa bataille pour le AAA avait été faite pour le bien-être du hockey, celle pour le scolaire l'a été pour celui des jeunes qui, parce qu'ils avaient décidé de ne pas choisir le parcours du hockey civil, n'avaient pas le droit de jouer au tournoi du Colisée.
Les questions du calibre AAA et du hockey scolaire étant maintenant réglées, Dom ne s'assoira pas sur ses lauriers pour autant. Même s'il ne prévoit pas livrer de nouvelles batailles à court terme, il finira par en trouver. «Le hockey évolue partout. C'est comme une business. Si tu regardes la parade passer, tu vas un jour te faire clancher.»
Malgré la réputation dont jouit le Tournoi pee-wee à travers le monde, Dom et son équipe continuent donc de faire des pieds et des mains afin d'amener au Colisée de nouveaux pays. Ainsi en février, ils ont reçu en visite cinq délégations dont une de l'Estonie, une du Danemark et une autre de la Chine.
*****************
<p>Participant à 12 ans, bénévole à 16 ans en 1983, Patrick Dom est le directeur général du Tournoi pee-wee depuis 2001.</p>
Faire revivre l'âme du Colisée
En 2016, le Tournoi pee-wee quittera le Colisée Pepsi afin de s'installer dans le nouvel amphithéâtre. Les jeunes pourront alors évoluer dans un environnement moderne à la fine pointe de la technologie. Ils perdront cependant au change toute l'histoire et les souvenirs imprégnant le vieux Colisée.
«C'est certain que l'histoire du Colisée Pepsi, on ne pourra jamais la transporter», a reconnu Patrick Dom (photo). «Mais je ne suis pas inquiet. L'âme de l'ancien Colisée, on va la recréer dans le nouveau. Ça sera à nous d'être imaginatifs et de développer certaines expertises pour y arriver. Je crois aussi qu'en quelque part, ce sont les gens impliqués dans le tournoi qui vont faire revivre l'âme du pee-wee. Pour moi, le Tournoi, c'est une question de personnes.»
Le dg estime que sur la patinoire, le changement d'amphithéâtre n'altérera point l'enthousiasme des jeunes. Leur participation au Tournoi pee-wee de Québec demeurera toujours un moment magique et mémorable.
«Notre enthousiasme en tant qu'organisateur augmentera cependant beaucoup. Des projets, nous en avons plein la tête. Mais nous sommes surtout freinés par le manque d'espace physique dans le Colisée Pepsi. Si on accueillait le Temple de la renommée du hockey, on en recréerait de l'histoire au Tournoi pee-wee. On aimerait aussi développer le côté extérieur du nouvel amphithéâtre. On pourrait faire un sentier de patin autour du nouveau Colisée.»
Des surprises, Dom a mentionné qu'il en promettait plusieurs aux amateurs du Tournoi pee-wee qui célébrera en 2018 son 60e anniversaire.
******************
Pas demain la veille pour les équipes de Toronto
Ceux qui espéraient un retour prochain au Tournoi pee-wee des équipes de la Greater Toronto Hockey League devront se faire à l'idée. Ce n'est pas demain la veille qu'elles évolueront de nouveau dans la Vieille Capitale.
«Je trouve cela dommage que ça soit les enfants qui en paient le prix», souligne Patrick Dom, le dg du Tournoi. «Mais John Gardner [le président de la GTHL] a une tête de cochon et j'en ai une moi aussi. Et il y a une chose de sûre, ce n'est pas lui qui va nous dire quoi faire.
«C'est vrai que si l'on remonte dans le temps, il fut une époque où la région de Toronto avait 12 équipes au pee-wee. Mais le tournoi n'était pas ce qu'il est aujourd'hui. Le hockey a évolué partout dans le monde.»
Dom répète qu'il limitera toujours le nombre d'équipes de la GTHL à quatre. Pour Gardiner, c'est huit ou rien. Il y a quelques années, le premier avait accepté d'accueillir cinq et même six formations de la région de Toronto, mais le second avait refusé le compromis. «C'est certain que je souhaite revoir des équipes de Toronto au tournoi. Mais je ne retournerai jamais à six clubs.
«Je n'ai rien contre les enfants et les organisations. Et je sais que le dernier vote pris là-bas concernant le nombre d'équipes qui pourraient venir à Québec a été très serré. Mais je crois que tant et aussi longtemps que John va être à la présidence de la GTHL et que moi je vais être dg du Tournoi pee-wee, les clubs de Toronto ne viendront pas à Québec. Et c'est dommage, car il existe un compromis bien simple.»
Ce qui l'irrite le plus, c'est de savoir que les dirigeants de la GTHL souhaitaient la mort de son tournoi. Tout ça parce qu'ils étaient convaincus que le Tournoi pee-wee ne pouvait fonctionner sans la présence de leurs formations. «Ils peuvent penser ce qu'ils veulent. Nous, on ne manque pas d'équipes.»
Manque de hockeyeuses
La conquête de la médaille d'or par les hockeyeuses canadiennes aux JO de Sotchi a rallumé chez plusieurs la ferveur pour le hockey féminin. Verra-t-on, à court ou moyen terme, une catégorie féminine au Tournoi pee-wee? Dom est catégorique : c'est non.
«Il n'y a pas vraiment de bassin de joueuses dans le pee-wee. À ce niveau-là, les filles veulent jouer avec les meilleurs et les meilleurs, ce sont les gars. Quand on a accepté d'accueillir une formation féminine dirigée par Manon Rhéaume, on pensait créer un engouement. Et aujourd'hui, on cherche encore les retombées de cette initiative. Le problème, ce n'est pas qu'il n'y a pas de place au Tournoi pee-wee pour des équipes féminines, c'est qu'il n'y a pas de véritables demandes.»