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Edgar Lebron fait sa place, sans faire de bruit

Le vestiaire des Capitales de Québec est un fantastique bouillon d’accents et de cultures où se mélangent français, anglais, espagnol, néerlandais, même chinois au début de la saison, et maintenant le... langage des signes! Le voltigeur Edgar Lebron est atteint de surdité depuis sa tendre enfance. Toujours poli et souriant, sa discrétion n’en fait pas moins un féroce combattant qui ne connaît pas le sens du mot abandon, autant sur le losange que dans la vie.

«J’étais un enfant très timide, très solitaire; j’avais peur des autres. Je ne savais pas comment communiquer avec eux sans comprendre ce qu’ils disaient! Puis à l’adolescence, je me suis tanné de ceux qui riaient de ma façon d’utiliser mes mains et tout. J’en ai eu assez», raconte le jeune homme de 24 ans.

«Je ne pouvais plus continuer d’être effrayé, poursuit-il. C’était le temps de devenir l’homme que je suis aujourd’hui. Montrer mon courage, faire ce que je veux, peu importe ce que les autres vont dire. J’ai un plan. Je suis malentendant et je veux devenir joueur de baseball professionnel. De l’exprimer, ça m’a conforté. Des gens ont continué à dire que ce n’était pas sérieux, que je n’y arriverais jamais. Mais je ne suis pas du genre à répliquer ou à parler pour parler. J’agis.»

Le Soleil a jasé une bonne demi-heure avec Lebron dans les estrades du stade du parc Victoria. Pas besoin de traduire en signes ou de communiquer par écrit. Face à face, il entend bien et lit sur les lèvres — il détecte même les accents. Lui-même parle un anglais hachuré souvent plus facile à saisir qu’un accent du sud des États-Unis.

Un appareil auditif glissé dans chaque oreille lui permet tout cela. C’est ce qui distingue les malentendants des sourds, qu’aucun dispositif externe ne peut aider à entendre. Mais sans ces deux petits objets précieux, que le préposé à l’équipement des Capitales Christian Tremblay a déjà sauvés de la laveuse, Lebron plonge dans le silence.

Forte fièvre

Le petit Edgar a grandi sur le béton du Queens, à New York, dans le quartier South Richmond Hill. Jack Kerouac a habité le voisinage dans les années 1950, la défunte gloire des Yankees Phil Rizzuto y a aujourd’hui un parc à son nom.

Mais au printemps 1995, c’est la panique chez les Lebron. Bébé Edgar, 18 mois, souffre d’une forte fièvre et de problèmes respiratoires. À l’hôpital, le médecin constate les séquelles : perte d’audition complète et permanente.

«Pour mes parents, c’était très angoissant. Ils ne savaient pas quoi faire! Ils ont travaillé très fort pour me faciliter la vie le plus possible. Mais j’étais quand même très isolé, un enfant gêné qui se faisait très peu d’amis», explique celui qui a fréquenté une école publique destinée aux malentendants.

Si ses oreilles l’ont empêché de socialiser, ses jambes l’ont guidé sur le chemin inverse. Sa rapidité à la course en a fait un athlète accompli. Basketball, football et baseball occupaient son horaire à l’école secondaire.

À voir le gars de 6’ pieds et de 210 livres voler des buts à la tonne au Stade Canac — et même voler un circuit en défensive au début de la saison! —, facile de comprendre qu’au travail acharné s’ajoute un talent naturel.

«Au football, je perdais tout le temps mes appareils quand je me faisais plaquer!» rigole celui qui admirait Derrick Coleman, premier joueur offensif sourd dans la NFL. Plus que Curtis Pride, qu’il est trop jeune pour avoir vu évoluer dans le baseball majeur, bien qu’il l’ait plus tard rencontré.

«Mais j’ai toujours plus aimé le baseball. Mon père a joué comme receveur quand il était jeune, à Porto Rico. Il était l’un des meilleurs. J’ai voulu faire comme lui, le rendre fier!»

L’hiver dernier, Lebron s’est produit au pays de ses ancêtres paternels. Expérience unique et émotive, où il a renoué avec cette famille qu’il n’avait pas vue depuis 2004. Les communications à distance étaient même devenues difficiles depuis le passage de l’ouragan Maria, à l’automne précédent.

Au nom du père

Lebron n’a pas seulement développé la même passion sportive que son père. Il porte aussi le même prénom. «Mon père venait au terrain de baseball avec moi chaque soir, après le travail. Il m’entraînait pendant deux heures et demie, parfois plus. Peu importe le nombre d’erreurs, je devais refaire le jeu jusqu’à ce que je le réussisse. C’était dur, mais je crois que ç’a valu la peine», dit-il.

Edgar Sr assiste le plus souvent possible aux matchs des Capitales et de fiston à Rockland, équipe de la Ligue Can-Am la plus près de New York. Il est pompier, policier et conducteur d’ambulance. Maman, enseignante.

«Tout le monde l’aime! Quand j’étais petit, je l’accompagnais à son école et ses collègues m’avaient adopté. J’adorais ça», confie celui qui, après sa carrière de joueur, souhaite unir ses deux influences parentales à la fois comme professeur d’éducation physique et instructeur de baseball.

Sa mère est venue à Québec, l’an passé, avec sa tante et une amie. Les trois femmes ont adoré l’expérience et veulent revenir apprendre un peu de français.

Lebron est aussi très proche de sa sœur aînée, Victoria, qui habite au New Jersey. «Elle a longtemps été ma seule amie et elle est encore ma meilleure amie. Elle m’a toujours encouragé et compris dans ce que je vis», dit-il avec émotion.

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Gilles Côté, l’autre «maire de Québec»

Ses collègues des Sharks de San Jose le surnomment «le maire de Québec». Le recruteur Gilles Côté est peut-être inconnu du grand public, mais, dans le monde du hockey, il est une sorte de vedette à l’interne. Une vedette de 75 ans pas encore prête pour la retraite!

Dès les premiers instants de notre entretien avec le directeur général des Sharks, Doug Wilson, son admiration transparaît. «Chaque fois que quelqu’un veut me parler de Gilles Côté, je vais toujours bien. Il est l’une de mes personnes favorites et un homme très, très spécial», lance d’entrée de jeu l’ancien défenseur des Blackhawks de Chicago.

Questionné sur les raisons de cette affection, Wilson dresse une longue liste : sa classe, son respect pour les autres, ses connaissances, sa sagesse. «Je l’admire, je le respecte. Pas seulement comme un ami, mais aussi comme un membre de cette organisation. Je sais tout le travail qu’il a accompli. Il nous rend tous meilleurs», affirme le directeur général.

Le surnom de Gilles Côté vient de l’attention qu’on lui porte dans les arénas du Québec. Tous ceux qui ont passé du temps sur une galerie de presse de la Ligue de hockey junior majeur (LHJMQ) le connaissent au moins de vue. Et la plupart du temps, beaucoup mieux que ça.

«Quand on va à Québec avec lui, il est traité comme un roi tellement les gens le respectent», remarque Wilson. «Mais peu importe où l’on va, le respect qu’il commande dans le monde du hockey est fantastique.»

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Six Français revivent le triomphe des Bleus en 98

Black-blanc-beur. Bleu, blanc et pur bonheur! Vingt ans après le triomphe de l’équipe de France à la Coupe du monde de 1998, le moment reste toujours aussi vif à l’esprit de ceux qui l’ont vécu sur place, dans l’Hexagone. Alors que les Bleus amorcent leur Mondial 2018 samedi (6h, heure du Québec) contre l’Australie, Le Soleil a fouillé dans les souvenirs de six Français très impliqués dans le soccer à Québec. Anecdotes cocasses, moments intimes ou gloires nationales, voici quelques morceaux choisis d’un grand casse-tête historique sportif.

LE COQ ET LA REINE

Alfred Picariello a passé ce dimanche soir là... déguisé en coq. Au beau milieu du bien nommé Café du Centre niché au cœur de son village de 700 habitants, L’Étrat. Le troquet local était à ce point bondé durant le Mondial que des clients se tenaient jusque dans la rue et provoquaient des embouteillages.

C’est dans ce même bistrot, rendez-vous transgénérationnel par excellence tout le mois, que le jeune homme d’alors 23 ans a pris un café à côté de Javier Zanetti, le capitaine de l’équipe nationale d’Argentine. La bande à Zanetti, Gabriel Batistuta, Hernan Crespo et compagnie avait élu domicile à L’Étrat, au centre de formation de l’AS Saint-Étienne, le club pro de la ville voisine.

«On a pu assister à des entraînements de l’équipe d’Argentine. C’était complètement dingue! J’ai surtout assisté à trois matchs de la Coupe du monde à Saint-Étienne, dont ce que plusieurs considèrent comme le plus beau match de cette Coupe du monde, Angleterre-Argentine en huitième de finale», se rappelle Picariello, comme si c’était hier.

Il enchaîne : «Il y a eu un super but d’Owen, Beckham qui prend un rouge... Puis à la mi-temps, les Anglais se sont levés dans le Stade Geoffroy-Guichard et se sont mis à chanter God Save the Queen. C’était fa-bu-leux. J’ai vu un paquet de matchs, mais c’est la première fois où j’ai eu les poils qui se sont dressés tout droit! Un match incroyable et en plus, l’Argentine gagne aux tirs de barrage», en frissonne--t-il encore.

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Édouard Julien à la table des grands

Frank Thomas, Josh Donaldson, Bo Jackson... et Édouard Julien. Inutile de chercher l’erreur, il n’y en a pas. À 19 ans, le natif de Québec ajoute quelques lignes à la riche histoire du programme de baseball de l’Université Auburn, en Alabama.

«Nous avons été les premiers à montrer qu’on l’aimait beaucoup en le repêchant, mais s’il continue à frapper comme ça, les 30 équipes du baseball majeur vont courir après lui en 2020!»

Dépisteur de longue date avec les Phillies de Philadelphie, Alex Agostino était déjà en admiration avec le coup de bâton d’Édouard Julien. Mais les prouesses offensives du joueur de Québec avec l’équipe de baseball de l’Université Auburn dépassent les prévisions les plus optimistes.

Avant la finale super régionale de cette fin de semaine, qui donne accès au tournoi à la ronde des séries mondiales collégiales, le produit du programme sport-études des Canonniers de Québec montrait une moyenne de ,284 au bâton, pointait au deuxième rang pour les circuits (17) et au sommet pour les points produits (68) parmi les recrues de la première division.

Aucun joueur de première année n’avait frappé plus de 11 circuits à Auburn depuis 20 ans. Il a déjà éclipsé les chiffres de Josh Donaldson, maintenant troisième-but chez les Blue Jays de Toronto, à sa première année avec les Tigers d’Auburn, en 2005. Et il ne lui manquait qu’un point produit pour battre le record d’équipe de 68 par une recrue qu’il partage depuis peu avec Frank Thomas, l’ex-frappeur de puissance des White Sox de Chicago.

Pas étonnant qu’il ait trouvé refuge au sein de l’équipe d’étoiles des recrues de la NCAA (All America) dévoilée mercredi. Il avait aussi été choisi dans celle de la conférence Sud-Est, voilà 15 jours.

«C’est flatteur de battre les records, mais je ne pense pas vraiment à cela parce que ça ne veut rien dire. Les deux années suivantes de Donaldson étaient vraiment impressionnantes», dit Julien avec humilité et respect envers deux des meilleurs joueurs à avoir foulé le même losange que lui avant de se démarquer dans les ligues majeures.

Débarqué en Alabama dans la discrétion et la curiosité, Julien a réussi à faire sa place dans une équipe qui vient de livrer le tout premier choix au repêchage du baseball majeur, soit le lanceur Casey Mize, par les Tigers de Detroit.

«Personne n’avait entendu parler de moi à Auburn avant mon arrivée, c’est pour cela que je devais me faire un nom. Et j’ai réussi. Je suis un peu surpris d’avoir produit comme je l’ai fait, je ne pensais pas du tout frapper autant de circuits, moi qui ai toujours été un frappeur d’allées. Je suis plus mature, plus fort physiquement, ça aide, mais je comprends aussi bien mon élan, je sais ce que je fais que je me présente au bâton.

«Il faut s’adapter, car ici, tous les matchs sont télévisés [ESPN] et les lanceurs adverses nous connaissent bien. S’il y a une statistique qui me dérange, par contre, c’est le nombre de retraits au bâton, je veux améliorer cela», confiait-il lors d’une récente entrevue avec Le Soleil.

Le «Canadian Crusher»

Aujourd’hui, non seulement reconnaît-on Julien, mais sa popularité ne cesse d’augmenter. Sa visibilité dépasse celle de la région de Québec. À Auburn, on l’appelle «Eddie», ou encore, le «Canadian Crusher», traduit librement par l’Écraseur canadien…

Repêché en 37e ronde par les Phillies, en juin 2017, Julien a résisté à l’idée d’entreprendre sa carrière professionnelle. Pour l’attirer dans leurs filiales, les patrons d’Agostino auraient dû mettre le paquet.

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Hélène Pelletier, la grande dame du tennis

SAINT-BRUNO — Le rêve a germé grâce à ses talents en ski nautique, puis s’est concrétisé grâce au tennis. Mais Hélène Pelletier a toujours su qu’elle allait gagner sa vie avec le sport. Rencontre avec la p’tite fille de Charlesbourg devenue la grande dame de la raquette au Québec.

«Je ne pensais qu’à ça. Quand tu lis que Guy Lafleur se faufilait dans le petit trou de l’aréna à Thurso, dormait avec ses patins... C’était moi, ça.» Les patins en moins.

Pourtant, Hélène Pelletier a commencé à jouer au tennis «comme par hasard». En fait, ce sport lui donnait une excuse pour un jour s’envoler vers la Floride.

À la fin des années 60 et au début des années 70, elle passe ses étés d’adolescente au Moss Lake Camp, un rigide camp de vacances pour jeunes filles dans l’État de New York. Douée pour les sports, elle impressionne les ex-champions du monde en ski nautique Ken et Roland Hiller, un duo père-fils instructeurs à Moss Lake.

La jeune Pelletier est si bonne que Hiller père souhaite la voir intégrer son école de ski nautique, à Orlando. Son père à elle dit non.

Mais Pelletier insiste. «Papa était tellement tanné que je lui demande à tous les jours d’aller en Floride. Pour se débarrasser de moi, il m’avait dit : “Trouve-toi un autre sport, je t’enverrai en Floride plus tard.” J’ai pensé à mon affaire : quel autre sport je pourrais bien faire pour aller en Floride? Alors j’ai choisi le tennis», raconte Pelletier, 59 ans, rencontrée à Saint-Bruno-de-Montarville, près de chez elle.

Elle se lance dans son nouveau sport à 14 ans. À l’époque, pas facile de pratiquer son activité favorite en hiver. Les deux seuls courts intérieurs de Québec se trouvent à La Bulle Montcalm, près de l’anneau des plaines d’Abraham, se souvient Pelletier.

Elle y reçoit les conseils de Jack Hérisset. «C’était une soie à coacher», se souvient l’homme de tennis. «Parce que c’est elle qui en voulait toujours plus. Très travaillante, très dévouée, passionnée», ajoute-t-il.

Une grosse marche pour la «dévergondée»

Très vite, Pelletier devient la meilleure joueuse au Québec. Ça lui vaut une invitation au camp d’entraînement de l’équipe canadienne. «Mais là, il y avait une grosse marche entre les deux», raconte-t-elle. «Parce que tu jouais contre des filles qui avaient toujours eu le conditionnement physique comme une partie intégrante de leurs cours à l’école. Nous, c’était être une dévergondée, selon les religieuses, que de faire du sport. […] Il n’y avait même pas de gymnase aux Ursulines!»

Elle part pour la Floride à 16 ans. Pelletier y fréquente d’abord la réputée académie de l’Australien Harry Hopman. Après un mois, elle se blesse à la cheville, un air qui deviendra trop connu pendant sa carrière. Une fois remise, elle part pour l’Europe, seule, pour disputer des tournois. Mais elle ne gagne ni match, ni argent.

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La fin du beau tour de Raymond Bolduc

«Comme ils disent, ç’a été un beau tour!» Associé à la Ligue de hockey junior majeur du Québec depuis 37 ans, Raymond Bolduc a tiré sa révérence au terme de la finale de la Coupe du Président. À 67 ans, l’homme de hockey ayant occupé à tour de rôle les fonctions de dépisteur-chef, directeur général et préfet de discipline passe la rondelle à la nouvelle génération. Bilan de carrière, en trois périodes.

Première période : le dépisteur-chef

Né à Boischatel, Raymond Bolduc a passé ses étés d’adolescent à Saint-Tite-des-Caps. Après avoir joué jusqu’aux niveaux junior B et intermédiaire, il s’est impliqué dans le hockey mineur à titre d’entraîneur à Québec et à Beauport. Il ignorait à ce moment que son rôle de parrain d’équipes américaines au Tournoi international de hockey pee-wee lui ouvrirait la porte de la LHJMQ.

«Le Canadien Jr de Verdun avait commencé à recruter des joueurs aux États-Unis et les Olympiques de Hull voulaient en faire autant. Par l’entremise de Serge Larochelle [un ami de toujours], leur dépisteur-chef, René Young, m’avait demandé de surveiller les espoirs américains en raison de mes contacts dans la région de Detroit», raconte-t-il à propos de ses premiers pas dans le milieu.

C’était en 1981. Deux ans plus tard, le défenseur Rick Hayward, natif de l’Ohio, devenait le premier joueur du pays voisin recruté par Bolduc à se joindre aux Olympiques. Il avait aussi vendu le potentiel d’un gros défenseur nommé Cam Russell (aujourd’hui dg à Halifax) après l’avoir vu au tournoi midget de Beauport. Il se souvient aussi avoir moussé les sélections de Johnny Lorenzo et de Jeannot Ferland.

«Le dépistage, c’est un travail d’équipe. Dans chaque région, des recruteurs poussent leurs joueurs. Ça permet aussi de développer des relations. À mes débuts, Pat Burns était aussi dépisteur des Olympiques avant qu’il devienne l’entraîneur-chef qu’on a connu. Alain Vigneault a aussi été coach quand j’étais avec Hull, je l’ai embauché avec les Harfangs», note celui qui n’a pas oublié le championnat des Olympiques en 1986 avec Luc Robitaille, Guy Rouleau, Sam Lang et Pat Brisson, entre autres.

Lorsque Young devient le premier dg des Harfangs de Beauport, il amène Bolduc avec lui. Après leur première saison, il en fera son dépisteur-chef. Le repêchage de 1991 aura été l’un de ses meilleurs, avec les sélections d’Ian McIntyre, de Patrick Deraspe et de Patrice Paquin. En 1992, il recrute Jean-Yves Leroux en première ronde avant de devenir directeur général des Harfangs, un an plus tard. Le hockey l’occupe beaucoup, à ce moment, mais reste un passe-temps, puisqu’il était toujours actionnaire et vice-président aux finances chez (les camions) Mack.

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Donald Theetge, loin de tourner en rond

Il n’est peut-être pas aussi connu du grand public que Patrick Carpentier ou Alex Tagliani, mais dans le monde du stock-car québécois, Donald Theetge fait partie des meubles. À 51 ans, ce spécialiste des ovales est loin de tourner en rond. Le doyen des pistes de Québec entame la saison 2018 en NASCAR Pinty’s avec la ferme intention de devenir le plus vieux pilote de l’histoire du circuit canadien à remporter une course.

«Ma blonde n’arrête pas de me dire que je suis le Dominique Michel du monde de la course automobile», lance Donald Theetge lorsqu’on lui demande à quel âge il prendra sa retraite. S’il a une bonne saison, cela pourrait être la dernière à temps plein, avance-t-il, mais à voir l’enthousiasme qu’il a encore à parler de course, difficile de le croire. 

«Je ne suis pas un athlète», répond-il avec le sourire lorsqu’on lui dit vouloir écrire un «long portrait d’athlète» à son sujet. «Moi, je suis un gars qui tourne à gauche plus qu’autre chose.»

«Tourner à gauche» à toute vitesse sur les ovales du Québec, de l’Ontario et du nord-est des États-Unis, le pilote de Boischatel le fait depuis 1986. On l’a vu régner sur la série LMS, se bagarrer avec son grand rival Patrick Laperle sur la piste et en dehors, gagner sa large part de courses, faire lever les foules à Sainte-Croix ou Vallée-Jonction et amocher quelques voitures au passage. 

Trente-deux ans après ses débuts, c’est toutefois un Donald Theetge assagi qui s’attaque à ce qui semble être le plus grand défi de sa carrière : un calendrier complet de 13 courses en NASCAR Pinty’s avec un championnat dans la mire. À cela s’ajoutera une première course en carrière dans la prestigieuse série NASCAR Xfinity, histoire de réaliser le rêve d’une vie.

Jamais Theetge n’aura piloté dans un peloton aussi relevé. «Je ne suis pas sûr que beaucoup de pilotes de mon âge s’embarqueraient dans le style de course que je fais présentement», admet-il, loin de se servir de son âge comme une excuse. «Cette saison, je veux battre le record de Don Thompson qui avait gagné une course NASCAR Pinty’s, qui s’appelait Cascar à l’époque, à 49 ans.»

› L’automobile au cœur de sa vie

D’aussi loin qu’il se souvienne, Donald Theetge a toujours voulu être pilote. Enfant, il allait voir les courses aux États-Unis avec ses parents et son frère. Même dans la vie de tous les jours, la famille baignait dans l’automobile. Le père, Frank Theetge, a cofondé le concessionnaire automobile Frank et Michel, il y a près de 35 ans. 

«J’ai commencé à laver des voitures neuves et d’occasion à l’âge de 12 ans. Mon frère a fait la même chose. On est passé par les pièces, le service, les ventes, la représentation, toutes les étapes. On a baigné dans l’automobile toute notre vie.»

Après avoir suivi adolescent une formation en formule Atlantique, Theetge décide qu’il est prêt pour son véritable baptême des pistes. «Mon père suivait les courses sur ovale, alors je suis allé vers cela. J’ai commencé en 1986 à Val-Bélair dans la classe mini-stock. J’avais acheté la voiture d’un de mes chums qui courait l’année précédente. On a eu une bonne saison. On a fini deuxième au championnat.»

Mais le monde de la course automobile étant ce qu’il est, le pilote manque de fonds pour financer sa jeune carrière. Impatient de faire le saut dans de plus gros circuits, il s’impose quelques années de pause afin d’amasser suffisamment d’argent pour financer ses aspirations. Quand il reprend finalement le volant, le retour sur la piste est un peu brutal. 

«J’ai peut-être sauté des étapes un peu trop vite qui m’ont brimé durant quelques années. Mais écoute, je ne regrette rien. À l’époque ce n’était pas la même game qu’aujourd’hui. Maintenant, il y a beaucoup plus d’opportunités pour les jeunes.»

Désireux de faire sa place, Theetge n’hésite pas à attaquer. Il ne pilote pas pour se faire des amis, mais pour gagner. «Les gens diraient probablement que j’ai toujours été un pilote réellement agressif. Je pense que ça m’a peut-être nui à une certaine époque de ma carrière», avoue-t-il aujourd’hui.

› La rivalité des deux «coqs»

Ce n’est qu’à la fin de la trentaine, au milieu des années 2000, que Donald Theetge devient réellement l’homme à battre dans la série québécoise LMS, remportant des championnats en 2004 et en 2006. Lorsque le promoteur automobile américain Tom Curley décide de créer un pendant québécois à sa série ACT, en 2007, un certain Patrick Laperle décide toutefois de rentrer au pays. De neuf ans le cadet de Theetge, le pilote de Saint-Jean-sur-Richelieu revient au Québec après un début de carrière prometteur dans l’ACT LMS américain. 

«Quand tu embarques deux coqs dans un poulailler, qu’est-ce que tu penses qui arrive? Il arrivait des États-Unis. Il savait que c’était moi le dominant. Il voulait gagner, je voulais gagner et ça a fait des flammèches», explique Donald Theetge. 

Dans ce qui deviendra une des grandes rivalités du sport automobile québécois, les pilotes s’échangent des championnats de la série ACT. Laperle l’emporte en 2007, mais deux ans plus tard Theetge le coiffe in extremis au classement des pilotes lors de la dernière course de la saison. En 2011, 2012 et 2016, Laperle multiplie les championnats, chaque fois avec Theetge lui soufflant dans le cou. 

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Les Capitales soufflent 20 chandelles

À l’occasion du 20e anniversaire des Capitales de Québec et à l’approche du début de la saison 2018 de la Ligue Can-Am, jeudi, Le Soleil revient sur le parcours de l’équipe de baseball indépendant et retrace les grands moments de son histoire. Un retour dans le passé à découvrir, en version papier et sur nos plateformes numériques.

LA FIERTÉ DE MILES WOLFF

Il y a 20 ans, Miles Wolff avait eu un coup de cœur pour le vieux stade de baseball du parc Victoria. Le premier propriétaire des Capitales de Québec n’aurait cependant jamais pu prédire que cette franchise prendrait une telle place dans la communauté et deviendrait un pilier du baseball indépendant. Retour sur l’une des plus belles expériences de sa vie.

«Je suis beaucoup plus fier que surpris par le succès des Capitales au fil des ans. C’est fou tout ce qui a été accompli depuis la fondation de l’équipe, et leur impact dans la communauté m’impressionne toujours», admet le commissaire de la Ligue Can-Am en marge du 20e anniversaire de l’équipe.

L’Américain de la Caroline du Nord a administré les Capitales pendant ses 11 premières saisons avant de les vendre à Jean Tremblay, en 2010. Il n’a jamais recherché la gloire ou la fortune avec cette entreprise, mais son flair lui laissait croire au potentiel du baseball à Québec.

«Pour ma famille et moi, les Capitales ont été une belle aventure, une expérience incroyable. Nous avons aimé tout le temps passé en ville, nous aimons encore beaucoup Québec», précise celui qui vient tout juste de vendre sa maison située à quelques coins de rue des plaines d’Abraham.

Invité à Québec à l’initiative d’André Lachance et Jean-François Côté, deux mordus de baseball, Wolff avait décidé d’investir pour faire renaître le baseball au Stade municipal, qui a ensuite bénéficié d’investissements des autorités municipales après avoir été laissé à l’abandon pendant plusieurs années.

«Quand vous lancez une nouvelle équipe, personne ne sait si ça fonctionnera ou non. Il n’y a aucune garantie de succès immédiat. Mais à Québec, il y avait un excellent bassin de fans, un stade chaleureux, un historique de baseball, etc. Le hasard a voulu qu’on arrive quelques saisons après le départ des Nordiques, nous avons donc pu embaucher des employés qui s’y connaissaient en matière de vente de billets», reconnaît-il d’emblée.

Des vies changées

L’expertise personnelle de Wolff allait aussi dans le même sens. Au-delà de la victoire et de l’identité des joueurs, il savait comment administrer un club de baseball, notamment avec sa gestion des Bulls de Durham, rendus populaires par le film Bull Durham, titré La Belle et le vétéran dans sa version québécoise.

«Ce qui a aussi beaucoup aidé les Capitales, c’est la couverture qu’offraient les deux quotidiens de Québec. La chasse aux primeurs qu’ils se faisaient et l’espace consacré aux Capitales nous permettaient d’avoir beaucoup de visibilité. Le reste s’est enchaîné, l’arrivée de joueurs québécois a aidé, le club est devenu plus compétitif et a commencé à gagner des championnats.»

Wolff ne peut s’empêcher d’identifier Michel Laplante comme visage de la franchise. Il n’a jamais regretté de l’avoir sorti du Wisconsin afin de participer au lancement de l’équipe, en 1999. Vingt ans plus tard, Laplante est encore la pièce maîtresse des Capitales.

«Michel est un visionnaire, autant pour les Capitales que pour la Ligue Can-Am. Par exemple, son idée d’un dôme assurera la rentabilité du terrain à l’année et non pas seulement pendant une cinquantaine de soirs par été. À titre de commissaire, je n’hésite pas à dire que Québec est la meilleure franchise de la Ligue.»

Il se réjouit aussi de l’impact des Capitales dans la vie de certains joueurs, comme Eddie Lantigua, Goefrey Tomlinson, Brad Purcell et quelques autres qui résident toujours à Québec même si leur carrière est terminée. «Les Capitales ont changé leur vie, ils ont fait et font toujours travailler beaucoup de monde.»

Ils ont aussi changé celle de sa famille, puisque ses enfants ont fréquenté l’école secondaire Quebec High School pendant quelques années et appris le français.

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L'histoire des Capitales en 20 grands moments

L’histoire des Capitales de Québec est parsemée de victoires, de défaites; de personnages aussi importants les uns que les autres. Depuis leur naissance jusqu’à aujourd’hui, Le Soleil en a été un fidèle témoin. En marge de son 20e anniversaire, regard sur 20 moments marquants du club de la Ligue Can-Am de baseball indépendant.

1. Les années Jay Ward

Premier gérant, Jay Ward a permis à Québec d’obtenir sa crédibilité dans le baseball indépendant. Ancien instructeur des frappeurs des Yankees, l’homme arrivait avec une réputation et des principes. La fin de son règne a cependant tourné au vinaigre lorsqu’il a vilipendé certains amateurs et échangé des joueurs populaires. Il a dirigé le club à ses trois premières saisons. Il est décédé à 73 ans au Montana, en 2012.

2. Laplante avec les Expos

Avant d’être gérant et président, Michel Laplante a été un des meilleurs lanceurs des Capitales. À la première saison, en 1999, il s’impose avec une fiche de 11-2. Les Braves d’Atlanta s’intéressent à lui, mais il accepte l’offre des Expos en 2000, qui le cèdent à Ottawa (AAA) pour finalement le libérer après trois présences. «Quand on te considère comme le 12e lanceur d’un personnel qui en compte 11 et que tu en viens à te demander si le joueur de troisième-but ne lancera pas à ta place quand le pointage est de 7-0, pour l’adversaire, ce n’est pas tellement compliqué d’envisager le sort qui t’attend», avait-il imagé à son retour.

3. Olivier Lépine congédié

Un conflit de personnalités entre le gérant Jay Ward et Olivier Lépine a provoqué le congédiement du receveur québécois en 2001. Le premier critiquait le choix des lancers du second, qui n’était pas du genre à ronger son frein dans son coin. Il avait bouclé la saison avec les Pioneers d’Elmira, ce qui lui avait ensuite permis de venir frapper deux circuits dans un match… sous les yeux de Ward. Il a aussi joué un an dans les filiales des Marlins avant de revenir comme receveur régulier des Capitales, de 2003 à 2005.

4. Operation Shutdown

Septembre 2002, la colère gronde dans le vestiaire en raison du refus du propriétaire d’accorder des primes pour les séries. Le vétéran John Cotton recouvre alors le logo des Capitales d’un ruban où il est inscrit Operation Shutdown. Cotton sera rayé de l’alignement lors du match ultime, qu’il regardera de l’enclos des releveurs et les Capitales seront éliminés en cinq matchs. Il n’a jamais rejoué à Québec.

5. Jeff Harris dans les majeures

Plusieurs anciens joueurs des majeures ont porté l’uniforme des Capitales et quelques-uns ont aussi fait le chemin inverse. Le lanceur Jeff Harris a été le premier à atteindre le sommet après avoir séjourné à Québec. Détenteur d’une fiche de 9-3 en 2003, le droitier avait été retiré d’un match en cinquième manche, en juin 2004, pour apprendre que son contrat venait d’être acheté par les Mariners de Seattle. Un an plus tard, il accédait aux ligues majeures.

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Ken Hill, un homme intense

Le Soleil a profité du passage de l’ancien lanceur Ken Hill à Québec, en mars, pour faire un survol de sa riche carrière dans le baseball majeur. En s’attardant, bien sûr, sur son glorieux passage avec les Expos de Montréal. Rencontre avec un homme intense.

Ken Hill n’a pas beaucoup changé depuis ses années avec les Expos, même si elles datent de 25 ans. Quelques livres en plus, sans doute, mais toujours un corps sculpté. Et la même prestance, le même regard intense.

Il répond aux questions avec une certaine lenteur dans la voix. Semble aimer prendre son temps. Même chose lorsqu’il se déplace sous le dôme du Stade Canac, domicile des Capitales (Ligue Can-Am) à Québec. Une démarche assurée, quasi nonchalante. Droit comme un I. Aucun doute, il s’agit d’un athlète.

L’homme de 52 ans passe malgré tout relativement inaperçu pendant ce rendez-vous organisé par Baseball Canada. Normal, la majorité de la foule massée sur le terrain synthétique est composée d’enfants qui n’ont jamais connu les Expos de Montréal, encore moins les années 1992 à 1994, celles où Hill a brillé au Stade olympique.

Brillé, c’est le bon mot. En 1992, il a conservé une fiche de 16-9 et une moyenne de points mérités de 2,68. Une blessure à l’aine l’a ralenti en 1993, mais il est revenu encore plus fort lors de la mythique saison 1994 : une fiche de 16-5, une moyenne de points mérités de 3,32. Tout ça bon pour le deuxième rang au scrutin du trophée Cy Young. Devancé seulement par Greg Maddux.

Une équipe spéciale

Le brio de Hill cette année-là n’était qu’une histoire parmi tant d’autres chez les Expos, meilleure équipe du baseball majeur lors du déclenchement d’une grève des joueurs. Impossible de discuter avec l’ex-artilleur sans passer un bon moment sur cette saison de rêve terminée trop tôt. Et de poser l’hypothétique question d’entrée de jeu : auriez-vous remporté la Série mondiale?

«Je suis pas mal certain qu’on l’aurait gagnée», répond-il avec un brin de prudence. «Je suis allé à la Série mondiale l’année suivante avec Cleveland. Et en 1996 avec les Rangers du Texas, on a gagné le titre de la division. Mais point de vue talent, les Expos de 1994 étaient spéciaux», souligne-t-il.

Avec les Larry Walker, Moises Alou, Pedro Martinez et John Wetteland, le talent ne manquait pas, en effet. Mais il y avait aussi une belle ambiance dans le vestiaire, se souvient Hill. «Le vieux cliché, c’est que tu dois avoir une bonne camaraderie. Et c’est vrai! Et on l’avait! Même si nous étions jeunes, nous avions un excellent noyau de joueurs. Et on s’entendait à merveille.»

Mais tout ça a pris fin abruptement, le 12 août 1994. Joueurs et propriétaires du baseball majeur ne s’entendent plus. Les premiers déclarent la grève. Et Montréal est en deuil.

Les membres des Expos vivent alors un mélange de déception et de sens du devoir. «Nous étions tous déçus», se souvient Hill. «Mais nous comprenions l’importance de la grève. On regarde l’argent que les joueurs font aujourd’hui... C’est l’une des raisons pour lesquelles nous avons fait ce que nous avons fait. Les gars qui nous ont suivis en ont vraiment bénéficié.»

«Qui sait où on aurait pu se rendre?»

Cette saison-là, les Expos étaient non seulement excellents, mais ils s’amélioraient avec le temps. La meilleure preuve : leur fiche de 20-3 dans les 23 dernières rencontres avant le déclenchement du conflit. C’est beaucoup cette séquence irrésistible qui laisse croire au meilleur des dénouements, n’eut été cette fin de saison prématurée.

«Certains d’entre nous n’étaient même pas à leur meilleur», remarque Hill. «De penser à ce que l’avenir aurait réservé à cette équipe si nous étions restés ensemble... Qui sait où on aurait pu se rendre? C’est un peu comme les Warriors de Golden State. Ils ont un groupe qui sera difficile à battre», a même comparé l’ex-lanceur, parlant des champions en titre de la NBA.