Nicolas Knap aimerait bien développer des épreuves populaires de natation en eau libre. Il planche avec une amie sur une traversée de Portneuf à Cap-Santé. L’an passé, il a fait le trajet de l’île d’Orléans à la Baie de Beauport avec un groupe.

Nicolas Knap: le marathonien des eaux

Le nageur Nicolas Knap s’offre la traverséedu détroit de Gibraltar.

«Il faut se trouver une occupation, sinon, le temps va être long», dit-il, comme si son loisir était dans la normalité des choses. Après avoir vécu sa longue traversée du désert sur le plan sportif, Nicolas Knap a repris goût à l’entraînement, il y a trois ans, pour s’offrir un autre genre de traversée : celle du détroit de Gibraltar à la nage.

Déjà surnommé le marathonien des eaux, le nageur à la double nationalité française et canadienne relèvera un défi à la fois sportif et humain, en juin, en cherchant à devenir le premier Québécois à franchir la distance de 15 km qui sépare le rocher de Gilbraltar au sud de l’Espagne, en Europe, et les côtes marocaines, en Afrique.

«Ça fait trois ans que je travaille là-dessus, autant au niveau de la préparation physique et mentale que sur le plan de la logistique. J’ai à la fois hâte et un peu peur en même temps, car mon adversaire sera Dame Nature», dit-il avant une séance d’entraînement de natation dans l’eau calme du PEPS de l’Université Laval.

Ce qui l’attend, c’est un combat contre les courants et animaux marins dans ce qui est l’unique passage entre l’Océan Atlantique et la mer Méditerranée. Le nageur réalisera sa traversée en solitaire, sans combinaison ni propulsion. Un maillot, des lunettes, un bonnet de bain, voilà tout ce qu’il portera face à des rivaux en forme de méduses et de porte-conteneurs, et au pire, de requis… Un bateau l’accompagnera, mais il ne pourra s’en rapprocher à plus de trois mètres. Son ravitaillement consistera à du liquide dans une bouteille qu’on lui donnera via une perche.

«Un bon nageur va faire 15 km en 3h15 sur le plat, en piscine. Si on tombe sur un courant favorable, on peut être surpris de la vitesse que l’on peut atteindre. Le contraire est aussi vrai, ça peut aussi te ralentir. Ça ressemble à la roulette russe, ça peut bien aller, et soudainement, tout virer à l’envers», explique le sportif de 46 ans qui vise d’atteindre la côte en 3h30.

Nicolas Knap est né en banlieue de Paris. Membre de différents clubs de natation français, il a découvert les courses de longue distance à l’invitation d’un entraîneur. Il a fait partie de l’équipe de France de natation en eau libre de 1996 à 2002, date de sa retraite après six ans comme nageur professionnel au sein de l’IMSA (association internationale de marathons de natation et il a participé à plusieurs coupes d’Europe et du monde ainsi qu’au Championnat mondial de 1998.

Et après une pause de 14 ans, ce célibataire sans enfant s’est remis à l’entraînement. «Je ne foutais rien de ma vie, j’avais arrêté le sport, je commençais à m’emmerder et je me décomposais sur le plan physique, si l’on peut dire. Je me suis dit nager, c’est ce que je sais faire, c’est ce que j’aime», raconte-t-il en riant.

En 2016, il a déposé une première demande pour traverser le détroit de Gibraltar, puisqu’une permission officielle est nécessaire. Il n’y avait pas de place pour 2017, et en 2018, on lui offrait d’être sur la liste d’attente. Finalement, le feu vert de la part de l’Association Cruce a Nado del Estrecho de Gibraltar est venu pour juin 2019. Sa fenêtre de 10 jours pour réussir son exploit s’ouvre du 7 au 16 juin, on l’avisera à 24h d’avis du moment du départ. L’expédition lui coûte un peu plus de 5000 $ en frais d’inscription, location de bateau, hébergement/nourriture, voyagement et frais paramédicaux. Pour l’heure, celui qui travaille en réadaptation professionnelle ne compte pas de partenaire, ni commanditaire. Il fait tout en solitaire, même ses relations publiques.

«Des copains à moi ont fait la traversée du détroit de Gibraltar, je me suis dit que si ces mecs pouvaient le faire, je pouvais aussi le faire. Ce n’est pas une course comme telle, il n’y a rien à gagner à part la victoire personnelle et la fierté de le partager. Il s’agit en même temps d’une étape obligatoire dans mon parcours pour voir si je peux faire d’autres courses plus longues.»

Distance plus courte

Il aurait pu imiter le regretté nageur québécois Jacques Amyot et autres aventuriers et traverser la Manche, entre la France et l’Angleterre. M. Amyot est passé à l’histoire en 1956 et a toujours été reconnu comme un monument du sport à Québec. Knap a choisi une distance plus courte, à la mesure de son entraînement qui consiste depuis des mois à 30 km de natation par semaine, de la course, du vélo stationnaire, etc.

«Ça fait longtemps que j’avais le goût de faire une traversée en solitaire. Pourquoi celle du détroit de Gibraltar? Parce que la distance n’est pas trop longue, c’est en Europe, et pour une première, c’est mieux que la Manche, du moins pour moi. Il y a aussi un petit aspect mythique à tout cela», reconnaît celui qui, bien que déçu du premier refus en 2016, constate aujourd’hui que les trois dernières années auront été bénéfiques dans sa préparation.

Selon ses recherches, trois nageurs canadiens ont traversé le détroit de Gibraltar, soit un homme et deux femmes. Le temps le plus rapide appartient d’ailleurs à une dame. «Trois heures et 15 minutes, c’est très rapide. Je ne sais pas si je vais faire aussi vite, mais je vais au moins rééquilibrer les choses au niveau de la parité hommes/femmes», dit en riant celui qui s’envole le 3 juin pour la phase finale de son projet.

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DE L'EAU ET DES CHIFFRES

  • 17 - pays visités en compétitions
  • 36 - épreuves de 25 km et plus
  • 55 – podiums en carrière
  • 88 - km nagés en rivière dans une course en Argentine
  • 93 - courses d’eau libre
  • 670 – minutes consécutives à nager (11h10)
  • 1700 - km nagés en compétitions

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L'ÉVADÉ D'ALCATRAZ

L’évadé d’Alcatraz n’est pas qu’un film tiré d’un fait vécu. Il s’agit aussi d’une épreuve sportive qui consiste à nager la distance d’environ 2 km séparant la côte à l’île située dans la baie de San Francisco.

Vous ne serez pas surpris d’apprendre que Nicolas Knap s’y est échappé, il y a deux ans, en guise de défi et de préparation pour la course qu’il s’apprête à faire. Il y a terminé premier de son groupe d’âge et troisième sur 800 participants. Il avait même accompagné deux personnes dans un rôle qu’il pourrait développer un peu plus une fois sa traversée du détroit de Gilbraltar complétée.

«Je ne sais pas comment ça va aller, mais j’aime assez ce genre d’épreuves inédites pour me lancer dans l’organisation de ce type de défis. J’aimerais bien promouvoir la natation en eau libre, servir de guide ou d’accompagnateur», dit-il en regardant au-delà de l’exploit qu’il est sur le point d’accomplir.

Il aimerait bien développer des épreuves populaires. Il planche avec une amie sur une traversée de Portneuf à Cap-Santé. L’an passé, il a fait le trajet de l’île d’Orléans à la Baie de Beauport avec un groupe.

«Il est important d’avoir des projets, c’est ce qui nous fait avancer. Celui-là, je le fais pour moi. Je n’ai pas la prétention de devenir champion, mais en même temps, ça peut amener de l’eau au moulin dans ce que j’aimerais développer. Si ça fonctionne, je vais aller vers d’autres traversées qui seront peut-être plus grandes. Je suis un peu jaloux de mes copains qui ont font plusieurs… Il s’agit en sorte d’un passage obligé, c’est comme un test», admet-il.

Parmi ses courses les plus folles, celle à obstacles par étapes nommée Neptune Red Bull vient loin devant les autres. Il avait pris le septième rang en 2017, en Suède, et terminé dans le carré d’as dans une autre, en Écosse. «Je n’avais jamais eu aussi mal que ça en si peu de temps», se souvient-il.

Originaire de France

Nicolas Knap a quitté la banlieue de Paris il y a plus de 20 ans pour s’établir au Canada après une participation à la traversée du lac Memphrémagog, dont il détient le quatrième temps de l’histoire (4h16). Il a aussi participé à la traversée du lac Saint-Jean, en 1998, mais il était sorti de l’eau après trois heures puisqu’il souffrait alors d’hypothermie. À ce jour, il reste déçu de ne pas avoir terminé cette course légendaire.

«Quand je suis allé au lac Memphrémagog, c’était la première fois que je sortais de la France. J’ai trouvé ça beau. J’ai fait quelques aller-retour par la suite, mais j’ai finalement décidé de quitter le ciel et les bâtiments gris pour les grands espaces, la verdure et une forme de quiétude», explique celui qui aussi déjà résidé en Estrie avant de s’établir à Québec.

Lorsqu’il débarquera en Europe, il aimerait bien se farcir quelques sorties dans des lacs, ce qu’il n’a pas vraiment pu faire, ce printemps.

«Les lacs ont calé tardivement, l’eau est froide, ce n’était pas vraiment propice à la natation», reconnaît celui qui, rappelons, nage sans combinaison! Carl Tardif