Depuis le dernier repêchage de la LNH, le rêve d'Anthony Duclair d'évoluer un jour dans la LNH a finalement un nom, un logo et des couleurs: celles des Rangers.

Anthony Duclair: programmé pour la LNH

Son père Wendell le prédestinait à une carrière de footballeur. Anthony Duclair, lui, rêvait de filer à toute allure sur une surface glacée. Le fils l'a finalement emporté. Depuis, le duo combine ses efforts pour l'atteinte du but ultime : une carrière dans la LNH. En voie de boucler sa meilleure saison chez les Remparts, avec une récolte de 100 points dans la mire, l'attaquant montréalais de 18 ans touche finalement au rêve.
Depuis le dernier repêchage de la LNH, le rêve d'Anthony Duclair d'évoluer un jour dans la LNH a finalement un nom, un logo et des couleurs: celles des Rangers. Surtout, il a une ville : New York. Pour un jeune homme aux ambitions surdimensionnées, le scénario est digne de... Broadway!
La journée du 30 juin dernier avait pourtant mal commencé pour l'attaquant des Remparts qui, en raison d'une deuxième saison junior en deçà des attentes, avait glissé au classement des espoirs de la LNH. D'abord identifié comme un choix de première ronde, il a été réclamé au troisième tour (80e au total) par les Rangers. Soupirs de soulagement.
«J'aurais aimé sortir plus tôt, en même temps je me retrouve dans l'une des six équipes originales de la ligue. Je ne peux pas être mieux tombé», relativise-t-il aujourd'hui.
Le moment, en soi, constituait une belle victoire pour le clan Duclair, qui en a parcouru, du chemin depuis Haïti! La grand-mère paternelle d'Anthony avait quitté les Caraïbes en 1973 pour venir s'installer à Montréal, «à la recherche de nouvelles opportunités». Ses enfants, dont Wendell, nés dans leur pays d'origine, allaient suivre plus tard.
Aîné de la famille, ce dernier allait rapidement craquer pour le hockey, un sport toutefois trop dispendieux pour qu'il le pratique. À la place, Wendell et son frère Farell jouaient au soccer ou au football. En 1998, le cadet a d'ailleurs remporté la Coupe Grey avec les Stampeders de Calgary. Depuis, il a mis sur pied sa propre école privée centrée sur le football, la Everest Academy, en banlieue de Toronto.
Wendell, lui, fondait éventuellement une famille avec sa femme Dominique - ils sont aujourd'hui divorcés -, également d'origine haïtienne. Deux garçons allaient naître, Anthony et Christopher, maintenant respectivement âgés de 18 et 11 ans. Le second suit présentement les traces du premier chez les Lions du Lac St-Louis (pee-wee AAA). Il y a un an et demi, une petite Alexis voyait le jour d'une union subséquente du père.
Une famille compétitive
Ayant constaté les qualités athlétiques d'Anthony, Wendell Duclair, un gestionnaire de projets chez IBM, a eu tôt fait de le mettre à l'essai sur la glace, puis sur le terrain de football. «Mon père m'avait amené patiner et il avait vu quelque chose en moi. J'aimais vraiment ça et je pleurais à chaque fois qu'on partait. Il m'avait aussi amené à une pratique de football quand j'étais petit et j'haïssais ça. Au début, il était un peu fâché, mais il a vu qu'il y avait de quoi à faire avec mon patin. À quatre ans, il m'a inscrit au hockey organisé», relate le numéro 10 des Remparts.
C'est à partir de là que Wendell allait échafauder un vaste plan pour maximiser le potentiel de son fils. Rien ne serait négligé : cours de patinage de puissance, camps de hockey, déménagements, etc. Très vite, la volonté du paternel allait devenir le rêve du fils.
«On est une famille très compétitive. Mon père et mon oncle ont travaillé pour tout ce qu'ils ont. Ils sont partis de rien et aujourd'hui, ils ont beaucoup de succès. Je veux prendre exemple sur eux et travailler fort pour atteindre mon but. Je ne prends rien pour acquis», affirme Duclair, l'air résolu.
Depuis le premier jour, le rapide ailier droit brille par ses prouesses sur la glace. D'abord à Laval, où la famille était établie, puis à Bois-des-Filions, où elle a déménagé afin de lui permettre d'évoluer chez les Conquérants des Basses-Laurentides (pee-wee AA et bantam AAA) en compagnie des Stefan Matteau, Daniel Audette, Frédérick Gauthier et Jonathan Diaby. Au niveau midget AAA, les Duclair se déplaçaient au Lac St-Louis, où leur fils allait jouer pour les puissants Lions.
«Quand tu regardes les joueurs qui étaient dans cette équipe-là, les Jonathan Drouin, Michael Matheson, Kurt Etchegary, c'est assez incroyable. Ça explique pourquoi on avait eu une année extraordinaire...»
Ralenti par sa cheville 
Même si les Duclair avaient annoncé leur intention qu'Anthony poursuive ensuite sa carrière dans un collège américain, Patrick Roy avait pris le pari de le repêcher en juin 2011 et de le convaincre de se joindre aux Remparts. Dès son arrivée à Québec l'automne suivant, il a fait étalage de son talent.
«Au début, j'étais surpris de voir comment je réagissais devant des gars pas mal plus vieux. Je suis arrivé ici à 160 livres. J'étais vraiment petit. J'ai utilisé ma vitesse. Ça m'a aidé à faire mon chemin dans la ligue», croit celui qui a bouclé cette première saison avec 31 buts et 35 passes en 63 matchs.
L'année suivante, à sa saison de repêchage de la LNH, tout s'est écroulé. Une entorse à la cheville en début de saison a planté le doute dans la tête de Duclair. «Cette cheville-là, je l'avais déjà fracturée dans le pee-wee. Je n'avais plus la même vitesse. J'avais peur de me reblesser. Lorsque tu vas dans les coins, que tu donnes ou reçois des mises en échec, c'est le genre de blessure qui fait mal... T'as toujours peur de te tordre la cheville», admet-il aujourd'hui.
Cette année, l'histoire est tout autre. Duclair a non seulement retrouvé sa rapidité, mais aussi sa confiance devant les gardiens adverses. Ses 50 buts en 55 matchs en font foi. Un changement qui lui a valu une mise sous contrat accélérée par les Rangers en janvier et qu'il attribue aux bons conseils de l'entraîneur-chef Philippe Boucher.
«C'est un champion de la Coupe Stanley et il mérite beaucoup de respect pour ça. Il a beaucoup d'expérience et comme Patrick [Roy], il peut t'aider à accéder à un autre niveau. Il faut utiliser ça à ton avantage.»
Et ce n'est pas Duclair, un jeune homme programmé depuis l'enfance pour la LNH, qui laissera passer pareille occasion. «Mon but, dans la vie, c'est de jouer pour les Rangers de New York. En étant concentré sur ce que je fais avec les Remparts, je me rapproche de cet objectif.»
<p>Wendell Duclair n'a rien ménagé pour favoriser la progression de son fils Anthony dans le hockey: cours de patinage de puissance, camps de hockey et même... déménagements! </p>
La journée qui a tout changé
Comme tous les joueurs midget de talent, Anthony Duclair avait été courtisé par une multitude d'universités américaines et formations juniors souhaitant le voir poursuivre sa carrière dans leurs rangs. À la veille du repêchage de la LHJMQ en juin 2011, son choix était arrêté. Il évoluerait pour Boston University ou Boston College.
C'est d'ailleurs pour cette raison qu'il avait été ignoré par toutes les formations du Circuit Courteau. Un «petit obstacle» qui n'allait pas empêcher Patrick Roy de miser sur lui en troisième ronde. Ce qui allait susciter des rumeurs d'«entente secrète» à travers la Ligue.
«Mon père m'avait amené à Boston pour aller voir les différentes universités là-bas. J'ai rencontré des coachs, des joueurs, comme Alex Chiasson [Stars de Dallas], qui était à Boston University. J'ai vraiment aimé Boston University et Boston College. J'avais aussi eu une couple d'offres du Michigan, de Northeastern. [...] Ma décision était prise, mais quand je me suis fait repêcher par les Remparts, ç'a tout changé en une journée!» se rappelle celui qui, sous son air sérieux, aime bien la rigolade, si l'on se fie à son film préféré, Anchorman.
Le prestige et les moyens de l'organisation, combinés au mentorat de Patrick Roy, forçaient la famille à reconsidérer leur décision. Si une formation de la LHJMQ pouvait rivaliser avec les riches collèges américains, c'était celle-là.
«Ç'a rendu les choses compliquées. Lorsque tu te fais repêcher par les Remparts, c'est un moment unique dans ta vie et tu veux juste prendre la meilleure décision pour ton futur. Avec le recul, je pense que j'ai pris la bonne décision», soutient Anthony Duclair.
«C'était intimidant»
De leur côté, les Remparts avaient mis tout en oeuvre pour séduire l'attaquant, s'engageant notamment à défrayer ses études dans l'université américaine de son choix. «Je suis venu à Québec rencontrer Patrick et Claude [Rousseau], avec mon agent [Philippe Lecavalier] et mon père. On a parlé pendant une heure et demie. Ça m'a pris jusqu'au camp d'entraînement en août pour me décider», se rappelle Duclair, qui avait apprécié l'accueil des Mikaël Tam et Frédérick Roy.
Sa décision avait été annoncée lors d'une conférence de presse hautement médiatisée. 
«C'était intimidant. En même temps, ça m'a fait prendre conscience que c'était un autre niveau. Je comprenais que j'avais encore du travail à faire...»