«Il y a des gens qui disent qu’une pause, ça fait du bien, qu’on peut en profiter pour faire autre chose, mais moi, ça ne me fait pas plaisir du tout d’entendre ça», affirme le président des Capitales, Michel Laplante.
«Il y a des gens qui disent qu’une pause, ça fait du bien, qu’on peut en profiter pour faire autre chose, mais moi, ça ne me fait pas plaisir du tout d’entendre ça», affirme le président des Capitales, Michel Laplante.

Michel Laplante: une saison sans point ni coup sûr

Carl Tardif
Carl Tardif
Le Soleil
Il n’a jamais vécu l’expérience lors d’un match dans les rangs professionnels, mais pour la première fois de sa carrière, Michel Laplante passe une rare saison «sans point ni coup sûr». En congé forcé en raison de la mise au rancart du calendrier 2020 de la Ligue Frontier, le président des Capitales de Québec n’a pas l’esprit à la fête ni le goût de profiter d’une liberté estivale qu’il aurait préféré ne pas avoir.

«Honnêtement, je trouve ça plate. Il y a des gens qui disent qu’une pause, ça fait du bien, qu’on peut en profiter pour faire autre chose, mais moi, ça ne me fait pas plaisir du tout d’entendre ça», explique l’homme de baseball à la tête du club qui aurait entrepris sa 22e saison d’existence.

La pandémie de la COVID-19 a frappé son organisation de plein fouet, cet été. Même si le Stade Canac a repris vie avec les camps d’été, les locations de ligues d’adultes et le retour du baseball junior élite, Laplante n’y trouve pas sa dose de plaisir quotidien.

«On garde le stade occupé, c’est très bon pour les jeunes, mais ce n’est pas du tout la même chose que l’effervescence d’un jour de match, que les hauts et les bas d’une saison régulière», admet l’ancien lanceur et gérant de l’équipe québécoise.

Pour la première fois depuis 30 ans, Laplante est «libre» de son temps. On a pu le voir dans les gradins du Stade Canac lors de certains matchs des Diamants pour vendre de la bière et des rafraîchissements aux amateurs.

«J’ai vécu des étés très intenses sans arrêt depuis 30 ans, que ce soit comme joueur, instructeur des lanceurs, gérant ou président. J’étais aussi impliqué dans les bâtons B45. Je ne me sens pas en vacances pour autant, je ne suis pas à une étape de ma vie où je pourrais penser à moi», confie le sportif de 50 ans.

Voilà d’ailleurs la raison pour laquelle Michel Laplante a tout fait pour mettre sur pied un tournoi de joueurs canadiens à Québec et Trois-Rivières afin de combler le vide créé par l’annulation de la saison, qui devait être la première des deux formations dans la Ligue Frontier.

«Avec une vue de recul, je me rends compte qu’il aurait été impossible de le faire. Le baseball junior est limité à 250 partisans dans le même stade que nous, notre projet n’aurait pas fonctionné parce qu’on avait besoin de 900 spectateurs pour faire nos frais. Et quand je vois toutes les ressources dont les ligues majeures disposent pour affronter un cas de coronavirus, je me dis qu’on n’aurait pas eu les moyens financiers pour en faire autant.»

Au cours des dernières années, les Capitales avaient investi temps et argent en prévision de la grande réunion du baseball indépendant. La fusion avec la Ligue Frontier devait en être le fer de lance, mais tout est remis à l’an prochain.

«Nous avons beaucoup investi sur le terrain, la terrasse, la zone famille et le stade pour profiter des saisons 2020, 2021 et les suivantes. Les Capitales, c’est plus qu’un club de baseball, c’est aussi l’emploi de plusieurs personnes et la passion de nombreux amateurs. Quand je pense à la situation actuelle, j’ai le nom de plusieurs gens en tête. Je commence juste à bien dormir le soir», glisse-t-il en référence à ses collègues, amis et connaissances qui sont privés d’un revenu ou de leur divertissement préféré.

En famille

Ce que la pause lui permet, par contre, c’est de pouvoir assister à plus de matchs de son fils Jean-Michel, qui évolue dans les rangs pee-wee. Il observe aussi le développement des jeunes en sa qualité de vice-président de Baseball Québec. Sur le plan familial, un rare voyage en Abitibi, sa région natale, aura lieu en plein cœur de l’été, ce qu’il n’a jamais pu faire depuis 30 ans.

«J’ai déjà eu de la difficulté à supporter le fait d’être éloigné de ma famille, c’est la raison pour laquelle ma femme et mes trois enfants travaillent pour aussi pour les Capitales dans différentes fonctions. Francine est adjointe administrative, Janel est aux ventes, Alie-Anne est placière, Jean-Michel est bat boy [préposé au bâton]. Ils étaient tous déçus qu’il n’y ait pas de saison, et ça m’a fait plaisir de le savoir, parce que ça m’a montré qu’ils aimaient venir au stade avec moi.»

Celui qui a déjà joué dans les filiales des Pirates, des Braves et des Expos n’envisageait pas non plus passer son temps devant la télévision pour regarder le baseball des ligues majeures.

«Je ne suis pas le genre à suivre cela à télévision. Ce que j’aime, c’est l’ambiance dans les stades, mais je ne peux pas même pas profiter pour aller voir ce qui se fait ailleurs, comme à New York, Boston, Philadelphie, etc. Je préfère faire le choix d’aller voir jouer mon fils, d’organiser des pratiques avec des équipes pee-wee…»

Brillant golfeur, il peut cependant s’offrir des départs à des heures plus raisonnables que 6h ou 7h le matin, comme à l’époque où il jouait au baseball.

La pandémie lui laisse cependant un goût amer, puisque son sens des valeurs est confronté à un avenir collectif qui coûtera cher pendant des décennies.

«Je n’ai jamais vécu à crédit et je ne trouve pas que le débat public était optimal, même avant la pandémie. Nous avions des correctifs à apporter à l’éducation, à la santé, etc., et je vois mal comment on va construire un projet de société alors qu’on est 350 milliards $ dans le trou…»

Mais son discours bifurque vite sur les Capitales et leur avenir. «On ne vient pas d’assister à la fin des Capitales», dit-il, optimiste à l’idée de voir la Ligue Frontier prendre une plus grande expansion dans les prochaines années. Et à ce moment, la famille Laplante sortira son plus beau sourire, le même qui l’accompagne depuis toujours, peu importe le résultat d’un match!