Le boxeur Lexson Mathieu est reconnu pour sa confiance en lui, mais ne s’attend pas à un chemin facile.
Le boxeur Lexson Mathieu est reconnu pour sa confiance en lui, mais ne s’attend pas à un chemin facile.

Lexson Mathieu: sans pandémie, «je serais champion du monde»

Ian Bussières
Ian Bussières
Le Soleil
«Si tout n’avait pas arrêté, je serais présentement champion du monde.» Pour ceux qui connaissent Lexson Mathieu, l’entendre lancer cette phrase ne surprend pas du tout. En plus d’avoir une certaine ressemblance avec un jeune Muhammad Ali, le boxeur de 21 ans de Québec possède aussi le répertoire verbal de celui qui proclamait «I am the greatest» et «I’m the prettiest thing that ever lived».

Il n’est peut-être pas encore «le plus grand» comme Ali à ses meilleures années et nous laisserons à d’autres le loisir de décider s’il est aussi «la plus belle chose qui ait jamais vécu», deux sujets sur lesquels Mathieu ne va d’ailleurs pas jusqu’à s’aventurer lui non plus. Cependant, comme le regretté boxeur trois fois champion du monde des poids lourds, Mathieu possède aussi cette confiance en lui doublée d’un sens de la repartie et d’une sympathique arrogance qui lui fait répondre : «Ça fait plaisir, mais je n’en aurai pas besoin, de chance!» après s’être fait remercier pour son temps et souhaiter bonne chance en vue de son prochain combat en fin d’entrevue. 

Car Mathieu aura enfin droit à son premier combat en 2020 après des débuts professionnels prometteurs où il avait vaincu huit adversaires, dont sept par KO, en 2019. L’étoile montante de la boxe québécoise se frottera au vétéran Albert Onolunose (24-3-1, 8 KO), 39 ans, le 25 ou le 26 septembre dans un lieu encore à déterminer pour le championnat des super moyens de la North American Boxing Federation (NABF). L’affrontement entre Mathieu et l’Albertain aurait dû avoir lieu en juillet, mais les longs délais avant que la Direction de la santé publique du Québec ne permette finalement la reprise des sports de combat l’ont repoussé à septembre.

Fin des vacances

Évidemment, Mathieu était satisfait d’apprendre cette semaine que la nouvelle phase de déconfinement permettrait la reprise des sports de combat. «Ça me sort de mon mois de vacances même si je m’entraînais quand même tous les jours, mais de façon plus modérée», indique-t-il en précisant qu’il avait tout de même commencé à augmenter l’intensité de ses entraînements en prévision de son combat contre Onolunose.

Le boxeur a conservé une bonne attitude tout le long de la période de confinement. «Je laissais les choses aller, car je ne pouvais rien y faire», explique-t-il, tout de même heureux de pouvoir reprendre sa préparation au même rythme que les autres boxeurs. «Quand c’était arrêté mondialement, ça me dérangeait moins, car tout le monde en était au même point. Cependant, quand ça a commencé à reprendre ailleurs dans le monde, je ne trouvais pas ça bien agréable de voir les autres aller alors que moi, j’étais pris chez nous!»

Mathieu jure être en pleine forme après cette rare trêve dans sa vie de boxeur. «J’ai profité de ce temps-là pour continuer de me développer. Tu sais, la boxe, il n’y a pas juste ça dans la vie. J’ai travaillé ma souplesse, étirer mes muscles et tout. On est toujours portés à contracter nos muscles avant et à délaisser les muscles arrière et j’ai travaillé là-dessus.»

Il a aussi profité de l’occasion pour modifier un peu son équipe. Toujours sous la supervision de François Duguay, Lexson a ajouté l’ancien champion canadien Carl Poirier, qui a accroché ses gants en 2018, à son personnel d’entraîneurs. «Carl m’amène de nouvelles skills, d’autres sortes d’attaques et de contre-attaques.»

Une idée fixe

Et celui qui est surnommé «The Next» ne blague pas du tout quand il déclare qu’il serait champion du monde si ce n’était de la pandémie de COVID-19. «J’aurais remporté le championnat de la NABF, ensuite j’aurais eu un autre combat, puis un combat de championnat du monde», analyse-t-il. Combat de championnat du monde qu’il aurait remporté, bien sûr, si on suit son raisonnement...

«Oui, tout ça a retardé mon projet, j’ai probablement perdu beaucoup d’argent, mais j’ai aussi gagné énormément de temps, alors ce n’est pas si grave que ça», philosophe-t-il en répétant ce qui est devenu une idée fixe depuis qu’il s’est mis au noble art.

«J’ai toujours le désir de devenir champion du monde. Aujourd’hui, je me suis levé et j’avais le goût d’être champion du monde et demain, je vais me lever et je devrais encore avoir le goût d’être champion du monde. Si je ralentissais dans ma volonté, je finirais par prendre ma retraite», poursuit le jeune boxeur qui, malgré sa légendaire confiance en lui, ne s’attend pas à un chemin facile.


« Aujourd’hui, je me suis levé et j’avais le goût d’être champion du monde et demain, je vais me lever et je devrais encore avoir le goût d’être champion du monde. »
Lexson Mathieu

«Je sais qu’une fois que je serai champion NABF, quand je retomberai là-dedans, mes prochains combats seront tous contre des gars qui aspirent à devenir champions du monde, alors c’est certain que ce sera très difficile», poursuit-il.

Et est-ce difficile de redémarrer la machine après des mois à fonctionner au ralenti? «Elle est partie, la machine. Le changement mental du vacancier au boxeur en préparation à un combat, ça se fait en une seconde», termine-t-il sans aucune hésitation.

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UNE OCCASION D'ÉCRIRE SON NOM DANS LE LIVRE DE LA BOXE 

L’entraîneur de Lexson Mathieu, François Duguay, indique que son poulain aura encore l’occasion d’écrire son nom dans les pages du grand livre de la boxe s’il vainc Albert Onolunose, qui a presque le double de son âge, lors de son prochain combat pour la ceinture des super moyens de la North American Boxing Federation (NABF), un titre que Jean Pascal et Lucian Bute ont remporté avant de devenir champions du monde.

«S’il gagne, il sera encore à 21 ans le plus jeune champion NABF de l’histoire. C’est quand même quelque chose quand tu commences à réaliser des accomplissements comme celui-là. Cette ceinture le placera immédiatement dans le ranking mondial», poursuit-il, laissant échapper un rire de satisfaction lorsque mis au courant des déclarations de Mathieu, qui affirme qu’il serait «déjà champion du monde» si ce n’était de la COVID-19.

L’entraîneur Francois Duguay croit que son poulain Lexson Mathieu aura encore l’occasion de marquer les esprits dans le milieu de la boxe, s’il remporte son prochain combat.

«Comme entraîneur, je suis content d’entendre ça de sa part, c’est correct qu’il t’ait dit qu’il serait champion. Par contre, une fois passé le combat pour le titre NABF, je préférerais plutôt prendre mon temps avec lui, prendre le temps de bien choisir le style de ses adversaires pour qu’il puisse bien monter jusqu’au sommet», explique le vieux routier de la boxe.

«C’est ce qu’on appelle être picky dans le langage de la boxe. Pour bien développer Lexson, je préfère pouvoir le mettre en situation avec plusieurs styles de boxeurs avant qu’il puisse avoir un combat de championnat du monde», poursuit-il.

Ne pas étirer sa carrière

D’autant plus qu’il n’a pas l’impression que Mathieu étirera sa carrière de boxeur sur des décennies comme les George Foreman, Larry Holmes, Antonio Tarver, Bernard Hopkins et Roberto Duran de ce monde. «Je ne pense pas qu’il va boxer jusqu’à trente ans. Je pense qu’il veut faire ça short and sweet. Il est davantage le genre take the money and run», illustre Duguay pour expliquer que son protégé vise une carrière courte et percutante et qu’il préférera se retirer une fois qu’il aura atteint les objectifs qu’il s’était fixés.

«La boxe, c’est très dur pour le corps et il ne veut pas subir des commotions multiples et poursuivre longtemps une carrière en devenant un "joueur de quatrième ligne" », ajoute l’entraîneur en utilisant une métaphore de hockey.

Sans bourse ni commandite

Duguay ajoute que Mathieu a bel et bien perdu quelques dizaines de milliers de dollars en raison de la pandémie. «Il a perdu au moins deux bourses et les commanditaires ne commanditent pas vraiment quand il ne boxe pas! Mais Lexson ne s’en fait pas avec ça. Il a été bien relax pendant deux mois jusqu’à ce que je lui dise d’ouvrir la machine. C’était une période très spéciale pour des athlètes qui ne sont pas habitués à ralentir», poursuit-il à propos de la période de confinement.

L’entraîneur rappelle que Mathieu venait de terminer une période de préparation de huit semaines en vue de son affrontement prévu contre l’Ontarien Ryan Young, ensuite remplacé par le Slovaque Robert Racz, au Casino de Montréal, pour le titre NABF le 14 mars. Combat qui a bien sûr été annulé.

«Ensuite, il a été deux mois et demi à ne rien faire, mais par la suite, Camille [Estephan, promoteur d’Eye of the Tiger Management] nous disait d’être prêts, car il avait préparé un plan [de déconfinement] pour la Santé publique. Ça a été long avant que ce soit accepté, alors c’était difficile de dire quand peser sur le gaz, quand lever le pied, quand s’entraîner en endurance ou en résistance. On jonglait un peu avec tout ça, mais là, Lexson est prêt!», assure Duguay. Ian Bussières