Joueur-étudiant de l’année dans la LHJMQ et la Ligue midget AAA, Antoine Samuel vise l’obtention d’un certificat en psychologie de l’Université Laval.

Antoine Samuel, un homme de devoirs

BAIE-COMEAU — Derrière son masque aux couleurs du Drakkar de Baie-Comeau, le gardien Antoine Samuel cache un travailleur acharné, un gars d’équipe, un mentor et un étudiant modèle, élu la saison dernière joueur-étudiant de la Ligue de hockey junior majeur du Québec. Portrait d’un homme de devoirs.

À mieux connaître Antoine Samuel, on comprend rapidement que le gardien du Drakkar de Baie-Comeau n’aime pas le tout cuit dans le bec. Le vétéran de 20 ans n’a pas peur de bûcher, autant pour faire progresser le Drakkar que pour mener des études universitaires.

Après quatre ans dans la LHJMQ, Samuel n’a pas vraiment eu l’occasion d’évoluer pour des formations aspirant aux grands honneurs. En fait, il avait cette opportunité à Shawinigan en 2015-2016, mais les Cataractes l’expédiaient le 2 janvier à Baie-Comeau en retour du vétéran Philippe Cadorette. Plusieurs auraient pu s’apitoyer sur leur sort, mais Le Soleil se souvient plutôt que le jeune gardien de 18 ans à l’époque comprenait l’occasion qui s’offrait alors. Il tient le même discours maintenant.

«Une reconstruction, ce n’est pas toujours agréable, mais pour la position de gardien de but, on peut bénéficier de moments comme ça. J’avais besoin de voir des rondelles et à Shawinigan, je n’avais pas cette opportunité», fait valoir le cerbère de 6’2”.

«Quand je suis arrivé ici, à chaque soir j’étais devant le filet et à chaque soir, je recevais des lancers, sans avoir de pression», enchaîne-t-il. «J’ai pu acquérir beaucoup d’expérience là-dedans et si aujourd’hui, je suis capable de faire une différence dans un match, je dois beaucoup à ces deux dernières années, où l’organisation m’a fait confiance et où j’ai eu la chance de développer mes habiletés individuelles.

«À partir du moment où je suis entré dans cette ligue, j’espérais avoir un poste jusqu’à 20 ans. D’avoir cette opportunité-là, à Baie-Comeau, et de faire partie du processus de reconstruction de cette équipe, qui nous mène jusqu’à aujourd’hui, je n’aurais pas pu demander mieux», enchaîne l’athlète-étudiant.

Un mentor fier

Autre avantage pour Samuel : les processus de reconstruction, il connaît. L’année précédant son échange, il était la verte recrue qui débarquait dans un jeune club. Celui qui a eu Martin Bernard comme entraîneur-chef pendant presque toute sa carrière junior, sauf trois mois, sait bien qu’il faut laisser un peu de temps aux choses pour évoluer.

«J’ai vécu l’inverse à Shawinigan, dans le processus de reconstruction, et c’était sensiblement la même chose qu’ici. On avait un vétéran de 20 ans devant le but [Marvin Cüpper] qui nous gardait dans le match, quelques bons vétérans qui faisaient la différence et beaucoup de jeunes qui poussaient. Si je me souviens bien, on jouait à peine pour ,500 après 20 matchs et on avait fini cinquième. Ça démontre que ça prend un ajustement, sans oublier que cette année, on a rentré encore beaucoup de nouveaux joueurs», souligne le natif de Lac-Etchemin.

Les jeunes formations ont toujours besoin d’un mentor. Samuel assume ce rôle avec fierté, en n’oubliant pas qu’on juge un athlète à ses résultats, pas à ses paroles.

«Comme vétéran, j’ai un rôle. J’aime m’impliquer dans le vestiaire, diriger l’équipe dans les étirements ou quand il y a des messages à passer, mais mon plus grand rôle, c’est sur la glace. Peu importe ce que je peux dire en dehors de la patinoire, si je n’arrête pas la rondelle, c’est difficile d’avoir un impact», soutient avec justesse celui qui n’a été repêché par aucune équipe de la LNH, mais qui a participé à des camps de recrue, dont le dernier du Canadien de Montréal.

Au-delà des chiffres

Les chiffres amassés par Samuel jusqu’ici cette saison témoignent de cet impact, avec notamment un pourcentage d’arrêts de 0,916, bon pour le quatrième rang dans le circuit Courteau. Le cerbère assure ne pas en faire une fixation, mais il n’ignore pas que les chiffres servent de carte de visite.

«De bonnes statistiques personnelles, ça fait partie du processus pour obtenir un contrat professionnel», convient celui qui dit s’attarder principalement au nombre de victoires et au pourcentage d’efficacité. «Mais il ne faut pas oublier que toutes ces statistiques sont influencées par l’ensemble de l’équipe et le déroulement des matchs. Je sais que c’est très cliché en disant que c’est un sport collectif, mais c’est vraiment comme ça.»

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UNE DISCIPLINE DE FER SEPT JOURS SUR SEPT

À son arrivée dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec, Antoine Samuel n’a pas eu à être convaincu de l’importance de compléter ses études. La première étape, l’obtention d’un diplôme d’études collégiales, lui a permis d’être honoré. Avec l’université, il vient d’entreprendre une autre étape.

Au terme de la dernière saison, le gardien de but a mérité le trophée Marcel-Robert, remis au joueur-étudiant par excellence du circuit, après l’obtention de son DEC en sciences humaines, profil psychologie. Il devenait ainsi le quatrième récipiendaire de ce trophée à porter les couleurs du Drakkar après Yanick Lehoux (1999-2000), Alexandre Picard-Hooper (2006-2007) et Jérémy Grégoire (2013-2014 et 2014-2015).

Antoine Samuel en action

Les efforts de Samuel avaient également été reconnus par la Ligue midget AAA, qui lui avait décerné le titre de joueur-étudiant de l’année en 2013-2014. «En termes scolaires, mon premier objectif en entrant dans la LHJMQ était d’obtenir le DEC à 19 ans pour que je puisse partir sans me casser la tête si j’avais des offres professionnelles à 20 ans. Cette année, mon nouvel objectif, c’est l’obtention de mon certificat [en psychologie de l’Université Laval].

«C’est encore plus de travail que je pensais, mais quand je vais terminer mon junior, je vais avoir un autre papier, un certificat en psychologie du développement humain, et ce sont des cours crédités pour le baccalauréat.

«Si j’ai une offre professionnelle demain matin, c’est sûr que je demeure dans le junior. Je suis ouvert à beaucoup de possibilités, mais les études sont très importantes pour moi», enchaîne celui qui est déjà en contact avec plusieurs universités.


Je suis ouvert à beaucoup de possibilités, mais les études sont très importantes pour moi»
Antoine Samuel

«Je ne veux pas compromettre mon avenir pour un an dans les mineures. Je veux me donner toutes les chances possibles pour avoir des options à la fin de la saison, que ce soit de bien me placer à l’université ou d’obtenir un contrat d’entrée dans la Ligue nationale. Ma saison actuelle va en décider.»

Horaire chargé

Avec l’horaire chargé d’un joueur junior, un jeune entreprenant des études universitaires doit observer une discipline de fer. «Chaque matin, on a un entraînement, et aussitôt que je reviens à la maison, j’essaie de faire le plus de travail scolaire possible en après-midi durant [une période de] trois à cinq heures car le soir, je déteste faire des devoirs. Je n’étudie pas dans l’autobus, mais je le fais à l’hôtel», raconte Samuel.

«Je fais aussi des devoirs les jours de match à domicile. J’aime mieux en faire sept jours sur sept, avec une petite charge à chaque jour, que d’en faire cinq jours pendant six ou sept heures. C’est quand même fatigant parce que je n’ai jamais de pause. C’est la différence avec le cégep.»

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ANTOINE SAMUEL EN QUATRE VOLETS

- Un éventuel échange

«Depuis que les choses vont un peu mieux après le mauvais début de cette saison, c’est clair dans ma tête que je veux gagner avec cette équipe-là, mais ce ne sera pas moi qui va avoir la décision finale», a souligné celui qui avait clairement demandé à ne pas être échangé l’an dernier, malgré les nombreuses demandes à son sujet. «Pour l’instant, je veux monter le plus haut possible au classement pour qu’en arrivant au congé des Fêtes, l’organisation ait une décision facile de dire qu’on est bien positionnés et qu’on y va pour gagner quelques rondes en séries. La Ligue est ouverte cette année, ça va être intéressant.»

- La distance

«Dans le junior majeur, si tu habites à plus de deux heures de l’endroit où tu joues, tu ne retourneras pas plus souvent chez vous qu’un gars qui est à sept heures de chez lui. Je suis de Québec et si je jouais à Boisbriand, je n’irais pas plus souvent chez moi. Mais à Baie-Comeau, il faut apprendre à aimer la route. À Shawinigan, on voyageait souvent la journée du match. Ici, pratiquement jamais, une fois de temps en temps à Chicoutimi et c’est tout. Ça nous fait voir les villes différemment. Moi, un morning skate à Québec, je n’avais jamais vu ça avant d’arriver à Baie-Comeau. Les longs voyages, ça permet de s’installer et d’avoir un peu plus l’impression d’être à la maison parce qu’on a un pied-à-terre.»

Avant les rencontres de vendredi, Antoine Samuel présentait un pourcentage d'arrêt de 0,916, ce qui le plaçait au quatrième rang de la LHJMQ à ce chapitre.

- Martin Bernard 

«Je l’ai dit quand il est arrivé ici : Martin, c’est un gars qui a un plan, qui est précis, clair et peu importe ce qui arrive, il s’en tient au plan et c’est ce qui nous aide comme joueur à bien se situer dans l’équipe. C’est ce qui fait que Martin a du succès avec les jeunes équipes, il aide chaque joueur à jouer dans ses forces, il est très patient. Ce n’est qu’une question de temps avant qu’on commence à connaître du succès cette année.»

- Sa famille

«Mon père est comptable pour la Société canadienne d’hypothèque et de logement, ma mère fait plusieurs choses. Elle a une formation de designer, mais elle est aujourd’hui conseillère publicitaire dans un journal et donne des cours de méditation. Elle est vraiment multifonctionnelle! Mon frère a 16 ans, il est aussi gardien et il est présentement dans un programme U17 dans la LHPS [Ligue de hockey préparatoire scolaire] et il sera peut-être au camp midget AAA à Lévis l’an prochain. Quant à ma sœur, elle a 14 ans et c’est aussi une grande sportive, surtout dans le cheerleading.»