Martin Pouliot puis Patrick Baron ont mené les Alouettes de Charlesbourg à six championnats de suite de 1995 à 2000.
Martin Pouliot puis Patrick Baron ont mené les Alouettes de Charlesbourg à six championnats de suite de 1995 à 2000.

Alouettes de Charlesbourg: vol au-dessus d’un nid de champions

Il s’agit de l’objectif de toutes les équipes. Si plusieurs ont eu le plaisir de savourer le champagne de la victoire, d’autres ne parviennent jamais à atteindre le pinacle de leur discipline sportive. Il y a 25 ans, les Alouettes de Charlesbourg entreprenaient une incroyable croisade qui les mènera à six conquêtes de suite du championnat des séries éliminatoires de la Ligue de baseball junior élite du Québec. Voyage au cœur d’une dynastie!

En marge du début de la saison de la LBJEQ, qui se met en branle mercredi, Le Soleil a discuté de cette période faste avec quelques membres de l’époque glorieuse des Alouettes. Un quart de siècle plus tard, ils n’ont rien oublié.

La palme du plus grand nombre de championnats successifs appartient aux Celtics de Boston, qui l’ont emporté huit fois de suite dans la NBA (basketball) de 1959 à 1966. Au baseball, il faut remonter à il y a 100 ans pour découvrir les sept championnats d’affilée des que les Orioles de Baltimore de 1919 à 1925 dans la Ligue internationale (AAA).

«Les records sont faits pour être battus et peut-être qu’une équipe junior parviendra à en gagner six de suite, un jour, mais c’est assez rare comme exploit. Ce qu’il y a de plus méritoire, c’est de l’avoir fait avec un groupe d’âge», indique Martin Pouliot, qui était à la barre de l’équipe pour les cinq premiers titres.

«Les Alouettes ont tout gagné pendant deux cycles complets de trois ans, c’est immense comme accomplissement. Avec le recul, on se rend compte de l’importance de l’exploit», note Patrick Baron, pilote de la sixième victoire.

Le cycle du baseball junior n’a jamais affecté les Alouettes. Une fois le noyau bien huilé, en 1995, la roue n’a jamais cessé de tourner. À des vétérans bien établis, des recrues de qualité s’amenaient et avaient le temps de se développer. Bien sûr, quelques habiles transactions et des repêchages régionaux perspicaces étaient aussi des ingrédients importants à la savoureuse sauce charlesbourgeoise.

«Quand tu connais la recette, tu ne veux pas la donner aux autres. La qualité des Alouettes, c’était la force de caractère. Dès qu’on avait de l’adversité, on se levait, il n’y avait rien pour nous ébranler», admet Pouliot.

Joce Blais, Patrick Deschênes, Olivier Lépine et Guy Roy faisaient partie de ce nid de champions. Nous aurions aussi pu parler à Carl Boissoneault, François Laverdière, Julien Lépine, Mathieu Côté, Stéphane Pouliot, Tommy Castegan, Jean-Sébastien Langlois, Marc-André Charbonneau, Kevin Tremblay, Yannick Bergeron, Michel Simard, Charles Tasiaux et plusieurs autres pour la réalisation de ce reportage, mais l’espace aurait manqué…

Le premier 

Personne ne s’attendait à ce que cette équipe ayant joint les rangs de la Ligue Montréal Junior à la suite d’une fusion avec la Ligue junior majeur du Québec ne l’emporte dès sa première saison en 1995. Surtout pas contre la puissante machine des Bisons de Saint-Eustache. Mais plusieurs avaient oublié que les Alouettes s’étaient inclinés deux fois de suite en finale de l’autre circuit juste avant.

«On affrontait la grosse équipe qui devait tout gagner, mais on avait réussi à faire croire aux gars qu’on pouvait l’emporter, nous aussi. On misait sur deux recrues dominantes, avec Patrick et Oli, et pleins de petits guerriers», se souvient Pouliot.

C’était le début d’une aventure qui allait durer six ans, rien de moins. Arrivé de la Rive-Sud, où la disparition des Ambassadeurs l’a amené dans la famille des Alouettes, le lanceur droitier Guy Roy a vécu le second championnat de 1996, encore contre Saint-Eustache, en observant bien les vétérans qui montraient l’exemple.

«J’étais une verte recrue, on suivait nos joueurs d’expérience. Chaque année, au camp, on savait qu’on allait se rendre jusqu’au bout. Quand je regarde ça, aujourd’hui, c’était comme si on avait gagné un championnat, mais qu’il a duré pendant six ans. Je me considère chanceux d’avoir joué à cette époque, on était dans le junior, mais c’était comme chez les pros», souligne Roy.

Et pour cause, le baseball junior était en pleine effervescence à ce moment, le Stade municipal venait de reprendre vie, les médias couvraient tous les matchs, les intervenants multipliaient les déclarations colorées. Plus de 3500 personnes avaient assisté à un match entre les Alouettes et les Diamants. En finale, il n’était pas rare que plus de 1000 personnes s’entassent dans les gradins de bois et le long des clôtures du parc Henri-Casault, plus de 10 000 spectateurs ont suivi la série Québec-Charlesbourg en 1995.

«Je me souviens qu’un match a déjà été retardé 45 minutes parce que le monde rentrait encore dans le stade, espérons que les jeunes auront un jour la chance de vivre cela», ajoute Roy, qui a vécu quatre championnats comme joueur et un autre comme adjoint.

En 1997, rien ne pouvait empêcher la réalisation du tour du chapeau, bien qu’il aura fallu un circuit dramatique (voir autre texte en page 61) après deux retraits en fin de dernière manche d’un septième match de Patrick Deschênes pour semer la joie au Stade Henri-Casault.

«Même si on avait un club paqueté, ça reste l’année où on a le plus failli perdre», note Pouliot à propos de troisième titre.

«J’ai un tatouage sur la poitrine avec toutes les années où on a gagné le championnat. Et on n’avait pas le choix de le faire en 1997 parce que je l’avais fait mettre avant la finale…», raconte avec le même sourire qu’à ses 20 ans le capitaine de cette bande, Joce Blais.

Surnommé le Bouledogue pour sa fougue, son intensité et son désir de vaincre, Blais faisait tout sur un terrain. Il lançait, frappait, jouait à toutes les positions. Il retournait même la balle à 90 milles à l’heure au lanceur qui refusait ses signaux lorsqu’il agissait comme receveur. Lors de son passage à l’Académie de baseball du Canada, à Montréal, il a aussi fait de la boxe avec Yvon Michel, du trampoline avec Annie Pelletier et de l’athlétisme avec Bruny Surin. Il était un touche-à-tout, le travail ne lui faisait pas peur.

«Il n’y a pas si longtemps, j’ai jasé avec Stéphane Pouliot [qui a été l’un des meilleurs lanceurs de l’histoire de l’équipe]. Il m’a dit que j’avais été son mentor, qu’il était devenu l’homme qu’il est un peu grâce à moi. Je trouve ça flatteur que les gars aient placé autant de respect envers moi. Je n’ai jamais essayé d’être le meilleur, ce qui comptait pour moi, c’était de tout faire pour rendre l’équipe meilleure», confie Blais, qui était aussi sur la même longueur d’onde que son entraîneur. Il avait même patienté un an à sa sortie du midget AAA pour jouer avec les Alouettes parce que Pouliot n’était pas encore en poste.

Trop forts 

Déjà détenteur de la triple couronne, les Alouettes ont frappé un grand coup avant le début de la saison 1998 en faisant l’acquisition du menaçant frappeur Martin Johnson, qui allait battre le record des points produits dans la Ligue avec 70.

«On était vraiment trop fort. Avant la finale, on avait décidé que ce serait le fun de gagner le championnat à la maison. On avait donc remporté le premier match, perdu le deuxième à Sherbrooke, et balayé les trois suivants pour gagner devant nos partisans», raconte Olivier Lépine en rappelant qu’à ce moment, les neuf frappeurs de l’alignement devaient avoir conservé des moyennes offensives supérieures à .300.

Le cinquième championnat en 1999 sera le dernier sous l’ère de Pouliot, qui causera la surprise en quittant les Alouettes par la suite pour se joindre aux Diamants.

«Quand j’avais dit aux gars que je m’en allais à Québec, ils pensaient que je devenais l’adjoint de Jay Ward avec les Capitales. Lorsqu’ils ont su que c’était avec les Diamants, ils me disaient, “Pidz, es-tu sérieux?” Ils m’ont fait savoir ce qu’ils en pensaient dans les séries en nous balayant en quatre matchs l’année suivante [2000]… S’il y a une chose que je regrette dans ma carrière, c’est d’avoir quitté les Alouettes. Je pense qu’on aurait pu gagner d’autres championnats dans les années suivantes», disait avec une vue de recul ce dépisteur professionnel des Capitals de Washington (LNH) qui a finalement accroché sa casquette de baseball au terme de la dernière saison, où il dirigeait les Voyageurs de Jonquière.

Ironie du sort, Patrick Baron avait fait le chemin inverse pour venir diriger les Alouettes, lui qui était avec les Diamants en qualité d’adjoint à Sylvain Saindon.

«On avait connu une aussi bonne saison que les Diamants, mais personne ne parlait de nous. Je pense qu’on avait fini au premier rang grâce à un balayage d’un programme double contre Québec en toute fin de saison. En séries, on avait éliminé Québec et LaSalle en quatre. Je n’avais rien changé à la recette, l’équipe savait ce que ça prenait pour gagner. Et avec Michel Simard, on avait un releveur numéro qui jouait un rôle prépondérant. Il était notre “Game Over” du temps», indique Patrick Baron, l’entraîneur-chef de cette sixième conquête.

Baron rappelle que la pression était énorme en 2001 sur les épaules de l’équipe pour l’obtention d’un septième championnat. Les Alouettes s’inclineront en sept matchs de la première ronde éliminatoire face aux Diamants.

«J’ai quand même trouvé ça le fun que ce soit mon équipe qui mette fin à leur séquence», avouera Pouliot avec un petit sourire en coin, le même qu’à l’époque où il couvait ce nid de champions.

Les six championnats

  • 1995

Victoire en 6 matchs contre Saint-Eustache

Joueur le plus utile

en séries: Joce Blais

Entraîneur-chef : Martin Pouliot

  • 1996

Victoire en 5 matchs contre Saint-Eustache

Joueur le plus utile en séries: Patrick Deschênes

Entraîneur-chef : Martin Pouliot

  • 1997

Victoire en 7 matchs contre LaSalle

Joueur le plus utile

en séries : Patrick Deschênes

Entraîneur-chef : Martin Pouliot

  • 1998

Victoire en 5 matchs contre LaSalle

Joueur le plus utile en séries : Stéphane Pouliot

Entraîneur-chef : Martin Pouliot

  • 1999

Victoire en 6 matchs contre Trois-Rivières

Joueurs les plus utiles en séries : Marc-André Charbonneau et Yannick Bergeron

Entraîneur-chef : Martin Pouliot

  • 2000

Victoire en 4 matchs contre LaSalle

Joueur le plus utile en séries: Yannick Bergeron

Entraîneur-chef : Patrick Baron