Pleins feux

Anne-Catherine Tanguay: tous les atouts dans son sac

Anne-Catherine Tanguay est la sixième Québécoise de l’histoire à décrocher une adhésion complète d’un an dans la LPGA. La saison du plus important circuit de golf féminin au monde s’élance jeudi, dans le décor paradisiaque des Bahamas. Mais la golfeuse de Sainte-Foy est loin d’aller là-bas en vacances. Portrait d’une athlète résolue à faire sa place parmi les grandes avec tous les outils dans son sac pour y parvenir.

«Pour avoir suivi autant Anne-Catherine que Sara-Maude et que Maude-Aimée, je dirais que l’atout d’Anne-Catherine, c’est ce qui l’entoure. Côté talent, Maude-Aimée est plus talentueuse que les deux autres et au point de vue de la détermination, Sara-Maude avait quelque chose dans le nez que les autres n’ont pas nécessairement. Mais ce qui fait la qualité d’un athlète de haut niveau, ce n’est pas juste un ou deux aspects, c’est vraiment l’ensemble de l’œuvre. Et Anne-Catherine a ça.»

La réputation de Fred Colgan n’est plus à faire dans l’univers du golf québécois. Depuis 25 ans, il forme l’élite de demain au sein de son académie basée à Québec. Il a longtemps entraîné Sara-Maude Juneau et a suivi de près les exploits de Maude-Aimée Leblanc. Jusqu’à leur accession, ces dernières années, au titre de membre à part entière de la LPGA.

Mais atteindre le sommet est une chose, s’y maintenir en est une autre. Juneau a passé une seule saison dans la grande ligue et vient de prendre sa retraite au cours de la dernière campagne. Leblanc profite d’une exemption médicale en début de saison et dispose des cinq prochains tournois pour éviter d’être rétrogradée au statut de membre conditionnel.

Une présence clé

Colgan entraîne et conseille Tanguay depuis une douzaine d’années, soit le milieu de son adolescence. Le duo coach-athlète fait toujours équipe après avoir traversé les années juniors, universitaires (Oklahoma) et les trois dernières campagnes à écumer les circuits professionnels mineurs. Elle vient d’avoir 27 ans.

Humble, Colgan identifie avant tout la présence du cadet-agent-relationniste-conseiller Jean-Hubert Trahan pour expliquer les succès de la golfeuse. Tanguay et Trahan travaillent ensemble depuis deux ans et demi, mais forment un couple dans la vie depuis quatre ans.

«S’il fallait qu’il y ait une évaluation sur le tour, il serait probablement déjà un top 20 [parmi les cadets de la LPGA], dit Colgan. Je ne suis pas toujours sur place et il me fait des super bons rapports. Chaque fois que Jean-Hubert prend le téléphone pour me dire qu’il y a telle chose, l’exactitude de ses propos est extraordinaire. Et cet élément fait toute la différence par rapport à Maude-Aimée, Sara-Maude ou les autres qui s’en viennent», fait valoir l’entraîneur.

Les amoureux se connaissent depuis leurs années juniors. Mais la détermination et la compétitivité de Tanguay remontent à beaucoup plus loin. Elle voulait toujours être la meilleure. Le soccer a entre autres occupé son intérêt sportif pendant un temps, mais c’est le golf qui a fini par l’emporter.

«J’ai pratiqué plusieurs sports en grandissant, puis j’ai réalisé que j’avais un certain talent au golf. Et j’avais du plaisir! Je m’étais fait beaucoup d’amis dans les tournois juniors, autant des filles que des gars… comme Jean-Hubert, rigole-t-elle. On jouait des tournois ensemble et on était dans l’équipe provinciale. Fred organisait des camps en Caroline du Nord et lui était avec l’entraîneur Roger Lauzon, qui amenait sa gang de Montréal.»

Un autre monde

N’empêche que personne, elle la première, ne lui aurait alors prédit un poste plein privilèges dans la LPGA. Cette ancienne championne amateur du Québec de 2011 à 2013 a toujours avancé une étape à la fois. Pas à pas. L’an dernier, elle a terminé au huitième échelon des boursières du circuit Symetra, ligue-école de la LPGA.

C’est ce qui l’amène à s’attaquer dès jeudi au parcours de Paradise Island pour la Classique Pure Silk, tournoi doté de 1,4 million $ en bourses. La gagnante aux Bahamas empochera 210 000 $ et d’éviter la coupe après deux jours vaut au minimum 2489 $. Un autre monde. À titre comparatif, le tournoi d’ouverture du circuit Symetra l’an dernier a permis à la meilleure d’encaisser 18 750 $, tandis que de franchir la coupe équivalait à un chèque minimum de 390 $. 

Un monde où Tanguay a brièvement posé les crampons en 2016, avec 10 tournois de la LPGA. Un monde où elle habitera les 11 prochains mois. Un monde où elle fera tout pour rester.

Sans pour autant dénaturer ce qui lui a permis d’atteindre ce niveau. «L’état de mon jeu à ce temps-ci de l’année est mieux que les dernières années», a-t-elle confié, mi-janvier, après avoir fini deuxième d’un tournoi préparatoire de trois jours à Phoenix, en Arizona, sur le mini-circuit Cactus.

Une occasion de retrouver ses repères et de jauger ses forces et faiblesses au terme du plus long entre-saison de sa carrière. «J’ai ce que ça prend. Mon jeu est d’assez bon calibre pour la LPGA. Je devrai donc continuer de faire la même chose que la saison passée, mais sur des terrains plus difficiles.»

Gare à la perte de poids

Son jeu court, les roulés et autour des verts, laisse encore place à l’amélioration. Tanguay estime en contrepartie son jeu long tout à fait adéquat pour la grande ligue. Ses cinq pieds, quatre pouces et 125 livres ne sont rien pour l’empêcher de livrer des claques de départ au-dessus de la moyenne.

Elle doit toutefois veiller à ne pas trop perdre de poids au cours de la longue saison. Le stress lui coupant l’appétit, il n’était pas rare de la voir fondre d’une dizaine de livres au cours de ses dernières campagnes, perdant du coup de la masse musculaire et autant de force dans ses élans.

Surtout que le calendrier 2018 de la LPGA comprend pas moins de 34 tournois dans 14 pays. Elle ne les jouera pas tous, sa participation aux cinq majeurs n’étant entre autres pas assurée, mais espère surtout se classer parmi les 60 ou 70 meilleures boursières début septembre afin d’embarquer dans l’avion de la tournée asiatique automnale.

«Je sais que la compétition est vraiment forte. Toutes les joueuses de la LPGA sont prêtes et au maximum de leur forme. Je ne sous-estime pas la compétition, loin de là, mais je suis très contente et j’ai très hâte de commencer à jouer», s’exclame celle qui se rendra pour la première fois en Australie, mi-février, jouer le deuxième tournoi de la saison.

Pleins feux

L’odyssée de Willie O’Ree, premier noir dans la LNH

Ça s’est passé il y a près de 60 ans, mais Willie O’Ree n’a rien oublié de cette soirée du 18 janvier 1958. Rappelé par les Bruins de Boston, l’attaquant des As de Québec sautait sur la patinoire du Forum de Montréal pour affronter le Canadien et devenir le premier Noir à jouer dans la Ligue nationale de hockey.

«C’était merveilleux de jouer dans la LNH, au Forum en plus, mais je vais être honnête avec toi : à ce moment-là, je ne savais pas du tout que j’étais le premier Noir dans la LNH. Je l’ai appris dans le journal le lendemain», confie Willie O’Ree, en entrevue téléphonique avec Le Soleil depuis son domicile de La Mesa, en Californie. Car même si ses parents et ses amis s’étaient déplacés de Fredericton pour assister au match, il n’a pas vraiment eu le temps de jaser avec eux après la partie. «On prenait le train pour Boston, où on jouait un autre match le dimanche soir», se souvient-il. 

Rétrogradé à Québec après ces deux parties, O’Ree allait jouer 43 autres matchs dans la LNH, tous avec les Bruins. Aujourd’hui âgé de 82 ans, il n’a que de bons mots pour ses coéquipiers d’alors, son entraîneur Milt Schmidt et son directeur général Lynn Patrick. «Les gars ont été excellents. Ils m’ont dit qu’ils me soutenaient et que j’étais comme n’importe quel autre joueur. Lynn Patrick m’a expliqué qu’il m’avait rappelé pour donner une étincelle à l’équipe et que je devais comprendre que je faisais partie de l’équipe.»

O’Ree n’a pas inscrit son nom sur la feuille de pointage lors de ce premier match historique. «Je n’ai pas eu de but, pas de passe, même pas une minute de pénalité. Mais laisse-moi te dire que c’était quelque chose de battre le Canadien 3 à 0 sur leur patinoire! De mon côté, j’ai simplement joué mon match.»

Il ne se rappelle pas avoir entendu de remarque raciste provenant de la foule pendant cette partie. «Les gens parlaient tous en français, alors je ne comprenais pas grand-chose de ce qu’ils disaient de toute manière», rigole celui qui avoue avoir entendu durant sa carrière des commentaires racistes de la part d’adversaires et de spectateurs.

«Mais je n’ai jamais jeté les gants une seule fois à cause d’insultes racistes», ajoute fièrement O’Ree. «Mon grand frère m’avait toujours dit que les mots ne pourraient jamais me faire de mal et je savais que si je me battais à cause de ça, je passerais mon temps au banc des pénalités et je nuirais à mon équipe.»

Pleins feux

Noël au «bout du monde»

Le temps de Noël s’avère toujours un moment unique, surtout lorsqu’on célèbre loin de la maison. Pour certains, le bout du monde s’appelle Québec sous la neige. Venus de France ou du Chili, quatre athlètes étrangers membres des clubs du Rouge et Or de l’Université Laval se racontent à travers famille et traditions, épiçant leurs plats des Fêtes de recettes du Congo, de l’Algérie, des Alpes et du Sénégal, en passant par New York et Winnipeg.

UNE TOUCHE DU MAGHREB

«Noël, c’est un souper chez ma grand-mère Berradia, à Dammarie-les-Lys. C’est là que je retrouve mes cousins et petites cousines, des gens que je n’ai pas souvent l’occasion de voir pendant l’année. Nous sommes une petite famille très soudée. C’est un bon repas avec des spécialités maghrébines, comme un bon couscous, ou encore une bonne dinde aux marrons à la française!»

Nizar Houhou donne l’eau à la bouche juste d’en parler. Mais depuis six ans, c’est au Québec que le gardien de soccer originaire de la banlieue parisienne passe le temps des Fêtes. Il retrouve néanmoins les odeurs et les goûts de sa jeunesse, car sa fiancée, une avocate montréalaise originaire d’Algérie, l’invite au domicile familial de Ville Mont-Royal.

Pleins feux

L'aventure chinoise de Charles Dubé-Brais

Entraîneur invité des Spurs de San Antonio depuis trois ans, Charles Dubé-Brais espère que cette incursion estivale dans la NBA lui ouvrira un jour la porte du meilleur circuit de basketball professionnel au monde. Entretemps, c’est dans la ville chinoise de Foshan, que le natif de Sillery peaufine son art. Nommé entraîneur-chef du Kung Fu de Nanhai, le pilote de 35 ans n’a pas trouvé qu’un tremplin vers le Circuit Silver en Chine, mais également une expérience culturelle riche, qui pèse déjà lourd dans son bagage personnel et sportif.

Si ce ne sont pas tous les chemins qui mènent en Chine, le parcours de Charles Dubé-Brais pour s’y rendre, lui, s’est amorcé à côté de chez lui, au sein du programme de basketball à l’École secondaire De Rochebelle. Ses premières armes professionnelles, c’est toutefois auprès des Kebs de Québec, puis du club professionnel de Nanterre, en première division du championnat de France, qu’il les a faites.

«Avec le Nanterre92, j’étais le responsable du centre de formation, le coach de l’équipe junior, qui forme des joueurs pour l’équipe professionnelle, et je travaillais comme assistant avec l’équipe professionnelle, en même temps. C’était comme être coach d’une équipe NCAA, tout en étant assistant-coach d’une équipe de la NBA, qui serait affiliés ensemble», a raconté l’ancien des Dynamiques du Cégep de Sainte-Foy, qui s’était joint à l’organisation française en 2009.

À Nanterre, il a mené les moins de 15 ans jusqu’au carré d’as, en 2010 et 2011. En 2012, il a été nommé entraîneur de l’année avec les moins de 18 ans. L’année suivante, il atteignait la finale. Dans la deuxième moitié de 2013, il prenait la barre de la formation U21 dont la fiche est passée de 16-44 à 72-60 sous sa gouverne, lui valant d’être finaliste au titre d’entraîneur de l’année, en 2015.

C’est cet été-là qu’il faisait son entrée chez les Spurs. À la suggestion de l’assistant-directeur général de l’époque Scott Layden, rencontré alors qu’il dirigeait un joueur de l’organisation à Nanterre, Dubé-Brais devient entraîneur invité de San Antonio dans les ligues d’été.

«Je commençais à avoir des contacts avec plus de la moitié des équipes de la NBA. Comme mon contrat tirait à sa fin, je commençais à regarder quelles étaient les opportunités pour moi de peut-être revenir en Amérique du Nord. Il y avait des équipes de la NBA qui m’avaient tendu une perche un petit peu pour tâter mon intérêt pour rejoindre une équipe de DLeague [maintenant la GLeague]. J’ai eu des entretiens avec trois équipes différentes. Ç’a failli se faire, mais ce n’était pas tout à fait ça.»

Pleins feux olympiques

Philippe Marquis, moulé par ses «bourreaux»

Les XXIIIes Jeux olympiques d’hiver se profilent à l’horizon. Le 9 février 2018, en Corée du Sud, la vasque de PyeongChang s’embrasera pour illuminer cette grande quinzaine sportive. Au fil des prochaines semaines, nous vous proposons le portrait de plusieurs athlètes de notre région qui vivront l’aventure olympique. Aujourd’hui : Philippe Marquis.

D’abord, le grand frère, ensuite, le grand ami. Des modèles aux allures de bourreaux, parfois. Mais dans chaque cas, une source de motivation à viser l’excellence. Regards croisés sur Philippe Marquis, élevé sur les pistes de Stoneham et devenu l’un des meilleurs bosseurs au monde.

L’histoire commence par de l’admiration, par un désir de plaire. Né à Sainte-Foy dans une famille où le ski est tradition, Philippe Marquis trouve près de lui son modèle, son exemple, son mentor, son idole. Grand frère Vincent est plus vieux de cinq ans. Et il est doué. Enfant, Philippe le suit partout sur les pistes de la station touristique Stoneham, où la famille possède un chalet. Il l’imite, souvent avec succès. Sans recevoir de compliments.

«Vincent a toujours été dur avec moi», se souvient le plus jeune des Marquis, pendant une conversation avec Le Soleil dans le chalet en question. «Quand je faisais des bons coups, il n’était pas le premier à me dire : “Heille, c’était bon.” Il s’attendait tout le temps à plus de moi. Et d’un autre côté, je voulais l’impressionner, je voulais en faire plus. […] Pour montrer que j’avais ma place avec sa gang d’amis.»

Même s’il l’intègre sans hésiter dans ce groupe, le grand frère est exigeant envers le petit. Aujourd’hui, il a une pointe de regret dans la voix en pensant à son attitude avec Philippe. Malgré les impressionnants succès de celui-ci sur le circuit de la Coupe du monde des bosses. Malgré l’homme équilibré qu’il est devenu.

«Ce n’était peut-être pas la bonne façon de l’amener là-dedans. Je ne referais peut-être pas la même chose, mais s’il a été capable d’en retirer un peu de bon, tant mieux. C’est sûr que ç’a dû forger son caractère», affirme Vincent, quatrième de l’épreuve des bosses aux Jeux olympiques de Vancouver.

«Je n’abandonne pas facilement», dit Philippe, 28 ans, qui voit un lien direct entre sa résilience et les exigences de son frère aîné. «J’ai appris à la dure, et c’est grâce à Vincent. J’aime dire que j’étais de la pâte à modeler, et que c’est lui qui m’a moulé.»

Les deux hommes ont des personnalités bien différentes, foi de Vincent. Lui est plus réservé. Son petit frère est social, extraverti. Celui qui s’intègre partout.

Pas la grosse tête

Après 90 minutes d’entrevue avec Philippe, un constat s’impose : l’athlète est débordant de confiance, mais l’homme n’a pas la grosse tête.

Ses succès sur les pistes sont pourtant impressionnants. Médaillé d’argent aux Mondiaux de 2015, il est aussi monté 12 fois sur le podium en Coupe du monde, dont deux fois sur la première marche. Il est quatrième au monde.

Pleins feux

Antoine Samuel, un homme de devoirs

BAIE-COMEAU — Derrière son masque aux couleurs du Drakkar de Baie-Comeau, le gardien Antoine Samuel cache un travailleur acharné, un gars d’équipe, un mentor et un étudiant modèle, élu la saison dernière joueur-étudiant de la Ligue de hockey junior majeur du Québec. Portrait d’un homme de devoirs.

À mieux connaître Antoine Samuel, on comprend rapidement que le gardien du Drakkar de Baie-Comeau n’aime pas le tout cuit dans le bec. Le vétéran de 20 ans n’a pas peur de bûcher, autant pour faire progresser le Drakkar que pour mener des études universitaires.

Après quatre ans dans la LHJMQ, Samuel n’a pas vraiment eu l’occasion d’évoluer pour des formations aspirant aux grands honneurs. En fait, il avait cette opportunité à Shawinigan en 2015-2016, mais les Cataractes l’expédiaient le 2 janvier à Baie-Comeau en retour du vétéran Philippe Cadorette. Plusieurs auraient pu s’apitoyer sur leur sort, mais Le Soleil se souvient plutôt que le jeune gardien de 18 ans à l’époque comprenait l’occasion qui s’offrait alors. Il tient le même discours maintenant.

«Une reconstruction, ce n’est pas toujours agréable, mais pour la position de gardien de but, on peut bénéficier de moments comme ça. J’avais besoin de voir des rondelles et à Shawinigan, je n’avais pas cette opportunité», fait valoir le cerbère de 6’2”.

«Quand je suis arrivé ici, à chaque soir j’étais devant le filet et à chaque soir, je recevais des lancers, sans avoir de pression», enchaîne-t-il. «J’ai pu acquérir beaucoup d’expérience là-dedans et si aujourd’hui, je suis capable de faire une différence dans un match, je dois beaucoup à ces deux dernières années, où l’organisation m’a fait confiance et où j’ai eu la chance de développer mes habiletés individuelles.

«À partir du moment où je suis entré dans cette ligue, j’espérais avoir un poste jusqu’à 20 ans. D’avoir cette opportunité-là, à Baie-Comeau, et de faire partie du processus de reconstruction de cette équipe, qui nous mène jusqu’à aujourd’hui, je n’aurais pas pu demander mieux», enchaîne l’athlète-étudiant.

Un mentor fier

Autre avantage pour Samuel : les processus de reconstruction, il connaît. L’année précédant son échange, il était la verte recrue qui débarquait dans un jeune club. Celui qui a eu Martin Bernard comme entraîneur-chef pendant presque toute sa carrière junior, sauf trois mois, sait bien qu’il faut laisser un peu de temps aux choses pour évoluer.

«J’ai vécu l’inverse à Shawinigan, dans le processus de reconstruction, et c’était sensiblement la même chose qu’ici. On avait un vétéran de 20 ans devant le but [Marvin Cüpper] qui nous gardait dans le match, quelques bons vétérans qui faisaient la différence et beaucoup de jeunes qui poussaient. Si je me souviens bien, on jouait à peine pour ,500 après 20 matchs et on avait fini cinquième. Ça démontre que ça prend un ajustement, sans oublier que cette année, on a rentré encore beaucoup de nouveaux joueurs», souligne le natif de Lac-Etchemin.

Les jeunes formations ont toujours besoin d’un mentor. Samuel assume ce rôle avec fierté, en n’oubliant pas qu’on juge un athlète à ses résultats, pas à ses paroles.

«Comme vétéran, j’ai un rôle. J’aime m’impliquer dans le vestiaire, diriger l’équipe dans les étirements ou quand il y a des messages à passer, mais mon plus grand rôle, c’est sur la glace. Peu importe ce que je peux dire en dehors de la patinoire, si je n’arrête pas la rondelle, c’est difficile d’avoir un impact», soutient avec justesse celui qui n’a été repêché par aucune équipe de la LNH, mais qui a participé à des camps de recrue, dont le dernier du Canadien de Montréal.

Au-delà des chiffres

Les chiffres amassés par Samuel jusqu’ici cette saison témoignent de cet impact, avec notamment un pourcentage d’arrêts de 0,916, bon pour le quatrième rang dans le circuit Courteau. Le cerbère assure ne pas en faire une fixation, mais il n’ignore pas que les chiffres servent de carte de visite.

«De bonnes statistiques personnelles, ça fait partie du processus pour obtenir un contrat professionnel», convient celui qui dit s’attarder principalement au nombre de victoires et au pourcentage d’efficacité. «Mais il ne faut pas oublier que toutes ces statistiques sont influencées par l’ensemble de l’équipe et le déroulement des matchs. Je sais que c’est très cliché en disant que c’est un sport collectif, mais c’est vraiment comme ça.»

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Pleins feux olympiques

Marie-Michèle Gagnon: le feu de l’effort

Les XXIIIes Jeux olympiques d’hiver se profilent à l’horizon. Le 9 février 2018 en Corée du Sud, la vasque de PyeongChang s’embrasera pour illuminer cette grande quinzaine sportive. Au fil des prochaines semaines, nous vous proposons le portrait de plusieurs athlètes de notre région qui vivront l’aventure olympique. Aujourd’hui: Marie-Michèle Gagnon.

LAC-ETCHEMIN —«Il y en a qui me disent: coudonc, t’es-tu folle?» 

Marie-Michèle Gagnon l’admet. Pas qu’elle soit inconsciente, tant s’en faut. «Je suis pas mal bonne dans toutes les disciplines, mais pas excellente nulle part!» reconnaît la skieuse de Lac-Etchemin, qui prendra part en février à ses troisièmes Jeux olympiques.

«J’ai du talent, oui, mais ce qui me différencie d’autres filles qui ont peut-être plus de talent, c’est que je travaille vraiment fort. Pour moi, ce n’est pas difficile. J’adore m’entraîner! Je passe de longues heures dans le gym sans problème. Mais d’autres personnes vont te dire que je suis assez intense.»

Cette folie de l’effort, du travail, porte l’athlète de 28 ans depuis plus d’une décennie au sein de l’équipe canadienne de ski alpin. Ce qui en fait l’athlète la plus expérimentée du volet féminin actuel. Son compteur affiche 190 départs en carrière sur le circuit de la Coupe du monde, quatrième dans l’histoire canadienne depuis l’instauration du circuit mondial derrière Erik Guay (229), Thomas Grandi (215) et Emily Brydon (203). Son total grimpe à 209 avec les Championnats du monde et les Jeux olympiques.

Sa polyvalence en fait l’une des rares skieuses de haut niveau à participer à la fois aux courses techniques, slalom (75 départs en Coupe du monde) et slalom géant (66), surtout, mais également aux disciplines de vitesse, super-géant (25) et même descente (7).

Être bonne-dans-tout-mais-excellente-dans-rien en fait une spécialiste du combiné alpin. Cette cinquième épreuve alliant technique et vitesse, le plus souvent une descente et un slalom. Les deux extrêmes.

C’est là qu’elle est montée sur la plus haute marche du podium de Coupe du monde à deux reprises en carrière. Là aussi où elle espère enfin enfiler autour de son cou du métal olympique, à PyeongChang, dans quelques semaines.

Sous l’impulsion de l’entraîneur-chef de l’équipe féminine canadienne, l’Italien Manuel Gamper, qui a par le passé épaulé Aksel Lund Svindal, Gagnon a décidé de placer l’accent sur les épreuves de vitesse cette saison, afin de mettre toutes les chances de son côté pour le combiné olympique.

«Ma meilleure chance de médaille est là», disait-elle au Soleil, lors d’une entrevue à la base de la station Mont Orignal.

«Enfant-monstre»

Son royaume d’enfance. Grande reine de la petite montagne qui porte aujourd’hui son nom en couronne, au sommet de la piste numéro 15, aussi surnommée le Pitch à Mitch. Même si elle se décrit plutôt comme un «enfant-monstre» qu’un enfant-roi.

Troisième de cinq rejetons, «j’étais vraiment énergique. Surtout avec mon frère plus jeune», avoue celle qui louange ses parents d’avoir toujours gardé la maisonnée active. L’hiver sur la neige, l’été dans le lac.

Les sacrifices, certains diront des choix de vie, se sont vite imposés. Quand, jeune, elle propose l’installation d’un spa ou l’achat d’une motomarine pour profiter encore plus de la proximité du lac, et faire comme ses amis, maman et papa la ramènent sur terre. Avec les trois derniers en ski de compétition, faut choisir. Le ski l’emportera chaque fois.

Même chose quand à seulement 12 ans, Marie-Michèle quitte le nid familial pour poursuivre son cheminement sportif. D’abord à l’école secondaire du Mont-Sainte-Anne, puis au centre-ville de Québec, à l’école Cardinal-Roy.

«Ça n’a pas été une grosse décision, pour moi», laisse-t-elle entendre, avec plusieurs années de recul. «Depuis que j’étais jeune, je voulais être championne de ski, je voulais aller aux Olympiques. Je voulais tout! D’autres auraient eu peur de s’ennuyer, mais pour moi, je voyais ça comme une aventure», explique Gagnon, qui idolâtrait alors Mélanie Turgeon et Geneviève Simard. Ainsi qu’un jeune espoir du nom d’Érik Guay qui, à 36 ans, participera en 2018 à ses quatrièmes Jeux olympiques.

La grande Mélanie avait dédicacé une affiche à la petite Marie-Michèle, alors âgée de 10 ans : «Bonne saison! On se voit sur l’équipe canadienne!» Elle l’a longtemps gardée accrochée au-dessus de son lit. «Ç’a allumé le feu!» affirme Gagnon, qui n’intégrera la formation nationale qu’après la retraite de Turgeon.

Congé de vaisselle

Entre-temps, durant son adolescence, elle a été hébergée à Québec par un couple devenu ses «deuxièmes parents». «Ils ne me faisaient jamais faire mon lit ou la vaisselle! Ç’a pas été les grosses tâches... Ils disaient : “Tu vas avoir tellement de travail le reste de ta vie, profites-en maintenant! ”» se rappelle-t-elle à propos de Diane et François, qu’elle revoit de temps à autre.

Chose sûre, Gagnon n’a pas perdu son temps. Dès l’âge de 18 ans, elle accède à l’équipe canadienne. Saison recrue toutefois gâchée dès octobre par une fracture ouverte de la jambe subie à l’entraînement, dans un coin reculé des Rocheuses de la Colombie-Britannique.

Mais rien pour freiner ses ardeurs. «Ça m’a juste donné plus de feu!» assure-t-elle, disant avoir redoublé d’efforts sur «les petits exercices vraiment plates» de rééducation pour revenir en piste à peine trois mois plus tard.

Au fil des hauts, elle s’est classée 51 fois dans le top 10 en Coupe du monde, mais aussi des bas en piste, Gagnon assure ne jamais avoir songé à accrocher ses skis. Même pas après sa dislocation de l’épaule gauche qui est venue saboter son rêve olympique en 2014. Alors qu’elle venait de gagner le combiné d’Altenmarkt, quelques semaines plus tôt, et s’amenait à Sotchi comme l’une des favorites à cette épreuve.

C’est finalement le facteur humain qui forcera une sérieuse remise en question, à l’hiver 2016. Le style militaire de l’entraîneur de l’équipe féminine canadienne à ce moment, l’Autrichien Roland Pfeifer, auparavant aux côtés de Mikaela Shiffrin, pousse la Québécoise dans ses derniers retranchements.

«C’est vraiment là que pour la première fois, je me suis demandé si je voulais continuer», révèle celle qui admet avoir néanmoins obtenu de bons résultats sous la férule de Pfeifer. Mais surtout au moment où elle a décidé de faire à sa tête.

«Je ne suis pas prête à prendre ma retraite!» tranche-t-elle maintenant avec aplomb, épanouie sous les ordres de Gamper. Elle avance vouloir concourir jusqu’aux Jeux de 2022.

«Je n’ai pas encore atteint ce que je veux atteindre dans mon sport. Je veux gagner une médaille olympique, je veux gagner un Globe de cristal, j’ai des rêves pour lesquels je travaille fort. Je sais que ce n’est pas facile, mais quand tu as des victoires ou des podiums, c’est tellement spécial», résume Marie-Michèle Gagnon, la détermination dans le plafond.

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15 questions à Marie-Michèle Gagnon

1 - Plus bel endroit visité? Nouvelle-Zélande 

2 - Artiste musical préféré? Ben Howard 

3 - Votre spécialité en cuisine? Pain aux bananes

4 - Séries télévisées que vous avez adorées? Game of Thrones, New Girl 

5 - Une lecture qui vous accompagne? Outlander (Le Chardon et le Tartan)

6 -  Votre héros ou héroïne olympique (passé ou présent) et pourquoi? Georgia Simmerling. C’est ma bonne amie et elle nous a tous tellement impressionnée en devenant la première Canadienne à participer à trois Jeux olympiques dans trois sports (ski alpin, skicross, et cyclisme sur piste), en plus de gagner une médaille de bronze en poursuite par équipe.

7 - Si vous étiez aux JO dans un autre sport, lequel serait-ce? Descente de vélo de montagne

8 - Une cause qui vous tient à cœur? Faire bouger les enfants avec le sport.

9 - Vous aimeriez prendre un café ou une bière avec quelle personnalité (morte ou vivante)? Serena Williams

10 - Une peur ou phobie que vous avez? Les requins…

11 - Décrivez-vous en trois mots. Déterminée, énergétique, plein air

12 - Vous ne partez jamais sans… Ma bouteille d’eau

13 - Êtes-vous plus Marie-Michèle ou plus Gagnon? Plus Gagnon. Marie-Michèle est rarement utilisé pour me nommer, plus Mitch, Mimi, Marie…

14 - Une gâterie ou une gourmandise que vous vous permettez n’importe quand, sans retenue? Kladdkaka, un genre de brownie pas assez cuit suédois! Rien à voir avec le kaka, assuré!;)

15 - Si vous n’étiez pas athlète, vous feriez quoi comme métier? Physiothérapeute ou médecine sportive

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Pleins feux

Antoine Vermette: le 1000e match d’un bon gars

Comme la plupart des petits Québécois de sa génération, Antoine Vermette a bien dû disputer des milliers de matchs de hockey dans le sous-sol familial et dans la rue, théâtre de ses premiers exploits. Comme la plupart des petits Québécois de sa génération, Antoine Vermette a rêvé de joindre le plus grand circuit professionnel de hockey et d’y connaître une longue carrière.

Même si la LNH compte beaucoup d’appelés, peu sont élus. Le talent aidant, Antoine Vermette fait toutefois partie de ceux qu’il qualifie lui-même de « chanceux ».

Après deux saisons dans la LHJMQ, avec les Remparts et les Tigres, le jeune homme de 6’1” et 196 livres, qui venait de signer une saison de 30 buts et 41 passes en 71 matchs à Victoriaville, a entendu les Sénateurs d’Ottawa prononcer son nom, en deuxième ronde (55e rang au total) en 2000. Deux autres saisons à Victoriaville, dont l’une de 119 points, et une première campagne professionnelle prolifique avec le club-école des Sénateurs à Binghamton (62 points), et voilà que Vermette frappait déjà, à 21 ans, à la porte de la LNH.

«J’avais eu une très bonne saison l’année précédente. Mon objectif était donc, pendant le camp, de demeurer avec le grand club. À la fin d’une pratique, Jacques Martin était venu me voir pour me demander si j’étais capable de jouer l’aile. Je n’avais jamais joué à l’aile. Je lui avais répondu que oui. J’avais lu entre les lignes que c’était probablement une belle opportunité. C’est ce qui est arrivé. J’ai percé l’alignement.»

C’est ainsi que, le 9 octobre 2003, il voyait son rêve se réaliser, alors qu’il prenait part à sa première partie dans la LNH. Et question d’ajouter à l’excitation du moment, il s’agissait du match d’ouverture des Sénateurs qui recevaient… le Canadien de Montréal.

Pleins feux

Helder Duarte, le baveux devenu gentilhomme

Joueur, il n’hésitait pas à critiquer ses coéquipiers dans les journaux. Jeune entraîneur, il injuriait ses hommes depuis le banc. Helder Duarte n’a jamais eu la langue dans sa poche. Mais le «baveux» qu’il était s’est transformé en gentilhomme. Et, au passage, en véritable gagnant.

L’entraîneur-chef de l’équipe féminine du Rouge et Or soccer contemple son passé avec beaucoup de fierté... et une touche d’embarras. La fierté d’Helder Duarte provient des triomphes, des réussites de ses joueuses. Du chemin parcouru, depuis sa jeunesse à Sept-Îles jusqu’au Rouge et Or, en passant par ses sept années passées chez les Aigles Bleus de l’Université de Moncton.

Son embarras, mi-amusé, s’éveille lorsqu’il raconte ses sautes d’humeur de l’époque. «Je n’aime pas dire ça, mais j’étais à la limite intimidateur. J’avais une grande gueule. Je pouvais te planter devant tout le monde. J’ai vraiment changé», affirme Duarte, 55 ans, au milieu d’un entretien de deux heures avec Le Soleil, dans son bureau du PEPS.

Pendant sa carrière de joueur universitaire, il critique l’un de ses coéquipiers pendant une entrevue. Et en arrivant dans le vestiaire le lendemain, il n’hésite pas à interpeller l’homme en question : «Heille, t’as vu ce qui était écrit dans le journal? C’est de toi que je parlais!»

Dans un extrait vidéo datant de ses deux années comme entraîneur-chef à Moncton, on le voit enguirlandant l’un de ses joueurs. «Je regarde ça, et j’ai honte. C’est ridicule», lance aujourd’hui Duarte, devenu coach tout de suite après cinq saisons passées comme gardien de but de l’équipe, dans les années 80.

Le juste milieu

Les choses ne se corrigent pas tout de suite à son arrivée à Québec, en 1989. Lorsqu’il devient l’entraîneur du Dynamo (senior), en 1993, il n’est pas tendre avec ses joueuses. «Je pense que je faisais pleurer une fille chaque semaine à l’entraînement, pour n’importe quoi. Je les piquais», se souvient Duarte.

Son adjointe de l’époque, Nathalie Bernier, lui suggère de changer son approche, ce qu’il refuse au départ : pas question de s’adapter à chacune de ses 20 joueuses. Mais le monde change, et Duarte changera avec lui.

«Je me suis tellement assoupli au fil des années que je suis devenu trop mou de l’autre bord», rigole-t-il. Il semble avoir trouvé le juste milieu. Et ne tolérerait pas de ses protégées un comportement comparable au sien à l’époque.

Ses joueuses avec le Rouge et Or, anciennes et actuelles, peinent à voir le jeune baveux dans le Duarte qu’elles connaissent. «Je ne l’imagine vraiment pas comme ça!» lance Cynthia Turcotte en riant.

La joueuse de cinquième année le décrit plutôt comme un homme calme, rigolo et agréable à côtoyer. Termes répétés par Marie-Claude Dion, athlète de la première heure, de 1995 à 2000. Comme quoi Duarte a vite opéré son changement de tempérament. «Il a toujours été enjoué», souligne-t-elle. «C’est le fun, parce que ça détendait l’atmosphère. Il avait toujours une belle façon d’aborder les choses, de passer ses messages. […] Il est un excellent motivateur.»

Comme une peine d’amour

Toujours disponible pour ses athlètes, l’entraîneur peut devenir une ressource utile au-delà du sport. «Il m’a aidée dans mon travail personnel, au niveau de la confiance en soi», souligne Turcotte, deux fois championne canadienne sous ses ordres. «J’ai appris des techniques de jeu grâce à lui, mais ce que je retiens le plus, c’est qu’il m’a fait grandir en tant que personne.»

Elle n’est pas la seule à tenir pareil discours. Duarte a reçu, au fil du temps, des messages venus d’anciennes joueuses lui déclarant les effets positifs qu’il avait eus dans leur vie. Certaines ont poursuivi leurs études grâce au soccer, grâce aux conseils de leur coach. Il nous a récité l’un de ces messages, venu d’une femme dont il était entraîneur il y a plus de 20 ans. «Quand je pogne un down, je le lis. Ça, c’est aussi trippant que de gagner un Championnat canadien.»

Il parle de ses joueuses avec admiration. Dans son bureau traînent des photos grand format de ses athlètes, en action ou célébrant la victoire. Il les épluche avec plaisir. Il se souvient des années, des noms, des détails.

Il pense aux meilleures, mais aussi à celles qu’il a dû retrancher. Il se souvient de son insomnie à l’aube de briser leur rêve. «Elles ont fait des sacrifices, elles sont venues aux activités de financement, elles t’ont aidé quand t’en avais besoin. Et là, il y a des meilleures qui arrivent, que tu ne connais même pas… Et t’es obligé de les couper. C’est comme une peine d’amour : elles pleurent, elles sont déçues. Ça fait mal. Et là tu te dis : c’est moi qui décide ça!?» remarque Duarte.

Décisions difficiles, mais nécessaires. Et à regarder la feuille de route de l’entraîneur, facile de conclure qu’il a souvent pris les bonnes.

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Le jeune homme qui «haïssait courir»

Il était «poche» et il «haïssait courir». Helder Duarte, 16 ans, passera malgré tout sa vie dans le soccer. Un destin imputable en partie à une blessure infligée — involontairement — à l’un de ses gardiens de but.

Natif des Açores, des îles portugaises situées dans l’Atlantique, Duarte a déménagé à Sept-Îles avec ses parents alors qu’il avait six mois. C’est là, 16 ans plus tard, qu’il participe à l’échauffement d’une équipe senior, même s’il commence à peine le soccer. Lors d’un coup de pied de coin, il entre en collision avec le cerbère et le blesse à la cheville. Fini pour la saison. L’équipe se retrouve sans gardien et personne ne veut du poste. Un coéquipier lui lance : «C’est toi qui l’as blessé, tu vas y aller!»

Il ignore comment remplir ce rôle, mais deux choses jouent en sa faveur. D’abord, sa qualité de «plongeur», venue de son talent au handball, sport qu’il pratiquera au niveau universitaire. Mais surtout sa capacité à dégager le ballon très loin.

Pour améliorer cette qualité prisée par les foules, Duarte expédie des ballons par-dessus l’aréna près de chez lui. «Je bottais de l’autre côte, je prenais mon bicycle, j’allais chercher mon ballon et je revenais. Et je reculais, je reculais… J’ai fait ça pendant un été complet, une cinquantaine de frappes par jour.»

Pleins feux

Ann-Renée Desbiens, la muraille canadienne

L’équipe canadienne de hockey féminin s’amène à Québec pour un match préolympique contre sa rivale américaine, dimanche (14h). Ce sera l’occasion unique de voir en action la capitaine Marie-Philip Poulin et ses coéquipières avant le grand rendez-vous de PyeongChang. Parmi ces dernières, la gardienne de but de La Malbaie, Ann-Renée Desbiens, dont le poste est assuré et qui tentera de convaincre les décideurs de Hockey Canada de lui confier le filet, en février.

Sixième Canadienne de l’histoire à recevoir le titre de joueuse par excellence dans la division 1 de la NCAA au printemps, Ann-Renée Desbiens a connu un parcours universitaire remarquable pendant ses quatre années avec les Badgers du Wisconsin. Faisant tomber un à un la plupart des records de la ligue, la gardienne de but a réécrit l’histoire de son programme et de son sport.

Sans renier ces accomplissements, la grande blonde de 23 ans échangerait toutefois en un clin d’œil cette gloire personnelle, dont son prestigieux prix Patty Kazmaier, pour le titre national que les Badgers, une puissance de la NCAA, ont échappé contre Clarkson en finale, au printemps. «À la fin de la journée, ce qui compte le plus, c’est la victoire d’équipe. Surtout comme gardienne de but. Si les filles ne suivent pas le système de jeu, ma job est impossible à faire en arrière», a raconté Desbiens à la suite d’une séance d’entraînement, au PEPS, en juin.

Quelques mois après la finale, elle admettait que cette défaite, au terme d’une saison de blessures (commotion cérébrale, luxation du genou) dont elle s’est bien remise, demeure difficile à avaler. Elle n’hésite d’ailleurs pas à qualifier d’«échec» l’incapacité des Badgers à décrocher un titre collectif au cours de son passage avec l’équipe. Ce goût amer l’a laissée plus affamée que jamais pour la victoire. Et c’est à PyeongChang qu’elle entend mener sa mission à bien.

«Entre un titre dans la NCAA et une médaille d’or olympique, je vais prendre la médaille d’or olympique. Je pense que c’est vraiment le sommet pour le hockey féminin», a estimé celle qui lutte pour défendre le filet canadien avec ses coéquipières Geneviève Lacasse et Shannon Szabados.

Une famille de hockey

Le poste de gardienne numéro un d’Équipe Canada tiendrait du rêve pour Ann-Renée Desbiens, qui aspire à une participation aux Olympiques depuis ses débuts dans le hockey. La cadette d’une famille de cinq enfants a donné ses premiers coups de patin dans la foulée de ses frères Martin, Dominic et Vincent, ainsi que de sa sœur Sabrina.

«Tout le monde jouait au hockey chez nous, même ma sœur. C’est ce que je voulais faire aussi. Ma mère voulait que je fasse du patinage artistique, mais les patins blancs, ça ne m’intéressait pas!»

Parce qu’elle avait l’habitude de défendre le filet dans le sous-sol familial, l’athlète de 5’10’ et 161 livres s’est vu confier le même rôle à son arrivée chez les novices, où elle a immédiatement brillé. «Ça m’attirait moyennement, parce que je me débrouillais bien comme joueuse à cet âge-là. Je patinais bien. Mais je l’ai essayé et ça s’était bien passé. Je n’ai plus jamais rejoué comme attaquante», a indiqué celle qui n’a jamais regretté d’avoir choisi cette position difficile, même si «compter des buts, ce serait plus le fun que de s’en faire compter».

Très rapidement, le hockey est passé de hobby à passion. C’est à ce moment qu’elle a amorcé son cheminement, parfois sinueux, dans le hockey masculin, en joignant d’abord les Caribous de Charlesbourg (atome BB). «Quatre fois par semaine, mes parents faisaient l’aller-retour entre La Malbaie et Charlesbourg. Pour un enfant de cet âge-là, c’était quand même assez dur. Comme j’étais la plus jeune, mes parents avaient plus de temps pour moi. J’ai eu cette chance-là», a convenu Desbiens, consciente du sacrifice de ses parents, Raynald et Claire.

Puis, il y a eu le pee-wee CC à Charlesbourg, le bantam AA avec les Seigneurs de Beaubourg et le midget espoir avec le Séminaire Saint-François, où elle avait particulièrement bien fait. «À ce moment-là, je restais en pension à Québec. J’ai été chanceuse parce que c’était mon entraîneur bantam AA, Jonathan Clément, qui m’a hébergée.»

Rendu au niveau midget, les filles sont plus rares — et moins bien acceptées — dans le hockey masculin, ce qui allait amorcer une valse des formations pour Desbiens. Pendant 48 heures et pour l’expérience, elle a d’abord pris par camp des Cataractes de Shawinigan, en août 2011.

«Sur la vitesse, sur la technique et même sur la force, elle n’avait rien à envier aux autres gardiens. Elle est en bonne forme, elle est concentrée devant son filet, bref, retenez son nom, car ce n’est pas la dernière fois que vous allez en entendre parler!» avait alors prédit l’entraîneur-chef Éric Veilleux au Nouvelliste de Trois-Rivières.

Retour à Beaubourg (midget AA), mais non sans avoir d’abord transité par le junior AAA (La Tuque), où elle n’a pas la faveur d’un entraîneur qui «n’aimait vraiment pas les filles». La porte s’ouvre ensuite dans le midget AAA (Chateauguay), mais la LHMAAAQ met vite fin à ses aspirations. «Quand c’est arrivé pour passer à la ligue, les dirigeants ont dit : “C’est une fille. Elle a 17 ans. Elle n’a rien à développer. On ne la veut pas”», se souvient-elle.

Aux États-Unis

Ann-Renée Desbiens passe alors du midget AA au junior AA. À travers, elle se joint parfois aux entraînements des Titans de Limoilou. Elle porte ensuite brièvement les couleurs des Stars de Montréal (CWHL). La transition vers le hockey féminin s’amorce tranquillement pour celle qui fait alors déjà partie du programme national.

«Si c’était à refaire, je jouerais encore avec les gars. En tant que gardienne de but, tu as plus de chances de te développer en jouant avec les garçons. Les lancers sont plus forts, le jeu est plus vite. Si j’avais été dans une ligue de filles, je me serais ennuyée.»

L’offre d’une bourse pour aller étudier à l’Université du Wisconsin — à l’incitation de l’entraîneure-adjointe Jackie Crum — et la visite du campus l’ont toutefois convaincue de poursuivre sa carrière du côté féminin aux États-Unis, malgré un anglais «très, très, très mauvais».

Cette décision allait lui permettre d’atteindre un niveau inégalé d’excellence dans la très relevée NCAA, tout en poursuivant ses études en comptabilité. À ses quatre années dans l’uniforme des Badgers de l’entraîneur Mark Johnson — il a fait partie de la célèbre équipe américaine qui a réalisé le Miracle sur glace aux JO de 1980 —, elle a mené son équipe quatre fois aux demi-finales nationales (Frozen Four).

«À ma troisième année, j’ai brisé tous les records. À ma quatrième année, les gens me demandaient si je pourrais refaire ça. Je leur disais que non. Ç’a fini que j’ai terminé l’année avec des meilleures statistiques dans la plupart des catégories!»