Cette saison, avec le Crunch de Syracuse, le rapide patineur de 21 ans affichait une récolte de 33 buts et 64 points en 71 matchs, avant celui de vendredi soir. Ce qui le place au sommet des recrues, certes, mais aussi de tous les buteurs de la LAH.

Alex Barré-Boulet: l'éclair de Montmagny brille

La LNH n’en voulait pas. Alex Barré-Boulet a dû dominer le junior, l’an passé à 20 ans, pour arracher un premier contrat professionnel. Et voilà que le petit centre de Montmagny pourrait devenir le premier Québécois nommé recrue de l’année dans la Ligue américaine depuis Daniel Brière, soit en plus de 20 ans, et aussi gagner le championnat des buteurs.

Pas mal pour un attaquant de 5’ 10” et 170 lb jamais repêché. Et sur lequel 30 équipes de la LNH ont levé le nez, malgré une dernière saison junior du tonnerre de 53 buts et 116 points, à bord de l’Armada de Blainville-Boisbriand.

Après des invitations aux camps des Kings de Los Angeles (2016) et des Golden Knights de Las Vegas (2017), le Lightning de Tampa Bay lui a finalement consenti une entente de trois ans, en mars 2018. Sûr qu’ils ne le regrettent pas.

Cette saison, avec le Crunch de Syracuse, le rapide patineur de 21 ans affichait une récolte de 33 buts et 64 points en 71 matchs, avant celui de vendredi soir. Ce qui le place au sommet des recrues, certes, mais aussi de tous les buteurs de la LAH.

«Je vais essayer de ne pas trop y penser en fin de semaine, sinon je risque justement de ne pas scorer», a-t-il confié au Soleil, à l’idée de remporter le championnat des buteurs de la LAH. Il serait le premier Québécois à réussir l’exploit depuis Alexandre Giroux, en 2009-2010.

«Si ça arrive, ça arrive et si ça n’arrive pas, ça n’arrive pas, résume Barré-Boulet. Mais c’est sûr que je ne m’attendais pas à ça. Au début de l’année, je n’aurais même jamais pensé être en lice pour le championnat des buteurs, alors je suis content de ce que j’ai. Si je ne finis pas premier, ce n’est pas plus grave.»

«Je n’ai pas trop regardé mes stats au courant de l’année, poursuit-il. J’ai travaillé fort et la rondelle rentrait. Je dois beaucoup aux vétérans. Quelques fois, c’était juste des tap in, j’avais juste à mettre la rondelle dans le filet parce que le jeu était déjà tout fait!» assure le numéro 12, reconnaissant quand même avoir souvent eu son mot à dire.

Esprit d’équipe fort

Mais à l’approche d’un dernier week-end chargé, Barré-Boulet avait plus l’esprit aux succès collectifs qu’à ses prouesses individuelles. Le Crunch boucle son calendrier de 76 rencontres de saison avec trois rendez-vous consécutifs vendredi (Laval), samedi (Rochester) et dimanche (à Utica).

Syracuse et Rochester luttent pour le championnat de la division Nord, tandis que Laval et Utica ne participeront pas aux séries éliminatoires. Dans une ligue qui, penserait-on, ne vit que pour les performances des joueurs et leurs éventuels rappels dans la Ligue nationale. Mais rien de plus faux, rétorque Barré-Boulet.

«Le Lightning a tellement eu une grosse saison que bien peu de gars dans notre vestiaire s’attendaient à être rappelés. On a vraiment une bonne chimie d’équipe et on fera tout pour gagner la Coupe Calder. De toute façon, si tu es un joueur individuel, tu ne l’auras jamais, l’appel, parce que Tampa se renseigne si tu es un bon coéquipier, si tu fais ce que tu as à faire», explique-t-il.

Ce bon esprit d’équipe se traduit par le soutien de joueurs d’expérience auprès des recrues comme lui. «Mon ajustement s’est bien fait avec tous les vétérans qu’on a, Gabriel Dumont, Hubert Labrie, Cory Conacher, Andy Andreoff. Ils nous ont beaucoup aidés à nous ajuster et [l’entraîneur-chef] Benoît Groulx fait de l’excellent travail avec les jeunes pour qu’on s’adapte.»

L’effet Benoît Groulx

Il connaissait Groulx surtout de nom, de réputation et pour l’avoir affronté à sa première année junior, alors que Barré-Boulet s’alignait avec les Voltigeurs de Drummondville et que Groulx dirigeait les Olympiques de Gatineau.

«Benoît m’a donné un rôle important sur le jeu de puissance dès le début de la saison et ça m’a aidé à bâtir ma confiance. À partir de là, j’ai établi mon jeu à cinq contre cinq et ç’a bien été.»

«Benoît est un coach honnête. Si tu joues bien, il va te le dire, mais si tu ne joues pas bien, il va te le dire aussi! J’aime autant ça que de ne pas le savoir», affirme-t-il en riant, Groulx n’étant pas reconnu pour passer par quatre chemins.

Avec Groulx à la barre de l’équipe et son adjoint Gilles Bouchard, qui pilotait les Huskies de Rouyn-Noranda dans le junior l’an passé, le lien joueur-entraîneur s’avère plus facile, admet l’attaquant québécois.

«C’est plus simple qu’avec un gars qui ne parle qu’en anglais et qui ne te connaît pas. Et si jamais tu ne comprends pas quelque chose, ils peuvent te l’expliquer en français», constate-t-il.

Se faire à manger

À l’extérieur de la patinoire, sa plus grande adaptation réside dans le fait d’habiter en appartement pour la première fois, seul. Dans le junior, il logeait chez une famille de pension autant à Drummond qu’à Blainville.

Là, il doit lui-même mitonner ses repas et s’arranger pour y trouver tout ce dont un athlète de pointe a besoin pour bien performer. Par chance que dans cette ville de l’État de New York voisine du lac Ontario, il n’a pas trouvé de restaurant qui sert de la poutine!

Maintenant, c’est concentration sur la fin de saison, ensuite les séries de la Coupe Calder. Il passera après la majeure partie de l’été à Montréal, sous l’égide du préparateur physique du Lightning, Mark Lambert. 

Puis opération charme en septembre, pour tenter de décrocher un poste avec le grand club. «Ce sera à moi faire ma place! Je serais bien content de rester à Tampa, mais s’ils me retournent à Syracuse, je serai bien content aussi.»

«C’est évident que les possibilités de percer l’alignement avec un club fort comme le Lightning sont plus rares, mais j’aime mieux une organisation qui gagne qu’une organisation qui a de la misère», conclut Barré-Boulet, fier porteur de l’éclair.

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LE PRIX DES PRIX

Depuis 10 ans, la moyenne de matchs disputés dans la LNH la saison suivante par les récipiendaires des principaux titres individuels de la LAH :

22 

Joueur par excellence (prix Les Cunningham)

29 

Premier buteur (prix Willie Marshall)

43 

Meilleure recrue (prix Dudley Garrett)