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Colten Ellis: le rieur masqué

RIMOUSKI — «J’adore rire», lance Colten Ellis en esquissant un sourire convaincant. D’un calme olympien et d’une nature plutôt discrète sur la patinoire et dans la chambre des joueurs, il dissimule pourtant bien son côté hilare. Même son entraîneur est surpris d’apprendre ce trait de caractère chez son gardien no 1.

«C’est un gars très tranquille dans le vestiaire», perçoit plutôt Serge Beausoleil. «Il est dans son coin, très sérieux. Ça reste un gars calme, discret et effacé. Il est posé dans tout ce qu’il fait.»

Le pilote des Bleus concède toutefois qu’il arrive à Ellis de «rire des niaiseries des autres, qu’il aime rigoler en temps opportun et qu’il est moqueur». Ses coéquipiers ne manquent d’ailleurs pas eux aussi de le taquiner. Mais Beausoleil n’aurait pas cru que le gaillard de 6’1” et 183 livres puisse se bidonner en écoutant des comédies!

«Je l’apprends», laisse tomber Beausoleil d’une mine à la fois étonnée et ravie. Lors de l’entrevue en anglais avec Le Soleil, les éclats de rire ont d’ailleurs été naturellement fréquents de la part du rouquin.

Quand le Néo-Écossais d’origine ne joue pas au hockey ou qu’il ne se consacre pas à ses études, il aime aller au cinéma. «L’été, tous les lundis, je vais m’entraîner à Sydney», raconte-t-il. «En même temps, avec ma famille, on va au cinéma. Mon frère et moi, on regarde aussi des émissions de télé, la plupart du temps des comédies. Je vais parfois voir des films d’action, mais je n’aime jamais autant ça que des comédies! J’ai un grand sens de l’humour!»

Outre le cinéma, il aime aussi jouer à différents sports avec ses amis, pour le plaisir. Il conserve d’ailleurs d’excellents souvenirs de ceux qu’il a pratiqués à l’école lorsqu’il était plus jeune, que ce soit du basketball, du volleyball ou du soccer.

Le nez dans les livres

Lorsque le gardien n’est pas sur la glace, il a le nez dans ses livres. On le décrit comme un étudiant sérieux et ambitieux. D’ailleurs, il a été nommé le joueur étudiant du mois de novembre au sein de sa formation.

«Ça exprime pas mal qui il est», décrit son entraîneur. «C’est un joueur dédié, qui a de très bonnes aptitudes de travail, autant sur la glace qu’à l’extérieur. Dans ses études, il est appliqué et sérieux dans ce qu’il fait. Il est très cérébral.»

L’étudiant termine sa 12e année au Trimble High School, dont les cours sont offerts en ligne au Cégep de Rimouski. Son programme comporte des cours d’arts, de technologies de l’information et d’anglais. Par la suite, il compte s’inscrire à l’université en kinésiologie, pour éventuellement pratiquer sa profession auprès des sportifs, idéalement les hockeyeurs.

À sa deuxième année à Rimouski, a-t-il l’intention d’apprendre le français? «Mon français était bon quand je suis arrivé l’an dernier», raconte-t-il. 

«Mais maintenant, j’en ai perdu. J’espère que l’an prochain, je serai meilleur. Il faudrait que je pratique avec mes coéquipiers francophones, mais ils me parlent en anglais. Quand je prête attention, je comprends quelques mots en français.»

Parfois, il se risque à dire quelques phrases dans la langue de Molière : «Merci», «Allô», «Comment ça va?», S’il-vous-plaît», «Bonne journée»... «Je suis vraiment bon pour commander au Tim Hortons», ajoute-t-il avec son air pince-sans-rire.

Sa logeuse de Rimouski tente de lui inculquer des notions de français. «Marie Soucy est incroyable pour moi», mentionne-t-il avec beaucoup de reconnaissance. «Elle essaie de m’apprendre le français. Elle fait plein de petites choses pour moi. Elle veut toujours être sûre que tout va bien. Elle est toujours là pour répondre à mes besoins. Elle est vraiment extraordinaire!» Originaire d’Edmundston (N.-B), la dame héberge également son coéquipier Carson MacKinnon.

Il adore Rimouski

Ellis adore Rimouski. «Les fans sont spectaculaires. C’est vraiment plaisant. Tous les gens et les fans sont vraiment aimables. Ça rend mon séjour intéressant. C’est une grosse ville de hockey!»

D’ailleurs, s’il compare son village natal de Whycocomagh à Rimouski, il considère celle-ci comme une grosse ville. Il faut dire que sa municipalité, dont le nom signifie «tête des eaux» en micmac, ne compte que quelque 800 âmes!

Né le 5 octobre 2000, il est l’aîné d’une famille de trois enfants. Il a un frère et une sœur : Matthew, 16 ans et Haylee, 11 ans. Son père, Brian Ellis, est entrepreneur de machinerie lourde et sa mère, Jo-Ann Campbell, est réceptionniste pour une clinique vétérinaire.

Ellis raconte les premières années de sa vie avec ravissement. «J’ai eu une enfance amusante», relate-t-il avec une étincelle dans les yeux. «J’étais très actif. J’ai essayé différents sports. J’ai fait des voyages scolaires très intéressants. La communauté à laquelle on appartenait était très gentille. 

J’ai plusieurs amis avec qui j’ai grandi et dont je suis resté proche.»

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Adonis Stevenson revisite ses 10 combats pour le titre

Adonis Stevenson est champion du monde WBC des poids mi-lourds depuis 2002 jours. Près de cinq ans et demi. Une éternité dans le monde de la boxe. Avec une victoire samedi soir à Québec, ville où il a mis sa couronne en jeu le plus souvent, le puissant gaucher surpasserait Lucian Bute et ses neuf défenses à succès, un record pour un boxeur québécois. Revoyez les 10 combats pour le titre à travers les yeux du champion lui-même et de son promoteur Yvon Michel, qui passe en revue ceux contre qui Superman s’est battu… ou pas.

1. Chad Dawson (États-Unis, 31-2),
8 juin 2013 à Montréal ,
victoire par K.-O. à 1:16 du 1er round

› Adonis Stevenson «C’est le début du règne! La réalisation d’un rêve que je caressais lorsque je suis devenu professionnel [en 2006]. J’aurais pu gagner la ceinture IBF à 168 livres les mains dans le dos, mais je préférais celle de la WBC, même à 175 livres. La ceinture verte, c’est la plus prestigieuse! J’avais dédié ce combat à mon entraîneur Emanuel Steward [décédé en 2012], qui m’avait dit que je deviendrais un grand champion. Je ne voulais pas le décevoir.»

› Yvon Michel «Adonis était l’aspirant obligatoire des 168 livres de l’IBF. Mais Carl Froch a préféré une unification contre Mikkel Kessler et le vainqueur abandonnait le titre pour qu’Adonis se batte pour la ceinture contre un autre aspirant. Entretemps, Jean Pascal devait affronter Chad Dawson pour le titre des 175 livres du WBC. Mais l’occasion pour Pascal d’affronter Lucian Bute s’est présentée. Donc, Jean s’est retiré du combat de Dawson et HBO a accepté de prendre Stevenson-Dawson en à-côté de Bute-Pascal.»

2. Tavoris Cloud (États-Unis, 24-1),
29 septembre 2013 à Montréal,
victoire par abandon à 3:00 du 7e round

› Adonis Stevenson «On disait que j’avais gagné la ceinture par chance, et je l’ai encore! Des faux prophètes disaient que je devais ma victoire contre Dawson à un coup de poing chanceux, que Cloud allait me battre. Mais je leur ai fait ravaler leurs paroles! Après, Don King a dit que j’avais la force de Mike Tyson et les pieds qui bougeaient comme Muhammad Ali. C’était vraiment flatteur.»

› Yvon Michel «La première année où un gars devient champion, il a l’adrénaline, n’est pas encore riche et veut se battre. Cloud était un protégé du promoteur Don King et considéré comme un boxeur dangereux, un ancien champion du monde affamé qui revenait pour prendre son titre. Avant le combat, King m’a dit : “Yvon, je ne veux pas te faire de peine, mais mes éclaireurs m’ont dit que ton gars n’est pas de taille. Ce ne sera pas long.” Puis, après un round : “Fuck! Je vais congédier tous mes éclaireurs!”»

3. Tony Bellew (Angleterre, 20-1-1),
30 novembre 2013 à Québec,
victoire par T.K.-O. à 1:50 du 6e round

› Adonis Stevenson «Bellew a accompli beaucoup. Il a été champion des lourds-légers [2016] et s’est même battu poids lourd. Je suis l’un des deux seuls qui l’ont arrêté. Mais à la différence d’Usyk [10 novembre dernier], j’ai battu un Bellew plus jeune, plus féroce, plus hargneux. C’est mon adversaire contre qui il y a eu le plus d’animosité avant le combat, on en est venus aux coups à la pesée. On essayait aussi de me déconcentrer pendant la semaine [avec des articles accablants sur son passé publiés dans La Presse], mais je suis passé à travers de ça. Je suis passé à travers Bellew, aussi.»

› Yvon Michel «Tony Bellew était extrêmement suspicieux. Il était convaincu qu’on ferait tout pour lui nuire, comme empoisonner sa nourriture. Il n’a pas dit à quel hôtel il logeait et n’acceptait même pas un verre d’eau de notre part. Mais Adonis n’a pas eu besoin de ça. [À cause des textes de La Presse], je n’ai jamais vu Adonis aussi furieux. Il s’est présenté sur le ring en broyant du noir. Tout ce qu’il voulait, c’était détruire ce qu’il avait devant lui. Même après la victoire, il n’a pas souri.»

4. Andrzej Fonfara (Pologne, 25-2),
24 mai 2014 à Montréal,
victoire par décision unanime

› Adonis Stevenson «Tenir mon camp d’entraînement en Allemagne a été ma plus grosse erreur en carrière! Le décalage horaire m’a épuisé et en plus, je me suis fait une hernie discale. Deux, trois semaines à juste me faire soigner et masser. Mais je ne voulais pas repousser le combat. Et déjà que j’avais mal au dos, je me suis blessé à la main gauche dès le deuxième round. Ça faisait mal! Je suis allé au plancher [au 9e round], mais ce n’est pas pour rien que je suis champion. Je me suis relevé et j’ai continué comme si de rien n’était.»

› Yvon Michel «HBO avait un combat contre Sergey Kovalev dans les plans, mais Adonis s’est associé à Al Haymon, qui était avec Showtime. Puis il y a eu le camp en Europe, son entraîneur Sugar Hill était adjoint auprès de Wladimir Klitschko. On nous a caché la blessure au dos ; ils ne pensaient pas que Fonfara était un défi important. Adonis a envoyé Fonfara au tapis dès les premières minutes, ce qui renforçait son opinion, mais il s’est finalement battu 12 rounds pour la première fois de sa carrière.»

5. Dmitry Sukhotskiy (Russie, 22-2),
19 décembre 2014 à Québec,
victoire par K.-O. à 2:42 du 5e round

› Adonis Stevenson «La veille, j’ai subi une opération pour enlever un kyste dans la bouche, à 24 heures du combat! On m’avait conseillé de ne pas le faire, mais ça faisait vraiment mal et c’était trop enflé. Une fois dans le ring, je me suis arrangé pour ne pas manger trop de coups de poing.»

› Yvon Michel «Le rêve d’Adonis était d’affronter Bernard Hopkins et on avait une entente pour l’automne. On avait même réservé la date du 10 octobre. Mais Oscar De La Hoya a repris le contrôle de Golden Boy Promotions et est retourné à HBO pour faire Hopkins-­Kovalev! Sukhotskiy était un cadeau de consolation pour rester actif avant Kovalev, qui a battu Hopkins. Jean Pascal était l’aspirant obligatoire de Stevenson et a accepté de mettre sa position en jeu contre Kovalev. Alors, on a fait Sukhotskiy en pensant que le prochain combat serait contre le gagnant de Pascal-Kovalev.»

6. Sakio Bika (Cameroun, 32-6-3),
4 avril 2015 à Québec,
victoire par décision unanime

› Adonis Stevenson «Bika a affronté plein de gros noms, a boxé contre Andre Ward et même Joe Calzaghe! Bika-Ward avait été très serré, mais moi, je n’ai pas été en danger dans ce combat. Je l’ai boxé stratégique. Tu y vas pour knocker, mais si ça ne fonctionne pas, je suis polyvalent.»

› Yvon Michel «C’était la grande première à CBS de la série Premier Boxing Champions [PBC]. En direct, le samedi après-midi. On avait eu plus de 400 000 de cotes d’écoute à TVA Sports et plusieurs millions à CBS. C’était le dernier combat avant Kovalev, qui avait battu Pascal [en mars]. Bon combat, bonnes cotes d’écoute, c’était parfait! Mais la veille de notre départ pour l’appel d’offres à Mexico, le président du WBC m’a appelé pour me dire que Kovalev et sa promotrice Kathy Duva se retiraient. Ç’a été une énorme déception.»

7. Tommy Karpency (É.-U., 25-4-1),
11 septembre 2015 à Toronto,
victoire par T.K.-O. à 0:21 du 3e round

› Adonis Stevenson «Ce n’est pas moi qui choisis mes adversaires. Dès qu’il a fait une erreur, j’ai pu en profiter et j’ai ouvert la machine.»

› Yvon Michel «On se retrouve sans combat populaire. Pascal devient moins intéressant parce qu’il a perdu contre Kovalev qui, lui, affronte son aspirant obligatoire, un obscur Français. Karpency vient de battre Chad Dawson, qui n’a jamais demandé sa revanche incluse dans le contrat du premier combat contre Stevenson. Il nous a revendu ses droits pour 125 000 $US. Karpency est hot et on avait toujours voulu explorer le marché de Toronto, alors le moment était bien choisi.»

8. Thomas Williams Jr (É.-U., 20-1),
29 juillet 2016 à Québec,
victoire par K.-O. à 2:54 du 4e round

› Adonis Stevenson «Plusieurs disaient que j’allais perdre ce combat-là, il était l’étoile montante aux États-Unis. Il a essayé de mettre de la pression au corps à corps, et j’ai détruit son corps. Une fois que je l’ai battu, il n’a plus été le même par après. Quand tu encaisses un gros K.-O. comme ça, vaut mieux prendre au moins un an pour te reposer. Mais lui est retourné trop tôt, contre un autre gaucher et il s’est fait encore knocker.»

› Yvon Michel «PBC avait tellement dépensé d’argent en partant que ça commençait déjà à peser sur le frein. Al Haymon s’était associé à plusieurs boxeurs et n’avait pas autant de dates de télé que prévu, alors on s’est retrouvés en plein été contre un bon jeune boxeur prometteur. Un super combat spectaculaire, mais qui n’a pas duré longtemps.»

9. Andrzej Fonfara (Pologne, 29-4),
3 juin 2017 à Montréal,
victoire par T.K.-O. à 0:28 du 2e round

› Adonis Stevenson «J’avais des choses à prouver et ça n’a pas pris de temps. Pourtant, après avoir fait 12 rounds la première fois, il était très confiant. Il était allé chercher les meilleurs entraîneurs et spécialistes du conditionnement physique. Mais je n’avais pas mal au dos ni à la main gauche, alors il y avait une grosse différence.»

› Yvon Michel «Après la défaite contre Stevenson, Fonfara a battu Julio Cesar Chavez, s’est fait surprendre par Joe Smith, mais a ensuite passé le K.-O. à Dawson. Et après leur premier affrontement, Adonis voulait montrer que Fonfara n’avait pas d’affaire dans le même ring que lui pendant 12 rounds. De notre côté, on voulait prendre le temps d’augmenter la valeur d’Eleider Alvarez, qui avait battu Lucian Bute en février. On a mis Pascal-Alvarez sur la carte pour mettre la table pour Stevenson-Alvarez.»

10. Badou Jack (Suède, 22-1-2),
19 mai 2018 à Toronto,
nulle par décision majoritaire

› Adonis Stevenson «Malgré le match nul, j’ai gagné ce combat. Je n’étais pas à 100 % non plus, j’avais la grippe. Comme je ne pouvais pas prendre de médicament, je prenais du miel chaud pendant la semaine, mais ça ne passait pas. Une fois dans le combat, j’avais le nez bouché et de la misère à respirer. C’est comme si je boxais contre deux adversaires : Badou Jack et la grippe!»

› Yvon Michel «Alvarez-Stevenson était prévu à l’automne, à Québec. Mais Stevenson-Jack se dessinait pour une unification, au début, et j’ai reçu un appel de Kathy Duva. Kovalev devait affronter Marcus Browne, mais celui-ci venait de se faire arrêter pour violence conjugale et elle craignait que le combat soit annulé. Elle a fait une offre pour Alvarez. Stevenson, lui, s’est laissé distraire par ces histoires d’unification ou pas et de Montréal ou Toronto. Et a juste passé trois semaines avec son entraîneur. Maintenant, Jack est encore l’aspirant obligatoire
au gagnant de Stevenson-Gvozdyk et on espère
aussi Alvarez-­Steven­son l’an prochain.»

PLEINS FEUX

La Coupe aux souvenirs

Pour la cinquième fois en 54 ans d’histoire du Championnat canadien du football universitaire, le match de la Coupe Vanier se tient à Québec, samedi après-midi. Le Soleil a remonté le temps en compagnie des joueurs par excellence des quatre finales tenues jusqu’ici au stade de l’Université Laval. Vivez ou revivez ces moments uniques sous un nouvel éclairage truffé de souvenirs, d’anecdotes et même de révélations!

2009 › Queens’ 33/Calgary 30

DEUXIÈME DEMIE MAGIQUE

Ce n’est pas un ni deux, mais trois matchs de fous que les Gaels ont gagnés en ce mois de novembre 2009 afin d’être couronnés champions canadiens.

La plus importante remontée en deuxième demie dans l’histoire de la Coupe Vanier, Queen’s effaçant un déficit de 25-7, a suivi des victoires in extremis de 43-39 aux dépens de Western et d’un autre super quart-arrière, Michael Faulds, puis de 33-31 contre le Rouge et Or et le non moins fantastique Benoît Groulx sur le terrain boueux de Kingston.

«Ces trois matchs font partie des moments les plus excitants de toute ma carrière», atteste celui qui a ensuite évolué une saison dans la LCF, devenant le premier quart-arrière canadien à prendre une remise pour les Argonauts de Toronto en plus de 40 ans.

Cette première présentation du match de la Coupe Vanier au Québec coïncidait avec la première visite de Brannagan au PEPS et son dernier match universitaire. «C’était l’un des endroits où, en commençant ma carrière, j’espérais un jour avoir la chance de jouer. Malgré le vent et le froid, il y avait quand même beaucoup d’amateurs [18 628] et c’était très impressionnant», se remémore-t-il.

«Très divertissant»

Le match s’est de plus avéré «très divertissant», résume Brannagan. Un euphémisme. En retard par 18 points, les Gaels ont pour ainsi dire ouvert le troisième quart avec un jeu de passe de 60 verges pour le majeur à Devan Sheahan, le fils de l’entraîneur-chef Pat Sheahan.

«Les coachs n’ont pas eu besoin de parler beaucoup, à la demie. Notre équipe était expérimentée et on était habitués aux matchs serrés. On savait qu’il fallait juste s’en tenir à ce qu’on savait faire.»

En deuxième demie, Brannagan a réussi 11 de ses 19 passes pour 221 verges de gains, dont six en sept pour 117 verges juste au quatrième quart. «J’en garde plein de bons souvenirs, mais plus de la deuxième demie que de la première... Je ne pouvais pas demander une plus belle fin de carrière universitaire. Mon seul regret est de ne pas avoir eu le temps d’explorer la ville, alors je devrai y retourner pour découvrir Québec davantage», conclut-il, comme une promesse à lui-même.

Pleins feux

Un invité-surprise et un habitué au Bol d'or

LES ÉLANS DE GARNEAU, UNE «FAMILLE» EN FINALE

Les Élans du Cégep Garneau affrontent la meilleure équipe et sans doute les deux meilleurs joueurs du football collégial québécois. Mais au talent individuel, le club de Québec opposera l’effort collectif. Ou «la famille», comme ils disent.

Le mot «famille» est revenu dans les quatre entrevues du Soleil avec l’entraîneur-chef et trois joueurs des Élans, cette semaine, à quelques jours de l’affrontement ultime contre le Phénix du Collège André-Grasset de Montréal.

Le duel a lieu samedi (15h), au Complexe sportif Claude-Robillard de Montréal. La fin de semaine du Bol d’or réunit les finales de cinq catégories.

Après une saison misérable de 1-8 en 2017 et la menace d’être relégués en deuxième division, le retour des Élans en finale pour la première fois en sept ans relève de l’exploit. «La différence, c’est qu’on est vraiment unis. On pousse tous dans la même direction, ce qui nous permet de se surpasser et d’avoir les résultats qu’on désire. On joue en famille», résume le porteur de ballon et botteur Émile Malenfant.

Personne n’est dupe, à Garneau. Tout le monde connaît le quart-arrière du Phénix, Jonathan Sénécal, et son receveur de prédilection, Kevin Mitale. Sénécal vient d’être nommé joueur par excellence de la première division collégiale pour 2018 et il frise 3000 verges de gains par la passe (2956) en 10 matchs.

Mitale a été le troisième dans l’histoire à surpasser 1000 verges sur réception en saison régulière collégiale D1 (1058). Sans oublier le porteur de ballon Anthony Renault, auteur de 40 portées en demi-finale.

Le Phénix a inscrit 354 points en 10 rencontres. Dans le seul duel entre les deux clubs cet automne, Garneau a baissé pavillon 46-32, Sénécal expédiant quatre passes de touché, dont deux à Mitale.

«Grasset n’a pas fini en première place pour rien [fiche de 7-2], c’est un club bourré de talent», constate l’entraîneur-chef Claude Juneau, lui-même vainqueur de cinq Bols d’or avec le Cégep du Vieux-Montréal, deux comme joueur et trois comme coach. Il est à la tête des Élans pour une cinquième campagne et les mène en éliminatoires pour la première fois en trois ans.

Négligés toute l’année

«On a composé avec le rôle de négligés toute l’année», explique Juneau. «C’est une chose qu’on connaît et avec laquelle on fonctionne bien. Tout le monde a embarqué dans le processus d’avancer une semaine à la fois. Je le dis souvent aux gars : il faut être en mesure de canaliser nos émotions et de les sortir aux bons moments pour rester en contrôle tout le match.»

L’ailier rapproché vétéran Philippe Bellerose parle d’un tout nouvel état d’esprit. «Notre but, depuis qu’on a recommencé à s’entraîner en janvier, n’est pas juste de se rendre au Bol d’or, mais de le gagner. On est rendu à prouver qu’on n’a pas fait tout ça pour rien», avance celui qui fait partie des étoiles de la ligue avec ses coéquipiers défensifs Thomas Khuong, Ian Leroux et Geoffrey Cantin-Arku.

Le secondeur Leroux, comme dans toute bonne famille un secondeur, parle justement de «discipline» comme mot d’ordre prioritaire.

«C’est sûr que [les gars de] Grasset, ils sont bons. On ne peut pas leur enlever ça. Mais on a aussi une bonne équipe. Il ne faut pas prendre ça plus gros ni plus petit que ce l’est. Tout le monde est humain, tout le monde a ses forces et ses faiblesses», conclut Malenfant avec conviction.

LES ÉLANS EN BREF

- Entraîneur-chef : Claude Juneau (depuis 2014)

- Fiche cette saison : 5-4 (5e position)

- Éliminatoires : victoires de 28-14 à Lennoxville et de 32-22 au Vieux-Montréal

- Titres : 2011, 2008 et 2000 (D2)

Joueurs à surveiller

1) Tristan Blais (quart-arrière)

Dans les airs  : 81 en 197 (41 %), 1185 verges, 17 touchés et 2 interceptions

Au sol : 144 portées, 611 verges et 7 touchés

À noter : il a couru 26 fois et tenté 26 passes en demi-finale, réussissant 3 passes de touché sur 7 passes captées.

2) Émile Malenfant (porteur de ballon)

130 portées, 647 verges et 5 touchés

À noter : il est aussi botteur de dégagement et de précision.

3) Geoffrey Cantin-Arku (secondeur et retourneur)

63,5 plaqués et 5 interceptions

À noter : il poursuivra sa carrière à l’Université de Syracuse, en 2019.

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Guylaine Dumont: d'écoute, de doute et d’instinct

Autant Guylaine Dumont a pris beaucoup de place sur un terrain de volleyball comme joueuse, autant elle se montre aujourd’hui discrète en bordure des lignes dans son rôle d’entraîneuse. Nouvelle adjointe chez les Élans du Cégep Garneau, l’olympienne ne dit pas non à l’idée d’un jour devenir coach en chef. Mais seulement dans une formule de copilotage qui épouserait sa philosophie d’écoute et de partage, ce dont elle a trop manqué durant sa carrière d’athlète.

Reconnue comme l’une des plus grandes joueuses de volleyball canadiennes de l’histoire, Guylaine Dumont a fait partie du programme de l’équipe nationale durant une quinzaine d’années, a joué dans les rangs professionnels en Italie et au Japon et détient 12 titres de championne canadienne.

Mais c’est à la fin de sa carrière, revenue d’une retraite de trois ans et sur le sable du volleyball de plage qu’elle a connu son heure de gloire dans l’œil public. En 2004, avec une coéquipière de 14 ans sa cadette, Dumont, alors âgée de 36 ans, a décroché une cinquième position aux Jeux olympiques d’Athènes. Résultat à ce jour encore jamais surpassé par un duo de Canadiennes sous les cinq anneaux.

«Je suis bien dans mon rôle d’assistante», sourit celle qui retrouve après plus de 32 ans le vert des Élans, la couleur de ses yeux. La jeune Guylaine a joué pour Garneau à 19 ans, alors que son patron et actuel entraîneur-chef, Ian Poulin-Beaulieu... n’était même pas né!

Après six ans comme bras droit de Julien Paquette, parti au printemps dernier, Poulin-Beaulieu vient de prendre la barre de l’équipe. Il a 30 ans et l’autre adjointe, Mariane Demers-Ménard, aussi une ancienne des Élans tout juste retraitée, 21. Alors à 51 ans, Dumont a l’âge total des deux autres!

Dumont et Poulin-Beaulieu se sont connus il y a cinq ans, à l’Université Laval. Elle était entraîneuse adjointe avec le Rouge et Or et lui encore étudiant. «Comme j’étais souvent à l’université, j’ai suivi un cours en intervention sportive. Il était dans ma classe, je l’ai adoré! Je coachais aussi sa sœur [Audrey Poulin-Beaulieu]», explique-t-elle.

«J’aime beaucoup sa philosophie de coaching vraiment centrée sur l’athlète», poursuit-elle. «Il donne des responsabilités et de l’autonomie aux athlètes. Ça va carrément avec la philosophie que j’ai développée au fil des années à travers mes expériences personnelles et thérapeutiques.»

Repartir de zéro

Car son «vrai boulot» est celui de thérapeute en relation d’aide, formation acquise avant son retour jusqu’aux JO de 2004. Profession où Dumont adopte «une approche non directive créatrice», souligne-t-elle, tout ce que quelques entraîneurs abusifs lui ont nié durant tant d’années.

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La loyauté au cœur du parcours de Patrice Bergeron

Comme le long fleuve tranquille qui coule au bas de la côte où il a grandi, Patrice Bergeron s’impose tout naturellement dans le paysage de la LNH. Bien ancré à ses racines, coéquipier d’une loyauté exemplaire et fidèle à l’équipe qui lui a fait confiance, il fait partie depuis déjà plusieurs années des joueurs les plus respectés de sa génération. En prévision de sa 15e saison dans la LNH, qui lui permettra de disputer son 1000e match en carrière. Le Soleil l’a rencontré, à la fin de l’été, avant qu’il ne mette le cap vers Boston, où les Bruins disputent leur match d’ouverture locale, lundi.

Patrice Bergeron n’est pas du genre à prendre le plancher. Il laisse plutôt parler ses actions qui lui ont permis d’atteindre la LNH à 18 ans. Il pourrait aussi atteindre les plateaux des 300 buts et des 800 points dans la LNH au cours de l’actuelle saison.

Sa feuille de route est impressionnante avec une Coupe Stanley en poche et des médailles d’or aux Jeux olympiques, à la Coupe du monde, au Championnat du monde senior, au Mondial junior et même à la Coupe Spengler pendant le lock-out de la LNH de 2012. Tout ce qu’il touche se transforme en succès. 

 Et on n’a pas encore parlé des honneurs individuels que Bergeron collectionne, comme le trophée Frank-Selke qu’on lui a remis quatre fois en qualité de meilleur attaquant défensif de la LNH, et le King-Clancy, pour son implication dans la communauté.

«En fait, je ne joue que pour un seul trophée, soit la Coupe Stanley. Même chose dans les événements internationaux, ce qui compte, c’est uniquement la médaille d’or. À mes yeux, tout accomplissement collectif surpasse n’importe quel honneur personnel. Lorsqu’on me nomme pour un trophée, c’est aussi mes coéquipiers que l’on récompense, car tout se passe en équipe», dit-il avec humilité.

Ce trait de caractère le suit depuis toujours. Peu importe où il est passé, le numéro 37 n’a jamais porté ombrage à quiconque.

«Je suis réservé, je suis à mon affaire. Je ne joue pas à la vedette, c’est bien la dernière chose que je voudrais que l’on dise de moi. J’ai pris de l’assurance avec le temps, et dans le vestiaire, je suis plus à l’aise de prendre la parole qu’à mes premières années. Je parle, j’encourage, mais j’essaie aussi de ne pas toujours avoir le même discours, parce que le message ne passe plus lorsqu’on parle tout le temps ou qu’on devient monotone», souligne le centre de 33 ans.

Déjà loyal dans le midget AAA

Le hockey lui a apporté gloire et fortune, mais Bergeron reste terre à terre devant tout cela. Il est concentré sur le moment présent, mais ne s’interdit pas d’apprécier ce qu’il a vécu depuis le début de sa carrière.

«Les plus vieux joueurs me disaient de bien vivre chaque moment, chaque expérience, parce que ça passait très vite. En vieillissant, j’essaie de le faire au jour le jour, autant sur la glace qu’à l’extérieur. Je ne suis pas toujours en train de regarder ce que j’ai fait, mais j’en suis fier. J’ai réalisé le rêve de pas mal de ti-gars du Québec, tout en restant concentré sur ce que je fais.»

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Les 4 Fantastiques du cross-country

Quatre filles de Québec de tout juste 20 ans sont en ce moment les étoiles les plus brillantes au firmament de la course à pied québécoise. Membre de la même équipe universitaire de cross-country avec le Rouge et Or de l’Université Laval cet automne, leur trajectoire pourrait les mener jusqu’aux Jeux olympiques.

Regardez-les bien courir. Et ne clignez pas des yeux, elles courent vite. Pas comme le Flash, mais presque. Plus comme quatre superhéroïnes qui feraient régner la loi sur les parcours en milieu naturel tout l’automne. Les 4 Fantastiques du cross-country, mais sans l’homme-roche, la femme invisible, monsieur élastique ou la torche humaine. Catherine Beauchemin, Anne-Marie Comeau, Aurélie Dubé-Lavoie et Jessy Lacourse, elles, leur superpouvoir, c’est la course.

«C’est de loin l’équipe féminine de cross-country la plus forte que j’ai dirigée en huit ans avec le Rouge et Or. Ça n’a rien à voir ce qu’on a eu dans le passé», affirme d’emblée l’entraîneur Félix-Antoine Lapointe, autour de qui elles se sont réunies.

«Ça témoigne d’une évolution marquée de la course à pied dans la région de Québec au cours des dernières années, mais ça va au-delà de ça. On a vraiment affaire à quatre athlètes d’exception. Ce n’est pas toutes les années qu’on en a quatre comme elles qui choisissent de venir dans la même équipe», indique le coach.

Ce qui lui permet d’envisager une domination sur la scène provinciale universitaire pendant trois ans, puisque Beauchemin est une verte recrue, Comeau et Lacourse des athlètes de deuxième année, tandis que Dubé-Lavoie écoule sa troisième de cinq saisons d’admissibilité au sport universitaire.

«C’est donc trois ans où l’équipe a le potentiel d’être parmi les meilleures au pays», poursuit celui qui s’attend à conserver le titre provincial de 2017 et «à tout le moins» répéter un podium sur la scène canadienne universitaire féminine, comme l’an passé.

«Et si les choses vont bien, on devrait être compétitives pour la victoire», ajoute un Lapointe à la fois confiant et réaliste de pouvoir en découdre avec les puissances ontariennes des universités de Toronto, Queen’s et Guelph, lors du Championnat canadien du 10 novembre, à Kingston.

À moins d’une surprise, seulement l’une de ces quatre équipes rentrera sans médaille. «Ce ne sera pas nous!» clament les quatre filles en chœur.

De vraies amies

En plus de se côtoyer à l’entraînement la semaine et en tête des courses la fin de semaine — Beauchemin, Lacourse et Dubé-Lavoie ont rempli le podium de l’épreuve de 6 km sur les plaines d’Abraham samedi dernier, pendant que Comeau réalisait le septième temps de l’histoire pour une Québécoise sur demi-marathon, à Montréal —, les quatre filles sont aussi de vraies amies.

Elles se connaissent depuis le secondaire. «On faisait de l’athlétisme scolaire et comme Catherine n’était pas dans la même course que moi, je lui avais emprunté ses souliers à crampons, raconte Aurélie. C’est là qu’on s’est connues!

«Je connais Anne-Marie depuis qu’on a 13 ans, continue--t-elle. Anne-Ma, Jess et moi avons aussi participé ensemble aux Championnats panaméricains juniors en 2015, à Edmonton.

«Je suis tout le temps contente si c’est Jessy ou Cat ou Anne-Marie qui gagne une course à laquelle j’ai participé. On est tellement égales toutes les quatre que ça va dépendre du parcours et de qui a la meilleure journée. On s’échange ça», explique celle qui a été nommée athlète féminine par excellence du cross-country universitaire québécois l’an dernier, après son titre de meilleure recrue en 2016. Le titre de recrue est revenu à Comeau, en 2017.

Écrire l’histoire

Lacourse révèle qu’après un exil de 13 ans à Victoriaville, «je sentais le besoin, la presse de devoir venir changer quelque chose si je voulais continuer à progresser et ne pas me blesser».

«Je savais qu’il y avait des bonnes filles qui couraient ensemble à Québec et j’étais tannée de courir toute seule dans des infrastructures en béton. Alors au milieu de mon cégep, en plein hiver, j’ai appelé Félix-Antoine pour voir si je pouvais me joindre à son groupe. Ça fait trois ans», fait valoir Lacourse, par ailleurs nommée athlète féminine par excellence au Québec en athlétisme universitaire la saison dernière.

Car si elles sont à la fois coéquipières et rivales dans les sentiers à l’automne, sur piste, l’hiver et l’été, Lacourse et Beauchemin se livrent une chaude lutte au 3000 mètres steeplechase. Elles s’échangent le record provincial féminin senior civil depuis trois ans.

Alors qu’aucune coureuse québécoise n’était passée sous la barre des 10 min 30 il y a à peine quatre ans, le record que détient Beauchemin depuis cet été est de 9:57,82, une seconde et demie de mieux que les 9:59,37 enregistrées par Lacourse quelques semaines plus tôt. «Ces deux-là sont en train d’écrire l’histoire de cette épreuve au Québec», insiste coach Lapointe.

Pendant ce temps, hors des sentiers, Dubé-Lavoie se concentre sur les courses de demi-fond de 1500 et de 5000 mètres et Comeau vise les longues distances autant en espadrilles qu’en ski de fond. Elle a participé aux Jeux olympiques d’hiver de PyeongChang, en février dernier.

Effet d’émulation

Seule du quatuor à ne pas venir précisément de Québec, mais de Saint-Ferréol-les-Neiges, à l’ombre du Mont-Sainte-Anne, Comeau déniche une stimulation supplémentaire quand elle retrouve ses trois comparses à l’entraînement, les soirs de semaine. «Quand on est ensemble, je force plus sans m’en rendre compte», avoue-t-elle.

Cet effet d’émulation ne peut que profiter aux quatre, estime leur mentor. Les groupes d’entraînement d’élite sont chose courante dans l’univers de la course à pied et ont fait leurs preuves.

«On ne court pas l’une contre l’autre, mais l’une avec l’autre, résume Lacourse. Après la course de samedi passée, on s’est toutes tapé dans les mains!»

Sur les bancs d’école, Beauchemin amorce ses études en médecine, Comeau étudie l’administration des affaires, Dubé-Lavoie le droit et Lacourse l’éducation préscolaire et primaire.

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Pleins feux

Le retour vers le futur de Patrick Roy

Mai 2013. Onde de choc dans le monde du hockey. Patrick Roy quitte les Remparts de Québec et fait le saut dans la LNH comme entraîneur-chef de l’Avalanche du Colorado. Une décision réfléchie, mais aucunement planifiée. Tout au long de la saison précédente, le Diable rouge en chef pensait plus à bâtir une équipe en prévision de la Coupe Memorial qu’à remporter la Coupe Stanley. À l’occasion de son retour derrière le banc, Le Soleil revient sur ses derniers mois à la barre des Remparts, le club qu’il n’a quasiment jamais quitté.

Ironiquement, c’est la construction de l’amphithéâtre où Patrick Roy dirigera son premier match, samedi après-midi, qui l’influencera, en partie, à mettre les voiles vers Denver à un moment charnière de l’histoire du club junior.

«Ce n’était pas dans mes intentions de quitter les Remparts. Ce que je voulais, c’était d’être derrière le banc lors de la Coupe Memorial de 2015, parce qu’on avait déjà commencé à réfléchir à l’idée de l’accueillir pour la dernière année au Colisée Pepsi», rappelle celui qui rentre à la maison après une absence de cinq ans.

Symbole de son retour vers le futur, l’entrevue se déroule sur la Place Jean-Béliveau avec vue sur les deux arénas l’identifiant aux Remparts. Celui d’hier, celui d’aujourd’hui.

Quelques années avant de partir pour le Colorado, Roy avait refusé une offre pour diriger les Capitals de Washington. D’autres clubs ont aussi tâté le terrain, sans le sortir de sa ville.

«Quand j’ai rencontré Joe [Sakic] et Josh Kroenke, j’avoue avoir eu le goût de voir ce que je pouvais faire à un autre niveau. Je savais aussi que les gens voudraient que les Remparts évoluent au Centre Vidéotron, qu’on ne pourrait pas garder l’équipe. Sans dire que j’avais moins de sentiment d’appartenance, ça m’ouvrait un peu plus la porte pour aller vivre une autre expérience. Le meilleur scénario pour assurer la survie des Remparts était ensuite passer le flambeau et de vendre le club à Québecor», rappelle-t-il à propos de la transaction ayant été conclue pendant l’année de cette fameuse Coupe Memorial.

Roy tournait ainsi la page sur huit ans de coaching et de 10 comme directeur général des Remparts. Il est toujours animé par la même flamme, mais s’amène sans vouloir revivre certains épisodes, appelons-les folkloriques.

Plus sage

«J’ai lu quelque chose sur Bill Belichick [entraîneur des Patriots de la Nouvelle-Angleterre dans la NFL], qui se considérait meilleur après son passage à Cleveland. Je pense aussi être rendu à une autre place. J’ai plus d’expérience, mes trois saisons dans la LNH m’ont été très profitables, comme mes deux hivers à ne rien faire. Je déteste perdre, et ça ne changera jamais. Je vais toujours être intense et allumé. Sauf que mon approche sera différente. Je pense être plus sage, aujourd’hui, je recherche moins ça. J’ai pris le temps de faire une introspection, un examen de conscience. Il y a peut-être des limites que je ne franchirai plus», admet celui qui fêtera bientôt son 53e anniversaire.

Pleins feux

Benjamin et Christophe Gagné: frères de sang, frères de sports

L’important, c’est de participer, pas vrai? Non, pas ici. Dans cette maison, tant qu’à jouer, on joue pour gagner. Toujours. À tout. Les frères Gagné portent bien leur nom. Christophe évolue comme secondeur du Rouge et Or football de l’Université Laval et Benjamin occupe un poste de défenseur chez les Remparts de Québec. Voici leur famille, leur histoire.

On roule dans un secteur très résidentiel, au bout de Saint-Augustin-de-Desmaures. Dans l’entrée de la maison, une motomarine. Au bord de la rue, un panier de basketball où ont été disputés un nombre incalculable de matchs épiques. Matchs au terme desquels les joueurs, souvent, se sont aussi disputés.

«Si on joue l’un contre l’autre aux jeux vidéo, celui qui perd va nécessairement finir fâché», constate Christophe, l’aîné, dans un élan de lucidité fraternelle. «Ça joue aux cartes, au Monopoly, n’importe quoi, ils pognent les nerfs!» résume maman Marie-Josée, qui a trop souvent vu un rejeton frustré de perdre contre l’autre pour ne pas en rire.

Christophe raconte : «On était à la maison avec nos blondes, je pense qu’on jouait à Jour de paye. Il ne faisait pas beau. La blonde à Ben fait quelque chose, je ne me souviens plus quoi. Et là Ben, dans son élan compétitif, se lève : “Non! J’arrête de jouer! Tu triches, ça n’a pas de sens! Moi, je ne joue pas avec des tricheurs!” Et il sacre son argent là et s’en va! Les trois, on se regardait et on n’avait aucune idée de ce qui venait de se passer.»

«Ou comme la fois à Noël», renchérit Benjamin. «On jouait à un jeu [Catch Phrase] où il faut faire deviner un mot ou une expression.» Tout le monde autour de la table, sauf le journaliste, sait immédiatement de quoi il parle. Ça rit déjà.

«Moi, je n’étais même pas là», enchaîne Christophe. «Mon frère me texte : “Tu as bien fait de ne pas venir avec nous, c’est de la câlique de marde! P’pa joue à son jeu de mots et il n’arrête pas de tricher!”» 

«C’était moi contre mon père et son équipe était bien plus forte que la mienne», poursuit Benjamin. «On se faisait rincer et je ne trouvais pas ça drôle, mais au moins, c’était dans les règles. Mais à un moment donné, il se met à inventer des règles pour avantager son équipe! Là, ça faisait plus. Je suis allé m’asseoir sur le divan et j’ai arrêté de jouer.»

À écouter ses fistons, papa Richard est celui qui se bidonne le plus. Loin de nier les faits, il en rajoute : «Je m’étais paqueté un club. Je ne veux pas perdre!» avoue-t-il, avant de rappeler que «c’était Noël!»

Pleins feux

Edgar Lebron fait sa place, sans faire de bruit

Le vestiaire des Capitales de Québec est un fantastique bouillon d’accents et de cultures où se mélangent français, anglais, espagnol, néerlandais, même chinois au début de la saison, et maintenant le... langage des signes! Le voltigeur Edgar Lebron est atteint de surdité depuis sa tendre enfance. Toujours poli et souriant, sa discrétion n’en fait pas moins un féroce combattant qui ne connaît pas le sens du mot abandon, autant sur le losange que dans la vie.

«J’étais un enfant très timide, très solitaire; j’avais peur des autres. Je ne savais pas comment communiquer avec eux sans comprendre ce qu’ils disaient! Puis à l’adolescence, je me suis tanné de ceux qui riaient de ma façon d’utiliser mes mains et tout. J’en ai eu assez», raconte le jeune homme de 24 ans.

«Je ne pouvais plus continuer d’être effrayé, poursuit-il. C’était le temps de devenir l’homme que je suis aujourd’hui. Montrer mon courage, faire ce que je veux, peu importe ce que les autres vont dire. J’ai un plan. Je suis malentendant et je veux devenir joueur de baseball professionnel. De l’exprimer, ça m’a conforté. Des gens ont continué à dire que ce n’était pas sérieux, que je n’y arriverais jamais. Mais je ne suis pas du genre à répliquer ou à parler pour parler. J’agis.»

Le Soleil a jasé une bonne demi-heure avec Lebron dans les estrades du stade du parc Victoria. Pas besoin de traduire en signes ou de communiquer par écrit. Face à face, il entend bien et lit sur les lèvres — il détecte même les accents. Lui-même parle un anglais hachuré souvent plus facile à saisir qu’un accent du sud des États-Unis.

Un appareil auditif glissé dans chaque oreille lui permet tout cela. C’est ce qui distingue les malentendants des sourds, qu’aucun dispositif externe ne peut aider à entendre. Mais sans ces deux petits objets précieux, que le préposé à l’équipement des Capitales Christian Tremblay a déjà sauvés de la laveuse, Lebron plonge dans le silence.

Forte fièvre

Le petit Edgar a grandi sur le béton du Queens, à New York, dans le quartier South Richmond Hill. Jack Kerouac a habité le voisinage dans les années 1950, la défunte gloire des Yankees Phil Rizzuto y a aujourd’hui un parc à son nom.

Mais au printemps 1995, c’est la panique chez les Lebron. Bébé Edgar, 18 mois, souffre d’une forte fièvre et de problèmes respiratoires. À l’hôpital, le médecin constate les séquelles : perte d’audition complète et permanente.

«Pour mes parents, c’était très angoissant. Ils ne savaient pas quoi faire! Ils ont travaillé très fort pour me faciliter la vie le plus possible. Mais j’étais quand même très isolé, un enfant gêné qui se faisait très peu d’amis», explique celui qui a fréquenté une école publique destinée aux malentendants.

Si ses oreilles l’ont empêché de socialiser, ses jambes l’ont guidé sur le chemin inverse. Sa rapidité à la course en a fait un athlète accompli. Basketball, football et baseball occupaient son horaire à l’école secondaire.

À voir le gars de 6’ pieds et de 210 livres voler des buts à la tonne au Stade Canac — et même voler un circuit en défensive au début de la saison! —, facile de comprendre qu’au travail acharné s’ajoute un talent naturel.

«Au football, je perdais tout le temps mes appareils quand je me faisais plaquer!» rigole celui qui admirait Derrick Coleman, premier joueur offensif sourd dans la NFL. Plus que Curtis Pride, qu’il est trop jeune pour avoir vu évoluer dans le baseball majeur, bien qu’il l’ait plus tard rencontré.

«Mais j’ai toujours plus aimé le baseball. Mon père a joué comme receveur quand il était jeune, à Porto Rico. Il était l’un des meilleurs. J’ai voulu faire comme lui, le rendre fier!»

L’hiver dernier, Lebron s’est produit au pays de ses ancêtres paternels. Expérience unique et émotive, où il a renoué avec cette famille qu’il n’avait pas vue depuis 2004. Les communications à distance étaient même devenues difficiles depuis le passage de l’ouragan Maria, à l’automne précédent.

Au nom du père

Lebron n’a pas seulement développé la même passion sportive que son père. Il porte aussi le même prénom. «Mon père venait au terrain de baseball avec moi chaque soir, après le travail. Il m’entraînait pendant deux heures et demie, parfois plus. Peu importe le nombre d’erreurs, je devais refaire le jeu jusqu’à ce que je le réussisse. C’était dur, mais je crois que ç’a valu la peine», dit-il.

Edgar Sr assiste le plus souvent possible aux matchs des Capitales et de fiston à Rockland, équipe de la Ligue Can-Am la plus près de New York. Il est pompier, policier et conducteur d’ambulance. Maman, enseignante.

«Tout le monde l’aime! Quand j’étais petit, je l’accompagnais à son école et ses collègues m’avaient adopté. J’adorais ça», confie celui qui, après sa carrière de joueur, souhaite unir ses deux influences parentales à la fois comme professeur d’éducation physique et instructeur de baseball.

Sa mère est venue à Québec, l’an passé, avec sa tante et une amie. Les trois femmes ont adoré l’expérience et veulent revenir apprendre un peu de français.

Lebron est aussi très proche de sa sœur aînée, Victoria, qui habite au New Jersey. «Elle a longtemps été ma seule amie et elle est encore ma meilleure amie. Elle m’a toujours encouragé et compris dans ce que je vis», dit-il avec émotion.