Patrick Émond à réaliser tardivement sa passion pour le coaching.
Patrick Émond à réaliser tardivement sa passion pour le coaching.

La passion tardive de Patrick Émond

Dix longues années. C’est le temps qu’a mis le Québécois Patrick Émond à réaliser qu’il se passionnait pour le travail d’entraîneur au hockey. Car même s’il avait eu l’occasion de coacher en Suisse pendant huit ans entre 1991 et l’an 2000, ce n’est que quand il a accepté un travail d’entraîneur à Genève en 2010 qu’il a eu la piqûre pour le coaching.

«Quand je suis allé coacher en Suisse à la fin de ma carrière de hockeyeur, j’ai d’abord passé trois ans à Lugano», explique Émond, entraîneur-chef de la formation de Genève-Servette qui évolue dans la Ligue nationale de hockey suisse. «Je suis ensuite revenu au Québec et un an plus tard, j’ai accepté un travail avec le club de Genève. Coacher j’aimais ça, mais ce n’était un travail dans lequel je me vois faire ma vie et qui me passionnait. 

«À mon retour au Québec en l’an 2000, j’ai travaillé comme directeur des opérations pour une compagnie de transport où un de mes mandats était de gérer des gens. Ce travail a fait que, quand je suis retourné dans le monde du coaching en 2010 à Genève, j’ai été accroché par l’aspect management du hockey. Et c’est là que je me suis dit : “Entraîneur, c’est vraiment ce que je veux faire”. Et j’ai mis tous les efforts nécessaires pour réussir.»

D’abord entraîneur adjoint, le Québécois s’est ensuite vu confier les rênes de la formation junior du club de Genève-Servette, une équipe avec laquelle il a connu beaucoup de succès. Il a mené sa troupe aux grands honneurs en 2017-2018 et en 2018-2019. Une première en une trentaine d’années pour une formation de la Suisse romande. Des succès qui ne sont pas passés inaperçus aux yeux de Chris McSorley, DG et entraîneur-chef de la formation sœur de l’organisation évoluant dans la Ligue nationale de hockey suisse. Désirant concentrer ses énergies sur son travail de DG, il a confié son poste d’entraîneur à Émond.

«La direction voulait aussi rajeunir l’équipe. Je suis arrivé avec un projet. Je voulais travailler avec les jeunes. D’ailleurs, la plupart de ceux qui étaient avec l’équipe étaient des gars que j’avais dirigés dans le junior. Et comme j’avais été impliqué avec l’équipe au cours des quatre dernières saisons, Chris McSorley m’avait demandé de m’y intégrer tranquillement, je connaissais aussi les vétérans».

Le grand défi

Le Québécois mentionne que son plus grand défi en acceptant de diriger la plus prestigieuse équipe du club de Genève-Servette n’était pas d’être un coach recrue dans la LNHS. C’était de voir comment il allait être accepté des amateurs de hockey, lui qui remplaçait Chris McSorley qui avait passé 17 saisons à la barre de l’équipe et qui était un monument. «Étant donné que Chris demeurait DG de l’équipe, ça m’a aidé.

«Quand j’ai arrêté de jouer au hockey, je n’étais pas la personne qui avait le plus confiance en ses moyens. Mais les expériences que j’ai vécues au niveau professionnel ont changé ma personnalité. Je ne suis plus la même personne que j’étais il y a 20 ou 30 ans. J’ai beaucoup appris et maturé. Et quand j’ai eu mon poste de coach, j’étais prêt à relever le défi.»

La nomination d’entraîneur-chef d’Émond avec l’équipe professionnelle de Genève à l’été de 2019 ne pouvait survenir à un meilleur moment dans la carrière du Québécois. À son arrivée en Suisse en 2010, à cause de ses obligations parentales, il avait choisi d’opter pour de la flexibilité dans son travail pendant une période de 10 ans afin de pouvoir passer environ quatre mois par année au Québec, une flexibilité que ne lui aurait pas permis un poste d’entraîneur-chef de l’équipe de la LNHS. Et c’est au terme de sa neuvième saison qu’il a été promu.

«Je me disais : “Si l’occasion se présente au bon moment, tant mieux. Et si elle ne se présente pas, ça ne sera pas grave, j’avais fait un choix”. Finalement le timing a été excellent.»

Carrière éclatante

Porte-couleurs des Saguenéens de Chicoutimi à ses deux dernières saisons junior, Émond avait obtenu en 1984-85 et 1985-1986 des saisons de 57 et 69 buts et de 139 et 167 points. Des statistiques impressionnantes, mais qui ne lui ont jamais ouvert les portes de la Ligue nationale de hockey, dont il avait pourtant été un choix de sixième ronde — le 103e au total — des Penguins de Pittsburgh en 1983.

«Les gens ont souvent toutes sortes de raisons pour expliquer leurs insuccès. Moi c’est bien simple, je n’ai pas mis les efforts nécessaires pour réussir. Quand j’ai du succès, c’est parce que j’ai mis les efforts qu’il fallait. Et quand je n’en ai pas, c’est de ma faute. Il faut être capable de se regarder dans le miroir. C’est quelque chose que j’ai compris plus tard par contre. Mais depuis que je l’ai fait, j’ai toujours eu du succès au niveau professionnel.

«Malgré tout, je n’ai pas vraiment de regrets par rapport à ma carrière de hockeyeur. Ça ne s’est peut-être pas passé comme je l’aurais souhaité, mais ç’a été mon choix. Et j’ai quand même pu toucher à plein de choses qui m’ont permis de me rendre où je suis.

Je suis donc en paix avec moi même».

Sa carrière dans la LHJMQ terminée, c’est en France en première division que Émond a évolué. De retour au Québec, il s’est inscrit à l’Université du Québec à Trois-Rivières et il a porté les couleurs des Patriotes avec qui il a gagné le championnat canadien (1991) à sa dernière campagne. «Après ça, j’ai arrêté complètement de jouer. Je n’avais plus le feu sacré.» 

À l’époque le Québécois ne se doutait pas qu’il allait de nouveau chausser les patins neuf ans plus tard, dans la Ligue nord-américaine. Il y a évolué pendant trois ans. «Il y a un de mes chums qui jouait à Saint-Georges. À l’époque, je n’avais pas de boulot encore. J’étais à la recherche d’un emploi. Il m’a demandé : “Ça te tente-tu de recommencer avec nous autres?” Les joueurs qui étaient là étaient tous des gars que je connaissais. Alors j’ai décidé d’essayer. Ça été vraiment le fun. Jamais cependant, le plaisir que j’ai eu m’a fait regretter la décision que j’avais prise d’arrêter de jouer neuf ans plus tôt. J’étais très à l’aise avec mon choix d’accrocher mes patins. J’avais fait mon deuil du hockey.»

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FREINÉS PAR LA COVID-19

La formation de Genève-Servette connaissait une saison de rêve. Mais à cause de la crise de la COVID, sa campagne s’est terminée en queue de poisson.

«Les astres étaient alignés pour que nous poursuivions en séries les succès que nous avions eus lors du calendrier régulier», a confié Patrick Émond. «Nos joueurs blessés étaient revenus au jeu et nous avions gagné nos cinq derniers matchs. Les joueurs étaient motivés par l’occasion de voir jusqu’où ils pouvaient se rendre. On était donc bien positionnés.»

Quatrième au classement général, à deux points de la première place, la formation genevoise avait confondu les sceptiques qui la voyaient terminer au 10e ou 11e rang du classement comptant 12 formations parce qu’elle avait perdu une dizaine de vétérans et qu’elle était la plus jeune du circuit. «On disait même que j’étais pour perdre mon boulot après deux mois. Mais nous avons terminé l’année avec 89 points, la troisième meilleure récolte pour un club de Genève en Ligue nationale A.»

Émond ne le cache pas, l’arrivée de plusieurs jeunes avait dynamisé son club. Sa formation était plus rapide et plus énergique. Et son groupe de vétérans voulait travailler avec les jeunes. Il pouvait utiliser ses quatre trios pendant 60 minutes. Les 25 joueurs sur lesquels il pouvait compter étaient tous de calibre pour la LNHS et la compétition entre chacun pour les postes de réguliers était très vive.

«On avait des vétérans qui étaient la locomotive et derrière des jeunes qui poussaient pour se faire une place. Ça donnait une belle énergie.»

Coach de l’année

Grâce aux exploits de son équipe, le Québécois a été nommé entraîneur par excellence de la dernière saison dans la Ligue nationale de hockey suisse. «Un bel honneur surtout parce que ce sont les entraîneurs et les capitaines des autres équipes du circuit qui ont voté.

«Quand j’ai eu le poste, j’ai voulu travailler avec des gens en qui j’avais confiance. Et comme j’aime déléguer, je me suis entouré de personnes fortes dans leur domaine. Des gars comme Louis Matte, un gars de Québec que je connaissais très bien et qui était déjà adjoint, Ian Cadieux, qui a gagné la Coupe Memorial avec l’Océanic de Rimouski en 1991, mon deuxième entraîneur adjoint, et Sébastien Beaulieu mon entraîneur des gardiens de but, que j’ai embauché. J’ai aussi engagé un nouveau préparateur physique. 

«Comme on avait une équipe jeune, il fallait travailler, travailler et travailler. Mon honneur, je le partage donc avec tous les membres de mon coaching staff parce que nos succès ont été un travail d’équipe tout le long de la saison.»

La fin de saison dans la LNHS a laissé tous les joueurs de Genève-Servette sur leur faim. Et c’est avec beaucoup de déception qu’ils ont accueilli la nouvelle de l’annulation des séries. «Mais on garde à peu près la même équipe l’année prochaine sauf qu’on va rajeunir nos effectifs encore plus. Les gars vont bâtir sur ce que nous avons fait. Ils sont confiants. On va donc recommence l’année prochaine.»

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CHAMPIONNAT À COURT OU MOYEN TERME

Encore sous contrat avec la formation de Genève-Servette pour deux ans, Patrick Émond avoue ne pas avoir d’ambitions à long terme en ce qui concerne son travail d’entraîneur-chef.

«Nous sommes sur un projet de deux ans, confie le Québécois qui du même souffle précisé qu’il avait toujours souhaité diriger la formation professionnelle de Genève-Servette, une équipe prestigieuse au riche passé. «Mon but à court ou moyen terme, ça serait de gagner le titre ici. C’est ce que j’aimerais réaliser.»

Il n’y a pas de doute, Émond se plaît en Suisse où le hockey n’a jamais été aussi populaire. Depuis quelques années, plusieurs viles se sont dotées de nouveaux arénas. Les matchs de la Ligue nationale de hockey suisse sont diffusés sur la chaîne spécialisée MySports et ils sont suivis par des tribunes comme on en voit chez nous sur RDS et TVASports. Résultats, les équipes touchent beaucoup d’argent pour les droits de télévision.

«Le hockey est devenu le sport national en Suisse. Partout où on va, les arénas sont pleins et il y a beaucoup d’ambiance. Les gens chantent, il y en qui ont leur tambour. Le spectacle, il est autant dans les estrades que sur la patinoire.»

Deux maisons

Même s’il passe maintenant beaucoup de temps en Suisse à cause de son travail d’entraîneur-chef d’une formation pro, Émond a toujours son pied à terre à Québec. «Je travaille dans un beau pays avec de belles conditions, mais je suis toujours heureux de revenir chez moi l’été. Pour moi, c’est le meilleur des deux mondes. 

«Dans une année ou deux, je devrais avoir mon passeport suisse. Est-ce qu’à ma retraite, je pourrais demeurer Suisse jusqu’à la fin de mes jours? Je ne suis pas certain. Je crois que je vais toujours avoir tendance à me promener entre la Suisse et le Québec.»

Confiné à la maison à cause de la COVID, le Québécois a commencé à préparer la prochaine campagne. Normalement, le camp d’entraînement devrait débuter le 1er août. Et la saison promet d’être autant exigeante qu’excitante.

«Étant donné que l’on a fini dans les quatre premiers au classement, nous jouerons aussi dans la Ligue des champions, un tournoi européen qui réunit les meilleures équipes de chaque pays. On a bien hâte.» Jean-François Tardif