Antoine Vermette

Antoine Vermette: le 1000e match d’un bon gars

Comme la plupart des petits Québécois de sa génération, Antoine Vermette a bien dû disputer des milliers de matchs de hockey dans le sous-sol familial et dans la rue, théâtre de ses premiers exploits. Comme la plupart des petits Québécois de sa génération, Antoine Vermette a rêvé de joindre le plus grand circuit professionnel de hockey et d’y connaître une longue carrière.

Même si la LNH compte beaucoup d’appelés, peu sont élus. Le talent aidant, Antoine Vermette fait toutefois partie de ceux qu’il qualifie lui-même de « chanceux ».

Après deux saisons dans la LHJMQ, avec les Remparts et les Tigres, le jeune homme de 6’1” et 196 livres, qui venait de signer une saison de 30 buts et 41 passes en 71 matchs à Victoriaville, a entendu les Sénateurs d’Ottawa prononcer son nom, en deuxième ronde (55e rang au total) en 2000. Deux autres saisons à Victoriaville, dont l’une de 119 points, et une première campagne professionnelle prolifique avec le club-école des Sénateurs à Binghamton (62 points), et voilà que Vermette frappait déjà, à 21 ans, à la porte de la LNH.

«J’avais eu une très bonne saison l’année précédente. Mon objectif était donc, pendant le camp, de demeurer avec le grand club. À la fin d’une pratique, Jacques Martin était venu me voir pour me demander si j’étais capable de jouer l’aile. Je n’avais jamais joué à l’aile. Je lui avais répondu que oui. J’avais lu entre les lignes que c’était probablement une belle opportunité. C’est ce qui est arrivé. J’ai percé l’alignement.»

C’est ainsi que, le 9 octobre 2003, il voyait son rêve se réaliser, alors qu’il prenait part à sa première partie dans la LNH. Et question d’ajouter à l’excitation du moment, il s’agissait du match d’ouverture des Sénateurs qui recevaient… le Canadien de Montréal.

20 septembre 2003 : accroché par Chris Higgins, Antoine Vermette trébuche devant le filet de José Théodore lors d’un match préparatoire. Le 9 octobre, il dispute son premier match dans la LNH lorsque les Sénateurs accueillent le Canadien.

«Mes parents, ma famille étaient là. Ça avait évidemment une saveur particulière. Et puis, à ton premier match, tu es quand même un peu nerveux. Mais ça avait bien été. On avait gagné. Je croyais avoir réussi une passe. Je me souviens encore du jeu. Chris Neil était devant le filet. Il avait dit qu’il avait fait dévier la rondelle, alors ç’a éliminé ma passe ! Mais ce n’était pas grave. J’étais très heureux d’avoir pu participer au match», s’est rappelé Vermette.

De ses cinq saisons et demi avec l’organisation des Sénateurs, au cours desquelles il a principalement évolué à l’aile, Vermette se souviendra surtout de la participation à la finale de la Coupe Stanley contre les Ducks, en 2007. «Je me souviens de l’émotion qu’il y avait autour de l’équipe à ce moment-là, de la frénésie qui s’emparait des partisans. C’était super spécial pour l’organisation.

«Quand tu te rends à la finale de la Coupe Stanley, et que tu regardes ça avec le recul, il faut y voir un succès, mais pas au niveau de compétition dans lequel on est. On garde quand même un petit goût amer d’être aussi près du but ultime», a-t-il déploré.


Ça me fait tout le temps drôle de dire mon âge, parce que je ne le sens pas. Le hockey, j’aime encore ça.
Antoine Vermette
Mars 2009 : Antoine Vermette est échangé aux Blue Jackets.

Le choc

Et puis, c’est le choc. Vermette est échangé aux Blue Jackets en retour du gardien de but Pascal Leclaire et d’un choix de deuxième ronde. À Columbus, il aide la jeune formation à accéder aux séries pour la première fois de son histoire, au printemps 2009. Ce sera d’ailleurs la seule fois qu’elle y participera au cours de ses trois saisons et demie en Ohio. Sur le plan individuel, Vermette a, à sa première saison complète avec l’équipe en 2009-2010, cumulé 65 points au centre de Rick Nash et Kristian Huselius.

«La majorité des gens se rappellent que j’ai joué à Ottawa, à Phoenix et à Chicago. J’ai pourtant été assez longtemps à Columbus ! Cette étape-là est comme un petit peu perdue dans la mémoire des gens ! Quand je suis arrivé à Columbus, c’était la première année de leur histoire qu’on faisait les séries. Mais après, ça n’a pas été des grosses années...»

En février 2012, l’histoire se répète. Vermette est encore échangé contre un gardien de but. Cette fois, il s’agit de Curtis McElhinney. Deux choix au repêchage se retrouvent également à Columbus. Sa destination ? Phoenix. «Quand je suis arrivé avec les Coyotes, on s’est fait remarquer un peu, parce que c’est l’année qu’on s’est rendus en finale de conférence. À ce moment-là, on a obtenu plus de couverture médiatique. Au début, on avait une équipe de vétérans, mais au fur et à mesure que ça avançait, l’organisation a décidé de prendre un virage jeunesse. J’avais plus un rôle de grand frère.»

2012 : les Coyotes et Antoine Vermette atteignent la finale de conférence.

Son monde idéal

Après trois saisons et demie en Arizona, Vermette écoulait sa dernière année de contrat lorsqu’il s’est retrouvé au cœur de rumeurs d’échange, à la limite de la période de transactions, en 2015. Les Blackhawks, qui devaient pallier l’absence de Patrick Kane (clavicule), ont finalement remporté la mise. Vermette mettait cette fois le cap sur Chicago. L’espoir Klas Dahlbeck et un choix de première ronde prenaient le chemin inverse.

«Je savais que j’allais être échangé dans une équipe qui aspirait aux grands honneurs. À savoir laquelle, c’est autre chose. […] Finalement, ç’a pris une tournure incroyable», a estimé celui qui a ainsi pu mettre la main sur la Coupe Stanley.

Se retrouvant sur le marché des joueurs autonomes deux semaines plus tard, Vermette s’est entendu avec les Coyotes sur un pacte de deux ans. En août 2016, l’organisation rachetait son contrat. Le centre n’est toutefois pas demeuré longtemps sans emploi, les Ducks lui offrant une entente de deux ans, dont il écoule présentement la dernière année.

«Je suis vraiment heureux. Je suis très bien ici. On a une bonne équipe. À la base, le succès d’équipe, c’est ce qui rend ça le fun de jouer au hockey. On a eu une très belle saison, l’année dernière. On a encore relativement le même noyau de joueurs. C’est vraiment motivant et encourageant pour cette année. C’est sûr que je ne peux pas me plaindre non plus, côté température. Ce n’est pas déplaisant en soi. On essaie d’en profiter aussi », a indiqué Vermette, que d’aucuns considèrent être un « bon gars ».

Épargné par les blessures jusqu’à maintenant, Vermette est animé par le même enthousiasme qui le portait à ses débuts. «Et tant que je vais aimer ça, que je vais sentir que je contribue aux succès d’une équipe et que je me sens en forme, je vais continuer. Si je pouvais écrire les prochains mois, je dirais que, dans un monde idéal, on a une super saison, on gagne la Coupe Stanley et je demeure à Anaheim. Tout le monde serait content!»

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En chiffres

  • 998 matchs
  • 0,51 point par match
  • 223 buts
  • 282 passes
  • 505 points
  • 56,5% de réussite sur les mises en jeu

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2015: Antoine Vermette soulève la Coupe Stanley avec les Blackhawks.

Le plus mémorable

Des 1093 matchs qu’il a disputés jusqu’à aujourd’hui (séries incluses), Antoine Vermette n’a aucune difficulté à choisir le plus mémorable. «L’objectif ultime, c’est de gagner la Coupe Stanley. Le jour où ça arrive, c’est le rêve d’un kid qui se réalise et c’est difficilement descriptible. Après l’avoir imaginé et rêvé, je l’ai expérimenté pour vrai, avec la vraie Coupe, et les émotions qui viennent avec ça, c’était lourd de sens. Ça m’a marqué. J’étais excessivement heureux.»

Acquis par les Blackhawks à la limite des échanges en 2015, le spécialiste des mises en jeu a fortement contribué à la conquête de son équipe, inscrivant le but gagnant en double supplémentaire dans le quatrième match de la finale de l’Ouest face aux Ducks, puis en marquant deux autres filets décisifs en finale contre le Lightning de Tampa Bay, qui s’est conclue en six matchs le 15 juin 2015.

«Il y a des buts importants, qui arrivent à point et qui te permettent de contribuer de façon significative au succès de ton équipe. Ça, c’est vraiment valorisant comme joueur. Particulièrement contre les Ducks — c’est drôle comment ils ont été sur mon passage! —, ç’a été une série très serrée. Je me souviens du quatrième match. À ce moment-là, on jouait à Chicago. On menait 2-1 dans la série. C’est l’un des buts les plus importants dans ma carrière.»

Pour cette raison, son court passage dans la Ville des Vents demeurera l’une des périodes les plus mémorables de sa carrière. «De toute ma carrière, normalement, ça devrait être l’équipe où j’ai le moins d’affinités avec les joueurs, mais on a un lien qui est là pour toujours. Éventuellement, il y aura des cérémonies de retrouvailles et je vais être là. J’ai hâte de revoir les gars. Ce lien-là va demeurer.»

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Cérémonie, party et... surprise?

Antoine Vermette n’a rien prévu de trop extravagant afin de souligner ses 1000 matchs dans la LNH. Outre la traditionnelle cérémonie de remise du bâton d’argent avant le match contre les Bruins — et son grand ami Patrice Bergeron — mercredi, il réunira ses coéquipiers des Ducks après la rencontre. «Je vais avoir des membres de ma famille, qui vont venir au match, en espérant qu’il ne va pas y avoir de bad lucks d’ici là. On va faire quelque chose après le match avec mes coéquipiers. J’ai laissé ça entre les mains de ma femme Karen. Je lui ai donné les grandes lignes de ce que je voulais faire. Elle s’occupe du reste. Je devrais être entre bonnes mains!»

Vermette se dit fier de passer la barre des 1000 matchs dans une ligue qui rajeunit à vue d’œil. «C’est quand même une marque qui est très rare quand on regarde un peu l’histoire. La moyenne de carrière n’est pas vraiment longue. Juste de l’atteindre, c’est difficile en soi. Il y a tellement de bons joueurs qui n’y parviennent pas. Je me sens extrêmement privilégié.» S’attend-il à une surprise lors de la petite fête qui suivra son 1000e match? «Ma femme est pas mal sur son téléphone ces temps-ci, et il semble y avoir des affaires louches qui se trament. On ne sait jamais!»