Marie-Hélène Prémont dans le verger voisin de la maison de son enfance à Château-Richer. Même si la compétition lui manque, sa fillette d'un an est sa nouvelle priorité.

Marie-Hélène Prémont revient en piste

Loin de la compétition durant presque deux ans, Marie-Hélène Prémont revient en piste. La jeune maman de 36 ans ajoute un nouveau chapitre à 15 saisons internationales de vélo de montagne articulées autour des charnières olympiques de 2004, de 2008 et de 2012. S'il est trop tôt pour parler de 2016, elle aimerait au moins retenter sa chance en Coupe du monde, le dimanche 3 août, au Mont-Saint-Anne.
Marie-Hélène Prémont en bref
• Née le 24 octobre 1977
• Habite Château-Richer
• A commencé le vélo de montagne en 1995
Son palmarès
• Deux Jeux olympiques, 2e en 2004
• Six victoires et 28 podiums en 80 départs de Coupe du monde
• Douze Championnats du monde, 3e en 2006
• Championne de la saison de Coupe du monde en 2008
• Championne du Commonwealth en 2006
• Championne canadienne de 2003 à 2008
• Championne panaméricaine en 2000 et en 2001
<p>Marie-Hélène Prémont</p>
2004: la consécration
Mèche blonde sous la couronne de laurier, Marie-Hélène Prémont resplendissait de bonheur en acceptant sa médaille d'argent olympique, à Athènes. Son sourire éclatant s'est toutefois vite transformé en rictus amer de celle qui a reçu un véritable cadeau de Grec.
«Les gens te reconnaissent partout où tu vas. Pas juste à Château-Richer ou sur la Côte-de-Beaupré, partout! Dans la rue, au restaurant, les gens te regardent et disent : ''C'est elle!'' Au début, je n'étais pas sûre que c'était l'fun. Même qu'à un moment donné, je me suis dit : ''Qu'est-ce que j'ai fait là, à gagner une médaille!''» a révélé Prémont, dans une grande entrevue livrée 10 ans après ce moment de gloire.
L'étreinte de la célébrité l'a étouffée. «Le monde est respectueux, mais j'étais tellement fatiguée! Je faisais des conférences dans deux, trois écoles par semaine, en plus de moi-même étudier. Au début, tu apprends, tu dis oui à tout, il fallait que je sois là, là et là. Ça me faisait plaisir, mais je ne refusais rien et rendue à Noël, j'étais brûlée.»
À peine embrassée, la mariée l'a regretté. «Ça n'a pas duré longtemps, mais il y a une semaine où si j'avais pu, je serais revenue en arrière. Je me disais: ''J'étais bien avant, qu'est-ce que j'ai fait là?''» Elle a surnagé en mandatant sa soeur pour faire barrage. «J'étais incapable de dire non, alors elle disait non à ma place», rigole-t-elle aujourd'hui.
Ex-planchiste
Dans le nid familial perché au sommet de la bien nommée rue du Coteau, avec vue sur l'île d'Orléans, jamais la jeune sportive n'avait rêvé d'olympisme. Bonne attaquante au soccer, elle comptait parmi les premiers élèves du programme de ski alpin de l'école secondaire du Mont-Sainte-Anne.
Elle s'est ensuite tournée vers la planche à neige, volet inauguré l'année suivante. Classée deuxième au Canada en super-G, la snowboardeuse a participé à des épreuves de Coupe du monde en même temps que les Jasey-Jay Anderson et Mathieu Morency.
Mais l'amour en a fait une vététiste. L'adolescente a adopté le vélo de montagne pour suivre son chum, Jonathan Voyer. Ils sont toujours ensemble, la petite Charlie aura un an lundi. Voyer était déjà aguerri à la discipline et c'est lui qui rêvait d'une carrière sur deux roues.
L'amour, l'école et l'argent auront eu raison des ambitions de planchiste de Prémont, dans l'ordre ou dans le désordre. Le vélo lui permettait de voyager en amoureux, l'été, avant de se concentrer sur ses études, l'hiver. Sa soeur Caroline, plus jeune d'un an et jumelle de leur frère Martin, suivait aussi le circuit comme coureuse.
Marie-Hélène Prémont a failli participer à ses premiers JO en 2000, mais Alison Sydor, Chrissy Redden et Lesley Tomlinson, beaucoup plus expérimentées, l'ont devancée. «J'y ai cru un peu, mais après, j'ai pas mal oublié ça jusqu'en 2003», laisse-t-elle entendre.
Jusqu'à ce que ses résultats en fassent la principale prétendante canadienne. Un premier podium en Coupe du monde, fin de la saison 2003, a fini de la convaincre. Sa plaque numéro 11 de l'épreuve athénienne est toujours vissée au mur intérieur du garage de la maison de son enfance, où habite encore sa mère.
Dire non à McDo
La réussite olympique l'a propulsée sous les feux de la rampe, donc. Tout le monde voulait s'associer à son succès et certains étaient prêts à mettre le gros prix. Elle a refusé des commandites alléchantes, dont 25 000 $ de McDonald's. «Il y a des choses qui ne cadrent pas avec mes valeurs», dit-elle, à propos du géant de la restauration rapide. «J'étudiais déjà pour devenir pharmacienne et je prône la santé.»
Bell a également essuyé une rebuffade de sa part, le projet lui demandant trop de temps. «Ça ne cadrait pas avec ce que je voulais. J'aurais perdu de la qualité de vie et mon temps pour les études. «Elle a aussi dit non à des séances photo pour des magazines.
«J'ai toujours suivi mes valeurs, je ne voulais pas aller à l'encontre de ce que j'étais et de ce que je voulais, résume-t-elle. Il y a des choses que je ne voulais pas faire, même pour l'argent! Je n'aurais plus eu les mêmes résultats par la suite parce que je n'aurais pas été aussi heureuse à faire ce que je faisais.»
2008: l'abandon
Entre les Jeux olympiques de 2004 et de 2008, Marie-Hélène Prémont a dominé la scène mondiale du cross-country. Sept victoires et 23 podiums en 33 courses internationales. Parmi les cinq meilleures dans 90 % de ses épreuves sur quatre ans.
Puis soudain, Pékin. Tout s'écroule. Elle n'arrive plus à respirer. Avant même la fin du deuxième des six tours dans le parcours de Laoshan, la favorite pose pied à terre. Abandon. Catastrophe pour la vice-championne olympique en titre.
«J'ai encore de la misère à croire que c'était juste de l'asthme à l'effort», réfléchit-elle à voix haute, six ans après l'incident. «On m'a diagnostiquée de l'asthme à l'effort. J'y croyais, mais en même temps pas vraiment. Pourquoi ça m'arrivait là? Je ne comprenais pas. Je n'avais jamais eu de problème de respiration.»
Avant de partir pour les Jeux, les autorités sportives canadiennes suggéraient à leurs athlètes de subir des examens respiratoires. «Je ne les ai pas passés. Je me disais à quoi bon, puisque je ne suis pas asthmatique et que je n'ai jamais eu de problème. Pourquoi je perdrais mon temps à faire ça? C'est n'importe quoi!»
Et pourtant. Sacrée championne de la saison de Coupe du monde avant de partir, forte d'un entraînement à haute température et d'un médaillon béni placé sous sa selle, la Québécoise renonce néanmoins.
Encore aujourd'hui, l'explication n'est pas claire pour cette pharmacienne de profession. En discutant avec l'ostéopathe Anne David, qu'elle consulte depuis longtemps, elles ont développé une piste de réponse.
David était aux récents Jeux d'hiver. «À Sotchi, ils ont shooté des gaz dans l'air pour disperser les nuages et la pollution. Dans le village, il n'y avait plus de Flovent, plus de Ventolin [médication en pompe], plus d'antihistaminiques. Beaucoup d'athlètes ont vécu des problèmes respiratoires. J'ai l'impression que c'était la même chose à Pékin et que j'ai été affectée par ça», avance Prémont, qui se souvient aussi d'une sévère chute subie en course avant son départ.
Elle achète encore moins la thèse de la crise de panique. «J'avais plus de pression au Mont-Sainte-Anne, quand tout le monde vient pour me voir, que j'en avais aux Jeux, où j'étais toute seule sur la ligne de départ. Ici, les médias en parlent deux semaines avant, la foule est là et tout le monde te crie après. Faire face à la pression, je l'ai fait!» indique celle pour qui ses trois triomphes à domicile, en 2005, en 2006 et en 2008, surpassent tout le reste en matière de fierté.
«Tu te poses des questions sur ce qui s'est véritablement passé et, à un moment donné, tu passes à autre chose. Sans jamais vraiment avoir la réponse exacte», conclut-elle, sur sa défaillance de Pékin.
2012: l'exclusion
Autant les saisons qui ont suivi la médaille olympique de 2004 ont été fructueuses, autant celles après l'abandon de 2008 se sont avérées ardues pour Marie-Hélène Prémont. Mise au rancart pour les Jeux de 2012, on lui a même préféré une coureuse blessée.
L'échec de Pékin l'a poursuivie. «Je ne voulais pas me retirer sur cette note négative. Je faisais encore des tops 5 en Coupe du monde, mais ce n'était plus aussi facile qu'avant. Je ne me sentais pas bien sur mon vélo et je me sentais toujours pris des voies respiratoires», explique Prémont, sur cette période difficile.
Au jour de l'annonce pour Londres, la fierté de Château-Richer n'avait pas fait mieux que neuvième à ses sept derniers départs internationaux. La composition de l'équipe canadienne a été annoncée à «son» Mont-Sainte-Anne. Elle n'y était pas.
Mais ce qui allait suivre ferait encore le plus mal. «Ce n'est pas tant de ne pas avoir été sélectionnée. J'avais été malade, je n'avais pas assez de points, c'est comme ça. Ce qui a été le plus dur, c'est qu'ils ne m'aient pas appelée quand Emily [Batty] s'est blessée là-bas», ravive-t-elle aujourd'hui.
En attente d'un appel...
Cyclisme Canada avait inscrit Prémont comme substitut à Batty et à Catharine Pendrel, choisies pour l'épreuve londonienne. Sur place, Batty s'est cassé une clavicule à l'entraînement. Mais on a préféré laisser courir la jeune Ontarienne, même blessée, que de dépêcher la Québécoise d'expérience en renfort.
Prémont raconte son tourment. «Toute la semaine, j'avais le sentiment que j'allais y aller. Je ne souhaitais de mal à personne, mais je m'étais entraînée pour ça. Si jamais j'avais à y aller, j'étais prête. Chaque jour, même la veille de la course, je regardais le répondeur en revenant de m'entraîner et je me disais: ''Ils n'ont pas appelé.''
«Juste avant la course, quand ils ont annoncé à la télé qu'Emily Batty courait avec une clavicule cassée, je n'ai pas pu regarder la course. Je suis sortie de la maison», confie-t-elle, les larmes remplissant ses yeux bleus.
«Ils ont pris quelqu'un de blessé au lieu de m'appeler, laisse-t-elle tomber. J'en ai aussi voulu un peu à Emily, parce que même sachant ne pas être à son mieux, elle a voulu courir pareil. J'ai déjà eu une fracture de la clavicule et tu ne peux pas courir à ton meilleur. Si ç'avait été moi, là-bas, je n'aurais pas été aussi égoïste.»
Deux ans et un bébé plus tard, elle dit avoir tourné la page. Son esprit est tourné vers l'avenir. Celui de sa fillette d'un an d'abord, celui de sa carrière sportive ensuite. «Maintenant, c'est elle, ma priorité», martèle celle qui a dû renoncer aux championnats canadiens, la fin de semaine dernière, en Ontario. Papa et grand-maman sont débordés de boulot.
Si elle pédale l'épreuve de Coupe du monde du Mont-Sainte-Anne, dans huit jours, ce sera son deuxième départ en 23 mois, après la Coupe Canada de Baie-Saint-Paul, fin mai, où elle a fini troisième.
Mais cette fois, elle ne manque pas d'entraînement. «Sur mon vélo, je retrouve des sensations que je n'avais pas eues à mes quatre dernières saisons. Je ne me sens plus prise avec une boule dans la poitrine. Je ne prends pratiquement plus ma pompe.»
Et rien ne la force à revenir. «La satisfaction d'avoir tout donné après une course me manque. La compétition me manque, le milieu me manque. Mais il ne me manque rien que j'ai l'impression de ne pas avoir accompli», affirme-t-elle avec sérénité.