François Brassard, le gardien numéro 1 des Remparts, a dû surmonter plusieurs obstacles pour arriver à ses fins.

François Brassard: tous les chemins mènent... à la LHJMQ

Tous les chemins mènent à Rome, dit l'expression latine. À sa façon, François Brassard peut en témoigner. Le gardien de but des Remparts de Québec n'a pas suivi la même route que les autres pour atteindre son but. Qu'importe, sa boussole sportive a toujours pointé dans la même direction!
<p>François Brassard</p>
Aujourd'hui, François Brassard occupe un poste convoité par plusieurs et occupé par un groupe sélect, celui de gardien numéro 1 dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ). Mais pour cela, le jeune homme de 20 ans a surmonté plus d'un obstacle, sans jamais cesser de croire qu'il était possible d'en faire mentir certains.
«Ce n'est pas tout le monde qui a le même parcours. Ma route a été plus sinueuse, il a fallu que je contourne le hockey mineur de Gatineau pour faire mon chemin ailleurs. Quand tu veux percer dans le hockey, tu dois faire des sacrifices et le mien, ce fut de quitter ma région quand j'étais d'âge midget. Quand je regarde où je suis rendu, ça confirme que c'était vraiment cela que je voulais faire dans la vie», confiait le numéro 31 quelques jours avant la fin de la saison régulière.
Celui qui se pointe dans la salle de presse Claude-Allaire, à quelques pas du vestiaire, est calme, réservé, impassible. Il est impossible de lire sur son visage s'il est satisfait ou non de la séance d'entraînement qui vient de prendre fin. Voilà qui tombe bien, puisque le but de l'entretien n'est pas d'analyser ses récentes performances, mais plutôt de revenir sur la façon dont il s'est pris pour débarquer dans la capitale.
Car tout n'a pas été simple pour le natif de Gatineau, dont les origines familiales se trouvent au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Chaque fois qu'il visait un poste dans le bantam AA ou le midget AAA de sa région, on lui fermait la porte au nez.
«À ma première année bantam, on avait pris le fils du soigneur et la fille de la coach des gardiens à ma place... Je me suis demandé si ça valait la peine de continuer, si ça allait toujours être comme ça», se souvient-il avec un petit sourire en coin, celui à qui on a refusé une dérogation pour jouer dans le midget l'année suivante «parce que je n'étais pas un joueur d'exception». Il venait d'être recalé à nouveau dans le simple lettre.
À 15 ans, il se pointe au camp des Intrépides de Gatineau (midget AAA), mais on lui préférera deux autres gardiens. Déçu, il se retrouve dans le midget espoir, où il connaîtra une saison difficile «parce que je n'avais pas utilisé ma frustration de la bonne façon».
Une autre chance se présente à lui, un an plus tard. Même résultat, on le retranche sans lui dire pourquoi. Il se retrouve sur la liste des joueurs disponibles au repêchage de la Ligue midget AAA. Encore là, l'équipe possédant le premier choix lui préfère un autre cerbère. Puis, les Lions de Lac-Saint-Louis le réclament. Il allait en profiter!
«Je n'enlève rien aux gardiens qu'ils avaient choisis, mais quand les Intrépides m'ont coupé à 16 ans, je pensais à une blague. J'avais dit au coach que je reviendrais le battre. Je suis parti avec les Lions, on a perdu une seule partie dans les séries et on a éliminé Gatineau en trois matchs dans une série 3 de 5. Ça n'a pas été long», rappelait-il sur un ton satisfait.
Pendant le camp des Lions, il fera 1h45 de voiture avec son père pour aller aux entraînements. «J'ai su que je faisais l'équipe à minuit trente, on m'a amené à ma pension et le lendemain, j'allais à ma nouvelle école. J'étais le seul à fréquenter l'école française, mais comme tout se passait en anglais chez les Lions, ça m'a beaucoup aidé à maîtriser cette langue.»
Cette année-là, Brassard disputera 68 matchs, incluant ceux de la Coupe Telus où les Lions ont enlevé le bronze. La présence de joueurs comme Anthony Duclair, Kurt Etchegary, Jonathan Drouin, Michael Matheson et quelques autres gros noms de l'époque attiraient plusieurs dépisteurs, il en a donc profité pour se faire un nom.
«Abonné» à la sixième ronde
Répertorié en deuxième ronde par le bureau de recrutement de la LHJMQ, il vivra encore de l'incertitude pendant quelques heures en 2011 puisqu'il ne sera repêché qu'en sixième ronde par les Remparts, même s'il était répertorié en deuxième ronde selon le bureau de recrutement de la LHJMQ. Ça ne l'a pas empêché de devenir le gardien numéro 1 des Diables rouges!
Comme à Québec, où Patrick Roy avait insisté pour le repêcher en sixième ronde, le directeur général des Sénateurs d'Ottawa était aussi intéressé par ses services au repêchage de la LNH en 2012. Selon ce qu'on lui a raconté, Bryan Murray aurait demandé à chaque ronde à son dépisteur-chef si ce n'était pas le bon moment pour le réclamer jusqu'au moment où il l'a sélectionné... également en sixième ronde. Ça explique peut-être la raison pour laquelle son nom était inscrit sur le chandail lorsqu'il s'est pointé à leur table.
À ce jour, Brassard n'a pas encore signé de contrat avec les Sénateurs. Il lui reste quelques semaines pour le faire. Qu'importe, il caresse encore l'objectif de percer l'alignement de leur club-école de la Ligue américaine, l'automne prochain, bien qu'il soit aussi identifié comme joueur de 20 ans avec les Remparts.
«Mon plan A, c'est de jouer dans la LAH la saison prochaine et je vais essayer de ne pas trop penser à mon plan B... Si ça ne marche pas, je jouerai une autre année dans le junior et c'est certain que la pilule serait plus facile à avaler si la Coupe Memorial avait lieu ici...» disait-il en ajoutant que pour l'instant rien n'était plus important que les présentes séries éliminatoires.
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Roy et Domingue appréciés
À sa première saison avec les Remparts, François Brassard était l'adjoint de Louis Domingue, dont la relation avec Patrick Roy n'était pas à son zénith. Aujourd'hui, le gardien est le seul membre du triumvirat encore présent à Québec, mais il conserve de bons souvenirs de chacun.
Il n'a jamais été facile pour un jeune gardien de s'épanouir devant une légende comme l'ancien numéro 33. Non pas à cause de sa personnalité, mais en raison de ses prouesses devant le filet du CH et de l'Avalanche. «Étant donné qu'il a été l'un des meilleurs de l'histoire de la LNH, on voulait lui montrer qu'on était bon, qu'il avait raison de nous confier le filet», se souvient l'actuel numéro 31.
Brassard a apprécié son association avec Roy, qui ne laissait aucune zone grise entre lui et ses joueurs. «Patrick était réservé, il ne nous parlait pas beaucoup, mais tu savais ce qu'il attendait de toi. Et quand ça ne fonctionnait pas à son goût, il te le laissait savoir assez vite. Dans les pratiques, si on ratait quelques passes en partant, on patinait, ce n'est pas pour rien si on était aussi en forme...
«L'an passé, il me faisait confiance et même quand ça n'allait pas bien et qu'il ne me parlait pas après un match, je savais qu'il m'utiliserait dans le suivant. Ç'a été bon pour moi de l'avoir comme entraîneur-chef, il laissait aussi beaucoup de place au coach des gardiens.»
Brassard a remarqué que l'approche de Boucher était différente, qu'il était plus près des joueurs que son prédécesseur. Il reconnaît que son ex-patron ne laissait personne indifférent. Il était exigeant, certes, mais il acceptait aussi la rançon de la gloire où tout faux-pas de la part de l'équipe, ou presque, était mis sur le dos de Roy
«Il était souvent blâmé, mais nous, on savait que c'était grâce à lui si plusieurs joueurs étaient ici et qu'on a toujours eu un club compétitif. On a toujours été reconnaissant du fait qu'il aligne un club gagnant», lui rendait-il hommage en notant que des coéquipiers d'aujourd'hui comme Grigorenko, Sorensen, Erne et Dulcair, notamment, ne seraient peut-être pas à Québec sans la contribution de Roy.
De recrue à vétéran
En l'espace de quelques saisons, Brassard est passé du statut de recrue à celui de vétéran. À ce titre, il suit l'exemple de Louis Domingue et se fait un devoir de respecter son jeune collègue, Callum Booth.
«Il y a bien du monde qui n'ont pas aimé Louis, et je ne comprends pas pourquoi parce qu'il a été très bon avec moi. Je me rends compte, aujourd'hui à quel point c'est difficile d'être dans le rôle d'un vétéran pendant qu'un plus jeune pousse derrière. Plus je vieillis, plus j'apprécie ce qu'il a fait pour moi. Il a été un bon mentor», disait-il à propos de celui qui poursuit sa carrière dans l'organisation des Coyotes de Phoenix.  Carl Tardif
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La victoire avant les chiffres
Pendant une période de quelques mois, cette saison, François Brassard a peut-être été le meilleur gardien de la LHJMQ. Ignoré par l'équipe canadienne junior, il ne s'est pas laissé abattre, passant par-dessus cet autre obstacle. Selon lui, l'opinion des gens à son endroit ne veut pas dire grand-chose, ce qui l'importe, c'est d'abord la victoire. «À 19 ans, tu dois être à ton sommet. À notre position, on ne peut pas juste se baser sur les chiffres pour déterminer qui est le meilleur. Il faut d'abord afficher de la confiance. [...] Quand ça va bien, c'est facile de recommencer; quand ça va mal, il faut revenir à la base et travailler plus fort.»
Parmi les qualités qui l'habitent, on retrouve l'impassibilité. Son calme l'empêche de s'exciter quand ça va bien et lui permet de ne pas montrer sa frustration quand ça va mal... «Je ne suis pas du genre à péter ma coche. Je cherche avant tout à donner une chance à mon équipe de gagner à chaque match. Un gardien de but se doit d'être humble.» L'instructeur des gardiens Ghislain Rousseau apprécie l'approche calme et respectueuse de son protégé «qui n'est pas le genre à virer la chambre à l'envers.
«Il a beaucoup de prestance. Il est à l'affût des nouveautés, il est pointu sur les détails et met en application ce dont on parle. Le jour où sa carrière active prendra fin, je pense qu'il ferait un excellent entraîneur des gardiens.»
Pas de conflit d'intérêts dans la famille
Dans la plupart des familles, la sélection d'un jeune par une équipe de la LNH n'aurait pas amené le paternel à écrire une chronique dans le journal local. Quand François Brassard a été repêché en sixième ronde par les Sénateurs d'Ottawa, en 2012, son père a vite fait de jouer franc-jeu avec les lecteurs du Droit.
Journaliste sportif, Marc Brassard est à la fois chroniqueur et directeur des sports du journal membre de la famille Gesca, dont Le Soleil fait partie. Il couvre depuis longtemps les activités de l'équipe de la LNH de sa région qui a fait confiance à son fils. «Pour moi, c'était le fun d'être repêché par les Sénateurs, que je suivais depuis mon jeune âge. J'accompagnais souvent mon père à leurs matchs, je l'attendais près du vestiaire, je voyais les joueurs, leurs familles. Mais pour lui, c'était plus compliqué», raconte le fiston.
Dès le repêchage, son père a parlé du possible conflit d'intérêts dans lequel il pouvait se retrouver si François portait un jour l'uniforme des Sénateurs. Sa décision était prise : il cesserait de couvrir le club de la LNH si cela devait se produire. «Moi, je lui avais dit : "T'as le temps, je ne jouerai pas dans la LNH demain matin"... Mais lui, ça lui tenait à coeur, il voulait mettre les cartes sur table. Je le connais, s'il l'a écrit, il va le faire. Après l'avoir fait, il se sentait mieux. Il en avait parlé à son patron, aussi, qui lui avait dit de ne pas prendre une décision tout de suite.»
Si le gardien de but a été un choix des Sénateurs, ça n'avait rien à voir avec la présence de son père dans l'entourage de l'équipe. «Ils m'ont déjà dit qu'ils ne m'avaient pas pris parce que mon père les couvrait, mais à cause de mon potentiel. Les Sénateurs et les médias qui les suivent, ce sont deux choses complètement séparées.»