Nicolas-Guy Turbide

Nicolas-Guy Turbide: encore mieux qu'à Rio

Le nageur malvoyant Nicolas-Guy Turbide n’hésite pas une seconde quand on lui demande quelle est sa meilleure année en carrière : 2018, bien avant 2016 où il avait pourtant remporté le bronze aux Paralympiques de Rio. Cet été, c’est deux fois l’or qu’il a ramené des Championnats panpacifiques de paranatation à Cairns, en Australie, avec en prime une médaille d’argent et une médaille de bronze inattendues.

Les performances exceptionnelles du natif de Québec de l’autre côté de la planète viennent de lui valoir le titre de paranageur de l’année décerné par Natation Canada. «Si on prend en considération les performances et les apprentissages que j’ai réalisés, oui, 2018 est fort probablement ma meilleure année en carrière. À Cairns, je suis monté sur le podium à toutes les épreuves et j’ai abaissé certains records. Après avoir remporté le bronze à Rio au 100m dos, mon épreuve la plus forte, je suis allé chercher l’or. J’ai aussi remporté l’or au 200m quatre nages», explique au bout du fil celui qui s’entraîne au PEPS de l’Université Laval avec le Club de natation de Québec.

«J’ai décidé de participer à deux autres épreuves simplement pour m’amuser : au 50m libre, j’ai décroché l’argent et établi un nouveau record canadien et au 100m papillon, une épreuve pour laquelle je ne m’entraîne pas vraiment, j’ai obtenu le bronze. C’était un peu inattendu, je voyais ces deux épreuves comme une façon de me reprendre si jamais ça allait moins bien à l’une de mes épreuves principales», poursuit le nageur qui est ainsi revenu d’Australie avec beaucoup de métal dans ses bagages.

Pas totalement aveugle

Issu d’une famille de sportifs (son père et sa mère sont golfeurs) Nicolas-Guy souffre d’albinisme oculo-cutané comme le laisse deviner sa chevelure complètement immaculée. «Je ne suis pas aveugle, mais mes yeux sont comme une caméra qui n’a pas de “zoom”. C’est très long avant que je réussisse à faire le focus sur quelque chose, c’est difficile pour moi de reconnaître quelqu’un par ses traits et si je lis, je dois être très proche de mon livre ou de l’écran», illustre-t-il, ajoutant que sa condition ne s’améliorera pas, mais ne se détériorera pas non plus. 

«Dans le sport paralympique, je fais partie de la catégorie d’athlètes considérés comme les “plus voyants” du système, mais je ne pourrais pas avoir un permis de conduire par exemple. La façon dont ça m’affecte dans mon sport, dans les épreuves de dos, un drapeau à 5m du mur indique quand le mur approche. Depuis quelques années, mes yeux ne font plus le focus sur le drapeau. Il a fallu développer un système avec deux partenaires, un de chaque côté de la piscine, avec des perches pour ramasser les balles de golf auxquelles sont attachées des balles de caoutchouc. À cinq mètres du mur, ils me frappent le derrière de la tête avec ça pour m’indiquer que le mur approche. On a développé ce système après Rio», raconte-t-il.

En fait, c’est toute sa planification d’entraînement que le nageur a revue depuis les Jeux de Rio. «Je me croyais invincible aux risques de blessures, j’avais un apprentissage à faire, notamment d’intégrer des étirements dans mon programme d’entraînement. Maintenant, j’ai aussi un massothérapeute, un chiropraticien, toute une équipe autour de moi pour m’aider à garder mon corps en santé et j’en sais beaucoup plus sur la façon dont mon corps réagit.»

La médaille manquante

Ce sont les championnats du monde de paranatation, qui auront lieu en juillet à Kuching, en Malaisie, qui sont sur le radar de Nicolas-Guy Turbide. Après une médaille aux Jeux paralympiques, trois d’or et trois d’argent aux Jeux parapanaméricains et sept médailles (trois en 2014, quatre en 2018) aux Jeux panpacifiques, les mondiaux sont la seule compétition internationale majeure de laquelle il n’est pas encore sorti avec une médaille au cou.

«Les qualifications ont lieu en avril à Toronto, tant pour les championnats du monde para que génériques. Et comme j’ai obtenu le standard canadien au 50m dos, je peux aussi participer aux essais génériques dans cette discipline. C’est un objectif pour moi de faire partie tant de l’élite para que générique en natation. Techniquement, je pourrais participer aux championnats du monde génériques au 50m dos, mais la chance n’est pas énorme. Je ne crois pas que ce soit un objectif atteignable cette année, mais peut-être éventuellement. Qui sait?»

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LE GOLF ATTENDRA

Avec un père, Danny Turbide, qui participe chaque année au prestigieux tournoi du Duc de Kent, et une mère qui est également golfeuse, la pression était forte sur le jeune Nicolas-Guy pour qu’il pratique lui aussi ce sport. C’est cependant vers la natation qu’a décidé de se tourner il y a 10 ans celui qui vient d’être nommé athlète paralympique de l’année par Natation Canada. 

«Bien sûr, mes parents auraient aimé que je joue au golf, ou alors, comme plusieurs, au hockey ou au baseball», explique Nicolas-Guy Turbide, indiquant que ni lui ni ses parents ne l’ont jamais considéré comme un handicapé malgré sa condition. D’ailleurs, lui aussi voulait imiter son paternel et exceller sur les verts quand il était plus jeune. «Je voulais jouer au golf comme mon père et en plus, j’avais peur de l’eau! Je n’ai pas embarqué dans une piscine avant l’âge de cinq ans», raconte-t-il. 

C’est une cousine, qui nageait au niveau national, qui l’a initié à la natation. Il a commencé la compétition à l’âge de 11 ans. «Mon père me disait que c’était une bonne chose, car ça aiderait à renforcir ma musculature pour jouer au golf!», se souvient-il.

Après avoir fait plusieurs rondes de golf au même moment où il commençait la natation, le jeune homme a cependant remarqué qu’il préférait finalement l’eau au gazon des terrains de golf. «Par contre, je n’ai pas fait une croix définitive sur le golf. Ça pourrait être un bon sport quand j’aurai pris ma retraite de la natation!»

Entre temps, le jeune nageur se concentre sur son entraînement et sur ses objectifs ainsi que sur ses études. Il termine présentement son cégep à distance puisque l’horaire des compétitions paralympiques ne lui permet pas de fréquenter un collège à temps plein. «Je n’avais pas vraiment le choix de faire mes études à distance.»

L’an prochain, il a l’intention d’entreprendre ses études universitaires, fort probablement en administration, à l’Université Laval, où il s’entraîne déjà pour la natation.

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DES ATHLÈTES QUI S'IGNORENT 

Pour Nicolas-Guy Turbide, parler du sport paralympique et de la paranatation est important pour faire connaître ces sports que les participants doivent constamment vendre encore aujourd’hui afin de leur donner plus de visibilité.

«Le sport paralympique est moins bien connu parce qu’il n’a pas la même visibilité. Par contre, c’est aussi au niveau des participants potentiels que le sport paralympique gagne à être connu. Selon une étude récente, de trois à quatre millions de Canadiens seraient admissibles à participer aux compétitions paralympiques, mais ils ne le savent même pas!», illustre-t-il.

«Heureusement, le parasport se développe quand même de plus en plus, mais plusieurs ne sont pas au courant des différentes catégories présentes dans le sport paralympique», poursuit-il, ajoutant que les Jeux paralympiques sont aussi souvent confondus avec les Jeux olympiques spéciaux. Les derniers, qui n’ont pas lieu la même année que les Jeux olympiques, s’adressent uniquement aux personnes ayant un handicap intellectuel alors que les premiers, qui se déroulent peu de temps après les Jeux olympiques, s’adressent aux athlètes ayant n’importe quel handicap, mais seulement à ceux qui évoluent à un niveau d’élite.