Robert LeBel, Gilles Courteau et Paul Dumont lors du 25e anniversaire de la LHJMQ.

Gilles Courteau: quatre décennies de hockey junior

Depuis près de quatre décennies, Gilles Courteau trempe dans les affaires de la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ). Dixième grand patron du hockey junior québécois, il est celui qui en aura guidé la destinée le plus longtemps. Alors que les Assises de son circuit se concluent à Sherbrooke aujourd'hui avec la séance de repêchage, le commissaire réfléchit sur le chemin parcouru.
<p>Le commissaire pose avec Wayne Long (Saint-Jean, Nouveau-Brunswick) et Derm Dobbin (St. John's, Terre-Neuve) en décembre 2004. L'arrivée de ces équipes pour la saison 2005-2006 portait le nombre de formations à 18. </p>
Il y a maintenant 38 ans que Gilles Courteau plongeait dans l'univers du hockey junior québécois. Statisticien pour les Draveurs de Trois-Rivières «à l'époque de Michel Bergeron», c'est sur le terrain de baseball que le jeune Courteau, âgé de 18 ans, a débuté son parcours dans le sport amateur, en 1975.
«Je coachais du baseball et j'avais un chum qui était meilleur que moi en maths. Le dg de l'équipe, Sylvain Cinq-Mars, l'avait approché pour lui demander s'il ne voulait pas être statisticien des Draveurs. Et il lui avait dit de voir si ça ne tenterait pas aussi à son chum Courteau, que comme ça, ce serait moins plate, parce qu'on serait deux», se souvient le commissaire.
Un an plus tard, un poste d'homme à tout-faire a été ouvert au nouveau bureau de la ligue, situé au Colisée de Québec. Incité à postuler par Cinq-Mars, Gilles Courteau laisse le dg des Draveurs rédiger sa lettre de présentation.
«J'avais obtenu un rendez-vous avec M. Paul Dumont. Il était le pape du hockey junior au Québec. Il m'avait dit : "Écoute, le jeune. J'ai pris connaissance de ta lettre. C'est comme si tu voulais ma job! Deux choses sur lesquelles on va s'entendre : ce n'est pas toi qui as écrit ça et ce n'est pas ma job qui est disponible!"» lance-t-il.
La manoeuvre a toutefois fonctionné et Courteau obtenait le poste - l'une des trois seules permanences à la LHJMQ -, qu'il a occupé pendant trois ans.
Le commissaire se souvient d'une ligue alors plus folklorique et dont les propriétaires, des personnages plus grands que nature pour la plupart, n'étaient pas habités par les mêmes motivations que ceux d'aujourd'hui.
«Le propriétaire d'un club investissait parce que c'était sa contribution sociale à une activité dans une ville. Au lieu d'avoir un chalet ou de faire des voyages de pêche, il investissait dans une équipe...» laisse-t-il entendre.
Le cognac de Lemoine
Certaines anecdotes de l'époque tiennent du Far West! Gilles Courteau jure pourtant que les relations entre les propriétaires étaient régies par un certain... «décorum».
«Je me souviens d'une réunion où le dg du Junior de Montréal s'était pogné avec M. Dumont. Il le traitait de vieux gratte-papier! Il disait qu'il allait poursuivre la ligue! Rodrigue Lemoine, le coloré propriétaire des Éperviers, prenait toujours un cognac l'après-midi en marchant dans la salle de réunion. Quand c'est arrivé, il a pété son ballon de cognac dans sa main. Il s'est coupé et le sang dégoûtait. Il avait dit à Eric Taylor : "Si tu poursuis la ligue, la prochaine fois, c'est ton sang qui va couler!"»
Encore «ti-cul», Courteau avait été impressionné par la violence des échanges, mais surtout par le code d'honneur qui semblait lier les propriétaires.
«Aussi fou que ça puisse paraître, c'était respectueux. C'était un autre monde. Des meetings où tout le monde se pognait... Après ça, tout le monde s'en allait au bar et c'était fini.»
Cette première expérience à la LHJMQ allait ensuite mener Gilles Courteau chez les Remparts de Québec, dont il a été le directeur général.
«Martin Madden avait été nommé adjoint de Maurice Filion avec les Nordiques. Chez les Remparts, son poste était ouvert. Je l'ai occupé pendant cinq ans. Les deux dernières années, l'équipe a appartenu aux Nordiques, alors j'ai aussi travaillé pour eux. Quand Marcel Aubut a fermé les Remparts, je suis retourné à la ligue», raconte le Trifluvien d'origine.
La démission du président de l'époque, le Dr Guy Morissette, lui ouvre la porte au sommet de la pyramide du circuit, en février 1986.
«J'avais été nommé président par intérim. Je suis là depuis ce temps-là!»note fièrement Courteau, qui porte le titre de commissaire depuis 2001, année où la fonction a été créée.
L'effet de l'expansion
En 28 ans aux commandes de la ligue, Gilles Courteau aura été un témoin privilégié, mais aussi un acteur de l'évolution du hockey junior au Québec. Il aura notamment piloté son expansion vers les provinces maritimes, en 1994-1995. L'un de ses plus grands accomplissements, selon lui.
«Les provinces maritimes, quand elles sont arrivées dans la ligue, à cause de leurs gros buildings et de leur attitude, ça a amené les autres clubs à élever leur niveau», juge-t-il.
À partir de là, la valeur des franchises a augmenté. De nouveaux propriétaires, plus prestigieux et fortunés, sont arrivés. Avec eux, de retentissants succès sont survenus sur la glace, dont les conquête de la Coupe Memorial des Prédateurs de Granby en 1996 et des Olympiques de Hull en 1997, puis plus tard, de l'Océanic de Rimouski en 2000 et des Remparts de Québec en 2006.
«Avant ça, gagner la Coupe du Président, c'était le summum, puis la Coupe Memorial, c'était un boni. Maintenant, dès le début de la saison, les clubs veulent gagner la Coupe Memorial. Ça, c'est venu avec nos entraîneurs, quand Michel Therrien, Alain Vigneault, Doris Labonté, Patrick Roy et Cam Russel sont revenus dans notre ligue», estime Courteau.
Longtemps parent pauvre de la LCH, la LHJMQ brille désormais autant en dehors de la patinoire, où elle a amélioré l'encadrement de ses joueurs, que sur la surface glacée. Les trois conquêtes consécutives de la Coupe Memorial, par les Sea Dogs (2011), les Cataractes (2012) et les Mooseheads (2013), ainsi que la belle prestation des Foreurs de Val-d'Or au tournoi de 2014, ont fait rayonner la ligue dans le reste du Canada comme jamais auparavant. Un bilan qui rend fier son commissaire.
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Grands et petits marchés: l'éternelle discorde
Il n'y avait personne de plus heureux que Gilles Courteau, lorsque l'identité des deux finalistes de la Coupe du Président a été connue, ce printemps. En s'affrontant, le Drakkar de Baie-Comeau et les Foreurs de Val-d'Or ont donné encore plus de poids à la ligne de pensée du commissaire de la LHJMQ, à savoir que tous les marchés de sa ligue, grands et petits, peuvent aspirer aux grands honneurs.
«Ça met de l'emphase sur le message que je passe en début de saison quand je dis qu'à partir du moment où la rondelle tombe, tout le monde peut gagner. Le travail que Steve Ahern a fait à Baie-Comeau, lorsque MacKinnon a dit qu'il ne jouerait pas là, a été extraordinaire. Avec ses échanges, ils ont pu participer à la Coupe du Président deux années consécutives. Ce n'est pas peu dire!»
Il n'y a encore pas si longtemps, rares étaient les joueurs qui voyaient d'un bon oeil la poursuite de leur carrière dans des petits marchés. Aujourd'hui, ces deux équipes attirent parmi les meilleurs joueurs juniors au monde, que ce soit Anthony Mantha à Val-d'Or ou Valentin Zykov à Baie-Comeau.
«À la Coupe Memorial, [le commissaire de la OHL] Dave Branch me demandait si Val-d'Or avait de la misère à recruter des joueurs. Je lui ai répondu que dans leur club, ils ont eu des Steve Bégin, Roberto Luongo, Kristopher Letang, Jean-Pierre Dumont... Et ils ont Mantha, le meilleur joueur de la LCH! Et jamais il n'a demandé à être échangé», fait remarquer Courteau.
Disparités de revenus
Les disparités de revenus entre les grands et les petits marchés demeurent néanmoins bien réelles, malgré le système de partage des revenus en place.
«L'opération d'une équipe junior, je prends ça comme une famille. Il y a des familles qui sont capables d'aller au restaurant deux fois par semaine, d'autres deux fois par deux mois. [...] Chaque équipe a ses moyens. La responsabilité de la ligue est de s'assurer que tout le monde puisse respecter un standard minimum», affirme le commissaire, ajoutant que de telles disparités existent également dans la LNH.
Selon le commissaire, ce dont les petits marchés ont le plus besoin, ce sont de partisans et de visibilité.
C'est pourquoi il se réjouit de l'entente de télédiffusion de 12 ans qui lie désormais la LHJMQ aux réseaux TVA Sports et Sportsnet, également détenteurs des droits de la LNH. Il laisse d'ailleurs planer le spectre de futures annonces liant les deux circuits. Doit-on s'attendre à un premier match extérieur pour la LHJMQ? Le commissaire demeure muet.
«Ça va être extraordinaire comme couverture. On en a eu un aperçu avec la finale, même si encore là, les deux amphithéâtres n'étaient pas adéquats pour présenter des matchs. Il y a eu cinq matchs sur sept qui ont été présentés en finale. Les gens ont apprécié la couverture. C'est ça que le hockey junior a besoin. La télédiffusion va faire connaître nos équipes, créer de l'intérêt.»