Gabrielle Lavoie, Patricia Boudreault, Anna Munroe et Julie Daigle représentent le Québec au Tournoi des Cœurs Scotties.

Curling: Jen, Rachel et nous

Dans une semaine, quatre curleuses d’âge junior de Québec se mesureront à l’élite canadienne, même mondiale. Gabrielle Lavoie, Patricia Boudreault, Anna Munroe et Julie Daigle représentent le Québec au Tournoi des Cœurs Scotties, réputé championnat canadien auquel participent les icônes Jennifer Jones et Rachel Homan. Rencontrez quatre filles surprises d’être rendues si loin, si vite.

«Il y a certaines games qu’on ne va sûrement pas gagner. Mettons, contre la fille qui a gagné la médaille d’or aux Jeux olympiques, peut-être qu’on ne va pas la battre. Mais il y en a d’autres qu’on est capables de battre et on espère avoir des victoires», lance Boudreault, sous l’assentiment de ses trois coéquipières attablées au club de curling Victoria de Sainte-Foy, après l’entraînement du dimanche matin.

Lançant chaque bout la troisième pierre de son équipe, Boudreault aura 20 ans et demi lors de leur premier match, samedi prochain, contre l’équipe du Nunavut. À peine plus jeune que la skip Lavoie. La deuxième Munroe deviendrait quant à elle la plus jeune de l’histoire à prendre part au tableau principal des Scotties, à 17 ans, cinq mois et six jours. Moyenne d’âge de l’équipe : 19,6 ans.

Sur les glaces du Centre 200 de Sydney, pour cette première présentation du championnat canadien féminin en Nouvelle-Écosse depuis 1992, elles retrouveront plusieurs modèles, même certaines des idoles. Joueuses bardées de récompenses et d’expérience.

Championne olympique de 2014, Jones (Winnipeg), 44 ans, est championne du monde en titre et a gagné le canadien six fois. Homan (Ottawa), 29 ans, a aussi été championne du monde, a participé aux JO en 2018 et a remporté les Scotties à trois reprises.

Équipe Lavoie a justement rendez-vous avec équipe Homan le lundi 18, en après-midi, pour le quatrième de leurs sept matchs préliminaires dans le groupe A. Quant à un duel contre Jones, ça n’irait qu’en deuxième ronde, le jeudi 21 ou le vendredi 22.

«Hot de les voir en vrai»

Avec Chelsea Carey (Calgary), elles côtoieront les championnes canadiennes des trois dernières années. Sept des 17 équipes en lice pointent au top 15 mondial et peuvent ainsi être considérées comme des professionnelles du curling.

Nos Québécoises, elles, étudient au cégep ou à l’université. Elles apporteront d’ailleurs devoirs et leçons dans leurs bagages pour ne pas accuser trop de retard en classe, au retour.

«Nos adversaires vont toutes être bonnes, mais nous aussi», insiste la capitaine Lavoie. Si les quatre n’arrivent pas à dégager un consensus entre Jones et Homan comme favorite commune, Daigle résume bien la situation.

«Ça fait longtemps qu’on regarde le curling à la télé et ç’a toujours été loin pour nous. Et là, on va y aller, on va être là! Je n’ai pas vraiment d’idole, mais ça va être hot juste de les voir en vrai», dit la première du quatuor.

Elles admettent d’emblée qu’une participation au championnat canadien femmes n’apparaissait pas sur leur liste d’objectifs en début de saison. La cible prioritaire s’avérait le championnat canadien junior. Mais elles ont perdu en demi-finale québécoise junior, contre l’équipe d’Émilia Gagné.

Cette même Gagné qu’elles ont battue deux semaines plus tard en finale provinciale femmes. L’an dernier, Gagné avait été la plus jeune skip dans l’histoire des Scotties. C’est donc la deuxième année que le Québec est représenté sur la plus grande scène nationale du curling féminin par une équipe de joueuses de 21 ans et moins.

La championne provinciale junior, Laurie St-Georges, n’était quant à elle pas des qualifications pour les Scotties, qui ont lieu en même temps que le canadien junior.

Habituée d’être négligées

Le quatuor Lavoie arrivera à Sydney classé 13e sur les 16 formations au tableau principal — deux équipes se livrent un match-­suicide le vendredi. Mais rien pour les décourager, elles qui avaient été semées cinquièmes et dernières par leurs adversaires au championnat provincial, qu’elles ont gagné.

«Ça nous a motivées!» s’exclame Boudreault. «En tout cas, je ne sais pas pour vous autres les filles, mais moi, j’y croyais dès le début. Quand j’ai vu qu’elles nous classaient dernières, ça m’a fait rire. Je me suis dit : “Attendez de voir!”»

Réunies depuis trois ans, Munroe est la dernière arrivée, Lavoie et ses acolytes ont participé en 2017 au championnat canadien des 18 ans et moins, d’où elles ont rapporté une médaille de bronze.

«Oui, on est plus jeunes et ce sera une super expérience pour nous améliorer. On sait qu’on affrontera un meilleur calibre que ce à quoi on est habituées», établit Lavoie. «Mais on sait aussi qu’on est capables de gagner des matchs.» Daigle ajoute : «Si elles réussissent leurs pierres, tant mieux. Mais nous aussi, on est capables de réussir les nôtres.»

Le but est de gagner au moins quatre matchs de groupe sur sept, afin de d’accéder à la ronde suivante. Cette prouesse vaudrait au père de Munroe une bouteille de bière vidée sur sa tête, le pari est pris.

Quinze ans qu’une équipe québécoise n’a pas atteint la finale du Tournoi des Cœurs. C’était en 2004, sous le capitanat de Marie-France Larouche, celle qui leur servira justement de cinquième ou joueuse réserviste.

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LAROUCHE, CINQUIÈME DE LUXE...QUI NE VEUT PAS JOUER!

On a fortement conseillé aux filles d’équipe Lavoie d’amener une cinquième. Leur entraîneur a donc invité la meilleure joueuse de curling que le Québec ait porté depuis 20 ans.

Marie-France Larouche en sera à sa 10e participation au Tournoi des Cœurs Scotties, du 16 au 24 février, à Sydney (N.-É.). L’athlète de Lévis y a mené son équipe cinq fois en ronde des médailles et a joué une finale en 2004, contre la légendaire Colleen Jones, d’ailleurs la dernière médaille québécoise. Pas de doute, elle connaît bien le championnat canadien.

Mais Larouche a été la plus surprise quand Daniel Charette l’a appelée. «Je ne m’attendais pas à ça. Je pourrais être leur mère!» lance l’athlète de 38 ans de Lévis mère de deux jeunes enfants, de son bureau de prof d’éducation physique. Elle a 21 ans de plus que la deuxième de l’équipe, Anna Munroe.

«Notre équipe a décidé de ne pas jouer au championnat québécois, alors je pensais pas à ça. J’avais retrouvé le goût de jouer l’an passé, quand on a perdu en demi-finale provinciale. Mais le temps nous a manqué cet hiver et sans les conditions gagnantes, même si on est encore capables de donner du bon curling, on a préféré passer notre tour.»

L’invitation de Charette et ses protégés est venue bousculer ses plans. Mais après consultations avec chum, parents et directrice, restait une chose à mettre au clair.

«Je ne veux pas jouer!» tranche-t-elle avec conviction, tenant à n’entretenir aucune ambiguïté avec ses nouvelles coéquipières. «Je leur ai encore dit quand on s’est entraîné ensemble, cette semaine. C’est elles qui ont gagné», insiste celle qui en sera à sa troisième présence aux Scotties comme cinquième, poste de réserviste où elle avait fait ses débuts en 2000 sous les ordres de la skip montréalaise Janique Berthelot.

«Ma condition pour y aller, c’est de me sentir utile. Daniel non plus n’y est jamais allé, alors il veut que je l’aide et que j’aide les filles. Pour les médias, l’ambiance, la foule, le banquet...» énumère Larouche, qui porte chaque jour le collier souvenir remis aux participantes.

«Ma première fois, j’ai joué contre Connie Laliberté [trois fois championne et plus de 100 matchs]. J’ai passé les deux premiers bouts juste à la regarder! Personne ne m’avait dit que j’allais me sentir comme ça. C’est normal et elles vont vivre ces émotions aussi contre Rachel Homan ou Jennifer Jones. Mais quand tu t’installes dans le hack [bloc de départ], il faut que tu sois capable de lancer comme il faut», conclut-elle, parlant de viser de petites victoires sur chaque bout et même chaque pierre.

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TRIPLÉ POUR QUÉBEC

Deux autres équipes de curling basées dans la région de Québec participeront au championnat canadien de leur catégorie, dont le quatuor masculin de Martin Crête au prestigieux Brier.

Hommes

  • 2 au 10 mars à Brandon, au Manitoba
  • Martin Crête, skip, Lévis
  • Philippe Lemay, troisième, Grand-Mère
  • Éric Sylvain, deuxième, Lévis
  • Philippe Ménard, premier, Boucherville

Fauteuil roulant

  • 26 avril au 1er mai à Boucherville, au Québec
  • Claude Brunet, skip, Québec
  • Mario Trudel, troisième, Québec
  • Michel Pelletier, deuxième, Québec
  • Monique Martel, première, Québec
L'équipe en fauteuil roulant basée à Québec.

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Gabrielle Lavoie

  • Position : Skip
  • Âge : 20 ans
  • Résidence : Lévis
  • Études : Université Laval; kinésiologie


Patricia Boudreault

  • Position : Troisième
  • Âge : 20 ans
  • Résidence : Vanier, Québec
  • Études : Université Laval; criminologie
  • Anna Munroe
  • Position : Deuxième
  • Âge : 17 ans
  • Résidence : Sillery, Québec
  • Études : Cégep Saint Lawrence; arts, lettres et communication


Julie Daigle

  • Position : Première
  • Âge : 19 ans
  • Résidence : Saint-Roch, Québec
  • Études : Cégep de Sainte-Foy; sciences de la nature