Geneviève Cantin a remporté le titre canadien du 200 m dos lors des Championnats nationaux en avril dernier, établissant au passage une marque personnelle avec un temps de 2:09,40.

Geneviève Cantin: l'instinct de nager

À 23 ans, Geneviève Cantin s'approche comme jamais de son rêve olympique. Après la déception d'essais ratés en 2012, la Jonquiéroise a maintenant Rio dans la mire. Mais avant, la nageuse du Rouge et Or, une spécialiste du 200m dos, s'attaque aux Jeux du Commonwealth en Écosse à partir de mercredi, puis se frottera aux meilleures de sa discipline lors des Championnats Pan-pacifiques en Australie, en août. Deux compétitions préparatoires aux Mondiaux de 2015 en Russie et aux Jeux de 2016 au Brésil. Un destin à accomplir.
Geneviève Cantin avait à peine sept ans lorsque, pour imiter ses grands frères Jonathan et Éric, elle s'est lancée à l'eau dans le milieu d'un lac et a rejoint le quai sans difficulté. Elle ne «savait» pas nager.
Les exemples de nageurs ne manquaient toutefois pas dans l'entourage de la fillette, qui a appris par mimétisme. Son père, Normand, enseigne le water-polo. Sa mère, Hélène Boivin, a été demi-finaliste au 100 m papillon, lors des Jeux de Montréal en 1976 et est membre du Temple de la renommée de la natation québécoise depuis 2009. Ses deux frères aînés et sa soeur cadette Élisabeth ont tous nagé à divers degrés. Même qu'Éric, un spécialiste du papillon, a déjà défendu les couleurs du Rouge et Or.
«Mes deux frères ont commencé à nager avant moi. Et moi, j'allais toujours aux compétitions les regarder. Ma mère était sûre que je ne savais pas nager jusqu'au jour où j'ai sauté dans le lac! Par la suite, elle m'a amenée à mon premier cours de natation. Ç'a commencé comme ça, à sept ans», se rappelle Cantin.
Dans les faits, l'envie de nager avait depuis longtemps fait son chemin dans l'esprit de la jeune fille, nourrie au contact d'une mère s'étant hissée parmi l'élite mondiale au cours de sa carrière.
«C'est elle, mon idole. De savoir qu'elle est passée par là, c'est bon pour moi. Elle peut me donner des conseils. Elle m'aide beaucoup là-dedans. Et puis, on veut faire ce que ses parents ont fait, suivre leur exemple aussi», admet-elle.
Entre 7 et 14 ans, Geneviève nage d'abord pour le club de natation de Chicoutimi, avant de déménager pour une saison au club de La Baie. À son premier championnat canadien chez les séniors, elle atteint la finale A du 200 m dos. Un résultat impressionnant pour une athlète de 15 ans.
«C'était le gros choix. Si je veux aller plus loin, je dois aller à Québec. Mon frère était déjà là-bas. Ensuite, il y avait la grosse histoire de changer d'école en milieu de secondaire. Partir de chez ses parents à 15 ans, ç'a été vraiment difficile. On a fait les pour et les contre. Dans ma tête, c'était juste des contres à part un, qui était la natation», confie-t-elle.
Mais comme elle l'avait fait à sept ans, Geneviève Cantin a plongé tête première, joignant le programme sports-études de l'école Cardinal-Roy, où elle a été dirigée par Johanne Girardin. Dans la vie de tous les jours, elle habitait chez sa tante, ce qui a facilité une transition néanmoins ardue.
«J'adorais aller à l'école, mais quand je suis arrivée à Québec, vraiment pas! Je n'étudiais pas et je passais souvent sur la fesse. J'avais fait le sports-études au Saguenay, mais ce n'était vraiment pas pareil. Je n'étais pas dans mes affaires non plus. L'adaptation a été difficile à l'école, mais à la natation, ç'a bien été. Je progressais bien. C'est d'ailleurs avec Johanne que j'ai fait ma première équipe nationale junior à 16 ans», se souvient celle qui avait également établi un record québécois au 200 m dos, son épreuve de prédilection, à 17 ans.
Dans la cour des grands
L'arrivée au Cégep Garneau allait permettre à Cantin d'écrire un nouveau chapitre dans sa carrière. Sur le plan scolaire, tout semblait désormais fonctionner pour l'étudiante en sciences humaines. La nature de ses cours et la flexibilité des horaires l'ont réconciliée avec l'école. À la piscine, la relation avec un nouvel entraîneur, Nicholas Perron, qui se poursuit encore aujourd'hui au sein du Rouge et Or, lui a permis de poursuivre son évolution.
«On a une bonne communication. On ne se cache pas grand-chose. Il sait mes limites et jusqu'où je peux pousser. Comme ça fait longtemps qu'il me connaît, il a vu mes hauts et mes bas. Il sait quel genre de personne je peux ressortir dans les moments difficiles. Il est capable de me demander ce que je peux faire, comme de me pousser un peu», indique-t-elle, sourire en coin.
C'est aussi sous la férule de Perron que la nageuse a négocié le difficile passage entre les équipes nationales junior et sénior. C'est lors des Championnats Pan-pacifiques de 2010, en Californie, qu'elle entrait finalement dans la cour des grands.
«C'est ta première équipe sénior. Tu veux prouver ce que tu vaux. C'est l'excitation aussi. C'est tellement impressionnant! Tu te dis que, pour la première fois, tu vas nager dans la même compétition que Michael Phelps. Ça avait vraiment bien été. J'avais terminé septième, et première Canadienne. C'était numéro un! Ça m'avait permis de me classer pour les Jeux du Commonwealth, qui étaient en Inde, en octobre 2010.»
Là-bas, le voyage, le dépaysement et la longue attente avant l'épreuve avaient influé sur les performances de la dossiste, qui espérait mieux qu'une huitième place.
«C'était en Inde, alors tu manges du cari, tu vois des vaches traverser partout. C'était un trip, rendue là-bas, mais ce qui était dur, c'est que j'ai juste nagé le 200 m dos, comme je vais faire encore cette année, et c'était dans les dernières journées. Des fois, tu vois les gens compétitionner, tu es excitée, mais ce n'est pas encore ton tour. Tu dois continuer de t'entraîner. Ç'a été dur de rester mentalement focus jusqu'à la course», explique l'étudiante en psychologie et aspirante orthophoniste.
«Brassée» par sa mère
Rien n'allait toutefois battre la grandeur des Mondiaux de natation de la FINA en 2011, pour lesquelles elle s'est qualifiée de justesse - à peine trois centièmes de seconde! -, après avoir reçu un appel déterminant de sa mère, qui l'avait «brassée» un peu. Du coup, elle obtenait son billet pour la compétition, qui se déroulait à Shanghai, en juillet. Elle y a atteint les demi-finales, toujours au 200 m dos.
«Les Mondiaux, c'est vraiment gros! Tu entres dans la piscine et les estrades montent jusqu'au plafond. Tout le tour de la piscine, ça crie! Tu sors de la porte, il y a une caméra qui te suit jusqu'à ton bloc de départ. Tu pars d'en bas et tu te retrouves au sommet d'un coup!» lance l'athlète de 5'9".
Il s'agissait surtout du dernier bon résultat international de la nageuse, avant qu'elle n'effectue un retour remarqué au sein de l'élite mondiale ce printemps, à la suite d'une année et demie de galère, marquée par des essais olympiques ratés et des blessures.
Aux derniers championnats canadiens en avril, Cantin remportait le titre du 200 m dos, en établissant une marque personnelle de 2:09,40, devant la médaillée de bronze aux Mondiaux de 2013 Hilary Caldwell et la finaliste des Jeux de Londres Sinead Russell.
«Rendue là-bas, je voulais juste envoyer un message et dire : "Oubliez-moi pas!" Là, j'ai juste hâte, parce que maintenant, je sais ce que je peux donner. Ma mère, elle, voit où je suis rendue et me dit : "Je le savais que tu étais capable! Enfin! Tu l'as démontré!"»
La nageuse espère maintenant poursuivre cette lancée jusqu'aux Jeux de Rio pour réclamer, comme l'a fait sa mère 40 ans auparavant, ses anneaux olympiques.
<p>«Ma mère était sûre que je ne savais pas nager jusqu'au jour où j'ai sauté dans le lac! Par la suite, elle m'a amenée à mon premier cours de natation. Ç'a commencé comme ça, à sept ans» - Geneviève Cantin, nageuse du Rouge et Or</p>
Un sport «mental»
Geneviève Cantin avait imaginé le moment depuis toute petite. Le jour des essais olympiques des Jeux de Londres, au printemps 2012, tout s'est cependant écroulé. Malgré une belle confiance, les nerfs ont pris le dessus. Elle faisait kaput.
«Ça s'est mal passé parce que j'étais tellement stressée! J'avais peur. Et ça m'a fait nager tellement crispée! Je ne retrouvais plus mon style. Et ç'a donné un résultat... 16e au monde. Mais disons que les attentes étaient plus hautes pour cette compétition-là», convient celle qui laissait alors filer sa deuxième chance de participer aux JO.
Est-ce que la troisième fois sera la bonne pour Cantin? Elle l'espère bien! En même temps, elle demeure terre-à-terre, quant à ses objectifs. Son sport lui a appris la prudence.
«Le sport, c'est 100 % mental. Oui, c'est sûr qu'il faut que tu t'entraînes, mais rendu au moment important, tout est rendu dans ta tête. Parce que tu ne peux pas dire que tu n'es pas prête physiquement. L'entraînement est là. Tout dépend de ta tête. Et des fois, tu te fais jouer des tours», a-t-elle convenu.
Ce jour-là de mars 2012, le «mauvais tour» a aussi pris la forme d'un vilain rhume pour la nageuse, qui a vite réalisé l'aspect insaisissable du sport.
«C'était dur à accepter parce que ça avait effacé tout ce que j'avais fait les six mois auparavant. J'ai compris que, dans un claquement de doigts, je pouvais tout perdre. C'était un bon coup. Je n'ai pas eu de remise en question, par contre. Même si ç'a été difficile de finir l'année. Je me suis donné un autre objectif d'aller me chercher un temps pour finir l'année en beauté.»
Au final, la nageuse aura fait l'équipe nationale B cette année-là, en plus d'établir une nouvelle marque québécoise. Elle semblait avoir retrouvé ses repères, lorsqu'une blessure la ralentissait de nouveau, en 2013.
Championne canadienne
Un an plus tard, la guigne semble être chose du passé. Championne canadienne en titre du 200 m dos, Cantin a retrouvé ses ailes au printemps 2014, juste à temps pour les Jeux du Commonwealth et les Championnats Pan-pacifiques. Des «pratiques» pour les Mondiaux de 2015.
«Aux Commonwealth, l'Australie est là, alors il y a de bons dossistes. Et aux Pan-pacifiques, l'Australie et les États-Unis sont là. C'est donc parfait. Ça me donnera une bonne idée d'où j'en suis dans ma préparation.»
Dans les deux événements, Cantin participera à l'épreuve du 200 m dos. Aux Pan-pacifiques, elle sera aussi de la course du 100 m dos.
«Cette épreuve-là, ça va, mais c'est mental un peu, mon affaire. C'est comme ma bête noire du dos. Des fois, ça marche, des fois, ça ne marche pas... Ça dépend des jours! Si je me sens bien mentalement, ça va être correct, sinon... Ayoye! C'est totalement différent du 200 m dos. Disons que si le 200 dos va bien, ça ne veut vraiment pas dire que le 100 dos va bien aller!»