Pleins feux

Nicolas Knap: le marathonien des eaux

Le nageur Nicolas Knap s’offre la traverséedu détroit de Gibraltar.

«Il faut se trouver une occupation, sinon, le temps va être long», dit-il, comme si son loisir était dans la normalité des choses. Après avoir vécu sa longue traversée du désert sur le plan sportif, Nicolas Knap a repris goût à l’entraînement, il y a trois ans, pour s’offrir un autre genre de traversée : celle du détroit de Gibraltar à la nage.

Déjà surnommé le marathonien des eaux, le nageur à la double nationalité française et canadienne relèvera un défi à la fois sportif et humain, en juin, en cherchant à devenir le premier Québécois à franchir la distance de 15 km qui sépare le rocher de Gilbraltar au sud de l’Espagne, en Europe, et les côtes marocaines, en Afrique.

«Ça fait trois ans que je travaille là-dessus, autant au niveau de la préparation physique et mentale que sur le plan de la logistique. J’ai à la fois hâte et un peu peur en même temps, car mon adversaire sera Dame Nature», dit-il avant une séance d’entraînement de natation dans l’eau calme du PEPS de l’Université Laval.

Ce qui l’attend, c’est un combat contre les courants et animaux marins dans ce qui est l’unique passage entre l’Océan Atlantique et la mer Méditerranée. Le nageur réalisera sa traversée en solitaire, sans combinaison ni propulsion. Un maillot, des lunettes, un bonnet de bain, voilà tout ce qu’il portera face à des rivaux en forme de méduses et de porte-conteneurs, et au pire, de requis… Un bateau l’accompagnera, mais il ne pourra s’en rapprocher à plus de trois mètres. Son ravitaillement consistera à du liquide dans une bouteille qu’on lui donnera via une perche.

«Un bon nageur va faire 15 km en 3h15 sur le plat, en piscine. Si on tombe sur un courant favorable, on peut être surpris de la vitesse que l’on peut atteindre. Le contraire est aussi vrai, ça peut aussi te ralentir. Ça ressemble à la roulette russe, ça peut bien aller, et soudainement, tout virer à l’envers», explique le sportif de 46 ans qui vise d’atteindre la côte en 3h30.

Nicolas Knap est né en banlieue de Paris. Membre de différents clubs de natation français, il a découvert les courses de longue distance à l’invitation d’un entraîneur. Il a fait partie de l’équipe de France de natation en eau libre de 1996 à 2002, date de sa retraite après six ans comme nageur professionnel au sein de l’IMSA (association internationale de marathons de natation et il a participé à plusieurs coupes d’Europe et du monde ainsi qu’au Championnat mondial de 1998.

Et après une pause de 14 ans, ce célibataire sans enfant s’est remis à l’entraînement. «Je ne foutais rien de ma vie, j’avais arrêté le sport, je commençais à m’emmerder et je me décomposais sur le plan physique, si l’on peut dire. Je me suis dit nager, c’est ce que je sais faire, c’est ce que j’aime», raconte-t-il en riant.

En 2016, il a déposé une première demande pour traverser le détroit de Gibraltar, puisqu’une permission officielle est nécessaire. Il n’y avait pas de place pour 2017, et en 2018, on lui offrait d’être sur la liste d’attente. Finalement, le feu vert de la part de l’Association Cruce a Nado del Estrecho de Gibraltar est venu pour juin 2019. Sa fenêtre de 10 jours pour réussir son exploit s’ouvre du 7 au 16 juin, on l’avisera à 24h d’avis du moment du départ. L’expédition lui coûte un peu plus de 5000 $ en frais d’inscription, location de bateau, hébergement/nourriture, voyagement et frais paramédicaux. Pour l’heure, celui qui travaille en réadaptation professionnelle ne compte pas de partenaire, ni commanditaire. Il fait tout en solitaire, même ses relations publiques.

«Des copains à moi ont fait la traversée du détroit de Gibraltar, je me suis dit que si ces mecs pouvaient le faire, je pouvais aussi le faire. Ce n’est pas une course comme telle, il n’y a rien à gagner à part la victoire personnelle et la fierté de le partager. Il s’agit en même temps d’une étape obligatoire dans mon parcours pour voir si je peux faire d’autres courses plus longues.»

Distance plus courte

Il aurait pu imiter le regretté nageur québécois Jacques Amyot et autres aventuriers et traverser la Manche, entre la France et l’Angleterre. M. Amyot est passé à l’histoire en 1956 et a toujours été reconnu comme un monument du sport à Québec. Knap a choisi une distance plus courte, à la mesure de son entraînement qui consiste depuis des mois à 30 km de natation par semaine, de la course, du vélo stationnaire, etc.

«Ça fait longtemps que j’avais le goût de faire une traversée en solitaire. Pourquoi celle du détroit de Gibraltar? Parce que la distance n’est pas trop longue, c’est en Europe, et pour une première, c’est mieux que la Manche, du moins pour moi. Il y a aussi un petit aspect mythique à tout cela», reconnaît celui qui, bien que déçu du premier refus en 2016, constate aujourd’hui que les trois dernières années auront été bénéfiques dans sa préparation.

Selon ses recherches, trois nageurs canadiens ont traversé le détroit de Gibraltar, soit un homme et deux femmes. Le temps le plus rapide appartient d’ailleurs à une dame. «Trois heures et 15 minutes, c’est très rapide. Je ne sais pas si je vais faire aussi vite, mais je vais au moins rééquilibrer les choses au niveau de la parité hommes/femmes», dit en riant celui qui s’envole le 3 juin pour la phase finale de son projet.

Pleins feux

Samuel Gagnon: la danse du combattant

Il aurait pu devenir danseur de ballet, mais c’est plutôt la danse du combattant que pratique Samuel Gagnon depuis 30 ans. Champion canadien de karaté depuis 20 ans, l’athlète transmet toujours sa passion à d’autres karatékas en tant que senseï et copropriétaire des Studios unis de Val-Bélair en plus d’être aussi devenu l’un des promoteurs du grand tournoi Québec Open auquel il avait lui-même pris part pour la première fois à l’âge de six ans.

«J’ai commencé le karaté à 4 ans. À l’époque, ma mère et ma tante donnaient des cours de ballet et elles voulaient m’y inscrire. Mon père n’était pas d’accord du tout!» raconte Gagnon en riant. Le paternel a donc pensé aux arts martiaux et a inscrit fiston à une école de Beauport où son oncle suivait également des cours. «Un peu plus tard, j’ai transféré à l’école des Studios Unis de Lac Saint-Charles, qui était alors dirigée par Denis Perreault. C’est là que j’ai vraiment eu la piqûre des arts martiaux», poursuit-il.

Le jeune karatéka a progressé rapidement, obtenant sa ceinture noire à l’âge de dix ans et récoltant six titres mondiaux au fil des années. «Je participais à 35 à 40 compétitions par année, j’ai pu voyager partout en Europe et aux États-Unis grâce au karaté, je sais que je suis très privilégié grâce à ce sport», poursuit-il. Son premier championnat canadien, il l’a remporté à l’âge de 14 ans et ne l’a plus jamais perdu depuis. «Je le gagne depuis 20 ans, mais ça reste toujours un défi, car je vieillis! Maintenant, j’ai 34 ans et il y a des jeunes de 18, 19 et 20 ans qui m’affrontent pour le titre. À mon âge, on travaille beaucoup avec l’expérience», poursuit-il.

Précoce dans tous les domaines de son sport, Samuel avait commencé à transmettre son savoir dès l’âge de 12 ans. «J’ai toujours donné des cours de karaté. C’était mon emploi à temps partiel pendant mes études, alors que d’autres travaillaient dans un restaurant ou un dépanneur», se souvient-il.

Cinquième dan

Tout en continuant la compétition à un rythme toutefois un peu moins effréné qu’à l’époque, il a fini au fil des années par devenir propriétaire de sa propre école des Studios unis... avec sa mère Lucie Tremblay qui s’était mise elle aussi au karaté un an après que son fils a préféré les arts martiaux au ballet. Comme Samuel, Lucie Tremblay n’a eu besoin que d’environ trois ans pour aboutir avec une ceinture noire autour de la taille. Elle a même surpassé son fils puisqu’elle a obtenu en 2013 son cinquième dan et le titre de shihan (maître expert) alors que Samuel subira l’examen pour l’obtention de son cinquième dan en fin de semaine prochaine, tout juste après le Québec Open.

«Oui, c’est comme ça, c’est beaucoup de préparation en même temps, c’est une autre étape dans ma progression», indique Gagnon. «C’est que j’ai eu une passe, à 18 et 19 ans, où j’avais arrêté le karaté. Je me cherchais un peu, j’avais décidé d’essayer de travailler dans un autre domaine. Après trois mois, je savais que je voulais revenir, mais avec l’orgueil qu’on peut avoir à cet âge-là, ça a pris un peu plus de temps avant mon retour», ajoute-t-il pour expliquer un peu la période de temps avant d’obtenir son cinquième dan, lui qui avait obtenu son quatrième en 2011.

«Normalement ça peut prendre cinq ou six ans entre les dan, mais dans mon cas ça fait presque dix ans. Il faut dire que j’ai aussi eu quelques blessures qui m’ont ralenti un peu. Rendu au niveau où je suis, il y a certains standards à maintenir, des katas à apprendre, mais il y a aussi une évolution personnelle nécessaire pour avoir un dan. On tient compte du chemin parcouru. Il faut travailler notre matière, mais pour un gars très compétitif par exemple, on en demandera plus», explique le senseï.

Une passion à transmettre

Samuel Gagnon n’a que de bons mots à propos de l’impact des arts martiaux dans sa vie. «Ça m’a donné de la rigueur, de la discipline et ça m’a amené à me dépasser. Avant, c’était d’abord pour performer, mais maintenant, c’est beaucoup pour transmettre à d’autres cette passion-là. Quand j’étais jeune, j’aurais pu prendre un mauvais chemin, la même chose quand j’ai arrêté les arts martiaux à 18-19 ans, mais je me suis toujours raccroché à ça. Aujourd’hui, si je peux contribuer à faire la différence dans la vie d’un jeune, je serai très heureux», poursuit-il.

Les élèves ne manquent pas dans son école, peu importe les cycles de popularité que traversent les arts martiaux. «Nous sommes chanceux de pouvoir profiter de la notoriété acquise par Clermont Poulin, fondateur des Studios unis. Ça nous aide beaucoup et ça fait que nous sommes moins tributaires des modes que d’autres sports, je dirais», conclut celui qui n’a jamais regretté d’avoir tourné le dos au ballet. 

Pleins feux

Famille Langlois: Wimbledon nous revoilà!

Difficile de trouver plus tripeux de tennis à Québec que les Langlois. Après avoir siroté un cocktail dans la loge royale du All England Club en 2013, cette famille du quartier Pointe-Sainte-Foy retourne à Wimbledon dans un mois pour la cérémonie d’inauguration du nouveau toit rétractable érigé sur le court numéro 1. Une quatrième visite pour le paternel. Rencontrez cette tribu aux liens tissés en cordage de raquette.

Pour eux, le tennis, c’est plus qu’un sport. C’est la vie. Leur vie. «C’est une secte, le tennis!» lance en riant France Cantin, la maman et seule des six à ne pas taper de la balle jaune pileuse chaque semaine, sinon chaque jour comme son mari et leurs quatre enfants.

Elle, c’était la natation. La nageuse d’élite a même gagné quelques médailles. Qui ne sont toutefois pas accrochées avec les autres dans le sous-sol-musée de la résidence familiale. Les enfants aussi ont essayé d’autres choses, baseball, basketball et même voile. Mais ici, tout revient au tennis, les individus aussi.

France Cantin et Pierre Langlois se sont rencontrés grâce au tennis, début vingtaine, lors d’un voyage en France. Lui jouait un gros tournoi à Saint-Paul-de-Vence, sur la Côte d’Azur. Elle voyageait en sac à dos avec ses sœurs jumelles. Sauf que les filles se sont tout fait voler et devaient trouver quelqu’un pour les héberger. Ça dure depuis 32 ans.

Philippe, Catherine, Charles et Marc-André ont de 25 à 19 ans. Les trois plus vieux ont pris part cette année à la toute première saison officielle du club de tennis du Rouge et Or de l’Université Laval. Alors que l’aîné Philippe vient de terminer, le benjamin Marc-André devrait y entrer l’hiver prochain.

Renaissance du R et O

Un club dont papa a été l’ardent bâtisseur depuis six ans. «Je me souviens du premier conseil d’administration, ici, dans la cuisine. Après, je suis allé voir les gens de l’Université Laval. Je me disais : on a un c.a. et un peu d’argent, c’est réglé!»

«Mais Gilles Lépine [responsable à l’époque des programmes du Rouge et Or] m’a dit : “Je suis désolé, Pierre, mais ça va être impossible.” Impossible? C’est le genre d’affaires que je n’aime pas. S’il m’avait dit “ça va être difficile” ou “ça va être long”, peut-être. Mais impossible? Non.»

Pour Pierre Langlois, rien n’est impossible si on le veut vraiment. Il n’aurait jamais cru y passer autant de temps et d’effort. Mais quand ce qui s’appelait d’abord Club de tennis de la capitale, puis Club de tennis de l’Université Laval a obtenu le statut de 14e club du Rouge et Or, le sentiment de satisfaction s’est avéré aussi fort que sur un smash gagnant au bris d’égalité.

Lors des derniers championnats québécois de tennis universitaires, début avril, les hommes du Rouge et Or se sont tout juste inclinés en finale face à leurs plus ardents rivaux, les Carabins de Montréal bien sûr, tandis que les femmes se sont arrêtées en demi-finale. Ce n’est que partie remise l’an prochain.

Sauf la toilette

Impossible ne fait pas partie du vocabulaire chez les Langlois-Cantin. Il y a le talent, évident. Philippe le bollé, Catherine la communicatrice, Charles le sportif naturel et Marc-André le futur agent d’athlètes. Mais il y a surtout la persévérance, dans tout ce que tu aimes.

Des contacts et un peu de sous servent de départ, certes. On ne fréquente pas les plus grands tournois au monde, Wimbledon, Roland-Garros, US Open, Indian Wells, Miami et compagnie, sans décaisser.

«La seule différence avec les grands joueurs de ce monde, c’est qu’au lieu de gagner de l’argent, c’est leur père qui doit payer!» lance France, à propos de cette passion partagée par ses rejetons.

Sauf que pour être membre du All England Club, «tu as beau être un Beatle, il y a des conditions très strictes», avance Pierre, qui n’a pas ce privilège non plus.

Mais pendant quelques heures, en 2013, c’était tout comme. «Même John McEnroe, qui a gagné Wimbledon [trois fois], n’est pas admis dans les vestiaires. C’est très réglementé!» 

Les Langlois ont pourtant joué sur tous les terrains, même le central. Lieu mystique pour tout amateur de tennis, presque christique pour Pierre Langlois. «Pour nous, c’est comme aller à Saint-Pierre-de-Rome et que tu demandes d’aller voir l’autel ou la résidence du pape. Tu penses qu’ils vont dire non!» 

Les enfants ont en plus suivi le même parcours qu’un joueur durant la quinzaine de juillet, avant d’aller se désaltérer en famille dans le royal box (avec l’accent svp). «La seule place où on n’est pas allés, c’est la toilette de la reine. Et ça, il paraît que même Kate Middleton n’a pas le droit...» laisse tomber Catherine, sourire en coin.

Djoko et Gaga

Catherine qui a elle-même frayé avec la royauté tennistique... sans le savoir. Partie étudier six mois en Espagne à la fin du cégep, elle y était surtout pour apprendre l’espagnol et jouer au tennis sur la terre battue rouge du club Puente Romano, en bordure de la Méditerranée. L’un des 10 plus beaux clubs au monde, précise Charles — la misère noire, qu’on vous disait.

«J’arrive là et le coach me dit : “Je te présente Marko, avec qui tu pourrais frapper des balles.” J’ai demandé : “Marko qui?” Le gars me répond : “Marko Djokovic.” Mais je ne comprenais pas, alors je redemande son nom de famille au coach. “Djokovic. C’est le frère de Djoko.” Je me suis dit : “Maudite marde! J’ai une affiche de lui dans ma chambre, ça ne marchera pas!” On s’est texté quelques fois par la suite», raconte la jeune femme, quelques années plus tard. Marbella, endroit magique du sud de l’Espagne où débarquaient les migrants illégaux venus du Maroc à un bout de la ville et, à l’autre bout, Lady Gaga dans la maison qu’elle s’était fait construire.

En Espagne, ils ont aussi foulé les courts de l’Académie de Rafael Nadal, tout comme celle de Nick Bollettieri, en Floride.

Parlant des clubs les plus prestigieux au monde, le Longwood Cricket Club de Chestnut Hill, en banlieue de Boston, n’a pas résisté non plus à leur force de persuasion toute québécoise.

Plus vieux club de tennis aux États-Unis fondé en 1877 et lieu de la première Coupe Davis en 1900, le Longwood leur a ouvert ses portes en 2014 grâce à Mats Wilander.

En tournée à Québec les deux années précédentes à l’invitation de Pierre Langlois pour donner des ateliers, l’ancien numéro un mondial et vainqueur de sept tournois du Grand Chelem est devenu un ami de la famille.

«À Longwood, pas le droit d’avoir de téléphone dans le club-house, sauf pour prendre une réservation pour jouer», souligne Philippe. «Tu peux jouer nu-pieds, c’est hot!» ajoute Catherine.

Les vacances familiales se passent où ils peuvent jouer au tennis, souvent dans les endroits les plus renommés de la planète.

Le sport 90 % du temps

Un sport que Pierre Langlois adore depuis plus de 40 ans, grâce à son oncle Robert, qui l’y avait initié à 13 ans. À 18 ans, il a battu Marc Blondeau, vedette des courts à Québec, en route pour se hisser parmi les meilleures raquettes au Québec et dans le top 50 au Canada. Même âge que Martin Laurendeau.

C’est aussi à ce moment qu’il en­trait à l’Université Laval, en 1981, et que le premier club de tennis du Rouge et Or... fermait boutique. Ceci explique cela. L’homme devenu ingénieur et président de son entreprise Econoler a par la suite entretenu la flamme auprès de ses enfants, sans jamais les forcer, assurent-ils.

«On est des amateurs de sports avant tout», insiste Charles. «De tennis en premier, mais 90 % des conversations au souper tournent autour du sport en général. Oui le tennis, mais aussi le basket, le football...»

Les débats ne manquent pas. On dégagerait un consensus familial autour de Roger Federer, mais l’esprit de contradiction de Marc-André le fait pencher pour Nadal. Djoko pour Catherine? Non, 100 % Serena!

Pleins feux

Alex Barré-Boulet: l'éclair de Montmagny brille

La LNH n’en voulait pas. Alex Barré-Boulet a dû dominer le junior, l’an passé à 20 ans, pour arracher un premier contrat professionnel. Et voilà que le petit centre de Montmagny pourrait devenir le premier Québécois nommé recrue de l’année dans la Ligue américaine depuis Daniel Brière, soit en plus de 20 ans, et aussi gagner le championnat des buteurs.

Pas mal pour un attaquant de 5’ 10” et 170 lb jamais repêché. Et sur lequel 30 équipes de la LNH ont levé le nez, malgré une dernière saison junior du tonnerre de 53 buts et 116 points, à bord de l’Armada de Blainville-Boisbriand.

Après des invitations aux camps des Kings de Los Angeles (2016) et des Golden Knights de Las Vegas (2017), le Lightning de Tampa Bay lui a finalement consenti une entente de trois ans, en mars 2018. Sûr qu’ils ne le regrettent pas.

Cette saison, avec le Crunch de Syracuse, le rapide patineur de 21 ans affichait une récolte de 33 buts et 64 points en 71 matchs, avant celui de vendredi soir. Ce qui le place au sommet des recrues, certes, mais aussi de tous les buteurs de la LAH.

«Je vais essayer de ne pas trop y penser en fin de semaine, sinon je risque justement de ne pas scorer», a-t-il confié au Soleil, à l’idée de remporter le championnat des buteurs de la LAH. Il serait le premier Québécois à réussir l’exploit depuis Alexandre Giroux, en 2009-2010.

«Si ça arrive, ça arrive et si ça n’arrive pas, ça n’arrive pas, résume Barré-Boulet. Mais c’est sûr que je ne m’attendais pas à ça. Au début de l’année, je n’aurais même jamais pensé être en lice pour le championnat des buteurs, alors je suis content de ce que j’ai. Si je ne finis pas premier, ce n’est pas plus grave.»

«Je n’ai pas trop regardé mes stats au courant de l’année, poursuit-il. J’ai travaillé fort et la rondelle rentrait. Je dois beaucoup aux vétérans. Quelques fois, c’était juste des tap in, j’avais juste à mettre la rondelle dans le filet parce que le jeu était déjà tout fait!» assure le numéro 12, reconnaissant quand même avoir souvent eu son mot à dire.

Esprit d’équipe fort

Mais à l’approche d’un dernier week-end chargé, Barré-Boulet avait plus l’esprit aux succès collectifs qu’à ses prouesses individuelles. Le Crunch boucle son calendrier de 76 rencontres de saison avec trois rendez-vous consécutifs vendredi (Laval), samedi (Rochester) et dimanche (à Utica).

Syracuse et Rochester luttent pour le championnat de la division Nord, tandis que Laval et Utica ne participeront pas aux séries éliminatoires. Dans une ligue qui, penserait-on, ne vit que pour les performances des joueurs et leurs éventuels rappels dans la Ligue nationale. Mais rien de plus faux, rétorque Barré-Boulet.

«Le Lightning a tellement eu une grosse saison que bien peu de gars dans notre vestiaire s’attendaient à être rappelés. On a vraiment une bonne chimie d’équipe et on fera tout pour gagner la Coupe Calder. De toute façon, si tu es un joueur individuel, tu ne l’auras jamais, l’appel, parce que Tampa se renseigne si tu es un bon coéquipier, si tu fais ce que tu as à faire», explique-t-il.

Ce bon esprit d’équipe se traduit par le soutien de joueurs d’expérience auprès des recrues comme lui. «Mon ajustement s’est bien fait avec tous les vétérans qu’on a, Gabriel Dumont, Hubert Labrie, Cory Conacher, Andy Andreoff. Ils nous ont beaucoup aidés à nous ajuster et [l’entraîneur-chef] Benoît Groulx fait de l’excellent travail avec les jeunes pour qu’on s’adapte.»

L’effet Benoît Groulx

Il connaissait Groulx surtout de nom, de réputation et pour l’avoir affronté à sa première année junior, alors que Barré-Boulet s’alignait avec les Voltigeurs de Drummondville et que Groulx dirigeait les Olympiques de Gatineau.

«Benoît m’a donné un rôle important sur le jeu de puissance dès le début de la saison et ça m’a aidé à bâtir ma confiance. À partir de là, j’ai établi mon jeu à cinq contre cinq et ç’a bien été.»

«Benoît est un coach honnête. Si tu joues bien, il va te le dire, mais si tu ne joues pas bien, il va te le dire aussi! J’aime autant ça que de ne pas le savoir», affirme-t-il en riant, Groulx n’étant pas reconnu pour passer par quatre chemins.

Avec Groulx à la barre de l’équipe et son adjoint Gilles Bouchard, qui pilotait les Huskies de Rouyn-Noranda dans le junior l’an passé, le lien joueur-entraîneur s’avère plus facile, admet l’attaquant québécois.

«C’est plus simple qu’avec un gars qui ne parle qu’en anglais et qui ne te connaît pas. Et si jamais tu ne comprends pas quelque chose, ils peuvent te l’expliquer en français», constate-t-il.

Se faire à manger

À l’extérieur de la patinoire, sa plus grande adaptation réside dans le fait d’habiter en appartement pour la première fois, seul. Dans le junior, il logeait chez une famille de pension autant à Drummond qu’à Blainville.

Là, il doit lui-même mitonner ses repas et s’arranger pour y trouver tout ce dont un athlète de pointe a besoin pour bien performer. Par chance que dans cette ville de l’État de New York voisine du lac Ontario, il n’a pas trouvé de restaurant qui sert de la poutine!

Maintenant, c’est concentration sur la fin de saison, ensuite les séries de la Coupe Calder. Il passera après la majeure partie de l’été à Montréal, sous l’égide du préparateur physique du Lightning, Mark Lambert. 

Puis opération charme en septembre, pour tenter de décrocher un poste avec le grand club. «Ce sera à moi faire ma place! Je serais bien content de rester à Tampa, mais s’ils me retournent à Syracuse, je serai bien content aussi.»

«C’est évident que les possibilités de percer l’alignement avec un club fort comme le Lightning sont plus rares, mais j’aime mieux une organisation qui gagne qu’une organisation qui a de la misère», conclut Barré-Boulet, fier porteur de l’éclair.

Pleins feux

B45: dans le top 10 des majeures

Profitant de l’engouement pour les bâtons de baseball en bouleau jaune, l’entreprise B45 vient tout juste de percer le top-10 des fournisseurs des ligues majeures en terme d’unités vendues. L’entreprise de Québec, dont l’ex-lanceur des majeures Éric Gagné et le voltigeur des Indians de Cleveland Carlos Gonzalez font partie des actionnaires, est passée cette année du onzième au huitième rang.

«Le classement de 5 à 10 est assez serré, mais il y a quand même de gros joueurs. Et ceux qui sont en tête, les Marucci Sports, Louisville et Old Hickory, seront assez durs à dépasser», explique Marc-Antoine Gariépy, directeur du développement des affaires et du marketing chez B45, au sujet des plus importants fournisseurs des majeures. L’entreprise a appris son classement lors des dernières assises d’hiver du baseball majeur.

«L’attrait pour le bouleau jaune est certainement pour quelque chose dans cette progression. Quand nous avons commencé, nous étions les seuls à fabriquer des bâtons en bouleau jaune. Maintenant, plusieurs autres compagnies en font. Cette essence de bois est même passée du troisième au deuxième rang parmi les essences les plus populaires, devant le frêne et derrière l’érable qui représente 78 % des bâtons des majeures», poursuit M. Gariépy. 

Production

L’agrile du frêne, qui fait trembler plusieurs municipalités du Québec et d’ailleurs dans le monde, pourrait aussi avoir indirectement donné un coup de pouce à B45, selon Olivier Lépine, directeur de la production. «À cause de l’agrile du frêne, beaucoup de frênes ont été coupés ces dernières années, ce qui a mis beaucoup de bois sur le marché. Les cargaisons sont cependant en train de s’épuiser. Je ne serais pas surpris qu’éventuellement, le bouleau jaune représente près de 30 % des bâtons des majeures alors que l’érable chuterait à 70 %.

L’usine de la rue Léon-Harmel fabrique près de 20 000 bâtons par année, soit à peu près les deux tiers de sa capacité selon Olivier Lépine. «Nous sommes un des rares fournisseurs qui puisse fournir des bâtons de bouleau jaune en grande quantité. Plusieurs compagnies font des bâtons de bouleau jaune, mais la plupart ont des problèmes d’approvisionnement. Nous avons la chance d’avoir de bons fournisseurs», explique l’ancien receveur des Capitales de Québec.

L’une des forces des bâtons de bouleau jaune est qu’ils se brisent beaucoup moins. Le fait que les ligues majeures de baseball aient mis certaines restrictions sur les bâtons en érable aurait stimulé les ventes d’entreprises qui misent sur d’autres essences comme B45. «Les jeunes joueurs qui n’ont pas joué dans les majeures avant 2011 n’ont pas accès à la clause grand-père qui permet encore aux plus âgés d’utiliser jusqu’à la fin de leur carrière des bâtons d’érable de basse densité, réputés pour briser plus facilement, alors ils n’ont pas le choix de se tourner vers d’autres essences», indique Marc-Antoine Gariépy.

Clientèle

Ces restrictions ont atteint leur objectif puisque l’on compte de moins en moins de bâtons brisés dans la plus puissante organisation de baseball au monde. La popularité du bouleau jaune n’est pas étrangère à cette statistique et B45, qui compte près de 25 clients réguliers dans les ligues majeures et entre 300 et 400 clients dans les ligues mineures, profite de cet attrait.

«Parmi ses caractéristiques intéressantes, le bouleau jaune a une meilleure durabilité. Ce n’est cependant pas le facteur numéro un pour les joueurs des majeures, qui ne paient pas leurs bâtons. C’est au niveau de la performance que ça devient intéressant : plus tu frappes avec un bâton de bouleau jaune, plus il va devenir solide, une dureté qui va s’apparenter à celle de l’érable», indique M. Gariépy.

Parmi les joueurs des majeures qui ont adopté B45, on compte bien sûr Carlos Gonzalez, le receveur des Angels d’Anaheim Jonathan Lucroy, qui frappe avec les bâtons fabriqués à Québec depuis 2010, Eduardo Escobar des Diamondbacks de l’Arizona, Ender Inciarte des Braves d’Atlanta et Mallex Smith des Mariners de Seattle. 

Au total, ce sont 75 joueurs ayant disputé au moins un match dans les majeures qui ont commandé des B45, notamment Robinson Cano, Chris Davis et Manny Machado. Même Ronald Acuña Jr., recrue de l’année dans la Ligue nationale, en a commandé quelques-uns puisque son contrat avec la compagnie Louisville lui permet d’utiliser aussi d’autres bâtons.

Pleins feux

Philippe Dore: de Charlesbourg aux plus hautes sphères du tennis

Il était bon au tennis. Très bon, même. Dans les parcs de Charlesbourg, puis au club Avantage. Encore meilleur à l’université. Mais ce n’est pas son talent avec la balle jaune qui l’a propulsé jusqu’aux plus hautes sphères du tennis. Plutôt sa facilité à jouer avec les chiffres. Rencontrez Philippe Dore, le patron du marketing au tournoi d’Indian Wells, plus gros tournoi de tennis au monde qui n’est pas un Grand Chelem. Et qui se déroule présentement jusqu’à dimanche prochain.

«Non, je n’ai pas enlevé l’accent aigu à cause de mes années passées aux États-Unis! C’est bel et bien Dore, pas Doré. Le chanteur Georges Dor [de son vrai nom Georges-Henri Dore] était le cousin de mon père», établit-il d’entrée de jeu.

Le Soleil l’a joint dans ce lieu mythique du sud de la Californie, à égale distance de Los Angleles et de San Diego. «Paradis du tennis» autoproclamé, l’Indian Wells Tennis Garden est la propriété du milliardaire Larry Ellison, fondateur d’Oracle. Dore y est directeur du marketing et des contenus numériques depuis deux ans.

Au bout des ondes cellulaires, l’accent est perceptible sur certains mots plus que d’autres. Il s’efforce de traduire les termes techniques avec lesquels il jongle à longueur de journée, comme digital rights et mobile apps.

Normal : le gars vit au pays de Pete Sampras et des sœurs Williams depuis près de 25 ans. Et il n’a que 47 ans!

Se sauver d’Ottawa

Ses parents jouaient au badminton. Son père, Jean-Marc, a été le premier président de la Fédération québécoise de badminton. Son frère, Martin, a excellé au baseball, s’alignant dans le junior élite avec les Alouettes de Charlesbourg.

Philippe a aussi pratiqué le hockey l’hiver et le baseball l’été, «comme tous les enfants». Mais c’est sur un court de tennis qu’il se sentait le mieux et obtenait le plus de succès. 

Après avoir fait ses classes sur le circuit junior québécois, il part en 1991 pour réaliser son rêve américain. Jouer dans la NCAA. L’Université de North Florida lui offre une bourse d’études pour jouer au tennis avec les Ospreys (balbuzards).

Deux autres joueurs de Québec étaient passés avant lui, Louis Lamontagne à la fin des années 1980 et Sébastien Drapeau, l’année avant Dore.

Pas facile, au début. Son anglais était loin d’être à point. Il a même dû prendre des cours de mise à niveau au community college, tout en comblant son horaire universitaire de cours de maths et de stats afin de demeurer admissible pour le tennis. Mais l’immersion a fait son œuvre; il n’est jamais reparti.

Sauf un an, où il est rentré au Canada travailler pour le gouvernement fédéral. «Quand j’ai obtenu mon diplôme, je regardais pour des jobs un peu partout, mais je ne pensais pas vivre en Floride ou aux États-Unis. Mais la fonction publique, ce n’était pas pour moi! Alors au bout d’un an à Ottawa, un de mes contacts m’a dit que l’ATP cherchait quelqu’un et j’ai sauté sur l’occasion», raconte Dore.

NASCAR et... dauphin

L’Association of Tennis Professionals (ATP), le circuit mondial masculin, a ses bureaux à Ponte Vedra Beach, tout près de Jacksonville et de l’Université de North Florida. Qui l’a admis à son Temple de la renommée sportive, en 2015.

Dore revenait donc chez lui, son nouveau chez lui, et pouvait enfin unir sa formation de statisticien et son sport de prédilection. Le Québécois devenait responsable de tout ce qui touchait aux classements, statistiques et bases de données à l’ATP.

Il s’est ensuite fait un nom en implantant la mise en ligne en direct des résultats et des statistiques des matchs de tous les tournois de tennis professionnels au monde, avec la WTA des femmes et même l’ITF.

C’était il y a une quinzaine d’années, une révolution dans le domaine. Quoiqu’amélioré, le logiciel qu’il a mis sur pied est encore utilisé.

L’ATP en a fait le chef de son département technologique, de 2010 à 2012, pour lancer ATPtour.com, les sites web des tournois et des applications mobiles.

Des réalisations qui ont impressionné la concurrence. Le géant américain de la course de stock-car NASCAR a ainsi arraché Dore au tennis pour l’installer à son siège social de Daytona, un peu plus au sud. Aux commandes d’une grosse équipe pour le lancement du nouveau site web.

De là, il a poussé encore plus au sud de la Floride, à l’Aquarium de Clearwater. Dépassée par la popularité phénoménale de son dauphin Winter, vedette du film Histoire de Dauphin (A Dolphin Tale, 2011), la direction de l’endroit a fait appel à Dore pour gérer cette expansion soudaine sur les réseaux sociaux et les ventes de produits dérivés en ligne.

Pleins feux

Une amitié au-delà du basket

Le match de samedi (18h) contre Concordia sera leur tout dernier sur le court de basketball de l’Amphithéâtre Desjardins-UL, mais aussi, peut-être le plus savoureux de leur brillante carrière avec le Rouge et Or de l’Université Laval. Coéquipières depuis l’école primaire, colocataires au cégep et à l’université, amies à tout jamais, l’ailière Jane Gagné et l’arrière Claudia Émond s’apprêtent à tourner la page sur une partie importante de leur vie. Mais avant de partir, les deux joueuses de Chicoutimi veulent aller chercher ce fameux titre provincial qui manque tant à leur palmarès. Conversation sur le sofa!

«Est-ce qu’on le dit?» demande Jane à Claudia, d’entrée de jeu.

«On s’est séparées un an dans notre belle histoire. Jane a été recrutée en octobre par les Dynamiques de Sainte-Foy, et moi, je l’avais été un peu plus tard, en mai, sauf que j’ai refusé d’y aller. Je suis restée une saison de plus au Saguenay, où j’ai pris confiance. Le coach est revenu me chercher après, et là, j’ai dit oui», explique Claudia sur son arrivée à Québec.

Qu’importe ce petit intermède, leur histoire sort effectivement de l’ordinaire, d’où cet entretien ayant récemment eu lieu au PEPS dans le petit bureau des entraîneurs, le jour de l’anniversaire de Jane. Leur parcours se déroule en parallèle depuis la sixième année à l’école primaire, où elles faisaient partie du Club de basketball de Chicoutimi, qui réunissait l’élite des différentes écoles de la région.

Elles fréquenteront le programme sport-études de basketball de l’école secondaire l’Odyssée Lafontaine / Dominique-Racine, se joindront aux Dynamiques du Cégep Sainte-Foy, et finalement, feront le saut avec le Rouge et Or.

«C’est Jane qui m’a négocié une bourse d’études à l’Université Laval avec Linda [Marquis] parce que si je n’en avais pas eu, je n’aurais probablement pas poursuivi au niveau universitaire», rappelle Claudia.

Jane sourit. «Moi et mes souvenirs...» dit-elle, aussi émerveillée par la mémoire de son amie que sa vision du jeu.

Les deux ont toujours été des joueuses de qualité supérieure. Claudia par son contrôle du ballon et ses fameux lancers au buzzer, Jane par sa présence au filet.

«Elle m’a toujours impressionnée, je suis sa fan numéro un», admet Jane.

«Wô! c’était ma phrase! Elle est la meilleure fille avec qui j’ai joué. Si j’ai le ballon lorsqu’on tire de l’arrière ou quand c’est l’égalité, il doit aller dans les mains de Jane sur le terrain, c’est la fille que je trouve le plus facilement, on se connaît par cœur», intervient Claudia.

Leur complicité dépasse cependant les lignes du terrain, et ce, même si la troisième année du secondaire fut la seule où elles ont été dans les mêmes classes. Cela n’a pas empêché leur amitié de se développer.

«Ça s’est fait avec le temps. Au début, j’avais peur d’elle», rigole Jane.

«J’étais intimidante, mais pas tant que ça, quand même», réplique Claudia en riant.

Il n’y a jamais eu de chicane entre les deux, sauf une fois. «J’avais oublié de laisser le lait dans le frigo lorsqu’on était colocs... Ah oui, je m’arrangeais aussi pour ne pas déjeuner avec Claudia, elle n’était pas parlable, le matin», enchaîne Jane avec le sourire.

«Nos défauts, on les connaît, on les évite. Jane avait son cercle social à Québec parce qu’elle est arrivée à Sainte-Foy avant moi. Je me suis greffée à celui-ci. Si j’avais eu à faire cela toute seule, je ne serais pas partie de chez moi. Je l’affirme, notre amitié a changé ma vie», admet Claudia, plus émotive.

Cette amitié se prolongera au-delà du basketball. «Elle va être la marraine de mon premier enfant», lui confie Jane.

L’appartement de Sainte-Foy, où elles ont habité pendant cinq ans, compte aussi son lot de souvenirs. Les partys, c’est là qu’ils avaient lieu. La gang de basket s’y retrouvait souvent, bien que tout ne tournait pas seulement autour de ce sport.

Le père de Claudia ayant aussi déjà coaché sa fille et Jane, en première et quatrième secondaire, les deux familles ont aussi tissé des liens serrés.

«À Noël, ma mère me dit : “Appelle donc Claudia, dis à ses parents qu’ils viennent aussi.” Elle me dit toujours : “C’est donc ben beau, votre amitié”», raconte Jane, la plus grande des deux.

«Une fois que mes parents se sont informés de moi, ils prennent des nouvelles de Jane, c’est comme leur troisième fille. Même chose pour la famille de Jane. Quand on a perdu, l’an passé, sa mère m’a serré dans ses bras en me disant qu’on avait plus que des victoires, on avait une belle amitié. Et ça m’a fait du bien. J’étais triste, à ce moment-là, et aujourd’hui, c’est de ça que je me souviens», rappelle Claudia.

«À Chicoutimi, tout le monde s’aime», disent-elles en chœur, en découvrant que la cousine de l’auteur de ces lignes avait été leur prof d’éducation physique à l’école secondaire.

Le basketball leur a permis de vivre des expériences culturelles et touristiques. Elles ont fait le tour du Canada, ont participé aux Jeux de la Francophonie, en Côte d’Ivoire. Jane a aussi joué en France. L’équipe nationale a déjà cogné à sa porte, mais elle avait refusé l’invitation.

«Je connais des filles qui ont fait l’équipe nationale, je considère Jane comme étant meilleure que certaines qui l’ont fait. Jane est humble, elle ne s’en vantera pas, mais elle a été recrue de l’année [2015] et joueuse par excellence [2017]. Moi, sans avoir le rôle que j’ai maintenant, je touchais au terrain à ma première année», dira Claudia, rouage important en 2019.

Si le Rouge et Or se qualifie pour le 8 Ultime d’U Sports, il s’agirait de leur troisième présence au Championnat canadien en cinq ans. La clique dirigée par Guillaume Giroux a obtenu l’argent en 2017. Bientôt, le marché du travail les attend, Jane en chimie, Claudia dans le sport.

«Au secondaire, on disait toujours qu’on avait le dream team chaque année. On a été premières toute la saison, on y va le tout pour le tout, c’est notre dernière chance. Ça va bien finir», dit Jane avec l’approbation de Claudia.

On n’en doute pas!

Pleins feux

Gilles Gilbert: le masque d'un «Big Bad Bruins»

Pendant la majeure partie des années 70, il a été le gardien no 1 des Bruins de Boston. En marge du 60e Tournoi international de hockey pee-wee de Québec et à quelques semaines de son 70e anniversaire, Gilles Gilbert revient sur sa carrière. Visite derrière le masque d’un «Big Bad Bruins».

En 1961, lors de la deuxième année du tournoi, le natif du quartier Limoilou s’alignait avec les As de l’OTJ de Québec. Il est d’ailleurs le premier cerbère québécois à avoir participé au tournoi pour ensuite atteindre la LNH.

«Personne ne peut oublier sa participation au Tournoi pee-wee. Déjà, à cette époque, l’aréna était rempli au bouchon. On jouait contre Toronto Dileo en finale, ils avaient marqué trois buts en 1:19 en début de match, et je me disais qu’on allait en manger toute une... Finalement, on avait perdu 3-1 et j’avais reçu 68 lancers contre 1», rappelait-il, récemment, lors d’un entretien au PEPS dans le cadre d’un tournoi de Canadian Hockey Enterprises, qui l’emploie depuis plus de 30 ans pour faire des relations publiques.

Le hockey d’hier était quelque peu différent de celui d’aujourd’hui. À preuve, Gilbert n’aura joué que deux fins de semaine au niveau pee-wee, participant ensuite à des tournois dans le bantam. À 13 ans, il a même pratiqué avec les As de Québec, de la Ligue américaine.

Son père avait réussi à convaincre l’entraîneur-chef Bernard «Boom Boom» Geoffrion de le laisser s’entraîner avec l’équipe, notamment lorsqu’il manquait un gardien.

«Boom Boom avait dit qu’il n’avait pas le budget pour m’assurer. Mon père s’était porté responsable de moi, au cas où. Sur le premier lancer que j’ai reçu, je pensais avoir la cheville cassée, mais je ne suis pas tombé. Si je l’avais fait, je n’aurais pas pratiqué longtemps...»

Gilbert s’est tenu debout, comme il l’a fait tout au long de son parcours dans le hockey. D’abord par son style, mais aussi par principe.

Son père lui a montré à garder les buts en jouant dans la rue avec lui, son frère Ronald et leur mère. Il prétend toujours que son frère aurait dû jouer dans la LNH. Mais cet exploit, c’est plutôt Gilles qui l’a accompli.

«J’ai joué sept ans dans le junior», dira celui qui a évolué brièvement avec les As, mais aussi avec les Reds de Trois-Rivières et les Knights de London.

«Moi, je voulais jouer pour les Malboros de Toronto. Je me disais que si j’avais une bonne saison en Ontario, mes chances d’être repêché dans la LNH seraient plus grandes. Finalement, j’avais eu un essai de cinq matchs à London, et je suis devenu leur no 1.»

Seul francophone de l’équipe, il y vivra la pire saison de sa carrière. Personne ne lui parlait.

«J’avais la moitié de l’autobus pour moi : quand j’y entrais, les gars changeaient de place. Quand j’entrais dans la douche, ils sortaient. Quand on revenait d’un voyage, la seule façon de retourner à ma pension, c’était d’aider le préposé à l’équipement jusqu’à 3h du matin pour qu’il me ramène ensuite pendant que les autres gars qui restaient au même endroit que moi dormaient déjà depuis longtemps. C’était toujours comme ça.»

«Je rentre à la maison»

Épuisé par l’isolement, il contacte Air Canada afin d’acheter un billet pour rentrer à Québec. «La fille m’a dit : c’est 85$. Je gagnais 6$ par semaine. J’ai appelé mon père pour qu’il m’envoie le montant, mais il n’a pas voulu. Il m’a dit : “Je n’ai jamais été un lâcheux, tu n’en seras pas un non plus.” Aux Fêtes, j’avais amené mes valises pour un match contre les Canadiens Jr, parce que j’en avais assez. Mon père m’avait dit : “Où tu vas avec ça?” “Je rentre chez nous.” Il m’avait encore dit non. Par chance qu’il n’a pas accepté, parce que je n’aurais jamais joué dans la LNH.»

Au repêchage de la LNH de 1969, les North Stars du Minnesota le réclament en début de troisième ronde (25e). La LNH comptait alors 12 équipes. La même année, Réjean Houle et Marc Tardif avaient été les deux premiers choix par le Canadien.

Les vétérans gardiens Gump Worsley et Cesare Maniago n’aimaient guère voir ce jeune s’inviter dans un ménage à trois. Worsley, qui était son partenaire de voyage, apprendra alors qu’il avait déjà refusé de signer son autographe au jeune Gilles Gilbert qui l’avait croisé à une pratique des As...

Après une première saison d’une vingtaine de matchs, on le retourne dans la Ligue américaine. On le rappelle l’année suivante, jusqu’à ce que son flirt avec l’Association mondiale provoque son échange aux Bruins de Boston.

«Les North Stars ne voulaient pas que je parle avec les Fighting Saints, mais moi, c’était avec les Sharks de Los Angeles que je négociais. Le jour de la conférence de presse, à Los Angeles, on apprend que Gerry Cheevers et Eddie Johnston quittaient les Bruins pour l’AMH. Mon agent a appelé le dg des North Stars pour lui proposer de m’échanger aux Bruins, ce qu’il a fait. En débarquant à Boston, j’ai pris le taxi et le chauffeur n’arrêtait pas de planter le nouveau gardien des Bruins sans savoir que c’était moi. Ça commençait bien...»

Bobby et les autres...

Il signera deux saisons de plus de 30 victoires en sept ans avec les Bruins. Ses coéquipiers se nomment alors Bobby Orr, Phil Esposito, Ken Hodge, Terry O’Reilly, Wayne Cashman, André Savard, et plus tard, Mike Milbury, qu’il retrouvera avec les Islanders de New York en qualité de dépisteur professionnel et entraîneur des gardiens.

«Je parlais beaucoup, je faisais rire Bobby [Orr]. J’avais dit aux gars que je me foutais de mes statistiques, que tout ce qui comptait pour moi, c’était qu’on gagne.»

À sa première saison à Boston, en 1972-1973, les Bruins s’inclinent en six matchs en finale contre les Flyers de Philadelphie. Le dernier match se termine 1-0. Il sera invité au Match des étoiles.

En 1980, il sera échangé aux Red Wings de Detroit. Il ne veut pas y aller. Sa femme Diane le convaincra. «Bobby Orr a été échangé, accepte-le, vas-y», lui dit-elle.

À Detroit, il sera hanté par une forme d’eczéma qui l’empêchera même de dormir la nuit. «Je recevais 50 lancers par match, je pensais être allergique au caoutchouc, mais c’était plutôt à l’ammoniaque», dit-il en riant.

Il bouclera son association dans la LNH comme dépisteur professionnel et instructeur des gardiens des Islanders. Son ancien coéquipie Mike Milbury, qui vient d’être nommé entraîneur-chef des Islanders, lui demandera «qu’est-ce que tu fais ici?», en voyant Gilbert dans son bureau. «Je suis ton coach des goalers», lui répondra l’ex-gardien, sachant bien que l’aventure tirait alors à sa fin.

Mais le hockey fera toujours partie de sa vie!

Pleins feux

Curling: Jen, Rachel et nous

Dans une semaine, quatre curleuses d’âge junior de Québec se mesureront à l’élite canadienne, même mondiale. Gabrielle Lavoie, Patricia Boudreault, Anna Munroe et Julie Daigle représentent le Québec au Tournoi des Cœurs Scotties, réputé championnat canadien auquel participent les icônes Jennifer Jones et Rachel Homan. Rencontrez quatre filles surprises d’être rendues si loin, si vite.

«Il y a certaines games qu’on ne va sûrement pas gagner. Mettons, contre la fille qui a gagné la médaille d’or aux Jeux olympiques, peut-être qu’on ne va pas la battre. Mais il y en a d’autres qu’on est capables de battre et on espère avoir des victoires», lance Boudreault, sous l’assentiment de ses trois coéquipières attablées au club de curling Victoria de Sainte-Foy, après l’entraînement du dimanche matin.

Lançant chaque bout la troisième pierre de son équipe, Boudreault aura 20 ans et demi lors de leur premier match, samedi prochain, contre l’équipe du Nunavut. À peine plus jeune que la skip Lavoie. La deuxième Munroe deviendrait quant à elle la plus jeune de l’histoire à prendre part au tableau principal des Scotties, à 17 ans, cinq mois et six jours. Moyenne d’âge de l’équipe : 19,6 ans.

Sur les glaces du Centre 200 de Sydney, pour cette première présentation du championnat canadien féminin en Nouvelle-Écosse depuis 1992, elles retrouveront plusieurs modèles, même certaines des idoles. Joueuses bardées de récompenses et d’expérience.

Championne olympique de 2014, Jones (Winnipeg), 44 ans, est championne du monde en titre et a gagné le canadien six fois. Homan (Ottawa), 29 ans, a aussi été championne du monde, a participé aux JO en 2018 et a remporté les Scotties à trois reprises.

Équipe Lavoie a justement rendez-vous avec équipe Homan le lundi 18, en après-midi, pour le quatrième de leurs sept matchs préliminaires dans le groupe A. Quant à un duel contre Jones, ça n’irait qu’en deuxième ronde, le jeudi 21 ou le vendredi 22.

«Hot de les voir en vrai»

Avec Chelsea Carey (Calgary), elles côtoieront les championnes canadiennes des trois dernières années. Sept des 17 équipes en lice pointent au top 15 mondial et peuvent ainsi être considérées comme des professionnelles du curling.

Nos Québécoises, elles, étudient au cégep ou à l’université. Elles apporteront d’ailleurs devoirs et leçons dans leurs bagages pour ne pas accuser trop de retard en classe, au retour.

«Nos adversaires vont toutes être bonnes, mais nous aussi», insiste la capitaine Lavoie. Si les quatre n’arrivent pas à dégager un consensus entre Jones et Homan comme favorite commune, Daigle résume bien la situation.

«Ça fait longtemps qu’on regarde le curling à la télé et ç’a toujours été loin pour nous. Et là, on va y aller, on va être là! Je n’ai pas vraiment d’idole, mais ça va être hot juste de les voir en vrai», dit la première du quatuor.

Elles admettent d’emblée qu’une participation au championnat canadien femmes n’apparaissait pas sur leur liste d’objectifs en début de saison. La cible prioritaire s’avérait le championnat canadien junior. Mais elles ont perdu en demi-finale québécoise junior, contre l’équipe d’Émilia Gagné.

Cette même Gagné qu’elles ont battue deux semaines plus tard en finale provinciale femmes. L’an dernier, Gagné avait été la plus jeune skip dans l’histoire des Scotties. C’est donc la deuxième année que le Québec est représenté sur la plus grande scène nationale du curling féminin par une équipe de joueuses de 21 ans et moins.

La championne provinciale junior, Laurie St-Georges, n’était quant à elle pas des qualifications pour les Scotties, qui ont lieu en même temps que le canadien junior.

Habituée d’être négligées

Le quatuor Lavoie arrivera à Sydney classé 13e sur les 16 formations au tableau principal — deux équipes se livrent un match-­suicide le vendredi. Mais rien pour les décourager, elles qui avaient été semées cinquièmes et dernières par leurs adversaires au championnat provincial, qu’elles ont gagné.

«Ça nous a motivées!» s’exclame Boudreault. «En tout cas, je ne sais pas pour vous autres les filles, mais moi, j’y croyais dès le début. Quand j’ai vu qu’elles nous classaient dernières, ça m’a fait rire. Je me suis dit : “Attendez de voir!”»

Réunies depuis trois ans, Munroe est la dernière arrivée, Lavoie et ses acolytes ont participé en 2017 au championnat canadien des 18 ans et moins, d’où elles ont rapporté une médaille de bronze.

«Oui, on est plus jeunes et ce sera une super expérience pour nous améliorer. On sait qu’on affrontera un meilleur calibre que ce à quoi on est habituées», établit Lavoie. «Mais on sait aussi qu’on est capables de gagner des matchs.» Daigle ajoute : «Si elles réussissent leurs pierres, tant mieux. Mais nous aussi, on est capables de réussir les nôtres.»

Le but est de gagner au moins quatre matchs de groupe sur sept, afin de d’accéder à la ronde suivante. Cette prouesse vaudrait au père de Munroe une bouteille de bière vidée sur sa tête, le pari est pris.

Quinze ans qu’une équipe québécoise n’a pas atteint la finale du Tournoi des Cœurs. C’était en 2004, sous le capitanat de Marie-France Larouche, celle qui leur servira justement de cinquième ou joueuse réserviste.

Pleins feux

Jade Masson-Wong: sortir de sa cage [VIDÉO]

Quand elle entre dans la cage pour se battre, l’athlète en arts martiaux mixtes Jade Masson-Wong se sent plus libre que jamais. Loin des lieux hantés que la drogue lui a fait visiter, comme en témoignent ses nombreux tatouages qui, à l’instar des chemins de sa vie, sont tout sauf des lignes droites. Portrait d’une combattante survivante.

Neuf ans. Son premier joint. Quatrième année. Elle suivait ses deux grandes sœurs. La drogue deviendra un problème pour les trois, beaucoup moins pour leur jeune frère. De son propre aveu, Jade a été «la pire».

Le 8 février, Masson-Wong livrera au Centre Vidéotron de Québec le premier combat de championnat féminin professionnel d’arts martiaux mixtes présenté au Québec. Elle affronte l’Allemande Mandy Böhm. La Québécoise de 26 ans n’a que trois combats professionnels à son actif, trois victoires. Mais son parcours de vie l’a menée dans des endroits beaucoup plus casse-gueule.

Centre jeunesse, tribunal, milieu criminel, maison de désintoxication, bars de danseuses nues, l’adolescente de Sainte-Foy a passé beaucoup de temps dans des lieux où aucun parent ne souhaiterait voir son enfant. En plus de souvent changer d’école.

«J’ai fait trois thérapies avant l’âge de 18 ans. Quand j’étais au Grand Chemin, un centre Jean Lapointe, ils m’ont mis dehors après deux semaines. J’avais des idées suicidaires, j’avais apporté du gaz pour mettre le feu là-bas... J’étais dans un autre monde. La drogue, je vivais pour ça. Je m’en foutais que ça me tue», raconte-t-elle au Soleil, en toute simplicité, attablée dans un Tim Hortons de Charlesbourg, où elle habite maintenant.

Ses parents se sont séparés quand elle avait huit ans. À court de solutions, sa mère a fini par la placer en centre d’accueil à 13 ans en lui disant : «Sans thérapie, tu restes ici jusqu’à tes 18 ans.»

Désintox plein air

Elle fera des allers-retours entre le centre d’accueil, la maison et la désintox. Souvent contre son gré ou pour adoucir la peine imposée par un juge en Chambre de la jeunesse. Les fugues de quelques jours feront partie de ses déplacements. «Mon père et ma mère m’ont couru après, avec la police», laisse-t-elle tomber, pas fière de son passé, mais ouverte à en parler.

Masson-Wong se rappelle une désintox à Lanoraie, dans Lanaudière, aux Pavillons du Nouveau Point de vue. Thérapie par le plein air. «Ça, c’était hot!» sourit-elle. À la blague, elle dit avoir tellement aimé l’expérience qu’elle y est retournée deux fois, à 14 et à 17 ans. Une fois l’été et une fois l’hiver.

«Quatre jours par semaine, on partait en autobus de 9h à 4h pour aller faire des activités dans le bois. J’aimais ça, j’ai toujours aimé le sport. L’hiver, on faisait du ski de fond et de la randonnée en forêt; l’été, du canot, de la descente en rappel. C’était vraiment cool. On était sur des falaises de 40 mètres, il y en a qui avaient la chienne. Mais moi, je n’avais pas peur! Je me mettais la tête à l’envers, me balançais d’une paroi à l’autre...»

C’est ça, le problème. Elle n’a jamais eu peur de rien. Ni de personne. Même aujourd’hui, quand elle pénètre dans le ring octogonal grillagé, elle n’a pas peur. Consciente des risques? Certes. Nerveuse? Toujours un peu. «Mais ce n’est pas de la peur», assure-t-elle.

Accro au GHB

Jamais eu peur non plus de mélanger alcool et plusieurs drogues en même temps. Ni de fréquenter des gens peu recommandables. Comme le fils d’un Hells Angels ou un autre chum qui est aujourd’hui en cavale en Amérique du Sud.

«La drogue qui m’a le plus accrochée, ç’a été le GHB, à 17 ans», explique-t-elle, à propos de ce que l’on connaît aussi sous le nom de drogue du viol. «Je suis sorti avec un gars qui en fabriquait avec un chimiste, alors ça ne me coûtait rien. Et lui se tenait toujours avec des danseuses et des escortes, je finissais par trouver ça banal», poursuit celle qui n’a toutefois pas basculé dans ces «façons faciles de faire de l’argent».

«J’allais au Cégep Limoilou et j’avais toujours ma petite bouteille de jus [GHB]. Je me faisais des bouchons dans les cours. Ça ressemble à l’effet de l’alcool, mais sans l’effet down. Sauf qu’une goutte de trop peut te faire tomber inconsciente et quand tu te réveilles, c’est comme si tu avais juste cligné des yeux. Tu ne te souviens de rien.»

À 17 ans. Six mois sur le GHB. C’est cette année-là qu’elle s’est battue contre deux danseuses, dans un bar, l’une lui fendant la lèvre supérieure d’un coup de poing dont elle garde encore une légère cicatrice. Masson-Wong sera reconnue coupable de voies de fait. Année aussi de sa dernière entrée en maison de thérapie.

Fête de Mères

Le véritable déclic n’est pourtant venu que quelques années plus tard. «Tu ne peux pas aider quelqu’un qui ne veut pas s’en sortir. Moi, je me suis réveillée toute seule. J’avais 20 ans, c’était la fête de Mères. Je me suis réveillée à six heures du soir chez des amis, avec qui on avait veillé deux fois en trois jours. On avait fait plein de coke, on était vraiment maganés.

«Je me suis dit que ça ne me tentait plus. À partir de là, je n’ai rien pris pendant six mois. Même pas une goutte d’alcool. Ensuite, j’ai fait des tests, refait des rechutes, mais j’avais les outils des thérapies pour m’aider», affirme celle qui a assisté aux réunions des Narcotiques anonymes durant quelques années et qui compte sur un entourage alerte à ses anciennes envies.

Son amoureux Marc-André Barriault au premier rang. Elle lui a tout raconté, mais il n’a pas connu l’ancienne Jade. Il est aussi combattant en arts martiaux mixtes.

«Quand Marc a gagné sa première ceinture, en décembre 2017, je regardais mon fil Facebook et j’ai vu que le monde avec qui je me tenais avant faisait un party pour célébrer le départ d’un de nos amis qui était mort d’une overdose. Pendant ce temps-là, moi, j’étais dans un party pour célébrer la victoire de Marc-André. Je me suis dit : “J’ai vraiment fait le bon choix”», raconte-t-elle.

Plus forte que toi

Des tatouages, elle en a presque partout. Dans l’oreille et à l’avant du cou. «Stronger than you», lit-on sous son menton. Plus forte que toi. Pas plus forte que l’armée, qui l’a refusée à cause de cette inscription trop visible.

Tant pis, elle travaille dans le perçage corporel. A aussi suivi une session en soins infirmiers, deux années de techniques ambulancières et obtenu son diplôme de peintre en bâtiment, en 2017.

Dans sa tête, rien ne pouvait l’arrêter. À l’époque, ni les interdictions de sa mère, qu’elle a frappée à coups de poing au visage, ni les dangers d’une surdose.

C’est encore le cas aujourd’hui, mais de façon positive. «J’ai toujours aimé les émotions fortes, j’ai besoin de défis! J’ai transféré mes énergies dans l’entraînement et le sport. La seule manière de t’en sortir, c’est de trouver quelque chose d’autre à quoi t’accrocher, une passion», conclut Masson-Wong, comme un semblant de conseil à qui voudrait bien le recevoir.