Anne-Catherine Tanguay, qui a décroché une adhésion d’un an sur le circuit de la LPGA, est seulement la sixième golfeuse québécoise à obtenir ce privilège.

Anne-Catherine Tanguay: tous les atouts dans son sac

Anne-Catherine Tanguay est la sixième Québécoise de l’histoire à décrocher une adhésion complète d’un an dans la LPGA. La saison du plus important circuit de golf féminin au monde s’élance jeudi, dans le décor paradisiaque des Bahamas. Mais la golfeuse de Sainte-Foy est loin d’aller là-bas en vacances. Portrait d’une athlète résolue à faire sa place parmi les grandes avec tous les outils dans son sac pour y parvenir.

«Pour avoir suivi autant Anne-Catherine que Sara-Maude et que Maude-Aimée, je dirais que l’atout d’Anne-Catherine, c’est ce qui l’entoure. Côté talent, Maude-Aimée est plus talentueuse que les deux autres et au point de vue de la détermination, Sara-Maude avait quelque chose dans le nez que les autres n’ont pas nécessairement. Mais ce qui fait la qualité d’un athlète de haut niveau, ce n’est pas juste un ou deux aspects, c’est vraiment l’ensemble de l’œuvre. Et Anne-Catherine a ça.»

La réputation de Fred Colgan n’est plus à faire dans l’univers du golf québécois. Depuis 25 ans, il forme l’élite de demain au sein de son académie basée à Québec. Il a longtemps entraîné Sara-Maude Juneau et a suivi de près les exploits de Maude-Aimée Leblanc. Jusqu’à leur accession, ces dernières années, au titre de membre à part entière de la LPGA.

Mais atteindre le sommet est une chose, s’y maintenir en est une autre. Juneau a passé une seule saison dans la grande ligue et vient de prendre sa retraite au cours de la dernière campagne. Leblanc profite d’une exemption médicale en début de saison et dispose des cinq prochains tournois pour éviter d’être rétrogradée au statut de membre conditionnel.

Une présence clé

Colgan entraîne et conseille Tanguay depuis une douzaine d’années, soit le milieu de son adolescence. Le duo coach-athlète fait toujours équipe après avoir traversé les années juniors, universitaires (Oklahoma) et les trois dernières campagnes à écumer les circuits professionnels mineurs. Elle vient d’avoir 27 ans.

Humble, Colgan identifie avant tout la présence du cadet-agent-relationniste-conseiller Jean-Hubert Trahan pour expliquer les succès de la golfeuse. Tanguay et Trahan travaillent ensemble depuis deux ans et demi, mais forment un couple dans la vie depuis quatre ans.

«S’il fallait qu’il y ait une évaluation sur le tour, il serait probablement déjà un top 20 [parmi les cadets de la LPGA], dit Colgan. Je ne suis pas toujours sur place et il me fait des super bons rapports. Chaque fois que Jean-Hubert prend le téléphone pour me dire qu’il y a telle chose, l’exactitude de ses propos est extraordinaire. Et cet élément fait toute la différence par rapport à Maude-Aimée, Sara-Maude ou les autres qui s’en viennent», fait valoir l’entraîneur.

Les amoureux se connaissent depuis leurs années juniors. Mais la détermination et la compétitivité de Tanguay remontent à beaucoup plus loin. Elle voulait toujours être la meilleure. Le soccer a entre autres occupé son intérêt sportif pendant un temps, mais c’est le golf qui a fini par l’emporter.

«J’ai pratiqué plusieurs sports en grandissant, puis j’ai réalisé que j’avais un certain talent au golf. Et j’avais du plaisir! Je m’étais fait beaucoup d’amis dans les tournois juniors, autant des filles que des gars… comme Jean-Hubert, rigole-t-elle. On jouait des tournois ensemble et on était dans l’équipe provinciale. Fred organisait des camps en Caroline du Nord et lui était avec l’entraîneur Roger Lauzon, qui amenait sa gang de Montréal.»

Un autre monde

N’empêche que personne, elle la première, ne lui aurait alors prédit un poste plein privilèges dans la LPGA. Cette ancienne championne amateur du Québec de 2011 à 2013 a toujours avancé une étape à la fois. Pas à pas. L’an dernier, elle a terminé au huitième échelon des boursières du circuit Symetra, ligue-école de la LPGA.

C’est ce qui l’amène à s’attaquer dès jeudi au parcours de Paradise Island pour la Classique Pure Silk, tournoi doté de 1,4 million $ en bourses. La gagnante aux Bahamas empochera 210 000 $ et d’éviter la coupe après deux jours vaut au minimum 2489 $. Un autre monde. À titre comparatif, le tournoi d’ouverture du circuit Symetra l’an dernier a permis à la meilleure d’encaisser 18 750 $, tandis que de franchir la coupe équivalait à un chèque minimum de 390 $. 

Un monde où Tanguay a brièvement posé les crampons en 2016, avec 10 tournois de la LPGA. Un monde où elle habitera les 11 prochains mois. Un monde où elle fera tout pour rester.

Sans pour autant dénaturer ce qui lui a permis d’atteindre ce niveau. «L’état de mon jeu à ce temps-ci de l’année est mieux que les dernières années», a-t-elle confié, mi-janvier, après avoir fini deuxième d’un tournoi préparatoire de trois jours à Phoenix, en Arizona, sur le mini-circuit Cactus.

Une occasion de retrouver ses repères et de jauger ses forces et faiblesses au terme du plus long entre-saison de sa carrière. «J’ai ce que ça prend. Mon jeu est d’assez bon calibre pour la LPGA. Je devrai donc continuer de faire la même chose que la saison passée, mais sur des terrains plus difficiles.»

Gare à la perte de poids

Son jeu court, les roulés et autour des verts, laisse encore place à l’amélioration. Tanguay estime en contrepartie son jeu long tout à fait adéquat pour la grande ligue. Ses cinq pieds, quatre pouces et 125 livres ne sont rien pour l’empêcher de livrer des claques de départ au-dessus de la moyenne.

Elle doit toutefois veiller à ne pas trop perdre de poids au cours de la longue saison. Le stress lui coupant l’appétit, il n’était pas rare de la voir fondre d’une dizaine de livres au cours de ses dernières campagnes, perdant du coup de la masse musculaire et autant de force dans ses élans.

Surtout que le calendrier 2018 de la LPGA comprend pas moins de 34 tournois dans 14 pays. Elle ne les jouera pas tous, sa participation aux cinq majeurs n’étant entre autres pas assurée, mais espère surtout se classer parmi les 60 ou 70 meilleures boursières début septembre afin d’embarquer dans l’avion de la tournée asiatique automnale.

«Je sais que la compétition est vraiment forte. Toutes les joueuses de la LPGA sont prêtes et au maximum de leur forme. Je ne sous-estime pas la compétition, loin de là, mais je suis très contente et j’ai très hâte de commencer à jouer», s’exclame celle qui se rendra pour la première fois en Australie, mi-février, jouer le deuxième tournoi de la saison.

Selon Fred Colgan, l’entraîneur d’Anne-Catherine Tanguay, un des éléments qui explique les succès de la golfeuse est la présence à ses côtés de Jean-Hubert Trahan, qui est non seulement son cadet depuis deux ans et demi, mais également son amoureux dans la vie depuis quatre ans.

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5 «BÂTONS» ESSENTIELS

Ses parents : Lucie Bellemare et Yvan Tanguay

«Quand j’étais jeune, ma mère était vraiment mordue du golf et je la suivais au terrain. Elle est encore mordue, mais ne joue plus beaucoup. Elle m’a beaucoup suivie ces dernières années, alors quand elle est à la maison, elle prend un peu de repos du golf. Mon père aussi me suit un peu partout et les deux adorent ça à mort!»

Son chum et cadet : Jean-Hubert Trahan

«On communique assez bien pour passer à travers certaines situations. On ne remet pas notre relation en question pour des différends liés au golf. Et on est faits pour passer nos journées ensemble! On prend les décisions à deux et on a des buts communs, mais je n’ai jamais l’impression de jouer pour deux sur le terrain.»

Son entraîneur : Fred Colgan

«Il me connaît comme joueuse et comme personne. Il essaie toujours de prendre des décisions basées sur ma façon de fonctionner et on fait ces choix ensemble, autant pour une correction dans mon élan que pour un spécialiste que je dois consulter. C’est une relation de confiance et je suis chanceuse de l’avoir encore avec moi.»

Son alliée : Alena Sharp

L’Ontarienne de 36 ans arrive au deuxième échelon des golfeuses canadiennes après Brooke Henderson. «Elle est vraiment d’une bonne aide, autant pour des suggestions sur le terrain que pour des trucs pour voyager en Australie. Et même chose avec Jean-Hubert, qui va demander conseil à la cadette d’Alena, Sarah Bowman.»

Son modèle : Annika Sorenstam

La Suédoise a dominé la LPGA de 1995 à 2005. «Pour son éthique de travail et la Vision54», approche consistant à viser l’oiselet sur chaque trou d’une normale 72 (72-18=54) mise sur pied par son entraîneuse et mentor, Pia Nilsson. «Sorenstam est encore impliquée dans le golf et qui sait si je ne la croiserai pas un jour!» Olivier Bossé

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Québécoises avec statut complet dans la LPGA

(nom, ville, première saison)

  • Anne-Catherine Tanguay, Sainte-Foy, 2018
  • Sara-Maude Juneau, Fossambault, 2013
  • Maude-Aimée Leblanc, Sherbrooke, 2012
  • Lisa Meldrum, Montréal, 2010
  • Isabelle Blais-Beisiegel, Saint-Hilaire, 2004
  • Jocelyne Bourassa, Shawinigan, 1972