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La loyauté au cœur du parcours de Patrice Bergeron

Comme le long fleuve tranquille qui coule au bas de la côte où il a grandi, Patrice Bergeron s’impose tout naturellement dans le paysage de la LNH. Bien ancré à ses racines, coéquipier d’une loyauté exemplaire et fidèle à l’équipe qui lui a fait confiance, il fait partie depuis déjà plusieurs années des joueurs les plus respectés de sa génération. En prévision de sa 15e saison dans la LNH, qui lui permettra de disputer son 1000e match en carrière. Le Soleil l’a rencontré, à la fin de l’été, avant qu’il ne mette le cap vers Boston, où les Bruins disputent leur match d’ouverture locale, lundi.

Patrice Bergeron n’est pas du genre à prendre le plancher. Il laisse plutôt parler ses actions qui lui ont permis d’atteindre la LNH à 18 ans. Il pourrait aussi atteindre les plateaux des 300 buts et des 800 points dans la LNH au cours de l’actuelle saison.

Sa feuille de route est impressionnante avec une Coupe Stanley en poche et des médailles d’or aux Jeux olympiques, à la Coupe du monde, au Championnat du monde senior, au Mondial junior et même à la Coupe Spengler pendant le lock-out de la LNH de 2012. Tout ce qu’il touche se transforme en succès. 

 Et on n’a pas encore parlé des honneurs individuels que Bergeron collectionne, comme le trophée Frank-Selke qu’on lui a remis quatre fois en qualité de meilleur attaquant défensif de la LNH, et le King-Clancy, pour son implication dans la communauté.

«En fait, je ne joue que pour un seul trophée, soit la Coupe Stanley. Même chose dans les événements internationaux, ce qui compte, c’est uniquement la médaille d’or. À mes yeux, tout accomplissement collectif surpasse n’importe quel honneur personnel. Lorsqu’on me nomme pour un trophée, c’est aussi mes coéquipiers que l’on récompense, car tout se passe en équipe», dit-il avec humilité.

Ce trait de caractère le suit depuis toujours. Peu importe où il est passé, le numéro 37 n’a jamais porté ombrage à quiconque.

«Je suis réservé, je suis à mon affaire. Je ne joue pas à la vedette, c’est bien la dernière chose que je voudrais que l’on dise de moi. J’ai pris de l’assurance avec le temps, et dans le vestiaire, je suis plus à l’aise de prendre la parole qu’à mes premières années. Je parle, j’encourage, mais j’essaie aussi de ne pas toujours avoir le même discours, parce que le message ne passe plus lorsqu’on parle tout le temps ou qu’on devient monotone», souligne le centre de 33 ans.

Déjà loyal dans le midget AAA

Le hockey lui a apporté gloire et fortune, mais Bergeron reste terre à terre devant tout cela. Il est concentré sur le moment présent, mais ne s’interdit pas d’apprécier ce qu’il a vécu depuis le début de sa carrière.

«Les plus vieux joueurs me disaient de bien vivre chaque moment, chaque expérience, parce que ça passait très vite. En vieillissant, j’essaie de le faire au jour le jour, autant sur la glace qu’à l’extérieur. Je ne suis pas toujours en train de regarder ce que j’ai fait, mais j’en suis fier. J’ai réalisé le rêve de pas mal de ti-gars du Québec, tout en restant concentré sur ce que je fais.»

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Les 4 Fantastiques du cross-country

Quatre filles de Québec de tout juste 20 ans sont en ce moment les étoiles les plus brillantes au firmament de la course à pied québécoise. Membre de la même équipe universitaire de cross-country avec le Rouge et Or de l’Université Laval cet automne, leur trajectoire pourrait les mener jusqu’aux Jeux olympiques.

Regardez-les bien courir. Et ne clignez pas des yeux, elles courent vite. Pas comme le Flash, mais presque. Plus comme quatre superhéroïnes qui feraient régner la loi sur les parcours en milieu naturel tout l’automne. Les 4 Fantastiques du cross-country, mais sans l’homme-roche, la femme invisible, monsieur élastique ou la torche humaine. Catherine Beauchemin, Anne-Marie Comeau, Aurélie Dubé-Lavoie et Jessy Lacourse, elles, leur superpouvoir, c’est la course.

«C’est de loin l’équipe féminine de cross-country la plus forte que j’ai dirigée en huit ans avec le Rouge et Or. Ça n’a rien à voir ce qu’on a eu dans le passé», affirme d’emblée l’entraîneur Félix-Antoine Lapointe, autour de qui elles se sont réunies.

«Ça témoigne d’une évolution marquée de la course à pied dans la région de Québec au cours des dernières années, mais ça va au-delà de ça. On a vraiment affaire à quatre athlètes d’exception. Ce n’est pas toutes les années qu’on en a quatre comme elles qui choisissent de venir dans la même équipe», indique le coach.

Ce qui lui permet d’envisager une domination sur la scène provinciale universitaire pendant trois ans, puisque Beauchemin est une verte recrue, Comeau et Lacourse des athlètes de deuxième année, tandis que Dubé-Lavoie écoule sa troisième de cinq saisons d’admissibilité au sport universitaire.

«C’est donc trois ans où l’équipe a le potentiel d’être parmi les meilleures au pays», poursuit celui qui s’attend à conserver le titre provincial de 2017 et «à tout le moins» répéter un podium sur la scène canadienne universitaire féminine, comme l’an passé.

«Et si les choses vont bien, on devrait être compétitives pour la victoire», ajoute un Lapointe à la fois confiant et réaliste de pouvoir en découdre avec les puissances ontariennes des universités de Toronto, Queen’s et Guelph, lors du Championnat canadien du 10 novembre, à Kingston.

À moins d’une surprise, seulement l’une de ces quatre équipes rentrera sans médaille. «Ce ne sera pas nous!» clament les quatre filles en chœur.

De vraies amies

En plus de se côtoyer à l’entraînement la semaine et en tête des courses la fin de semaine — Beauchemin, Lacourse et Dubé-Lavoie ont rempli le podium de l’épreuve de 6 km sur les plaines d’Abraham samedi dernier, pendant que Comeau réalisait le septième temps de l’histoire pour une Québécoise sur demi-marathon, à Montréal —, les quatre filles sont aussi de vraies amies.

Elles se connaissent depuis le secondaire. «On faisait de l’athlétisme scolaire et comme Catherine n’était pas dans la même course que moi, je lui avais emprunté ses souliers à crampons, raconte Aurélie. C’est là qu’on s’est connues!

«Je connais Anne-Marie depuis qu’on a 13 ans, continue--t-elle. Anne-Ma, Jess et moi avons aussi participé ensemble aux Championnats panaméricains juniors en 2015, à Edmonton.

«Je suis tout le temps contente si c’est Jessy ou Cat ou Anne-Marie qui gagne une course à laquelle j’ai participé. On est tellement égales toutes les quatre que ça va dépendre du parcours et de qui a la meilleure journée. On s’échange ça», explique celle qui a été nommée athlète féminine par excellence du cross-country universitaire québécois l’an dernier, après son titre de meilleure recrue en 2016. Le titre de recrue est revenu à Comeau, en 2017.

Écrire l’histoire

Lacourse révèle qu’après un exil de 13 ans à Victoriaville, «je sentais le besoin, la presse de devoir venir changer quelque chose si je voulais continuer à progresser et ne pas me blesser».

«Je savais qu’il y avait des bonnes filles qui couraient ensemble à Québec et j’étais tannée de courir toute seule dans des infrastructures en béton. Alors au milieu de mon cégep, en plein hiver, j’ai appelé Félix-Antoine pour voir si je pouvais me joindre à son groupe. Ça fait trois ans», fait valoir Lacourse, par ailleurs nommée athlète féminine par excellence au Québec en athlétisme universitaire la saison dernière.

Car si elles sont à la fois coéquipières et rivales dans les sentiers à l’automne, sur piste, l’hiver et l’été, Lacourse et Beauchemin se livrent une chaude lutte au 3000 mètres steeplechase. Elles s’échangent le record provincial féminin senior civil depuis trois ans.

Alors qu’aucune coureuse québécoise n’était passée sous la barre des 10 min 30 il y a à peine quatre ans, le record que détient Beauchemin depuis cet été est de 9:57,82, une seconde et demie de mieux que les 9:59,37 enregistrées par Lacourse quelques semaines plus tôt. «Ces deux-là sont en train d’écrire l’histoire de cette épreuve au Québec», insiste coach Lapointe.

Pendant ce temps, hors des sentiers, Dubé-Lavoie se concentre sur les courses de demi-fond de 1500 et de 5000 mètres et Comeau vise les longues distances autant en espadrilles qu’en ski de fond. Elle a participé aux Jeux olympiques d’hiver de PyeongChang, en février dernier.

Effet d’émulation

Seule du quatuor à ne pas venir précisément de Québec, mais de Saint-Ferréol-les-Neiges, à l’ombre du Mont-Sainte-Anne, Comeau déniche une stimulation supplémentaire quand elle retrouve ses trois comparses à l’entraînement, les soirs de semaine. «Quand on est ensemble, je force plus sans m’en rendre compte», avoue-t-elle.

Cet effet d’émulation ne peut que profiter aux quatre, estime leur mentor. Les groupes d’entraînement d’élite sont chose courante dans l’univers de la course à pied et ont fait leurs preuves.

«On ne court pas l’une contre l’autre, mais l’une avec l’autre, résume Lacourse. Après la course de samedi passée, on s’est toutes tapé dans les mains!»

Sur les bancs d’école, Beauchemin amorce ses études en médecine, Comeau étudie l’administration des affaires, Dubé-Lavoie le droit et Lacourse l’éducation préscolaire et primaire.

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Le retour vers le futur de Patrick Roy

Mai 2013. Onde de choc dans le monde du hockey. Patrick Roy quitte les Remparts de Québec et fait le saut dans la LNH comme entraîneur-chef de l’Avalanche du Colorado. Une décision réfléchie, mais aucunement planifiée. Tout au long de la saison précédente, le Diable rouge en chef pensait plus à bâtir une équipe en prévision de la Coupe Memorial qu’à remporter la Coupe Stanley. À l’occasion de son retour derrière le banc, Le Soleil revient sur ses derniers mois à la barre des Remparts, le club qu’il n’a quasiment jamais quitté.

Ironiquement, c’est la construction de l’amphithéâtre où Patrick Roy dirigera son premier match, samedi après-midi, qui l’influencera, en partie, à mettre les voiles vers Denver à un moment charnière de l’histoire du club junior.

«Ce n’était pas dans mes intentions de quitter les Remparts. Ce que je voulais, c’était d’être derrière le banc lors de la Coupe Memorial de 2015, parce qu’on avait déjà commencé à réfléchir à l’idée de l’accueillir pour la dernière année au Colisée Pepsi», rappelle celui qui rentre à la maison après une absence de cinq ans.

Symbole de son retour vers le futur, l’entrevue se déroule sur la Place Jean-Béliveau avec vue sur les deux arénas l’identifiant aux Remparts. Celui d’hier, celui d’aujourd’hui.

Quelques années avant de partir pour le Colorado, Roy avait refusé une offre pour diriger les Capitals de Washington. D’autres clubs ont aussi tâté le terrain, sans le sortir de sa ville.

«Quand j’ai rencontré Joe [Sakic] et Josh Kroenke, j’avoue avoir eu le goût de voir ce que je pouvais faire à un autre niveau. Je savais aussi que les gens voudraient que les Remparts évoluent au Centre Vidéotron, qu’on ne pourrait pas garder l’équipe. Sans dire que j’avais moins de sentiment d’appartenance, ça m’ouvrait un peu plus la porte pour aller vivre une autre expérience. Le meilleur scénario pour assurer la survie des Remparts était ensuite passer le flambeau et de vendre le club à Québecor», rappelle-t-il à propos de la transaction ayant été conclue pendant l’année de cette fameuse Coupe Memorial.

Roy tournait ainsi la page sur huit ans de coaching et de 10 comme directeur général des Remparts. Il est toujours animé par la même flamme, mais s’amène sans vouloir revivre certains épisodes, appelons-les folkloriques.

Plus sage

«J’ai lu quelque chose sur Bill Belichick [entraîneur des Patriots de la Nouvelle-Angleterre dans la NFL], qui se considérait meilleur après son passage à Cleveland. Je pense aussi être rendu à une autre place. J’ai plus d’expérience, mes trois saisons dans la LNH m’ont été très profitables, comme mes deux hivers à ne rien faire. Je déteste perdre, et ça ne changera jamais. Je vais toujours être intense et allumé. Sauf que mon approche sera différente. Je pense être plus sage, aujourd’hui, je recherche moins ça. J’ai pris le temps de faire une introspection, un examen de conscience. Il y a peut-être des limites que je ne franchirai plus», admet celui qui fêtera bientôt son 53e anniversaire.

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Benjamin et Christophe Gagné: frères de sang, frères de sports

L’important, c’est de participer, pas vrai? Non, pas ici. Dans cette maison, tant qu’à jouer, on joue pour gagner. Toujours. À tout. Les frères Gagné portent bien leur nom. Christophe évolue comme secondeur du Rouge et Or football de l’Université Laval et Benjamin occupe un poste de défenseur chez les Remparts de Québec. Voici leur famille, leur histoire.

On roule dans un secteur très résidentiel, au bout de Saint-Augustin-de-Desmaures. Dans l’entrée de la maison, une motomarine. Au bord de la rue, un panier de basketball où ont été disputés un nombre incalculable de matchs épiques. Matchs au terme desquels les joueurs, souvent, se sont aussi disputés.

«Si on joue l’un contre l’autre aux jeux vidéo, celui qui perd va nécessairement finir fâché», constate Christophe, l’aîné, dans un élan de lucidité fraternelle. «Ça joue aux cartes, au Monopoly, n’importe quoi, ils pognent les nerfs!» résume maman Marie-Josée, qui a trop souvent vu un rejeton frustré de perdre contre l’autre pour ne pas en rire.

Christophe raconte : «On était à la maison avec nos blondes, je pense qu’on jouait à Jour de paye. Il ne faisait pas beau. La blonde à Ben fait quelque chose, je ne me souviens plus quoi. Et là Ben, dans son élan compétitif, se lève : “Non! J’arrête de jouer! Tu triches, ça n’a pas de sens! Moi, je ne joue pas avec des tricheurs!” Et il sacre son argent là et s’en va! Les trois, on se regardait et on n’avait aucune idée de ce qui venait de se passer.»

«Ou comme la fois à Noël», renchérit Benjamin. «On jouait à un jeu [Catch Phrase] où il faut faire deviner un mot ou une expression.» Tout le monde autour de la table, sauf le journaliste, sait immédiatement de quoi il parle. Ça rit déjà.

«Moi, je n’étais même pas là», enchaîne Christophe. «Mon frère me texte : “Tu as bien fait de ne pas venir avec nous, c’est de la câlique de marde! P’pa joue à son jeu de mots et il n’arrête pas de tricher!”» 

«C’était moi contre mon père et son équipe était bien plus forte que la mienne», poursuit Benjamin. «On se faisait rincer et je ne trouvais pas ça drôle, mais au moins, c’était dans les règles. Mais à un moment donné, il se met à inventer des règles pour avantager son équipe! Là, ça faisait plus. Je suis allé m’asseoir sur le divan et j’ai arrêté de jouer.»

À écouter ses fistons, papa Richard est celui qui se bidonne le plus. Loin de nier les faits, il en rajoute : «Je m’étais paqueté un club. Je ne veux pas perdre!» avoue-t-il, avant de rappeler que «c’était Noël!»

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Edgar Lebron fait sa place, sans faire de bruit

Le vestiaire des Capitales de Québec est un fantastique bouillon d’accents et de cultures où se mélangent français, anglais, espagnol, néerlandais, même chinois au début de la saison, et maintenant le... langage des signes! Le voltigeur Edgar Lebron est atteint de surdité depuis sa tendre enfance. Toujours poli et souriant, sa discrétion n’en fait pas moins un féroce combattant qui ne connaît pas le sens du mot abandon, autant sur le losange que dans la vie.

«J’étais un enfant très timide, très solitaire; j’avais peur des autres. Je ne savais pas comment communiquer avec eux sans comprendre ce qu’ils disaient! Puis à l’adolescence, je me suis tanné de ceux qui riaient de ma façon d’utiliser mes mains et tout. J’en ai eu assez», raconte le jeune homme de 24 ans.

«Je ne pouvais plus continuer d’être effrayé, poursuit-il. C’était le temps de devenir l’homme que je suis aujourd’hui. Montrer mon courage, faire ce que je veux, peu importe ce que les autres vont dire. J’ai un plan. Je suis malentendant et je veux devenir joueur de baseball professionnel. De l’exprimer, ça m’a conforté. Des gens ont continué à dire que ce n’était pas sérieux, que je n’y arriverais jamais. Mais je ne suis pas du genre à répliquer ou à parler pour parler. J’agis.»

Le Soleil a jasé une bonne demi-heure avec Lebron dans les estrades du stade du parc Victoria. Pas besoin de traduire en signes ou de communiquer par écrit. Face à face, il entend bien et lit sur les lèvres — il détecte même les accents. Lui-même parle un anglais hachuré souvent plus facile à saisir qu’un accent du sud des États-Unis.

Un appareil auditif glissé dans chaque oreille lui permet tout cela. C’est ce qui distingue les malentendants des sourds, qu’aucun dispositif externe ne peut aider à entendre. Mais sans ces deux petits objets précieux, que le préposé à l’équipement des Capitales Christian Tremblay a déjà sauvés de la laveuse, Lebron plonge dans le silence.

Forte fièvre

Le petit Edgar a grandi sur le béton du Queens, à New York, dans le quartier South Richmond Hill. Jack Kerouac a habité le voisinage dans les années 1950, la défunte gloire des Yankees Phil Rizzuto y a aujourd’hui un parc à son nom.

Mais au printemps 1995, c’est la panique chez les Lebron. Bébé Edgar, 18 mois, souffre d’une forte fièvre et de problèmes respiratoires. À l’hôpital, le médecin constate les séquelles : perte d’audition complète et permanente.

«Pour mes parents, c’était très angoissant. Ils ne savaient pas quoi faire! Ils ont travaillé très fort pour me faciliter la vie le plus possible. Mais j’étais quand même très isolé, un enfant gêné qui se faisait très peu d’amis», explique celui qui a fréquenté une école publique destinée aux malentendants.

Si ses oreilles l’ont empêché de socialiser, ses jambes l’ont guidé sur le chemin inverse. Sa rapidité à la course en a fait un athlète accompli. Basketball, football et baseball occupaient son horaire à l’école secondaire.

À voir le gars de 6’ pieds et de 210 livres voler des buts à la tonne au Stade Canac — et même voler un circuit en défensive au début de la saison! —, facile de comprendre qu’au travail acharné s’ajoute un talent naturel.

«Au football, je perdais tout le temps mes appareils quand je me faisais plaquer!» rigole celui qui admirait Derrick Coleman, premier joueur offensif sourd dans la NFL. Plus que Curtis Pride, qu’il est trop jeune pour avoir vu évoluer dans le baseball majeur, bien qu’il l’ait plus tard rencontré.

«Mais j’ai toujours plus aimé le baseball. Mon père a joué comme receveur quand il était jeune, à Porto Rico. Il était l’un des meilleurs. J’ai voulu faire comme lui, le rendre fier!»

L’hiver dernier, Lebron s’est produit au pays de ses ancêtres paternels. Expérience unique et émotive, où il a renoué avec cette famille qu’il n’avait pas vue depuis 2004. Les communications à distance étaient même devenues difficiles depuis le passage de l’ouragan Maria, à l’automne précédent.

Au nom du père

Lebron n’a pas seulement développé la même passion sportive que son père. Il porte aussi le même prénom. «Mon père venait au terrain de baseball avec moi chaque soir, après le travail. Il m’entraînait pendant deux heures et demie, parfois plus. Peu importe le nombre d’erreurs, je devais refaire le jeu jusqu’à ce que je le réussisse. C’était dur, mais je crois que ç’a valu la peine», dit-il.

Edgar Sr assiste le plus souvent possible aux matchs des Capitales et de fiston à Rockland, équipe de la Ligue Can-Am la plus près de New York. Il est pompier, policier et conducteur d’ambulance. Maman, enseignante.

«Tout le monde l’aime! Quand j’étais petit, je l’accompagnais à son école et ses collègues m’avaient adopté. J’adorais ça», confie celui qui, après sa carrière de joueur, souhaite unir ses deux influences parentales à la fois comme professeur d’éducation physique et instructeur de baseball.

Sa mère est venue à Québec, l’an passé, avec sa tante et une amie. Les trois femmes ont adoré l’expérience et veulent revenir apprendre un peu de français.

Lebron est aussi très proche de sa sœur aînée, Victoria, qui habite au New Jersey. «Elle a longtemps été ma seule amie et elle est encore ma meilleure amie. Elle m’a toujours encouragé et compris dans ce que je vis», dit-il avec émotion.

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Gilles Côté, l’autre «maire de Québec»

Ses collègues des Sharks de San Jose le surnomment «le maire de Québec». Le recruteur Gilles Côté est peut-être inconnu du grand public, mais, dans le monde du hockey, il est une sorte de vedette à l’interne. Une vedette de 75 ans pas encore prête pour la retraite!

Dès les premiers instants de notre entretien avec le directeur général des Sharks, Doug Wilson, son admiration transparaît. «Chaque fois que quelqu’un veut me parler de Gilles Côté, je vais toujours bien. Il est l’une de mes personnes favorites et un homme très, très spécial», lance d’entrée de jeu l’ancien défenseur des Blackhawks de Chicago.

Questionné sur les raisons de cette affection, Wilson dresse une longue liste : sa classe, son respect pour les autres, ses connaissances, sa sagesse. «Je l’admire, je le respecte. Pas seulement comme un ami, mais aussi comme un membre de cette organisation. Je sais tout le travail qu’il a accompli. Il nous rend tous meilleurs», affirme le directeur général.

Le surnom de Gilles Côté vient de l’attention qu’on lui porte dans les arénas du Québec. Tous ceux qui ont passé du temps sur une galerie de presse de la Ligue de hockey junior majeur (LHJMQ) le connaissent au moins de vue. Et la plupart du temps, beaucoup mieux que ça.

«Quand on va à Québec avec lui, il est traité comme un roi tellement les gens le respectent», remarque Wilson. «Mais peu importe où l’on va, le respect qu’il commande dans le monde du hockey est fantastique.»

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Six Français revivent le triomphe des Bleus en 98

Black-blanc-beur. Bleu, blanc et pur bonheur! Vingt ans après le triomphe de l’équipe de France à la Coupe du monde de 1998, le moment reste toujours aussi vif à l’esprit de ceux qui l’ont vécu sur place, dans l’Hexagone. Alors que les Bleus amorcent leur Mondial 2018 samedi (6h, heure du Québec) contre l’Australie, Le Soleil a fouillé dans les souvenirs de six Français très impliqués dans le soccer à Québec. Anecdotes cocasses, moments intimes ou gloires nationales, voici quelques morceaux choisis d’un grand casse-tête historique sportif.

LE COQ ET LA REINE

Alfred Picariello a passé ce dimanche soir là... déguisé en coq. Au beau milieu du bien nommé Café du Centre niché au cœur de son village de 700 habitants, L’Étrat. Le troquet local était à ce point bondé durant le Mondial que des clients se tenaient jusque dans la rue et provoquaient des embouteillages.

C’est dans ce même bistrot, rendez-vous transgénérationnel par excellence tout le mois, que le jeune homme d’alors 23 ans a pris un café à côté de Javier Zanetti, le capitaine de l’équipe nationale d’Argentine. La bande à Zanetti, Gabriel Batistuta, Hernan Crespo et compagnie avait élu domicile à L’Étrat, au centre de formation de l’AS Saint-Étienne, le club pro de la ville voisine.

«On a pu assister à des entraînements de l’équipe d’Argentine. C’était complètement dingue! J’ai surtout assisté à trois matchs de la Coupe du monde à Saint-Étienne, dont ce que plusieurs considèrent comme le plus beau match de cette Coupe du monde, Angleterre-Argentine en huitième de finale», se rappelle Picariello, comme si c’était hier.

Il enchaîne : «Il y a eu un super but d’Owen, Beckham qui prend un rouge... Puis à la mi-temps, les Anglais se sont levés dans le Stade Geoffroy-Guichard et se sont mis à chanter God Save the Queen. C’était fa-bu-leux. J’ai vu un paquet de matchs, mais c’est la première fois où j’ai eu les poils qui se sont dressés tout droit! Un match incroyable et en plus, l’Argentine gagne aux tirs de barrage», en frissonne--t-il encore.

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Édouard Julien à la table des grands

Frank Thomas, Josh Donaldson, Bo Jackson... et Édouard Julien. Inutile de chercher l’erreur, il n’y en a pas. À 19 ans, le natif de Québec ajoute quelques lignes à la riche histoire du programme de baseball de l’Université Auburn, en Alabama.

«Nous avons été les premiers à montrer qu’on l’aimait beaucoup en le repêchant, mais s’il continue à frapper comme ça, les 30 équipes du baseball majeur vont courir après lui en 2020!»

Dépisteur de longue date avec les Phillies de Philadelphie, Alex Agostino était déjà en admiration avec le coup de bâton d’Édouard Julien. Mais les prouesses offensives du joueur de Québec avec l’équipe de baseball de l’Université Auburn dépassent les prévisions les plus optimistes.

Avant la finale super régionale de cette fin de semaine, qui donne accès au tournoi à la ronde des séries mondiales collégiales, le produit du programme sport-études des Canonniers de Québec montrait une moyenne de ,284 au bâton, pointait au deuxième rang pour les circuits (17) et au sommet pour les points produits (68) parmi les recrues de la première division.

Aucun joueur de première année n’avait frappé plus de 11 circuits à Auburn depuis 20 ans. Il a déjà éclipsé les chiffres de Josh Donaldson, maintenant troisième-but chez les Blue Jays de Toronto, à sa première année avec les Tigers d’Auburn, en 2005. Et il ne lui manquait qu’un point produit pour battre le record d’équipe de 68 par une recrue qu’il partage depuis peu avec Frank Thomas, l’ex-frappeur de puissance des White Sox de Chicago.

Pas étonnant qu’il ait trouvé refuge au sein de l’équipe d’étoiles des recrues de la NCAA (All America) dévoilée mercredi. Il avait aussi été choisi dans celle de la conférence Sud-Est, voilà 15 jours.

«C’est flatteur de battre les records, mais je ne pense pas vraiment à cela parce que ça ne veut rien dire. Les deux années suivantes de Donaldson étaient vraiment impressionnantes», dit Julien avec humilité et respect envers deux des meilleurs joueurs à avoir foulé le même losange que lui avant de se démarquer dans les ligues majeures.

Débarqué en Alabama dans la discrétion et la curiosité, Julien a réussi à faire sa place dans une équipe qui vient de livrer le tout premier choix au repêchage du baseball majeur, soit le lanceur Casey Mize, par les Tigers de Detroit.

«Personne n’avait entendu parler de moi à Auburn avant mon arrivée, c’est pour cela que je devais me faire un nom. Et j’ai réussi. Je suis un peu surpris d’avoir produit comme je l’ai fait, je ne pensais pas du tout frapper autant de circuits, moi qui ai toujours été un frappeur d’allées. Je suis plus mature, plus fort physiquement, ça aide, mais je comprends aussi bien mon élan, je sais ce que je fais que je me présente au bâton.

«Il faut s’adapter, car ici, tous les matchs sont télévisés [ESPN] et les lanceurs adverses nous connaissent bien. S’il y a une statistique qui me dérange, par contre, c’est le nombre de retraits au bâton, je veux améliorer cela», confiait-il lors d’une récente entrevue avec Le Soleil.

Le «Canadian Crusher»

Aujourd’hui, non seulement reconnaît-on Julien, mais sa popularité ne cesse d’augmenter. Sa visibilité dépasse celle de la région de Québec. À Auburn, on l’appelle «Eddie», ou encore, le «Canadian Crusher», traduit librement par l’Écraseur canadien…

Repêché en 37e ronde par les Phillies, en juin 2017, Julien a résisté à l’idée d’entreprendre sa carrière professionnelle. Pour l’attirer dans leurs filiales, les patrons d’Agostino auraient dû mettre le paquet.

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Hélène Pelletier, la grande dame du tennis

SAINT-BRUNO — Le rêve a germé grâce à ses talents en ski nautique, puis s’est concrétisé grâce au tennis. Mais Hélène Pelletier a toujours su qu’elle allait gagner sa vie avec le sport. Rencontre avec la p’tite fille de Charlesbourg devenue la grande dame de la raquette au Québec.

«Je ne pensais qu’à ça. Quand tu lis que Guy Lafleur se faufilait dans le petit trou de l’aréna à Thurso, dormait avec ses patins... C’était moi, ça.» Les patins en moins.

Pourtant, Hélène Pelletier a commencé à jouer au tennis «comme par hasard». En fait, ce sport lui donnait une excuse pour un jour s’envoler vers la Floride.

À la fin des années 60 et au début des années 70, elle passe ses étés d’adolescente au Moss Lake Camp, un rigide camp de vacances pour jeunes filles dans l’État de New York. Douée pour les sports, elle impressionne les ex-champions du monde en ski nautique Ken et Roland Hiller, un duo père-fils instructeurs à Moss Lake.

La jeune Pelletier est si bonne que Hiller père souhaite la voir intégrer son école de ski nautique, à Orlando. Son père à elle dit non.

Mais Pelletier insiste. «Papa était tellement tanné que je lui demande à tous les jours d’aller en Floride. Pour se débarrasser de moi, il m’avait dit : “Trouve-toi un autre sport, je t’enverrai en Floride plus tard.” J’ai pensé à mon affaire : quel autre sport je pourrais bien faire pour aller en Floride? Alors j’ai choisi le tennis», raconte Pelletier, 59 ans, rencontrée à Saint-Bruno-de-Montarville, près de chez elle.

Elle se lance dans son nouveau sport à 14 ans. À l’époque, pas facile de pratiquer son activité favorite en hiver. Les deux seuls courts intérieurs de Québec se trouvent à La Bulle Montcalm, près de l’anneau des plaines d’Abraham, se souvient Pelletier.

Elle y reçoit les conseils de Jack Hérisset. «C’était une soie à coacher», se souvient l’homme de tennis. «Parce que c’est elle qui en voulait toujours plus. Très travaillante, très dévouée, passionnée», ajoute-t-il.

Une grosse marche pour la «dévergondée»

Très vite, Pelletier devient la meilleure joueuse au Québec. Ça lui vaut une invitation au camp d’entraînement de l’équipe canadienne. «Mais là, il y avait une grosse marche entre les deux», raconte-t-elle. «Parce que tu jouais contre des filles qui avaient toujours eu le conditionnement physique comme une partie intégrante de leurs cours à l’école. Nous, c’était être une dévergondée, selon les religieuses, que de faire du sport. […] Il n’y avait même pas de gymnase aux Ursulines!»

Elle part pour la Floride à 16 ans. Pelletier y fréquente d’abord la réputée académie de l’Australien Harry Hopman. Après un mois, elle se blesse à la cheville, un air qui deviendra trop connu pendant sa carrière. Une fois remise, elle part pour l’Europe, seule, pour disputer des tournois. Mais elle ne gagne ni match, ni argent.

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La fin du beau tour de Raymond Bolduc

«Comme ils disent, ç’a été un beau tour!» Associé à la Ligue de hockey junior majeur du Québec depuis 37 ans, Raymond Bolduc a tiré sa révérence au terme de la finale de la Coupe du Président. À 67 ans, l’homme de hockey ayant occupé à tour de rôle les fonctions de dépisteur-chef, directeur général et préfet de discipline passe la rondelle à la nouvelle génération. Bilan de carrière, en trois périodes.

Première période : le dépisteur-chef

Né à Boischatel, Raymond Bolduc a passé ses étés d’adolescent à Saint-Tite-des-Caps. Après avoir joué jusqu’aux niveaux junior B et intermédiaire, il s’est impliqué dans le hockey mineur à titre d’entraîneur à Québec et à Beauport. Il ignorait à ce moment que son rôle de parrain d’équipes américaines au Tournoi international de hockey pee-wee lui ouvrirait la porte de la LHJMQ.

«Le Canadien Jr de Verdun avait commencé à recruter des joueurs aux États-Unis et les Olympiques de Hull voulaient en faire autant. Par l’entremise de Serge Larochelle [un ami de toujours], leur dépisteur-chef, René Young, m’avait demandé de surveiller les espoirs américains en raison de mes contacts dans la région de Detroit», raconte-t-il à propos de ses premiers pas dans le milieu.

C’était en 1981. Deux ans plus tard, le défenseur Rick Hayward, natif de l’Ohio, devenait le premier joueur du pays voisin recruté par Bolduc à se joindre aux Olympiques. Il avait aussi vendu le potentiel d’un gros défenseur nommé Cam Russell (aujourd’hui dg à Halifax) après l’avoir vu au tournoi midget de Beauport. Il se souvient aussi avoir moussé les sélections de Johnny Lorenzo et de Jeannot Ferland.

«Le dépistage, c’est un travail d’équipe. Dans chaque région, des recruteurs poussent leurs joueurs. Ça permet aussi de développer des relations. À mes débuts, Pat Burns était aussi dépisteur des Olympiques avant qu’il devienne l’entraîneur-chef qu’on a connu. Alain Vigneault a aussi été coach quand j’étais avec Hull, je l’ai embauché avec les Harfangs», note celui qui n’a pas oublié le championnat des Olympiques en 1986 avec Luc Robitaille, Guy Rouleau, Sam Lang et Pat Brisson, entre autres.

Lorsque Young devient le premier dg des Harfangs de Beauport, il amène Bolduc avec lui. Après leur première saison, il en fera son dépisteur-chef. Le repêchage de 1991 aura été l’un de ses meilleurs, avec les sélections d’Ian McIntyre, de Patrick Deraspe et de Patrice Paquin. En 1992, il recrute Jean-Yves Leroux en première ronde avant de devenir directeur général des Harfangs, un an plus tard. Le hockey l’occupe beaucoup, à ce moment, mais reste un passe-temps, puisqu’il était toujours actionnaire et vice-président aux finances chez (les camions) Mack.