Né en Bosnie et élevé en Croatie, Davor Kurilic, six pieds et huit pouces, dirige les destinées du club masculin des Dynamiques du Cégep Sainte-Foy.

Davor Kurilic: un géant sous le panier

Il parle cinq langues. Il lui arrive même parfois de les mélanger, histoire de capter l’attention des joueurs qu’il dirige. Mais aujourd’hui, c’est celle du basketball qui lui permet de vivre de sa passion dans la plus européenne des villes canadiennes. Né en Bosnie, élevé en Croatie, Davor Kurilic dirige le club masculin des Dynamiques du Cégep Sainte-Foy, dans le collégial AAA, selon les principes qu’il a appris au fil du temps dans les pays Balkans. Portrait d’un géant sous le panier!

À six pieds et huit pouces, ou 2,2 mètres comme il le précise lui-même, Davor Kurilic est effectivement un géant au sens propre du terme. L’homme de 36 ans qui s’installe devant nous parle d’une voix forte à l’accent slave. Il le fait en français, par respect pour l’endroit où il a choisi de vivre, et passe à l’anglais pour aller au bout de ses réflexions. Mais il pourrait aussi le faire en croate, en polonais et en russe.

Sa nomination à la barre des Dynamiques, dont il mène la barque pour une première saison, n’est qu’une suite logique à son implication sportive et sociale depuis qu’il a décidé de s’établir à Québec, en 2014, à peine deux ans après avoir immigré au Canada. Propriétaire de l’Académie de basketball de Québec, où l’on met l’emphase sur le développement, les valeurs humaines et sportives, son nouveau rôle d’entraîneur-chef lui rappelle tout le chemin parcouru depuis que ses parents ont quitté sa ville natale de Tuzla, en Bosnie, pour s’établir à Varazdin, en Croatie, afin de s’éloigner de la guerre de Bosnie-Herzégovine au début des années 1990.

«J’étais jeune, mais je me souviens très bien des atrocités de la guerre. Ça ne s’oublie pas. Pour mes parents il était facile de partir en Croatie, où nous avions beaucoup de famille. Ils ne voulaient pas y être associés ni être perçus comme des gens qui détestaient l’autre clan, car chez nous, on aime tout le monde. J’ai été élevé pour être ouvert sur le monde. C’est du passé, maintenant, les ponts sont rétablis», raconte-t-il.

De famille

La pomme ne tombe jamais loin de l’arbre, dit-on, puisque le basketball était au cœur de la vie familiale. Son père, Zdravko Kurilic, a été l’un des arbitres les plus reconnus de son époque en Yougoslavie, pays qui n’existe plus. En plus d’être propriétaire d’un disco-club et d’un commerce de jeans qu’ils administraient avec Melita, la mère de Davor, le paternel a notamment fait sa marque dans la décennie 1980-1990, officiant même le premier match des États-Unis contre la Chine en ronde préliminaire du tournoi de basket des Jeux olympiques de 1984, à Los Angeles.

«À notre arrivée en Croatie, mon père m’a impliqué à fond dans le sport. Je les pratiquais à peu près tous, le soccer, le handball, le volleyball, mais le basketball était mon préféré, il passait en premier. À l’école, les enseignants ont été bons avec moi, on me permettait de vivre ma passion, ils m’ont beaucoup aidé, et aujourd’hui, je l’apprécie encore plus», dit en laissant transparaître un brin d’émotion sous son armure.

Mais la réputation de son père explique aussi sa venue au Canada, où il pouvait être lui-même. Davor a donc quitté un continent où ses contacts étaient nombreux pour un autre où l’on ne connaissait pas son historique familial.

«Peu importe où j’allais, j’étais d’abord le fils de l’arbitre. Mon père ne comprenait pas trop au début pourquoi je partais, car il était prêt à m’aider et à me mettre en lien avec diverses équipes dans les Balkans qui auraient pu me donner une chance. Mais je voulais aller dans un pays où on ne le connaissait pas pour y bâtir ma propre identité. Ici, je suis parti à zéro. Personne ne peut me dire que j’ai ce job grâce à lui», dit-il en tout respect pour son père.

Médaille d'or 

À 15 ans, le grand Davor est recruté par le Cibona Zagreb, le meilleur club croate, qu’il a représenté chez les moins de 16 ans et les moins 18 ans. En 1999, il remportera la médaille d’or aux Jeux olympiques de la jeunesse disputés à Esjberg, au Danemark. Puis, l’heure de passer chez les professionnels a sonné.

«Il s’agit du moment où l’on fait face à la réalité : soit vous devenez pro ou non, j’ai été l’un des chanceux à pouvoir l’être», raconte celui qui signera un contrat avec l’équipe bosniaque de Tuzla, sa ville natale.

L’ailier jouera pendant huit ans dans différentes équipes professionnelles basées en Bosnie, à Chypre, en Pologne, en Croatie, en Grèce, la Bosnie à nouveau, et enfin, en Slovaquie, où le temps de devenir entraîneur était arrivé.

«À ma dernière saison, en Slovaquie, j’avais 26 ans, mais j’ai senti que le moment de tourner la page sur ma carrière était venu même si j’étais le deuxième marqueur de la Ligue avec une moyenne de 23 points et 6,7 rebonds par match. J’avais des offres pour poursuivre ailleurs, mais je voulais investir dans mon avenir. Il s’agissait de la plus importante décision de ma vie, mais je ne l’ai jamais regretté. J’en ai discuté avec mon père, il était d’accord que si je voulais devenir coach, je ne devais pas attendre d’avoir 40 ans. Je suis fier de mon parcours, j’ai représenté mon pays dans 75 matchs internationaux et j’ai toujours évolué en première division chez les pros.»

Dès l’âge de 18 ans, un entraîneur lui avait dit qu’il serait grand coach. «Mais je n’ai que 18 ans, avait répondu Davor. Oui, mais un jour, tu le seras.»

Comme l’avait fait son père, Davor Kurilic s’impose à sa façon sur la planète basket!

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DES JOUEURS MARQUANTS 

Ses professeurs ont longtemps cherché à savoir pourquoi le jeune Davor Kurilic s’endormait parfois en classe. «Je me levais à 3h du matin pour regarder les matchs de Michael Jordan», confesse-t-il en riant de bon cœur.

L’ancien joueur des Bulls de Chicago n’était pas son idole, mais plutôt l’un de ses préférés, comme il se plaît le raconter.

«Je n’avais pas d’idole, je ne cherchais pas à être comme tel joueur. Selon moi, Michael Jordan est le plus grand de tous les temps, personne ne pouvait l’imiter. De toute manière, on m’a toujours enseigné à être moi-même, à développer ma personnalité et mon style avec ce que j’avais», rappelle Kurilic.

Ça ne l’empêche pas d’avoir été marqué par quelques joueurs de sa région, autant ceux ayant évolué en NBA ou ayant fait carrière en Europe.

Drazen Petrovic : «Il a ouvert les portes pour tout le monde. Il était un génie, il avait le cœur à la bonne place et prouvé que vous n’aviez pas à être le plus talentueux pour réussir. Il a déjà dit qu’on mangeait trois fois par jour, que l’on gagne 1, 5 ou 10 millions $. Mon père était l’arbitre d’un match où il a réussi 62 points tout juste avant de signer avec les Trail Blazers de Portland. Il est décédé dans un accident de la route en 1993, mais il a permis aux jeunes de notre petit pays de 4,5 millions d’habitants de pouvoir rêver.»

Dejan Bodiroga : «Il a été le meilleur joueur européen pendant plusieurs années, remportant la médaille d’argent aux Jeux olympiques de 1996. Il était le général de l’équipe nationale lorsque la Serbie a remporté le Championnat du monde, en 2001, aux États-Unis. Il a été repêché par les Kings de Sacramento, mais n’a jamais voulu jouer dans la NBA. Il a gagné trois championnats en Euroligue.»

Zoran Planinic : «En Europe, on entend parler de la NBA, on la suit, on y rêve, mais on sait aussi que c’est loin. Deux de mes coéquipiers l’on atteint, dont Zoran Planinic, qui a évolué avec les Nets du New Jersey, mais c’est difficile d’être reconnu lorsqu’on joue avec un aussi bon joueur.»

Slavko Trninic : «Il a été mon mentor, j’ai eu le privilège de jouer sous direction. Il est un génie, un docteur en basket. Petrovic, Kukoc, etc., c’est lui qui a fait en sorte de les développer.»

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REDONNER AU SUIVANT 

Si Davor Kurilic pouvait redonner au suivant, tous les jeunes qui fréquentent son Académie de basketball de Québec n’auraient pas à payer leur inscription.

«Il m’arrive d’accepter quelques jeunes qui n’en ont pas les moyens, même si ça peut paraître injuste pour les autres. Tout ce que je veux, c’est de les aider à réaliser leur rêve et j’estime que le sport est une bonne façon de le faire.»

Avant de s’établir à Québec. Il ne parlait pas un mot de français. Des cinq langues qu’il maîtrise, celle de Molière est selon lui la plus riche et belle, mais aussi la plus difficile à écrire, note-t-il avec le sourire.

«J’ai choisi de vivre à Québec, le Québec est une province française et pour en faire partie, on doit parler la langue des gens qui l’habitent. Ce n’est qu’une question de respect. Dès mon arrivée à Québec, je me suis investi pour apprendre le français, je m’améliore tous les jours», dit-il en entrevue.

Vivre leur rêve ici

Car son objectif est de redonner à la communauté qui l’accueille chez elle.

«Je suis immigrant, je sais ce que ça veut dire de partir de la maison, de s’adapter à une nouvelle culture, de sa bâtir une vie dans un autre pays que le sien. Je veux que les jeunes que je dirige soient fiers de ce qu’ils sont et d’où ils viennent, qu’ils soient fiers de leur école, de leur ville. Je veux qu’ils restent ici, qu’ils n’aient pas à aller ailleurs pour se développer. Je veux qu’ils vivent leur rêve ici. La vie ne se limite pas au sport, mais ils peuvent en tirer profit et cela va se répercuter dans l’avenir, peu importe ce qu’ils feront. Je ne dirai jamais que je suis un meilleur entraîneur que les autres, mais je peux par contre admettre que je suis différent», lance dans un appel à la fierté celui qui possède sa certification d’entraîneur de la FIBA.

Même s’il n’a pas le temps de retourner souvent en Europe, il reste attaché à la Croatie, dont il vante les qualités sportives, les attraits touristiques, la bouffe locale. Son frère est déjà venu le visiter tandis que ses parents sont retournés vivre à Tuzla, en Bosnie, pour se rapprocher de leurs propres parents.