Avec Aurélie Dubé-Lavoie, Jessy Lacourse, Catherine Beauchemin et Anne-Marie Comeau, le Rouge et Or est bien armé pour dominer le cross-country universitaire au cours des prochaines années.

Les 4 Fantastiques du cross-country

Quatre filles de Québec de tout juste 20 ans sont en ce moment les étoiles les plus brillantes au firmament de la course à pied québécoise. Membre de la même équipe universitaire de cross-country avec le Rouge et Or de l’Université Laval cet automne, leur trajectoire pourrait les mener jusqu’aux Jeux olympiques.

Regardez-les bien courir. Et ne clignez pas des yeux, elles courent vite. Pas comme le Flash, mais presque. Plus comme quatre superhéroïnes qui feraient régner la loi sur les parcours en milieu naturel tout l’automne. Les 4 Fantastiques du cross-country, mais sans l’homme-roche, la femme invisible, monsieur élastique ou la torche humaine. Catherine Beauchemin, Anne-Marie Comeau, Aurélie Dubé-Lavoie et Jessy Lacourse, elles, leur superpouvoir, c’est la course.

«C’est de loin l’équipe féminine de cross-country la plus forte que j’ai dirigée en huit ans avec le Rouge et Or. Ça n’a rien à voir ce qu’on a eu dans le passé», affirme d’emblée l’entraîneur Félix-Antoine Lapointe, autour de qui elles se sont réunies.

«Ça témoigne d’une évolution marquée de la course à pied dans la région de Québec au cours des dernières années, mais ça va au-delà de ça. On a vraiment affaire à quatre athlètes d’exception. Ce n’est pas toutes les années qu’on en a quatre comme elles qui choisissent de venir dans la même équipe», indique le coach.

Ce qui lui permet d’envisager une domination sur la scène provinciale universitaire pendant trois ans, puisque Beauchemin est une verte recrue, Comeau et Lacourse des athlètes de deuxième année, tandis que Dubé-Lavoie écoule sa troisième de cinq saisons d’admissibilité au sport universitaire.

«C’est donc trois ans où l’équipe a le potentiel d’être parmi les meilleures au pays», poursuit celui qui s’attend à conserver le titre provincial de 2017 et «à tout le moins» répéter un podium sur la scène canadienne universitaire féminine, comme l’an passé.

«Et si les choses vont bien, on devrait être compétitives pour la victoire», ajoute un Lapointe à la fois confiant et réaliste de pouvoir en découdre avec les puissances ontariennes des universités de Toronto, Queen’s et Guelph, lors du Championnat canadien du 10 novembre, à Kingston.

À moins d’une surprise, seulement l’une de ces quatre équipes rentrera sans médaille. «Ce ne sera pas nous!» clament les quatre filles en chœur.

De vraies amies

En plus de se côtoyer à l’entraînement la semaine et en tête des courses la fin de semaine — Beauchemin, Lacourse et Dubé-Lavoie ont rempli le podium de l’épreuve de 6 km sur les plaines d’Abraham samedi dernier, pendant que Comeau réalisait le septième temps de l’histoire pour une Québécoise sur demi-marathon, à Montréal —, les quatre filles sont aussi de vraies amies.

Elles se connaissent depuis le secondaire. «On faisait de l’athlétisme scolaire et comme Catherine n’était pas dans la même course que moi, je lui avais emprunté ses souliers à crampons, raconte Aurélie. C’est là qu’on s’est connues!

«Je connais Anne-Marie depuis qu’on a 13 ans, continue--t-elle. Anne-Ma, Jess et moi avons aussi participé ensemble aux Championnats panaméricains juniors en 2015, à Edmonton.

«Je suis tout le temps contente si c’est Jessy ou Cat ou Anne-Marie qui gagne une course à laquelle j’ai participé. On est tellement égales toutes les quatre que ça va dépendre du parcours et de qui a la meilleure journée. On s’échange ça», explique celle qui a été nommée athlète féminine par excellence du cross-country universitaire québécois l’an dernier, après son titre de meilleure recrue en 2016. Le titre de recrue est revenu à Comeau, en 2017.

Écrire l’histoire

Lacourse révèle qu’après un exil de 13 ans à Victoriaville, «je sentais le besoin, la presse de devoir venir changer quelque chose si je voulais continuer à progresser et ne pas me blesser».

«Je savais qu’il y avait des bonnes filles qui couraient ensemble à Québec et j’étais tannée de courir toute seule dans des infrastructures en béton. Alors au milieu de mon cégep, en plein hiver, j’ai appelé Félix-Antoine pour voir si je pouvais me joindre à son groupe. Ça fait trois ans», fait valoir Lacourse, par ailleurs nommée athlète féminine par excellence au Québec en athlétisme universitaire la saison dernière.

Car si elles sont à la fois coéquipières et rivales dans les sentiers à l’automne, sur piste, l’hiver et l’été, Lacourse et Beauchemin se livrent une chaude lutte au 3000 mètres steeplechase. Elles s’échangent le record provincial féminin senior civil depuis trois ans.

Alors qu’aucune coureuse québécoise n’était passée sous la barre des 10 min 30 il y a à peine quatre ans, le record que détient Beauchemin depuis cet été est de 9:57,82, une seconde et demie de mieux que les 9:59,37 enregistrées par Lacourse quelques semaines plus tôt. «Ces deux-là sont en train d’écrire l’histoire de cette épreuve au Québec», insiste coach Lapointe.

Pendant ce temps, hors des sentiers, Dubé-Lavoie se concentre sur les courses de demi-fond de 1500 et de 5000 mètres et Comeau vise les longues distances autant en espadrilles qu’en ski de fond. Elle a participé aux Jeux olympiques d’hiver de PyeongChang, en février dernier.

Effet d’émulation

Seule du quatuor à ne pas venir précisément de Québec, mais de Saint-Ferréol-les-Neiges, à l’ombre du Mont-Sainte-Anne, Comeau déniche une stimulation supplémentaire quand elle retrouve ses trois comparses à l’entraînement, les soirs de semaine. «Quand on est ensemble, je force plus sans m’en rendre compte», avoue-t-elle.

Cet effet d’émulation ne peut que profiter aux quatre, estime leur mentor. Les groupes d’entraînement d’élite sont chose courante dans l’univers de la course à pied et ont fait leurs preuves.

«On ne court pas l’une contre l’autre, mais l’une avec l’autre, résume Lacourse. Après la course de samedi passée, on s’est toutes tapé dans les mains!»

Sur les bancs d’école, Beauchemin amorce ses études en médecine, Comeau étudie l’administration des affaires, Dubé-Lavoie le droit et Lacourse l’éducation préscolaire et primaire.

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Les Jeux olympiques d’été de Paris de 2024 sont dans la mire d’Anne-Marie Comeau, de Catherine Beauchemin, d’Aurélie Dubé-Lavoie et de Jessy Lacourse.

JUSQU'À LA LA LUNE... OU PARIS 2024

«Elles ne le diront peut-être pas, mais leur objectif peut être d’aller aux Jeux olympiques.»

Voilà. C’est dit. Et ce n’était même pas dans la question du journaliste, même si l’on reproche aux médias de trop souvent considérer les JO comme la seule destination valable dans le sport dit amateur.

Cela vient de leur propre entraîneur. Félix-Antoine Lapointe croit qu’il n’est pas fantaisiste d’envisager une participation aux Jeux olympiques d’été de Paris en 2024 pour Catherine Beauchemin, Anne-Marie Comeau, Aurélie Dubé-Lavoie et Jessy Lacourse.

«Il faut viser les étoiles pour atteindre la Lune!» déclare tout de go Lacourse, la plus affirmée du groupe dans sa version personnelle de la citation d’Oscar Wilde.

Lacourse et Beauchemin au 3000 m steeplechase, Dubé-Lavoie sur 1500 ou 5000 m et Comeau sur 42,2 km, le marathon. Mais bien des choses peuvent survenir en six ans, bonnes ou mauvaises.

«Les Jeux font partie de mes objectifs», avance à son tour la menue Beauchemin. «Mais si je ne les fais pas, je vais être fière pareil. En tout cas, j’aimerais faire une équipe nationale dans les prochaines années.»

Elles auront sans doute l’occasion de se frotter à la compétition internationale sur piste dès l’an prochain, avec les Championnats du monde universitaires (FISU) et les Championnats d’Amérique du Nord, d’Amérique centrale et des Caraïbes des moins de 23 ans (NACAC U-23), à l’été 2019.

Comeau, elle, a déjà concouru sous les cinq anneaux, pas plus tard que l’hiver dernier, en ski de fond. Une sélection surprise qui la replonge dans une dualité sportive assumée. Cet hiver, elle tentera de se qualifier sur neige à la fois pour les Championnats du monde seniors et moins de 23 ans.

Ambition légitime

«D’un point de vue théorique, les Jeux de 2024 seront le moment où elles pourraient toutes les quatre penser être à leur apogée en course à pied», analyse l’entraîneur Lapointe.

«2020? On ne sait jamais. Si leur progression est encore plus significative dans les deux prochaines années, ce n’est pas complètement irréaliste. Mais 2024 serait l’ambition logique. Disons qu’elles sont sur une courbe de performance qui permet d’avoir cette ambition-là», affirme celui qui épaule aussi le coureur de demi-fond de Québec Charles Philibert-Thiboutot, demi-finaliste sur 1500 m des JO de 2016.