L'automobile a toujours fait partie de la vie de Donald Theetge, dont le père, Frank, a fondé Auto Frank et Michel il y a près de 35 ans.

Donald Theetge, loin de tourner en rond

Il n’est peut-être pas aussi connu du grand public que Patrick Carpentier ou Alex Tagliani, mais dans le monde du stock-car québécois, Donald Theetge fait partie des meubles. À 51 ans, ce spécialiste des ovales est loin de tourner en rond. Le doyen des pistes de Québec entame la saison 2018 en NASCAR Pinty’s avec la ferme intention de devenir le plus vieux pilote de l’histoire du circuit canadien à remporter une course.

«Ma blonde n’arrête pas de me dire que je suis le Dominique Michel du monde de la course automobile», lance Donald Theetge lorsqu’on lui demande à quel âge il prendra sa retraite. S’il a une bonne saison, cela pourrait être la dernière à temps plein, avance-t-il, mais à voir l’enthousiasme qu’il a encore à parler de course, difficile de le croire. 

«Je ne suis pas un athlète», répond-il avec le sourire lorsqu’on lui dit vouloir écrire un «long portrait d’athlète» à son sujet. «Moi, je suis un gars qui tourne à gauche plus qu’autre chose.»

«Tourner à gauche» à toute vitesse sur les ovales du Québec, de l’Ontario et du nord-est des États-Unis, le pilote de Boischatel le fait depuis 1986. On l’a vu régner sur la série LMS, se bagarrer avec son grand rival Patrick Laperle sur la piste et en dehors, gagner sa large part de courses, faire lever les foules à Sainte-Croix ou Vallée-Jonction et amocher quelques voitures au passage. 

Trente-deux ans après ses débuts, c’est toutefois un Donald Theetge assagi qui s’attaque à ce qui semble être le plus grand défi de sa carrière : un calendrier complet de 13 courses en NASCAR Pinty’s avec un championnat dans la mire. À cela s’ajoutera une première course en carrière dans la prestigieuse série NASCAR Xfinity, histoire de réaliser le rêve d’une vie.

Jamais Theetge n’aura piloté dans un peloton aussi relevé. «Je ne suis pas sûr que beaucoup de pilotes de mon âge s’embarqueraient dans le style de course que je fais présentement», admet-il, loin de se servir de son âge comme une excuse. «Cette saison, je veux battre le record de Don Thompson qui avait gagné une course NASCAR Pinty’s, qui s’appelait Cascar à l’époque, à 49 ans.»

› L’automobile au cœur de sa vie

D’aussi loin qu’il se souvienne, Donald Theetge a toujours voulu être pilote. Enfant, il allait voir les courses aux États-Unis avec ses parents et son frère. Même dans la vie de tous les jours, la famille baignait dans l’automobile. Le père, Frank Theetge, a cofondé le concessionnaire automobile Frank et Michel, il y a près de 35 ans. 

«J’ai commencé à laver des voitures neuves et d’occasion à l’âge de 12 ans. Mon frère a fait la même chose. On est passé par les pièces, le service, les ventes, la représentation, toutes les étapes. On a baigné dans l’automobile toute notre vie.»

Après avoir suivi adolescent une formation en formule Atlantique, Theetge décide qu’il est prêt pour son véritable baptême des pistes. «Mon père suivait les courses sur ovale, alors je suis allé vers cela. J’ai commencé en 1986 à Val-Bélair dans la classe mini-stock. J’avais acheté la voiture d’un de mes chums qui courait l’année précédente. On a eu une bonne saison. On a fini deuxième au championnat.»

Mais le monde de la course automobile étant ce qu’il est, le pilote manque de fonds pour financer sa jeune carrière. Impatient de faire le saut dans de plus gros circuits, il s’impose quelques années de pause afin d’amasser suffisamment d’argent pour financer ses aspirations. Quand il reprend finalement le volant, le retour sur la piste est un peu brutal. 

«J’ai peut-être sauté des étapes un peu trop vite qui m’ont brimé durant quelques années. Mais écoute, je ne regrette rien. À l’époque ce n’était pas la même game qu’aujourd’hui. Maintenant, il y a beaucoup plus d’opportunités pour les jeunes.»

Désireux de faire sa place, Theetge n’hésite pas à attaquer. Il ne pilote pas pour se faire des amis, mais pour gagner. «Les gens diraient probablement que j’ai toujours été un pilote réellement agressif. Je pense que ça m’a peut-être nui à une certaine époque de ma carrière», avoue-t-il aujourd’hui.

› La rivalité des deux «coqs»

Ce n’est qu’à la fin de la trentaine, au milieu des années 2000, que Donald Theetge devient réellement l’homme à battre dans la série québécoise LMS, remportant des championnats en 2004 et en 2006. Lorsque le promoteur automobile américain Tom Curley décide de créer un pendant québécois à sa série ACT, en 2007, un certain Patrick Laperle décide toutefois de rentrer au pays. De neuf ans le cadet de Theetge, le pilote de Saint-Jean-sur-Richelieu revient au Québec après un début de carrière prometteur dans l’ACT LMS américain. 

«Quand tu embarques deux coqs dans un poulailler, qu’est-ce que tu penses qui arrive? Il arrivait des États-Unis. Il savait que c’était moi le dominant. Il voulait gagner, je voulais gagner et ça a fait des flammèches», explique Donald Theetge. 

Dans ce qui deviendra une des grandes rivalités du sport automobile québécois, les pilotes s’échangent des championnats de la série ACT. Laperle l’emporte en 2007, mais deux ans plus tard Theetge le coiffe in extremis au classement des pilotes lors de la dernière course de la saison. En 2011, 2012 et 2016, Laperle multiplie les championnats, chaque fois avec Theetge lui soufflant dans le cou. 

«Ce qu’on a fait ensemble, je pense que ça a été spécial pour les amateurs de course. Aujourd’hui, Patrick et moi on a un grand respect mutuel. On se parle et on est capable de prendre une bière ensemble, mais dans le temps, je peux te dire qu’il s’est donné des claques sur la gueule et il s’est pris des gars au collet plusieurs fois. Sur la piste, on ne se donnait pas de chance», se remémore Donald Theetge. 

«Je me rappelle une course à Vallée-Jonction où j’étais premier et il était deuxième. On était dans les derniers tours et il a fait pivoter ma voiture. Je l’ai attendu sur la piste et quand il est arrivé en arrière de moi, j’ai mis ça sur le reculons pour lui monter dessus. La bataille qu’il y a eu après ça dans le pit... Ce n’est pas de bons moments, mais aujourd’hui on en rit.»

› Le rêve devenu réalité

De son propre aveu, Theetge n’avait jamais pensé courir à temps plein dans une série NASCAR à ce stade de sa carrière. «C’est un rêve pour moi», avoue-t-il. Comme quoi le destin fait parfois bien les choses, surtout quand on lui force un peu la main. 

Dans les sept ans qui ont suivi son championnat en ACT, en 2009, le résident de Boischatel n’a jamais arrêté de piloter. En 2016, fort d’une excellente saison sur le circuit québécois, il s’est fait un cadeau en louant une voiture de la formation 22 Racing afin de participer à une course NASCAR Pinty’s à l’autodrome Chaudière de Vallée-Jonction, un ovale qu’il connaît par cœur. Donald Theetge connaissait bien le propriétaire de 22 Racing, Scott Steckly, pour avoir couru contre lui par le passé. 

Loin de paraître dépassé, Theetge a pris le quatrième rang. Puis, en fin de saison, lorsque Steckly lui a à nouveau proposé la voiture, il a arraché la pole à Kawarta, en Ontario. Des résultats qui lui ont valu un volant pour l’ensemble des courses en ovale, la saison dernière. Encore là, les performances étaient au rendez-vous. 

Avec son frère Benoit, Donald Theetge est aujourd’hui à la tête du Groupe Theetge, qui gère quatre concessionnaires automobiles de la région. Il est en mesure de croiser ses intérêts, alors que les concessionnaires agissent également comme commanditaire de sa carrière de pilote. Cela aussi, avoue-t-il, l’a aidé à faire sa place. Plus que jamais, l’argent est le nerf de la guerre en course automobile. 

Steckly ne voulant plus jongler avec les pilotes pour courir les quatre courses en circuit routier du calendrier, Theetge a obtenu le volant de 22 Racing à temps plein pour la saison à venir, complétant l’équipe avec Alex Tagliani et Marc-Antoine Camirand. 

Spécialiste des ovales n’ayant plus participé à des courses sur circuit routier depuis 15 ans, Donald Theetge devra le faire quatre fois cet été. Il avoue redouter les deux courses au Canadian Tire Motorsport Park de Hamilton. 

«C’est une piste extrêmement technique qui va me demander beaucoup de pratique. C’est le gros défi. On a de grosses chances d’être dominants en ovale si l’on se fie à l’an dernier, surtout qu’Alex Labbé est parti en NASCAR Xfinity. Si l’on peut faire juste un top 10 aux deux courses au Motosport Park, on peut viser le championnat.»

Labbé, 25 ans, champion en titre de la série NASCAR Pinty’s, n’était pas né quand Donald Theetge a amorcé sa carrière. Une nouvelle génération a fait sa place dans le monde québécois de la course. 

«Je les vois, les jeunes. Encore hier, un nouveau pilote qui arrive dans la série cette saison s’est filmé sur Facebook pendant qu’il pratiquait sur un simulateur. Les jeunes sont dans ce mode-là. Ils font du simulateur et ils pratiquent beaucoup. Moi, c’est différent, je suis de l’ancienne mode.»

Mais Theetge assure qu’il ne se sent toujours pas vieux en piste. Au contraire. «Avec l’âge, je me suis calmé sur la piste et c’est plus payant pour moi. Je n’aurais pas été en mesure de faire ma place dans le NASCAR sans cela. Je n’ai jamais été dirigé quand j’étais jeune. Aujourd’hui, je le suis. J’ai de l’expérience et je suis encore rapide», explique-t-il.
«Je sais que je suis toujours dans la game