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Pleins feux

Nicolas Knap: le marathonien des eaux

Le nageur Nicolas Knap s’offre la traverséedu détroit de Gibraltar.

«Il faut se trouver une occupation, sinon, le temps va être long», dit-il, comme si son loisir était dans la normalité des choses. Après avoir vécu sa longue traversée du désert sur le plan sportif, Nicolas Knap a repris goût à l’entraînement, il y a trois ans, pour s’offrir un autre genre de traversée : celle du détroit de Gibraltar à la nage.

Déjà surnommé le marathonien des eaux, le nageur à la double nationalité française et canadienne relèvera un défi à la fois sportif et humain, en juin, en cherchant à devenir le premier Québécois à franchir la distance de 15 km qui sépare le rocher de Gilbraltar au sud de l’Espagne, en Europe, et les côtes marocaines, en Afrique.

«Ça fait trois ans que je travaille là-dessus, autant au niveau de la préparation physique et mentale que sur le plan de la logistique. J’ai à la fois hâte et un peu peur en même temps, car mon adversaire sera Dame Nature», dit-il avant une séance d’entraînement de natation dans l’eau calme du PEPS de l’Université Laval.

Ce qui l’attend, c’est un combat contre les courants et animaux marins dans ce qui est l’unique passage entre l’Océan Atlantique et la mer Méditerranée. Le nageur réalisera sa traversée en solitaire, sans combinaison ni propulsion. Un maillot, des lunettes, un bonnet de bain, voilà tout ce qu’il portera face à des rivaux en forme de méduses et de porte-conteneurs, et au pire, de requis… Un bateau l’accompagnera, mais il ne pourra s’en rapprocher à plus de trois mètres. Son ravitaillement consistera à du liquide dans une bouteille qu’on lui donnera via une perche.

«Un bon nageur va faire 15 km en 3h15 sur le plat, en piscine. Si on tombe sur un courant favorable, on peut être surpris de la vitesse que l’on peut atteindre. Le contraire est aussi vrai, ça peut aussi te ralentir. Ça ressemble à la roulette russe, ça peut bien aller, et soudainement, tout virer à l’envers», explique le sportif de 46 ans qui vise d’atteindre la côte en 3h30.

Nicolas Knap est né en banlieue de Paris. Membre de différents clubs de natation français, il a découvert les courses de longue distance à l’invitation d’un entraîneur. Il a fait partie de l’équipe de France de natation en eau libre de 1996 à 2002, date de sa retraite après six ans comme nageur professionnel au sein de l’IMSA (association internationale de marathons de natation et il a participé à plusieurs coupes d’Europe et du monde ainsi qu’au Championnat mondial de 1998.

Et après une pause de 14 ans, ce célibataire sans enfant s’est remis à l’entraînement. «Je ne foutais rien de ma vie, j’avais arrêté le sport, je commençais à m’emmerder et je me décomposais sur le plan physique, si l’on peut dire. Je me suis dit nager, c’est ce que je sais faire, c’est ce que j’aime», raconte-t-il en riant.

En 2016, il a déposé une première demande pour traverser le détroit de Gibraltar, puisqu’une permission officielle est nécessaire. Il n’y avait pas de place pour 2017, et en 2018, on lui offrait d’être sur la liste d’attente. Finalement, le feu vert de la part de l’Association Cruce a Nado del Estrecho de Gibraltar est venu pour juin 2019. Sa fenêtre de 10 jours pour réussir son exploit s’ouvre du 7 au 16 juin, on l’avisera à 24h d’avis du moment du départ. L’expédition lui coûte un peu plus de 5000 $ en frais d’inscription, location de bateau, hébergement/nourriture, voyagement et frais paramédicaux. Pour l’heure, celui qui travaille en réadaptation professionnelle ne compte pas de partenaire, ni commanditaire. Il fait tout en solitaire, même ses relations publiques.

«Des copains à moi ont fait la traversée du détroit de Gibraltar, je me suis dit que si ces mecs pouvaient le faire, je pouvais aussi le faire. Ce n’est pas une course comme telle, il n’y a rien à gagner à part la victoire personnelle et la fierté de le partager. Il s’agit en même temps d’une étape obligatoire dans mon parcours pour voir si je peux faire d’autres courses plus longues.»

Distance plus courte

Il aurait pu imiter le regretté nageur québécois Jacques Amyot et autres aventuriers et traverser la Manche, entre la France et l’Angleterre. M. Amyot est passé à l’histoire en 1956 et a toujours été reconnu comme un monument du sport à Québec. Knap a choisi une distance plus courte, à la mesure de son entraînement qui consiste depuis des mois à 30 km de natation par semaine, de la course, du vélo stationnaire, etc.

«Ça fait longtemps que j’avais le goût de faire une traversée en solitaire. Pourquoi celle du détroit de Gibraltar? Parce que la distance n’est pas trop longue, c’est en Europe, et pour une première, c’est mieux que la Manche, du moins pour moi. Il y a aussi un petit aspect mythique à tout cela», reconnaît celui qui, bien que déçu du premier refus en 2016, constate aujourd’hui que les trois dernières années auront été bénéfiques dans sa préparation.

Selon ses recherches, trois nageurs canadiens ont traversé le détroit de Gibraltar, soit un homme et deux femmes. Le temps le plus rapide appartient d’ailleurs à une dame. «Trois heures et 15 minutes, c’est très rapide. Je ne sais pas si je vais faire aussi vite, mais je vais au moins rééquilibrer les choses au niveau de la parité hommes/femmes», dit en riant celui qui s’envole le 3 juin pour la phase finale de son projet.

Pleins feux

Samuel Gagnon: la danse du combattant

Il aurait pu devenir danseur de ballet, mais c’est plutôt la danse du combattant que pratique Samuel Gagnon depuis 30 ans. Champion canadien de karaté depuis 20 ans, l’athlète transmet toujours sa passion à d’autres karatékas en tant que senseï et copropriétaire des Studios unis de Val-Bélair en plus d’être aussi devenu l’un des promoteurs du grand tournoi Québec Open auquel il avait lui-même pris part pour la première fois à l’âge de six ans.

«J’ai commencé le karaté à 4 ans. À l’époque, ma mère et ma tante donnaient des cours de ballet et elles voulaient m’y inscrire. Mon père n’était pas d’accord du tout!» raconte Gagnon en riant. Le paternel a donc pensé aux arts martiaux et a inscrit fiston à une école de Beauport où son oncle suivait également des cours. «Un peu plus tard, j’ai transféré à l’école des Studios Unis de Lac Saint-Charles, qui était alors dirigée par Denis Perreault. C’est là que j’ai vraiment eu la piqûre des arts martiaux», poursuit-il.

Le jeune karatéka a progressé rapidement, obtenant sa ceinture noire à l’âge de dix ans et récoltant six titres mondiaux au fil des années. «Je participais à 35 à 40 compétitions par année, j’ai pu voyager partout en Europe et aux États-Unis grâce au karaté, je sais que je suis très privilégié grâce à ce sport», poursuit-il. Son premier championnat canadien, il l’a remporté à l’âge de 14 ans et ne l’a plus jamais perdu depuis. «Je le gagne depuis 20 ans, mais ça reste toujours un défi, car je vieillis! Maintenant, j’ai 34 ans et il y a des jeunes de 18, 19 et 20 ans qui m’affrontent pour le titre. À mon âge, on travaille beaucoup avec l’expérience», poursuit-il.

Précoce dans tous les domaines de son sport, Samuel avait commencé à transmettre son savoir dès l’âge de 12 ans. «J’ai toujours donné des cours de karaté. C’était mon emploi à temps partiel pendant mes études, alors que d’autres travaillaient dans un restaurant ou un dépanneur», se souvient-il.

Cinquième dan

Tout en continuant la compétition à un rythme toutefois un peu moins effréné qu’à l’époque, il a fini au fil des années par devenir propriétaire de sa propre école des Studios unis... avec sa mère Lucie Tremblay qui s’était mise elle aussi au karaté un an après que son fils a préféré les arts martiaux au ballet. Comme Samuel, Lucie Tremblay n’a eu besoin que d’environ trois ans pour aboutir avec une ceinture noire autour de la taille. Elle a même surpassé son fils puisqu’elle a obtenu en 2013 son cinquième dan et le titre de shihan (maître expert) alors que Samuel subira l’examen pour l’obtention de son cinquième dan en fin de semaine prochaine, tout juste après le Québec Open.

«Oui, c’est comme ça, c’est beaucoup de préparation en même temps, c’est une autre étape dans ma progression», indique Gagnon. «C’est que j’ai eu une passe, à 18 et 19 ans, où j’avais arrêté le karaté. Je me cherchais un peu, j’avais décidé d’essayer de travailler dans un autre domaine. Après trois mois, je savais que je voulais revenir, mais avec l’orgueil qu’on peut avoir à cet âge-là, ça a pris un peu plus de temps avant mon retour», ajoute-t-il pour expliquer un peu la période de temps avant d’obtenir son cinquième dan, lui qui avait obtenu son quatrième en 2011.

«Normalement ça peut prendre cinq ou six ans entre les dan, mais dans mon cas ça fait presque dix ans. Il faut dire que j’ai aussi eu quelques blessures qui m’ont ralenti un peu. Rendu au niveau où je suis, il y a certains standards à maintenir, des katas à apprendre, mais il y a aussi une évolution personnelle nécessaire pour avoir un dan. On tient compte du chemin parcouru. Il faut travailler notre matière, mais pour un gars très compétitif par exemple, on en demandera plus», explique le senseï.

Une passion à transmettre

Samuel Gagnon n’a que de bons mots à propos de l’impact des arts martiaux dans sa vie. «Ça m’a donné de la rigueur, de la discipline et ça m’a amené à me dépasser. Avant, c’était d’abord pour performer, mais maintenant, c’est beaucoup pour transmettre à d’autres cette passion-là. Quand j’étais jeune, j’aurais pu prendre un mauvais chemin, la même chose quand j’ai arrêté les arts martiaux à 18-19 ans, mais je me suis toujours raccroché à ça. Aujourd’hui, si je peux contribuer à faire la différence dans la vie d’un jeune, je serai très heureux», poursuit-il.

Les élèves ne manquent pas dans son école, peu importe les cycles de popularité que traversent les arts martiaux. «Nous sommes chanceux de pouvoir profiter de la notoriété acquise par Clermont Poulin, fondateur des Studios unis. Ça nous aide beaucoup et ça fait que nous sommes moins tributaires des modes que d’autres sports, je dirais», conclut celui qui n’a jamais regretté d’avoir tourné le dos au ballet. 

Pleins feux

Famille Langlois: Wimbledon nous revoilà!

Difficile de trouver plus tripeux de tennis à Québec que les Langlois. Après avoir siroté un cocktail dans la loge royale du All England Club en 2013, cette famille du quartier Pointe-Sainte-Foy retourne à Wimbledon dans un mois pour la cérémonie d’inauguration du nouveau toit rétractable érigé sur le court numéro 1. Une quatrième visite pour le paternel. Rencontrez cette tribu aux liens tissés en cordage de raquette.

Pour eux, le tennis, c’est plus qu’un sport. C’est la vie. Leur vie. «C’est une secte, le tennis!» lance en riant France Cantin, la maman et seule des six à ne pas taper de la balle jaune pileuse chaque semaine, sinon chaque jour comme son mari et leurs quatre enfants.

Elle, c’était la natation. La nageuse d’élite a même gagné quelques médailles. Qui ne sont toutefois pas accrochées avec les autres dans le sous-sol-musée de la résidence familiale. Les enfants aussi ont essayé d’autres choses, baseball, basketball et même voile. Mais ici, tout revient au tennis, les individus aussi.

France Cantin et Pierre Langlois se sont rencontrés grâce au tennis, début vingtaine, lors d’un voyage en France. Lui jouait un gros tournoi à Saint-Paul-de-Vence, sur la Côte d’Azur. Elle voyageait en sac à dos avec ses sœurs jumelles. Sauf que les filles se sont tout fait voler et devaient trouver quelqu’un pour les héberger. Ça dure depuis 32 ans.

Philippe, Catherine, Charles et Marc-André ont de 25 à 19 ans. Les trois plus vieux ont pris part cette année à la toute première saison officielle du club de tennis du Rouge et Or de l’Université Laval. Alors que l’aîné Philippe vient de terminer, le benjamin Marc-André devrait y entrer l’hiver prochain.

Renaissance du R et O

Un club dont papa a été l’ardent bâtisseur depuis six ans. «Je me souviens du premier conseil d’administration, ici, dans la cuisine. Après, je suis allé voir les gens de l’Université Laval. Je me disais : on a un c.a. et un peu d’argent, c’est réglé!»

«Mais Gilles Lépine [responsable à l’époque des programmes du Rouge et Or] m’a dit : “Je suis désolé, Pierre, mais ça va être impossible.” Impossible? C’est le genre d’affaires que je n’aime pas. S’il m’avait dit “ça va être difficile” ou “ça va être long”, peut-être. Mais impossible? Non.»

Pour Pierre Langlois, rien n’est impossible si on le veut vraiment. Il n’aurait jamais cru y passer autant de temps et d’effort. Mais quand ce qui s’appelait d’abord Club de tennis de la capitale, puis Club de tennis de l’Université Laval a obtenu le statut de 14e club du Rouge et Or, le sentiment de satisfaction s’est avéré aussi fort que sur un smash gagnant au bris d’égalité.

Lors des derniers championnats québécois de tennis universitaires, début avril, les hommes du Rouge et Or se sont tout juste inclinés en finale face à leurs plus ardents rivaux, les Carabins de Montréal bien sûr, tandis que les femmes se sont arrêtées en demi-finale. Ce n’est que partie remise l’an prochain.

Sauf la toilette

Impossible ne fait pas partie du vocabulaire chez les Langlois-Cantin. Il y a le talent, évident. Philippe le bollé, Catherine la communicatrice, Charles le sportif naturel et Marc-André le futur agent d’athlètes. Mais il y a surtout la persévérance, dans tout ce que tu aimes.

Des contacts et un peu de sous servent de départ, certes. On ne fréquente pas les plus grands tournois au monde, Wimbledon, Roland-Garros, US Open, Indian Wells, Miami et compagnie, sans décaisser.

«La seule différence avec les grands joueurs de ce monde, c’est qu’au lieu de gagner de l’argent, c’est leur père qui doit payer!» lance France, à propos de cette passion partagée par ses rejetons.

Sauf que pour être membre du All England Club, «tu as beau être un Beatle, il y a des conditions très strictes», avance Pierre, qui n’a pas ce privilège non plus.

Mais pendant quelques heures, en 2013, c’était tout comme. «Même John McEnroe, qui a gagné Wimbledon [trois fois], n’est pas admis dans les vestiaires. C’est très réglementé!» 

Les Langlois ont pourtant joué sur tous les terrains, même le central. Lieu mystique pour tout amateur de tennis, presque christique pour Pierre Langlois. «Pour nous, c’est comme aller à Saint-Pierre-de-Rome et que tu demandes d’aller voir l’autel ou la résidence du pape. Tu penses qu’ils vont dire non!» 

Les enfants ont en plus suivi le même parcours qu’un joueur durant la quinzaine de juillet, avant d’aller se désaltérer en famille dans le royal box (avec l’accent svp). «La seule place où on n’est pas allés, c’est la toilette de la reine. Et ça, il paraît que même Kate Middleton n’a pas le droit...» laisse tomber Catherine, sourire en coin.

Djoko et Gaga

Catherine qui a elle-même frayé avec la royauté tennistique... sans le savoir. Partie étudier six mois en Espagne à la fin du cégep, elle y était surtout pour apprendre l’espagnol et jouer au tennis sur la terre battue rouge du club Puente Romano, en bordure de la Méditerranée. L’un des 10 plus beaux clubs au monde, précise Charles — la misère noire, qu’on vous disait.

«J’arrive là et le coach me dit : “Je te présente Marko, avec qui tu pourrais frapper des balles.” J’ai demandé : “Marko qui?” Le gars me répond : “Marko Djokovic.” Mais je ne comprenais pas, alors je redemande son nom de famille au coach. “Djokovic. C’est le frère de Djoko.” Je me suis dit : “Maudite marde! J’ai une affiche de lui dans ma chambre, ça ne marchera pas!” On s’est texté quelques fois par la suite», raconte la jeune femme, quelques années plus tard. Marbella, endroit magique du sud de l’Espagne où débarquaient les migrants illégaux venus du Maroc à un bout de la ville et, à l’autre bout, Lady Gaga dans la maison qu’elle s’était fait construire.

En Espagne, ils ont aussi foulé les courts de l’Académie de Rafael Nadal, tout comme celle de Nick Bollettieri, en Floride.

Parlant des clubs les plus prestigieux au monde, le Longwood Cricket Club de Chestnut Hill, en banlieue de Boston, n’a pas résisté non plus à leur force de persuasion toute québécoise.

Plus vieux club de tennis aux États-Unis fondé en 1877 et lieu de la première Coupe Davis en 1900, le Longwood leur a ouvert ses portes en 2014 grâce à Mats Wilander.

En tournée à Québec les deux années précédentes à l’invitation de Pierre Langlois pour donner des ateliers, l’ancien numéro un mondial et vainqueur de sept tournois du Grand Chelem est devenu un ami de la famille.

«À Longwood, pas le droit d’avoir de téléphone dans le club-house, sauf pour prendre une réservation pour jouer», souligne Philippe. «Tu peux jouer nu-pieds, c’est hot!» ajoute Catherine.

Les vacances familiales se passent où ils peuvent jouer au tennis, souvent dans les endroits les plus renommés de la planète.

Le sport 90 % du temps

Un sport que Pierre Langlois adore depuis plus de 40 ans, grâce à son oncle Robert, qui l’y avait initié à 13 ans. À 18 ans, il a battu Marc Blondeau, vedette des courts à Québec, en route pour se hisser parmi les meilleures raquettes au Québec et dans le top 50 au Canada. Même âge que Martin Laurendeau.

C’est aussi à ce moment qu’il en­trait à l’Université Laval, en 1981, et que le premier club de tennis du Rouge et Or... fermait boutique. Ceci explique cela. L’homme devenu ingénieur et président de son entreprise Econoler a par la suite entretenu la flamme auprès de ses enfants, sans jamais les forcer, assurent-ils.

«On est des amateurs de sports avant tout», insiste Charles. «De tennis en premier, mais 90 % des conversations au souper tournent autour du sport en général. Oui le tennis, mais aussi le basket, le football...»

Les débats ne manquent pas. On dégagerait un consensus familial autour de Roger Federer, mais l’esprit de contradiction de Marc-André le fait pencher pour Nadal. Djoko pour Catherine? Non, 100 % Serena!

Pleins feux

Alex Barré-Boulet: l'éclair de Montmagny brille

La LNH n’en voulait pas. Alex Barré-Boulet a dû dominer le junior, l’an passé à 20 ans, pour arracher un premier contrat professionnel. Et voilà que le petit centre de Montmagny pourrait devenir le premier Québécois nommé recrue de l’année dans la Ligue américaine depuis Daniel Brière, soit en plus de 20 ans, et aussi gagner le championnat des buteurs.

Pas mal pour un attaquant de 5’ 10” et 170 lb jamais repêché. Et sur lequel 30 équipes de la LNH ont levé le nez, malgré une dernière saison junior du tonnerre de 53 buts et 116 points, à bord de l’Armada de Blainville-Boisbriand.

Après des invitations aux camps des Kings de Los Angeles (2016) et des Golden Knights de Las Vegas (2017), le Lightning de Tampa Bay lui a finalement consenti une entente de trois ans, en mars 2018. Sûr qu’ils ne le regrettent pas.

Cette saison, avec le Crunch de Syracuse, le rapide patineur de 21 ans affichait une récolte de 33 buts et 64 points en 71 matchs, avant celui de vendredi soir. Ce qui le place au sommet des recrues, certes, mais aussi de tous les buteurs de la LAH.

«Je vais essayer de ne pas trop y penser en fin de semaine, sinon je risque justement de ne pas scorer», a-t-il confié au Soleil, à l’idée de remporter le championnat des buteurs de la LAH. Il serait le premier Québécois à réussir l’exploit depuis Alexandre Giroux, en 2009-2010.

«Si ça arrive, ça arrive et si ça n’arrive pas, ça n’arrive pas, résume Barré-Boulet. Mais c’est sûr que je ne m’attendais pas à ça. Au début de l’année, je n’aurais même jamais pensé être en lice pour le championnat des buteurs, alors je suis content de ce que j’ai. Si je ne finis pas premier, ce n’est pas plus grave.»

«Je n’ai pas trop regardé mes stats au courant de l’année, poursuit-il. J’ai travaillé fort et la rondelle rentrait. Je dois beaucoup aux vétérans. Quelques fois, c’était juste des tap in, j’avais juste à mettre la rondelle dans le filet parce que le jeu était déjà tout fait!» assure le numéro 12, reconnaissant quand même avoir souvent eu son mot à dire.

Esprit d’équipe fort

Mais à l’approche d’un dernier week-end chargé, Barré-Boulet avait plus l’esprit aux succès collectifs qu’à ses prouesses individuelles. Le Crunch boucle son calendrier de 76 rencontres de saison avec trois rendez-vous consécutifs vendredi (Laval), samedi (Rochester) et dimanche (à Utica).

Syracuse et Rochester luttent pour le championnat de la division Nord, tandis que Laval et Utica ne participeront pas aux séries éliminatoires. Dans une ligue qui, penserait-on, ne vit que pour les performances des joueurs et leurs éventuels rappels dans la Ligue nationale. Mais rien de plus faux, rétorque Barré-Boulet.

«Le Lightning a tellement eu une grosse saison que bien peu de gars dans notre vestiaire s’attendaient à être rappelés. On a vraiment une bonne chimie d’équipe et on fera tout pour gagner la Coupe Calder. De toute façon, si tu es un joueur individuel, tu ne l’auras jamais, l’appel, parce que Tampa se renseigne si tu es un bon coéquipier, si tu fais ce que tu as à faire», explique-t-il.

Ce bon esprit d’équipe se traduit par le soutien de joueurs d’expérience auprès des recrues comme lui. «Mon ajustement s’est bien fait avec tous les vétérans qu’on a, Gabriel Dumont, Hubert Labrie, Cory Conacher, Andy Andreoff. Ils nous ont beaucoup aidés à nous ajuster et [l’entraîneur-chef] Benoît Groulx fait de l’excellent travail avec les jeunes pour qu’on s’adapte.»

L’effet Benoît Groulx

Il connaissait Groulx surtout de nom, de réputation et pour l’avoir affronté à sa première année junior, alors que Barré-Boulet s’alignait avec les Voltigeurs de Drummondville et que Groulx dirigeait les Olympiques de Gatineau.

«Benoît m’a donné un rôle important sur le jeu de puissance dès le début de la saison et ça m’a aidé à bâtir ma confiance. À partir de là, j’ai établi mon jeu à cinq contre cinq et ç’a bien été.»

«Benoît est un coach honnête. Si tu joues bien, il va te le dire, mais si tu ne joues pas bien, il va te le dire aussi! J’aime autant ça que de ne pas le savoir», affirme-t-il en riant, Groulx n’étant pas reconnu pour passer par quatre chemins.

Avec Groulx à la barre de l’équipe et son adjoint Gilles Bouchard, qui pilotait les Huskies de Rouyn-Noranda dans le junior l’an passé, le lien joueur-entraîneur s’avère plus facile, admet l’attaquant québécois.

«C’est plus simple qu’avec un gars qui ne parle qu’en anglais et qui ne te connaît pas. Et si jamais tu ne comprends pas quelque chose, ils peuvent te l’expliquer en français», constate-t-il.

Se faire à manger

À l’extérieur de la patinoire, sa plus grande adaptation réside dans le fait d’habiter en appartement pour la première fois, seul. Dans le junior, il logeait chez une famille de pension autant à Drummond qu’à Blainville.

Là, il doit lui-même mitonner ses repas et s’arranger pour y trouver tout ce dont un athlète de pointe a besoin pour bien performer. Par chance que dans cette ville de l’État de New York voisine du lac Ontario, il n’a pas trouvé de restaurant qui sert de la poutine!

Maintenant, c’est concentration sur la fin de saison, ensuite les séries de la Coupe Calder. Il passera après la majeure partie de l’été à Montréal, sous l’égide du préparateur physique du Lightning, Mark Lambert. 

Puis opération charme en septembre, pour tenter de décrocher un poste avec le grand club. «Ce sera à moi faire ma place! Je serais bien content de rester à Tampa, mais s’ils me retournent à Syracuse, je serai bien content aussi.»

«C’est évident que les possibilités de percer l’alignement avec un club fort comme le Lightning sont plus rares, mais j’aime mieux une organisation qui gagne qu’une organisation qui a de la misère», conclut Barré-Boulet, fier porteur de l’éclair.

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B45: dans le top 10 des majeures

Profitant de l’engouement pour les bâtons de baseball en bouleau jaune, l’entreprise B45 vient tout juste de percer le top-10 des fournisseurs des ligues majeures en terme d’unités vendues. L’entreprise de Québec, dont l’ex-lanceur des majeures Éric Gagné et le voltigeur des Indians de Cleveland Carlos Gonzalez font partie des actionnaires, est passée cette année du onzième au huitième rang.

«Le classement de 5 à 10 est assez serré, mais il y a quand même de gros joueurs. Et ceux qui sont en tête, les Marucci Sports, Louisville et Old Hickory, seront assez durs à dépasser», explique Marc-Antoine Gariépy, directeur du développement des affaires et du marketing chez B45, au sujet des plus importants fournisseurs des majeures. L’entreprise a appris son classement lors des dernières assises d’hiver du baseball majeur.

«L’attrait pour le bouleau jaune est certainement pour quelque chose dans cette progression. Quand nous avons commencé, nous étions les seuls à fabriquer des bâtons en bouleau jaune. Maintenant, plusieurs autres compagnies en font. Cette essence de bois est même passée du troisième au deuxième rang parmi les essences les plus populaires, devant le frêne et derrière l’érable qui représente 78 % des bâtons des majeures», poursuit M. Gariépy. 

Production

L’agrile du frêne, qui fait trembler plusieurs municipalités du Québec et d’ailleurs dans le monde, pourrait aussi avoir indirectement donné un coup de pouce à B45, selon Olivier Lépine, directeur de la production. «À cause de l’agrile du frêne, beaucoup de frênes ont été coupés ces dernières années, ce qui a mis beaucoup de bois sur le marché. Les cargaisons sont cependant en train de s’épuiser. Je ne serais pas surpris qu’éventuellement, le bouleau jaune représente près de 30 % des bâtons des majeures alors que l’érable chuterait à 70 %.

L’usine de la rue Léon-Harmel fabrique près de 20 000 bâtons par année, soit à peu près les deux tiers de sa capacité selon Olivier Lépine. «Nous sommes un des rares fournisseurs qui puisse fournir des bâtons de bouleau jaune en grande quantité. Plusieurs compagnies font des bâtons de bouleau jaune, mais la plupart ont des problèmes d’approvisionnement. Nous avons la chance d’avoir de bons fournisseurs», explique l’ancien receveur des Capitales de Québec.

L’une des forces des bâtons de bouleau jaune est qu’ils se brisent beaucoup moins. Le fait que les ligues majeures de baseball aient mis certaines restrictions sur les bâtons en érable aurait stimulé les ventes d’entreprises qui misent sur d’autres essences comme B45. «Les jeunes joueurs qui n’ont pas joué dans les majeures avant 2011 n’ont pas accès à la clause grand-père qui permet encore aux plus âgés d’utiliser jusqu’à la fin de leur carrière des bâtons d’érable de basse densité, réputés pour briser plus facilement, alors ils n’ont pas le choix de se tourner vers d’autres essences», indique Marc-Antoine Gariépy.

Clientèle

Ces restrictions ont atteint leur objectif puisque l’on compte de moins en moins de bâtons brisés dans la plus puissante organisation de baseball au monde. La popularité du bouleau jaune n’est pas étrangère à cette statistique et B45, qui compte près de 25 clients réguliers dans les ligues majeures et entre 300 et 400 clients dans les ligues mineures, profite de cet attrait.

«Parmi ses caractéristiques intéressantes, le bouleau jaune a une meilleure durabilité. Ce n’est cependant pas le facteur numéro un pour les joueurs des majeures, qui ne paient pas leurs bâtons. C’est au niveau de la performance que ça devient intéressant : plus tu frappes avec un bâton de bouleau jaune, plus il va devenir solide, une dureté qui va s’apparenter à celle de l’érable», indique M. Gariépy.

Parmi les joueurs des majeures qui ont adopté B45, on compte bien sûr Carlos Gonzalez, le receveur des Angels d’Anaheim Jonathan Lucroy, qui frappe avec les bâtons fabriqués à Québec depuis 2010, Eduardo Escobar des Diamondbacks de l’Arizona, Ender Inciarte des Braves d’Atlanta et Mallex Smith des Mariners de Seattle. 

Au total, ce sont 75 joueurs ayant disputé au moins un match dans les majeures qui ont commandé des B45, notamment Robinson Cano, Chris Davis et Manny Machado. Même Ronald Acuña Jr., recrue de l’année dans la Ligue nationale, en a commandé quelques-uns puisque son contrat avec la compagnie Louisville lui permet d’utiliser aussi d’autres bâtons.

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Philippe Dore: de Charlesbourg aux plus hautes sphères du tennis

Il était bon au tennis. Très bon, même. Dans les parcs de Charlesbourg, puis au club Avantage. Encore meilleur à l’université. Mais ce n’est pas son talent avec la balle jaune qui l’a propulsé jusqu’aux plus hautes sphères du tennis. Plutôt sa facilité à jouer avec les chiffres. Rencontrez Philippe Dore, le patron du marketing au tournoi d’Indian Wells, plus gros tournoi de tennis au monde qui n’est pas un Grand Chelem. Et qui se déroule présentement jusqu’à dimanche prochain.

«Non, je n’ai pas enlevé l’accent aigu à cause de mes années passées aux États-Unis! C’est bel et bien Dore, pas Doré. Le chanteur Georges Dor [de son vrai nom Georges-Henri Dore] était le cousin de mon père», établit-il d’entrée de jeu.

Le Soleil l’a joint dans ce lieu mythique du sud de la Californie, à égale distance de Los Angleles et de San Diego. «Paradis du tennis» autoproclamé, l’Indian Wells Tennis Garden est la propriété du milliardaire Larry Ellison, fondateur d’Oracle. Dore y est directeur du marketing et des contenus numériques depuis deux ans.

Au bout des ondes cellulaires, l’accent est perceptible sur certains mots plus que d’autres. Il s’efforce de traduire les termes techniques avec lesquels il jongle à longueur de journée, comme digital rights et mobile apps.

Normal : le gars vit au pays de Pete Sampras et des sœurs Williams depuis près de 25 ans. Et il n’a que 47 ans!

Se sauver d’Ottawa

Ses parents jouaient au badminton. Son père, Jean-Marc, a été le premier président de la Fédération québécoise de badminton. Son frère, Martin, a excellé au baseball, s’alignant dans le junior élite avec les Alouettes de Charlesbourg.

Philippe a aussi pratiqué le hockey l’hiver et le baseball l’été, «comme tous les enfants». Mais c’est sur un court de tennis qu’il se sentait le mieux et obtenait le plus de succès. 

Après avoir fait ses classes sur le circuit junior québécois, il part en 1991 pour réaliser son rêve américain. Jouer dans la NCAA. L’Université de North Florida lui offre une bourse d’études pour jouer au tennis avec les Ospreys (balbuzards).

Deux autres joueurs de Québec étaient passés avant lui, Louis Lamontagne à la fin des années 1980 et Sébastien Drapeau, l’année avant Dore.

Pas facile, au début. Son anglais était loin d’être à point. Il a même dû prendre des cours de mise à niveau au community college, tout en comblant son horaire universitaire de cours de maths et de stats afin de demeurer admissible pour le tennis. Mais l’immersion a fait son œuvre; il n’est jamais reparti.

Sauf un an, où il est rentré au Canada travailler pour le gouvernement fédéral. «Quand j’ai obtenu mon diplôme, je regardais pour des jobs un peu partout, mais je ne pensais pas vivre en Floride ou aux États-Unis. Mais la fonction publique, ce n’était pas pour moi! Alors au bout d’un an à Ottawa, un de mes contacts m’a dit que l’ATP cherchait quelqu’un et j’ai sauté sur l’occasion», raconte Dore.

NASCAR et... dauphin

L’Association of Tennis Professionals (ATP), le circuit mondial masculin, a ses bureaux à Ponte Vedra Beach, tout près de Jacksonville et de l’Université de North Florida. Qui l’a admis à son Temple de la renommée sportive, en 2015.

Dore revenait donc chez lui, son nouveau chez lui, et pouvait enfin unir sa formation de statisticien et son sport de prédilection. Le Québécois devenait responsable de tout ce qui touchait aux classements, statistiques et bases de données à l’ATP.

Il s’est ensuite fait un nom en implantant la mise en ligne en direct des résultats et des statistiques des matchs de tous les tournois de tennis professionnels au monde, avec la WTA des femmes et même l’ITF.

C’était il y a une quinzaine d’années, une révolution dans le domaine. Quoiqu’amélioré, le logiciel qu’il a mis sur pied est encore utilisé.

L’ATP en a fait le chef de son département technologique, de 2010 à 2012, pour lancer ATPtour.com, les sites web des tournois et des applications mobiles.

Des réalisations qui ont impressionné la concurrence. Le géant américain de la course de stock-car NASCAR a ainsi arraché Dore au tennis pour l’installer à son siège social de Daytona, un peu plus au sud. Aux commandes d’une grosse équipe pour le lancement du nouveau site web.

De là, il a poussé encore plus au sud de la Floride, à l’Aquarium de Clearwater. Dépassée par la popularité phénoménale de son dauphin Winter, vedette du film Histoire de Dauphin (A Dolphin Tale, 2011), la direction de l’endroit a fait appel à Dore pour gérer cette expansion soudaine sur les réseaux sociaux et les ventes de produits dérivés en ligne.

Pleins feux

Une amitié au-delà du basket

Le match de samedi (18h) contre Concordia sera leur tout dernier sur le court de basketball de l’Amphithéâtre Desjardins-UL, mais aussi, peut-être le plus savoureux de leur brillante carrière avec le Rouge et Or de l’Université Laval. Coéquipières depuis l’école primaire, colocataires au cégep et à l’université, amies à tout jamais, l’ailière Jane Gagné et l’arrière Claudia Émond s’apprêtent à tourner la page sur une partie importante de leur vie. Mais avant de partir, les deux joueuses de Chicoutimi veulent aller chercher ce fameux titre provincial qui manque tant à leur palmarès. Conversation sur le sofa!

«Est-ce qu’on le dit?» demande Jane à Claudia, d’entrée de jeu.

«On s’est séparées un an dans notre belle histoire. Jane a été recrutée en octobre par les Dynamiques de Sainte-Foy, et moi, je l’avais été un peu plus tard, en mai, sauf que j’ai refusé d’y aller. Je suis restée une saison de plus au Saguenay, où j’ai pris confiance. Le coach est revenu me chercher après, et là, j’ai dit oui», explique Claudia sur son arrivée à Québec.

Qu’importe ce petit intermède, leur histoire sort effectivement de l’ordinaire, d’où cet entretien ayant récemment eu lieu au PEPS dans le petit bureau des entraîneurs, le jour de l’anniversaire de Jane. Leur parcours se déroule en parallèle depuis la sixième année à l’école primaire, où elles faisaient partie du Club de basketball de Chicoutimi, qui réunissait l’élite des différentes écoles de la région.

Elles fréquenteront le programme sport-études de basketball de l’école secondaire l’Odyssée Lafontaine / Dominique-Racine, se joindront aux Dynamiques du Cégep Sainte-Foy, et finalement, feront le saut avec le Rouge et Or.

«C’est Jane qui m’a négocié une bourse d’études à l’Université Laval avec Linda [Marquis] parce que si je n’en avais pas eu, je n’aurais probablement pas poursuivi au niveau universitaire», rappelle Claudia.

Jane sourit. «Moi et mes souvenirs...» dit-elle, aussi émerveillée par la mémoire de son amie que sa vision du jeu.

Les deux ont toujours été des joueuses de qualité supérieure. Claudia par son contrôle du ballon et ses fameux lancers au buzzer, Jane par sa présence au filet.

«Elle m’a toujours impressionnée, je suis sa fan numéro un», admet Jane.

«Wô! c’était ma phrase! Elle est la meilleure fille avec qui j’ai joué. Si j’ai le ballon lorsqu’on tire de l’arrière ou quand c’est l’égalité, il doit aller dans les mains de Jane sur le terrain, c’est la fille que je trouve le plus facilement, on se connaît par cœur», intervient Claudia.

Leur complicité dépasse cependant les lignes du terrain, et ce, même si la troisième année du secondaire fut la seule où elles ont été dans les mêmes classes. Cela n’a pas empêché leur amitié de se développer.

«Ça s’est fait avec le temps. Au début, j’avais peur d’elle», rigole Jane.

«J’étais intimidante, mais pas tant que ça, quand même», réplique Claudia en riant.

Il n’y a jamais eu de chicane entre les deux, sauf une fois. «J’avais oublié de laisser le lait dans le frigo lorsqu’on était colocs... Ah oui, je m’arrangeais aussi pour ne pas déjeuner avec Claudia, elle n’était pas parlable, le matin», enchaîne Jane avec le sourire.

«Nos défauts, on les connaît, on les évite. Jane avait son cercle social à Québec parce qu’elle est arrivée à Sainte-Foy avant moi. Je me suis greffée à celui-ci. Si j’avais eu à faire cela toute seule, je ne serais pas partie de chez moi. Je l’affirme, notre amitié a changé ma vie», admet Claudia, plus émotive.

Cette amitié se prolongera au-delà du basketball. «Elle va être la marraine de mon premier enfant», lui confie Jane.

L’appartement de Sainte-Foy, où elles ont habité pendant cinq ans, compte aussi son lot de souvenirs. Les partys, c’est là qu’ils avaient lieu. La gang de basket s’y retrouvait souvent, bien que tout ne tournait pas seulement autour de ce sport.

Le père de Claudia ayant aussi déjà coaché sa fille et Jane, en première et quatrième secondaire, les deux familles ont aussi tissé des liens serrés.

«À Noël, ma mère me dit : “Appelle donc Claudia, dis à ses parents qu’ils viennent aussi.” Elle me dit toujours : “C’est donc ben beau, votre amitié”», raconte Jane, la plus grande des deux.

«Une fois que mes parents se sont informés de moi, ils prennent des nouvelles de Jane, c’est comme leur troisième fille. Même chose pour la famille de Jane. Quand on a perdu, l’an passé, sa mère m’a serré dans ses bras en me disant qu’on avait plus que des victoires, on avait une belle amitié. Et ça m’a fait du bien. J’étais triste, à ce moment-là, et aujourd’hui, c’est de ça que je me souviens», rappelle Claudia.

«À Chicoutimi, tout le monde s’aime», disent-elles en chœur, en découvrant que la cousine de l’auteur de ces lignes avait été leur prof d’éducation physique à l’école secondaire.

Le basketball leur a permis de vivre des expériences culturelles et touristiques. Elles ont fait le tour du Canada, ont participé aux Jeux de la Francophonie, en Côte d’Ivoire. Jane a aussi joué en France. L’équipe nationale a déjà cogné à sa porte, mais elle avait refusé l’invitation.

«Je connais des filles qui ont fait l’équipe nationale, je considère Jane comme étant meilleure que certaines qui l’ont fait. Jane est humble, elle ne s’en vantera pas, mais elle a été recrue de l’année [2015] et joueuse par excellence [2017]. Moi, sans avoir le rôle que j’ai maintenant, je touchais au terrain à ma première année», dira Claudia, rouage important en 2019.

Si le Rouge et Or se qualifie pour le 8 Ultime d’U Sports, il s’agirait de leur troisième présence au Championnat canadien en cinq ans. La clique dirigée par Guillaume Giroux a obtenu l’argent en 2017. Bientôt, le marché du travail les attend, Jane en chimie, Claudia dans le sport.

«Au secondaire, on disait toujours qu’on avait le dream team chaque année. On a été premières toute la saison, on y va le tout pour le tout, c’est notre dernière chance. Ça va bien finir», dit Jane avec l’approbation de Claudia.

On n’en doute pas!

Pleins feux

Gilles Gilbert: le masque d'un «Big Bad Bruins»

Pendant la majeure partie des années 70, il a été le gardien no 1 des Bruins de Boston. En marge du 60e Tournoi international de hockey pee-wee de Québec et à quelques semaines de son 70e anniversaire, Gilles Gilbert revient sur sa carrière. Visite derrière le masque d’un «Big Bad Bruins».

En 1961, lors de la deuxième année du tournoi, le natif du quartier Limoilou s’alignait avec les As de l’OTJ de Québec. Il est d’ailleurs le premier cerbère québécois à avoir participé au tournoi pour ensuite atteindre la LNH.

«Personne ne peut oublier sa participation au Tournoi pee-wee. Déjà, à cette époque, l’aréna était rempli au bouchon. On jouait contre Toronto Dileo en finale, ils avaient marqué trois buts en 1:19 en début de match, et je me disais qu’on allait en manger toute une... Finalement, on avait perdu 3-1 et j’avais reçu 68 lancers contre 1», rappelait-il, récemment, lors d’un entretien au PEPS dans le cadre d’un tournoi de Canadian Hockey Enterprises, qui l’emploie depuis plus de 30 ans pour faire des relations publiques.

Le hockey d’hier était quelque peu différent de celui d’aujourd’hui. À preuve, Gilbert n’aura joué que deux fins de semaine au niveau pee-wee, participant ensuite à des tournois dans le bantam. À 13 ans, il a même pratiqué avec les As de Québec, de la Ligue américaine.

Son père avait réussi à convaincre l’entraîneur-chef Bernard «Boom Boom» Geoffrion de le laisser s’entraîner avec l’équipe, notamment lorsqu’il manquait un gardien.

«Boom Boom avait dit qu’il n’avait pas le budget pour m’assurer. Mon père s’était porté responsable de moi, au cas où. Sur le premier lancer que j’ai reçu, je pensais avoir la cheville cassée, mais je ne suis pas tombé. Si je l’avais fait, je n’aurais pas pratiqué longtemps...»

Gilbert s’est tenu debout, comme il l’a fait tout au long de son parcours dans le hockey. D’abord par son style, mais aussi par principe.

Son père lui a montré à garder les buts en jouant dans la rue avec lui, son frère Ronald et leur mère. Il prétend toujours que son frère aurait dû jouer dans la LNH. Mais cet exploit, c’est plutôt Gilles qui l’a accompli.

«J’ai joué sept ans dans le junior», dira celui qui a évolué brièvement avec les As, mais aussi avec les Reds de Trois-Rivières et les Knights de London.

«Moi, je voulais jouer pour les Malboros de Toronto. Je me disais que si j’avais une bonne saison en Ontario, mes chances d’être repêché dans la LNH seraient plus grandes. Finalement, j’avais eu un essai de cinq matchs à London, et je suis devenu leur no 1.»

Seul francophone de l’équipe, il y vivra la pire saison de sa carrière. Personne ne lui parlait.

«J’avais la moitié de l’autobus pour moi : quand j’y entrais, les gars changeaient de place. Quand j’entrais dans la douche, ils sortaient. Quand on revenait d’un voyage, la seule façon de retourner à ma pension, c’était d’aider le préposé à l’équipement jusqu’à 3h du matin pour qu’il me ramène ensuite pendant que les autres gars qui restaient au même endroit que moi dormaient déjà depuis longtemps. C’était toujours comme ça.»

«Je rentre à la maison»

Épuisé par l’isolement, il contacte Air Canada afin d’acheter un billet pour rentrer à Québec. «La fille m’a dit : c’est 85$. Je gagnais 6$ par semaine. J’ai appelé mon père pour qu’il m’envoie le montant, mais il n’a pas voulu. Il m’a dit : “Je n’ai jamais été un lâcheux, tu n’en seras pas un non plus.” Aux Fêtes, j’avais amené mes valises pour un match contre les Canadiens Jr, parce que j’en avais assez. Mon père m’avait dit : “Où tu vas avec ça?” “Je rentre chez nous.” Il m’avait encore dit non. Par chance qu’il n’a pas accepté, parce que je n’aurais jamais joué dans la LNH.»

Au repêchage de la LNH de 1969, les North Stars du Minnesota le réclament en début de troisième ronde (25e). La LNH comptait alors 12 équipes. La même année, Réjean Houle et Marc Tardif avaient été les deux premiers choix par le Canadien.

Les vétérans gardiens Gump Worsley et Cesare Maniago n’aimaient guère voir ce jeune s’inviter dans un ménage à trois. Worsley, qui était son partenaire de voyage, apprendra alors qu’il avait déjà refusé de signer son autographe au jeune Gilles Gilbert qui l’avait croisé à une pratique des As...

Après une première saison d’une vingtaine de matchs, on le retourne dans la Ligue américaine. On le rappelle l’année suivante, jusqu’à ce que son flirt avec l’Association mondiale provoque son échange aux Bruins de Boston.

«Les North Stars ne voulaient pas que je parle avec les Fighting Saints, mais moi, c’était avec les Sharks de Los Angeles que je négociais. Le jour de la conférence de presse, à Los Angeles, on apprend que Gerry Cheevers et Eddie Johnston quittaient les Bruins pour l’AMH. Mon agent a appelé le dg des North Stars pour lui proposer de m’échanger aux Bruins, ce qu’il a fait. En débarquant à Boston, j’ai pris le taxi et le chauffeur n’arrêtait pas de planter le nouveau gardien des Bruins sans savoir que c’était moi. Ça commençait bien...»

Bobby et les autres...

Il signera deux saisons de plus de 30 victoires en sept ans avec les Bruins. Ses coéquipiers se nomment alors Bobby Orr, Phil Esposito, Ken Hodge, Terry O’Reilly, Wayne Cashman, André Savard, et plus tard, Mike Milbury, qu’il retrouvera avec les Islanders de New York en qualité de dépisteur professionnel et entraîneur des gardiens.

«Je parlais beaucoup, je faisais rire Bobby [Orr]. J’avais dit aux gars que je me foutais de mes statistiques, que tout ce qui comptait pour moi, c’était qu’on gagne.»

À sa première saison à Boston, en 1972-1973, les Bruins s’inclinent en six matchs en finale contre les Flyers de Philadelphie. Le dernier match se termine 1-0. Il sera invité au Match des étoiles.

En 1980, il sera échangé aux Red Wings de Detroit. Il ne veut pas y aller. Sa femme Diane le convaincra. «Bobby Orr a été échangé, accepte-le, vas-y», lui dit-elle.

À Detroit, il sera hanté par une forme d’eczéma qui l’empêchera même de dormir la nuit. «Je recevais 50 lancers par match, je pensais être allergique au caoutchouc, mais c’était plutôt à l’ammoniaque», dit-il en riant.

Il bouclera son association dans la LNH comme dépisteur professionnel et instructeur des gardiens des Islanders. Son ancien coéquipie Mike Milbury, qui vient d’être nommé entraîneur-chef des Islanders, lui demandera «qu’est-ce que tu fais ici?», en voyant Gilbert dans son bureau. «Je suis ton coach des goalers», lui répondra l’ex-gardien, sachant bien que l’aventure tirait alors à sa fin.

Mais le hockey fera toujours partie de sa vie!

Pleins feux

Curling: Jen, Rachel et nous

Dans une semaine, quatre curleuses d’âge junior de Québec se mesureront à l’élite canadienne, même mondiale. Gabrielle Lavoie, Patricia Boudreault, Anna Munroe et Julie Daigle représentent le Québec au Tournoi des Cœurs Scotties, réputé championnat canadien auquel participent les icônes Jennifer Jones et Rachel Homan. Rencontrez quatre filles surprises d’être rendues si loin, si vite.

«Il y a certaines games qu’on ne va sûrement pas gagner. Mettons, contre la fille qui a gagné la médaille d’or aux Jeux olympiques, peut-être qu’on ne va pas la battre. Mais il y en a d’autres qu’on est capables de battre et on espère avoir des victoires», lance Boudreault, sous l’assentiment de ses trois coéquipières attablées au club de curling Victoria de Sainte-Foy, après l’entraînement du dimanche matin.

Lançant chaque bout la troisième pierre de son équipe, Boudreault aura 20 ans et demi lors de leur premier match, samedi prochain, contre l’équipe du Nunavut. À peine plus jeune que la skip Lavoie. La deuxième Munroe deviendrait quant à elle la plus jeune de l’histoire à prendre part au tableau principal des Scotties, à 17 ans, cinq mois et six jours. Moyenne d’âge de l’équipe : 19,6 ans.

Sur les glaces du Centre 200 de Sydney, pour cette première présentation du championnat canadien féminin en Nouvelle-Écosse depuis 1992, elles retrouveront plusieurs modèles, même certaines des idoles. Joueuses bardées de récompenses et d’expérience.

Championne olympique de 2014, Jones (Winnipeg), 44 ans, est championne du monde en titre et a gagné le canadien six fois. Homan (Ottawa), 29 ans, a aussi été championne du monde, a participé aux JO en 2018 et a remporté les Scotties à trois reprises.

Équipe Lavoie a justement rendez-vous avec équipe Homan le lundi 18, en après-midi, pour le quatrième de leurs sept matchs préliminaires dans le groupe A. Quant à un duel contre Jones, ça n’irait qu’en deuxième ronde, le jeudi 21 ou le vendredi 22.

«Hot de les voir en vrai»

Avec Chelsea Carey (Calgary), elles côtoieront les championnes canadiennes des trois dernières années. Sept des 17 équipes en lice pointent au top 15 mondial et peuvent ainsi être considérées comme des professionnelles du curling.

Nos Québécoises, elles, étudient au cégep ou à l’université. Elles apporteront d’ailleurs devoirs et leçons dans leurs bagages pour ne pas accuser trop de retard en classe, au retour.

«Nos adversaires vont toutes être bonnes, mais nous aussi», insiste la capitaine Lavoie. Si les quatre n’arrivent pas à dégager un consensus entre Jones et Homan comme favorite commune, Daigle résume bien la situation.

«Ça fait longtemps qu’on regarde le curling à la télé et ç’a toujours été loin pour nous. Et là, on va y aller, on va être là! Je n’ai pas vraiment d’idole, mais ça va être hot juste de les voir en vrai», dit la première du quatuor.

Elles admettent d’emblée qu’une participation au championnat canadien femmes n’apparaissait pas sur leur liste d’objectifs en début de saison. La cible prioritaire s’avérait le championnat canadien junior. Mais elles ont perdu en demi-finale québécoise junior, contre l’équipe d’Émilia Gagné.

Cette même Gagné qu’elles ont battue deux semaines plus tard en finale provinciale femmes. L’an dernier, Gagné avait été la plus jeune skip dans l’histoire des Scotties. C’est donc la deuxième année que le Québec est représenté sur la plus grande scène nationale du curling féminin par une équipe de joueuses de 21 ans et moins.

La championne provinciale junior, Laurie St-Georges, n’était quant à elle pas des qualifications pour les Scotties, qui ont lieu en même temps que le canadien junior.

Habituée d’être négligées

Le quatuor Lavoie arrivera à Sydney classé 13e sur les 16 formations au tableau principal — deux équipes se livrent un match-­suicide le vendredi. Mais rien pour les décourager, elles qui avaient été semées cinquièmes et dernières par leurs adversaires au championnat provincial, qu’elles ont gagné.

«Ça nous a motivées!» s’exclame Boudreault. «En tout cas, je ne sais pas pour vous autres les filles, mais moi, j’y croyais dès le début. Quand j’ai vu qu’elles nous classaient dernières, ça m’a fait rire. Je me suis dit : “Attendez de voir!”»

Réunies depuis trois ans, Munroe est la dernière arrivée, Lavoie et ses acolytes ont participé en 2017 au championnat canadien des 18 ans et moins, d’où elles ont rapporté une médaille de bronze.

«Oui, on est plus jeunes et ce sera une super expérience pour nous améliorer. On sait qu’on affrontera un meilleur calibre que ce à quoi on est habituées», établit Lavoie. «Mais on sait aussi qu’on est capables de gagner des matchs.» Daigle ajoute : «Si elles réussissent leurs pierres, tant mieux. Mais nous aussi, on est capables de réussir les nôtres.»

Le but est de gagner au moins quatre matchs de groupe sur sept, afin de d’accéder à la ronde suivante. Cette prouesse vaudrait au père de Munroe une bouteille de bière vidée sur sa tête, le pari est pris.

Quinze ans qu’une équipe québécoise n’a pas atteint la finale du Tournoi des Cœurs. C’était en 2004, sous le capitanat de Marie-France Larouche, celle qui leur servira justement de cinquième ou joueuse réserviste.

Pleins feux

Jade Masson-Wong: sortir de sa cage [VIDÉO]

Quand elle entre dans la cage pour se battre, l’athlète en arts martiaux mixtes Jade Masson-Wong se sent plus libre que jamais. Loin des lieux hantés que la drogue lui a fait visiter, comme en témoignent ses nombreux tatouages qui, à l’instar des chemins de sa vie, sont tout sauf des lignes droites. Portrait d’une combattante survivante.

Neuf ans. Son premier joint. Quatrième année. Elle suivait ses deux grandes sœurs. La drogue deviendra un problème pour les trois, beaucoup moins pour leur jeune frère. De son propre aveu, Jade a été «la pire».

Le 8 février, Masson-Wong livrera au Centre Vidéotron de Québec le premier combat de championnat féminin professionnel d’arts martiaux mixtes présenté au Québec. Elle affronte l’Allemande Mandy Böhm. La Québécoise de 26 ans n’a que trois combats professionnels à son actif, trois victoires. Mais son parcours de vie l’a menée dans des endroits beaucoup plus casse-gueule.

Centre jeunesse, tribunal, milieu criminel, maison de désintoxication, bars de danseuses nues, l’adolescente de Sainte-Foy a passé beaucoup de temps dans des lieux où aucun parent ne souhaiterait voir son enfant. En plus de souvent changer d’école.

«J’ai fait trois thérapies avant l’âge de 18 ans. Quand j’étais au Grand Chemin, un centre Jean Lapointe, ils m’ont mis dehors après deux semaines. J’avais des idées suicidaires, j’avais apporté du gaz pour mettre le feu là-bas... J’étais dans un autre monde. La drogue, je vivais pour ça. Je m’en foutais que ça me tue», raconte-t-elle au Soleil, en toute simplicité, attablée dans un Tim Hortons de Charlesbourg, où elle habite maintenant.

Ses parents se sont séparés quand elle avait huit ans. À court de solutions, sa mère a fini par la placer en centre d’accueil à 13 ans en lui disant : «Sans thérapie, tu restes ici jusqu’à tes 18 ans.»

Désintox plein air

Elle fera des allers-retours entre le centre d’accueil, la maison et la désintox. Souvent contre son gré ou pour adoucir la peine imposée par un juge en Chambre de la jeunesse. Les fugues de quelques jours feront partie de ses déplacements. «Mon père et ma mère m’ont couru après, avec la police», laisse-t-elle tomber, pas fière de son passé, mais ouverte à en parler.

Masson-Wong se rappelle une désintox à Lanoraie, dans Lanaudière, aux Pavillons du Nouveau Point de vue. Thérapie par le plein air. «Ça, c’était hot!» sourit-elle. À la blague, elle dit avoir tellement aimé l’expérience qu’elle y est retournée deux fois, à 14 et à 17 ans. Une fois l’été et une fois l’hiver.

«Quatre jours par semaine, on partait en autobus de 9h à 4h pour aller faire des activités dans le bois. J’aimais ça, j’ai toujours aimé le sport. L’hiver, on faisait du ski de fond et de la randonnée en forêt; l’été, du canot, de la descente en rappel. C’était vraiment cool. On était sur des falaises de 40 mètres, il y en a qui avaient la chienne. Mais moi, je n’avais pas peur! Je me mettais la tête à l’envers, me balançais d’une paroi à l’autre...»

C’est ça, le problème. Elle n’a jamais eu peur de rien. Ni de personne. Même aujourd’hui, quand elle pénètre dans le ring octogonal grillagé, elle n’a pas peur. Consciente des risques? Certes. Nerveuse? Toujours un peu. «Mais ce n’est pas de la peur», assure-t-elle.

Accro au GHB

Jamais eu peur non plus de mélanger alcool et plusieurs drogues en même temps. Ni de fréquenter des gens peu recommandables. Comme le fils d’un Hells Angels ou un autre chum qui est aujourd’hui en cavale en Amérique du Sud.

«La drogue qui m’a le plus accrochée, ç’a été le GHB, à 17 ans», explique-t-elle, à propos de ce que l’on connaît aussi sous le nom de drogue du viol. «Je suis sorti avec un gars qui en fabriquait avec un chimiste, alors ça ne me coûtait rien. Et lui se tenait toujours avec des danseuses et des escortes, je finissais par trouver ça banal», poursuit celle qui n’a toutefois pas basculé dans ces «façons faciles de faire de l’argent».

«J’allais au Cégep Limoilou et j’avais toujours ma petite bouteille de jus [GHB]. Je me faisais des bouchons dans les cours. Ça ressemble à l’effet de l’alcool, mais sans l’effet down. Sauf qu’une goutte de trop peut te faire tomber inconsciente et quand tu te réveilles, c’est comme si tu avais juste cligné des yeux. Tu ne te souviens de rien.»

À 17 ans. Six mois sur le GHB. C’est cette année-là qu’elle s’est battue contre deux danseuses, dans un bar, l’une lui fendant la lèvre supérieure d’un coup de poing dont elle garde encore une légère cicatrice. Masson-Wong sera reconnue coupable de voies de fait. Année aussi de sa dernière entrée en maison de thérapie.

Fête de Mères

Le véritable déclic n’est pourtant venu que quelques années plus tard. «Tu ne peux pas aider quelqu’un qui ne veut pas s’en sortir. Moi, je me suis réveillée toute seule. J’avais 20 ans, c’était la fête de Mères. Je me suis réveillée à six heures du soir chez des amis, avec qui on avait veillé deux fois en trois jours. On avait fait plein de coke, on était vraiment maganés.

«Je me suis dit que ça ne me tentait plus. À partir de là, je n’ai rien pris pendant six mois. Même pas une goutte d’alcool. Ensuite, j’ai fait des tests, refait des rechutes, mais j’avais les outils des thérapies pour m’aider», affirme celle qui a assisté aux réunions des Narcotiques anonymes durant quelques années et qui compte sur un entourage alerte à ses anciennes envies.

Son amoureux Marc-André Barriault au premier rang. Elle lui a tout raconté, mais il n’a pas connu l’ancienne Jade. Il est aussi combattant en arts martiaux mixtes.

«Quand Marc a gagné sa première ceinture, en décembre 2017, je regardais mon fil Facebook et j’ai vu que le monde avec qui je me tenais avant faisait un party pour célébrer le départ d’un de nos amis qui était mort d’une overdose. Pendant ce temps-là, moi, j’étais dans un party pour célébrer la victoire de Marc-André. Je me suis dit : “J’ai vraiment fait le bon choix”», raconte-t-elle.

Plus forte que toi

Des tatouages, elle en a presque partout. Dans l’oreille et à l’avant du cou. «Stronger than you», lit-on sous son menton. Plus forte que toi. Pas plus forte que l’armée, qui l’a refusée à cause de cette inscription trop visible.

Tant pis, elle travaille dans le perçage corporel. A aussi suivi une session en soins infirmiers, deux années de techniques ambulancières et obtenu son diplôme de peintre en bâtiment, en 2017.

Dans sa tête, rien ne pouvait l’arrêter. À l’époque, ni les interdictions de sa mère, qu’elle a frappée à coups de poing au visage, ni les dangers d’une surdose.

C’est encore le cas aujourd’hui, mais de façon positive. «J’ai toujours aimé les émotions fortes, j’ai besoin de défis! J’ai transféré mes énergies dans l’entraînement et le sport. La seule manière de t’en sortir, c’est de trouver quelque chose d’autre à quoi t’accrocher, une passion», conclut Masson-Wong, comme un semblant de conseil à qui voudrait bien le recevoir.

Pleins feux

Luke Kutkevicius: un cadeau de «Bundy»

Il a beau avoir des racines lituaniennes et comprendre le français, Luke Kutkevicius est surtout un centre de troisième trio avec de l’expérience. Et c’est exactement ce que cherchaient les Remparts, qui reçoivent les Saguenéens cet après-midi.

«J’ai appelé mon chum Bundy, à Windsor, et je lui ai demandé : “Is it O.K.? ” Il m’a dit : “Oui, ça me fait plaisir de te l’envoyer.” Et c’est comme ça que Luke est arrivé ici», explique simplement Patrick Roy, à propos de son nouvel attaquant de 20 ans.

Bon. «Bundy», c’est Warren Rychel. L’ancien dur à cuire de la LNH devenu copropriétaire, vice-président et directeur général des Spitfires de Windsor, dans la ligue de l’Ontario. Le surnom lui viendrait d’un coach des rangs mineurs qui comparait son tour de taille à celui de l’adipeux lutteur King Kong Bundy. Ça lui est resté.

Rychel et Roy ont gagné une Coupe Stanley ensemble, en 1996, avec l’Avalanche du Colorado. Ils sont aujourd’hui chacun à la barre d’un club junior majeur, le célèbre gardien de but occupant les chaises de dg et d’entraîneur-chef à Québec.

Bonne année!

L’histoire commence au tournant de la nouvelle année. Voyant que ses Spitfires végètent au classement — 15es sur 20 avant les matchs de vendredi — et que son attaquant de 20 ans ne revendique que six buts et 16 points en 30 matchs, Rychel décide d’y aller avec des jeunes et libère Kutkevicius.

L’agent de Kutkevicius, Ian Pulver, dont l’agence codirigée par Igor Larionov gère aussi la carrière des joueurs des Remparts Philipp Kurashev et Aleksei Sergeev, se tourne alors vers Roy et lui offre les services du Torontois. Roy contacte tout de go son chum Rychel et l’affaire est dans le sac.

«Ça ne fonctionnait pas à Windsor. J’aimais bien tous les joueurs, mais je ne m’entendais pas avec les entraîneurs. Alors on a convenu qu’il était mieux pour moi de partir», affirme de son côté le nouveau numéro 18 des Remparts, révélant sa version des circonstances entourant son divorce avec les Spitfires.

Québec constitue un quatrième arrêt en quatre saisons dans le junior majeur pour Kutkevicius, après Mississauga (11 points en 41 matchs), Hamilton (28 points en 95 matchs) et Windsor (38 points en 70 matchs).

«J’espérais trouver le meilleur endroit pour continuer à jouer et les Remparts cherchaient quelqu’un. Patrick est un bon gars, a été un bon joueur et est un bon coach. Ça va bien jusqu’à maintenant et j’espère que ça va continuer», résume celui qui comprend bien le français et le parle un minimum.

Il a inscrit son premier but avec sa nouvelle équipe à son troisième match, dans une défaite contre Gatineau. La plus grande différence entre les ligues du Québec et de l’Ontario réside dans le jeu plus physique de ce côté-ci, estime-t-il.

Jamais repêché par la LNH, le patineur de 6’ 1” et 180 lb a participé aux camps présaison des Red Wings de Detroit et des Blue Jackets de Columbus, en 2017. Avec maintenant plus ou moins trois mois de hockey junior à disputer, le jeune homme dit y aller «un jour à la fois» et attend de voir où la vie le mènera ensuite.

Entre deux jeunes

«Depuis le début de la saison, je me cherchais un troisième centre. On avait un bogue là», fait valoir Roy. «Je voulais un gars d’expérience pour jouer entre Pierrick Dubé et Gabriel Montreuil, alors Luke cadrait parfaitement. C’est plaisant d’avoir deux joueurs de 17 ans chaque bord, mais ça prend un peu d’expérience avec eux. J’aime aussi sa vitesse et il fait du bon boulot sur les mises en jeu.»

Le patron du volet hockey des Remparts avait d’ailleurs tenté l’expérience de muter le défenseur de 20 ans Benjamin Gagné à l’attaque, avant les Fêtes. Roy n’avait toutefois pas été convaincu et voyant les arrières recrues Félix-Olivier Chouinard et Dylan Schives prendre du galon, le sort de Gagné en a été jeté. Il a d’abord été retourné chez lui, ce qui sous-tend aussi d’autres différends avec Roy, avant d’être échangé aux Sea Dogs de Saint-Jean.

Un poste de joueur de 20 ans se libérait alors pour Kutkevicius, les deux autres appartenant toujours aux défenseurs Étienne Verrette et Sam Dunn.

Et la Lituanie? Son grand-père paternel vient du petit pays balte et a immigré au Canada. Ses deux parents sont nés ici et il ne parle pas un mot de lituanien.

Pleins feux

Nicolas-Guy Turbide: encore mieux qu'à Rio

Le nageur malvoyant Nicolas-Guy Turbide n’hésite pas une seconde quand on lui demande quelle est sa meilleure année en carrière : 2018, bien avant 2016 où il avait pourtant remporté le bronze aux Paralympiques de Rio. Cet été, c’est deux fois l’or qu’il a ramené des Championnats panpacifiques de paranatation à Cairns, en Australie, avec en prime une médaille d’argent et une médaille de bronze inattendues.

Les performances exceptionnelles du natif de Québec de l’autre côté de la planète viennent de lui valoir le titre de paranageur de l’année décerné par Natation Canada. «Si on prend en considération les performances et les apprentissages que j’ai réalisés, oui, 2018 est fort probablement ma meilleure année en carrière. À Cairns, je suis monté sur le podium à toutes les épreuves et j’ai abaissé certains records. Après avoir remporté le bronze à Rio au 100m dos, mon épreuve la plus forte, je suis allé chercher l’or. J’ai aussi remporté l’or au 200m quatre nages», explique au bout du fil celui qui s’entraîne au PEPS de l’Université Laval avec le Club de natation de Québec.

«J’ai décidé de participer à deux autres épreuves simplement pour m’amuser : au 50m libre, j’ai décroché l’argent et établi un nouveau record canadien et au 100m papillon, une épreuve pour laquelle je ne m’entraîne pas vraiment, j’ai obtenu le bronze. C’était un peu inattendu, je voyais ces deux épreuves comme une façon de me reprendre si jamais ça allait moins bien à l’une de mes épreuves principales», poursuit le nageur qui est ainsi revenu d’Australie avec beaucoup de métal dans ses bagages.

Pas totalement aveugle

Issu d’une famille de sportifs (son père et sa mère sont golfeurs) Nicolas-Guy souffre d’albinisme oculo-cutané comme le laisse deviner sa chevelure complètement immaculée. «Je ne suis pas aveugle, mais mes yeux sont comme une caméra qui n’a pas de “zoom”. C’est très long avant que je réussisse à faire le focus sur quelque chose, c’est difficile pour moi de reconnaître quelqu’un par ses traits et si je lis, je dois être très proche de mon livre ou de l’écran», illustre-t-il, ajoutant que sa condition ne s’améliorera pas, mais ne se détériorera pas non plus. 

«Dans le sport paralympique, je fais partie de la catégorie d’athlètes considérés comme les “plus voyants” du système, mais je ne pourrais pas avoir un permis de conduire par exemple. La façon dont ça m’affecte dans mon sport, dans les épreuves de dos, un drapeau à 5m du mur indique quand le mur approche. Depuis quelques années, mes yeux ne font plus le focus sur le drapeau. Il a fallu développer un système avec deux partenaires, un de chaque côté de la piscine, avec des perches pour ramasser les balles de golf auxquelles sont attachées des balles de caoutchouc. À cinq mètres du mur, ils me frappent le derrière de la tête avec ça pour m’indiquer que le mur approche. On a développé ce système après Rio», raconte-t-il.

En fait, c’est toute sa planification d’entraînement que le nageur a revue depuis les Jeux de Rio. «Je me croyais invincible aux risques de blessures, j’avais un apprentissage à faire, notamment d’intégrer des étirements dans mon programme d’entraînement. Maintenant, j’ai aussi un massothérapeute, un chiropraticien, toute une équipe autour de moi pour m’aider à garder mon corps en santé et j’en sais beaucoup plus sur la façon dont mon corps réagit.»

La médaille manquante

Ce sont les championnats du monde de paranatation, qui auront lieu en juillet à Kuching, en Malaisie, qui sont sur le radar de Nicolas-Guy Turbide. Après une médaille aux Jeux paralympiques, trois d’or et trois d’argent aux Jeux parapanaméricains et sept médailles (trois en 2014, quatre en 2018) aux Jeux panpacifiques, les mondiaux sont la seule compétition internationale majeure de laquelle il n’est pas encore sorti avec une médaille au cou.

«Les qualifications ont lieu en avril à Toronto, tant pour les championnats du monde para que génériques. Et comme j’ai obtenu le standard canadien au 50m dos, je peux aussi participer aux essais génériques dans cette discipline. C’est un objectif pour moi de faire partie tant de l’élite para que générique en natation. Techniquement, je pourrais participer aux championnats du monde génériques au 50m dos, mais la chance n’est pas énorme. Je ne crois pas que ce soit un objectif atteignable cette année, mais peut-être éventuellement. Qui sait?»

Pleins feux

Davor Kurilic: un géant sous le panier

Il parle cinq langues. Il lui arrive même parfois de les mélanger, histoire de capter l’attention des joueurs qu’il dirige. Mais aujourd’hui, c’est celle du basketball qui lui permet de vivre de sa passion dans la plus européenne des villes canadiennes. Né en Bosnie, élevé en Croatie, Davor Kurilic dirige le club masculin des Dynamiques du Cégep Sainte-Foy, dans le collégial AAA, selon les principes qu’il a appris au fil du temps dans les pays Balkans. Portrait d’un géant sous le panier!

À six pieds et huit pouces, ou 2,2 mètres comme il le précise lui-même, Davor Kurilic est effectivement un géant au sens propre du terme. L’homme de 36 ans qui s’installe devant nous parle d’une voix forte à l’accent slave. Il le fait en français, par respect pour l’endroit où il a choisi de vivre, et passe à l’anglais pour aller au bout de ses réflexions. Mais il pourrait aussi le faire en croate, en polonais et en russe.

Sa nomination à la barre des Dynamiques, dont il mène la barque pour une première saison, n’est qu’une suite logique à son implication sportive et sociale depuis qu’il a décidé de s’établir à Québec, en 2014, à peine deux ans après avoir immigré au Canada. Propriétaire de l’Académie de basketball de Québec, où l’on met l’emphase sur le développement, les valeurs humaines et sportives, son nouveau rôle d’entraîneur-chef lui rappelle tout le chemin parcouru depuis que ses parents ont quitté sa ville natale de Tuzla, en Bosnie, pour s’établir à Varazdin, en Croatie, afin de s’éloigner de la guerre de Bosnie-Herzégovine au début des années 1990.

«J’étais jeune, mais je me souviens très bien des atrocités de la guerre. Ça ne s’oublie pas. Pour mes parents il était facile de partir en Croatie, où nous avions beaucoup de famille. Ils ne voulaient pas y être associés ni être perçus comme des gens qui détestaient l’autre clan, car chez nous, on aime tout le monde. J’ai été élevé pour être ouvert sur le monde. C’est du passé, maintenant, les ponts sont rétablis», raconte-t-il.

De famille

La pomme ne tombe jamais loin de l’arbre, dit-on, puisque le basketball était au cœur de la vie familiale. Son père, Zdravko Kurilic, a été l’un des arbitres les plus reconnus de son époque en Yougoslavie, pays qui n’existe plus. En plus d’être propriétaire d’un disco-club et d’un commerce de jeans qu’ils administraient avec Melita, la mère de Davor, le paternel a notamment fait sa marque dans la décennie 1980-1990, officiant même le premier match des États-Unis contre la Chine en ronde préliminaire du tournoi de basket des Jeux olympiques de 1984, à Los Angeles.

«À notre arrivée en Croatie, mon père m’a impliqué à fond dans le sport. Je les pratiquais à peu près tous, le soccer, le handball, le volleyball, mais le basketball était mon préféré, il passait en premier. À l’école, les enseignants ont été bons avec moi, on me permettait de vivre ma passion, ils m’ont beaucoup aidé, et aujourd’hui, je l’apprécie encore plus», dit en laissant transparaître un brin d’émotion sous son armure.

Mais la réputation de son père explique aussi sa venue au Canada, où il pouvait être lui-même. Davor a donc quitté un continent où ses contacts étaient nombreux pour un autre où l’on ne connaissait pas son historique familial.

«Peu importe où j’allais, j’étais d’abord le fils de l’arbitre. Mon père ne comprenait pas trop au début pourquoi je partais, car il était prêt à m’aider et à me mettre en lien avec diverses équipes dans les Balkans qui auraient pu me donner une chance. Mais je voulais aller dans un pays où on ne le connaissait pas pour y bâtir ma propre identité. Ici, je suis parti à zéro. Personne ne peut me dire que j’ai ce job grâce à lui», dit-il en tout respect pour son père.

Médaille d'or 

À 15 ans, le grand Davor est recruté par le Cibona Zagreb, le meilleur club croate, qu’il a représenté chez les moins de 16 ans et les moins 18 ans. En 1999, il remportera la médaille d’or aux Jeux olympiques de la jeunesse disputés à Esjberg, au Danemark. Puis, l’heure de passer chez les professionnels a sonné.

«Il s’agit du moment où l’on fait face à la réalité : soit vous devenez pro ou non, j’ai été l’un des chanceux à pouvoir l’être», raconte celui qui signera un contrat avec l’équipe bosniaque de Tuzla, sa ville natale.

L’ailier jouera pendant huit ans dans différentes équipes professionnelles basées en Bosnie, à Chypre, en Pologne, en Croatie, en Grèce, la Bosnie à nouveau, et enfin, en Slovaquie, où le temps de devenir entraîneur était arrivé.

«À ma dernière saison, en Slovaquie, j’avais 26 ans, mais j’ai senti que le moment de tourner la page sur ma carrière était venu même si j’étais le deuxième marqueur de la Ligue avec une moyenne de 23 points et 6,7 rebonds par match. J’avais des offres pour poursuivre ailleurs, mais je voulais investir dans mon avenir. Il s’agissait de la plus importante décision de ma vie, mais je ne l’ai jamais regretté. J’en ai discuté avec mon père, il était d’accord que si je voulais devenir coach, je ne devais pas attendre d’avoir 40 ans. Je suis fier de mon parcours, j’ai représenté mon pays dans 75 matchs internationaux et j’ai toujours évolué en première division chez les pros.»

Dès l’âge de 18 ans, un entraîneur lui avait dit qu’il serait grand coach. «Mais je n’ai que 18 ans, avait répondu Davor. Oui, mais un jour, tu le seras.»

Comme l’avait fait son père, Davor Kurilic s’impose à sa façon sur la planète basket!

Pleins feux

Yanni Gourde: l'éloge de la persévérance

Aussi loin qu’il se souvienne, Yanni Gourde a toujours confondu les sceptiques. Mis de côté dans le midget AAA à 15 et 16 ans, ignoré au repêchage de la LHJMQ et à celui de la LNH, l’attaquant natif de Saint-Narcisse-de-Beaurivage a fait son chemin à force de ténacité et de résilience. L’année 2018 qui se termine n’est qu’une suite logique à son parcours, car après une première saison complète à Tampa Bay, le Lightning l’a récompensé avec un contrat à long terme au début du mois de novembre. Voici un éloge à la persévérance!

Si le joueur qu’est devenu Yanni Gourde avait un conseil à donner au jeune de 15 ans qu’il était, il ne chercherait pas à lui faire croire que tout serait facile pour évoluer dans la LNH. «Je lui dirais : “Attèle-toi, mon gars, ça va être dur. Mais ne lâche surtout pas, parce que ça en vaut la peine”», répond l’attaquant du Lightning de Tampa Bay, qui a fait plusieurs fois la démonstration qu’aucun obstacle n’était insurmontable pour atteindre son but.

«Personne ne m’a jamais dit que j’allais faire un joueur professionnel dans ma vie. Je ne me le disais pas non plus, je n’avais aucune attente. Pour moi, c’est arrivé un peu de nulle part. J’y suis allé une année à la fois, petit train va loin, comme on dit», racontait-il en entrevue avec Le Soleil avant le début de la présente saison. 

Fort d’une récolte de 25 buts et 64 points à sa première saison complète dans la LNH, il s’était lui-même déplacé dans les locaux du journal pour faire l’entrevue, peu de temps avant de retourner en Floride en prévision de la présente campagne. «Je vis une belle expérience. Je me pince encore de tout ce qui m’arrive. Et me pincer, ça m’empêche aussi de m’endormir. J’y ai goûté, j’aime ça et j’en veux encore plus. J’ai connu l’incertitude et les ligues mineures, je n’arrêterai jamais d’apprécier où je suis rendu», disait le joueur de 5’9”, qui a fêté son 27e anniversaire le 15 décembre.

Gourde a monté une à la fois les marches menant à la plus importante ligue au monde. Il n’a jamais renoncé, même s’il y a des moments où il aurait pu «arrêter ça là pour aller m’amuser avec mes chums», pour reprendre ses mots.

Il a disputé sa seule saison dans le midget AAA, à 17 ans, avec les Élites de Jonquière, puisque les Commandeurs de Lévis n’avaient pas cru bon lui faire une place dans leur alignement auparavant. «C’est la seule fois où j’ai été repêché. En fait, je ne l’avais même pas été, les Élites m’avaient juste réclamé au repêchage des joueurs laissés sans protection», rappelle-t-il en riant.

Le petit qui faisait tout

Les Tigres de Victoriaville l’ont découvert en allant observer Yoan Pinette, dans le midget espoir, en prévision du repêchage de 2008. «Étant originaire de Lévis, j’ai déjà donné des chances à des gars de la Rive-Sud», raconte Jérôme Mésonéro, ancien dg des Tigres. «Pinette était bien classé sur notre liste, on le suivait. Mais à chaque fois qu’on allait à l’aréna, c’était toujours le petit Gourde qui faisait tout. Après le repêchage de 2008, on l’avait signé comme joueur affilié, et comme il n’avait pas joué midget AAA, je lui avais dit d’aller à Jonquière, que Claude Bouchard pourrait l’aider. Je lui avais donné le défi de finir parmi les 10 meilleurs compteurs de la ligue.»

Le mandat a été rempli, Gourde a percé l’alignement des Tigres à 18 ans et a remporté le championnat des marqueurs de la LHJMQ à 20 ans avec 124 points. «Je n’aime pas parler de mes statistiques ni de mon championnat des marqueurs. Ça fait partie de mon cheminement, mais ce n’est pas important. J’aurais été aussi fier si mon coéquipier Philippe Maillet l’avait été à ma place. À 20 ans, tout ce je voulais, c’était qu’on gagne, mais malheureusement, ça ne s’est pas produit.»

Pas en touriste

Comme dans la LHJMQ, aucune équipe de la LNH ne repêchera Gourde. Premier de classe, son plan de carrière devait passer par le hockey universitaire, mais une invitation de dernière minute viendra tout changer. Après l’élimination des Tigres, en 2012, Worcester lui offre un contrat d’essai pour les quatre derniers matchs de la saison de la Ligue américaine. Il y obtiendra trois points. Les Sharks lui consentiront un contrat d’un an à titre de joueur autonome et il ne fréquentera jamais l’Université de Moncton, où il devait aller.

À sa deuxième année professionnelle, il opte pour un contrat indépendant dans la Ligue East Coast «afin de pouvoir ensuite signer avec n’importe qui si ça allait bien et voir où ça me mènerait». En milieu de saison, Worcester fait encore appel à ses services et il amassera 24 points en 25 matchs. La même année, il signera un contrat à deux volets (LNH-LAH) avec le Lightning, pacte qui entrera en vigueur la saison suivante. Il jouera trois saisons avec leur club-école de Syracuse, étant rappelé pour de courtes promotions de deux et trois matchs avant de saisir sa troisième chance, en 2016-2017.

«La troisième fois, je m’étais dit : “Yanni, ne viens pas ici en touriste”. J’ai réalisé que j’étais là pour une raison, que je pouvais apporter quelque chose à une équipe. Même si je ne le suis pas, j’ai toujours été un petit gars qui voulait être le meilleur.»

Pleins feux

Ivan Chekhovich: le tsar de la Côte-Nord

BAIE-COMEAU — Ils ne sont évidemment pas nombreux, les Russes, sur la Côte-Nord. Et ceux qui s’y arrêtent ne passent habituellement pas inaperçus. C’est le cas d’Ivan Chekhovich, un des deux joueurs du pays des steppes à voyager à bord du Drakkar de Baie-Comeau cette saison.

S’il est reconnu, ce n’est toutefois pas parce que celui qu’on surnomme Chekho est à la recherche d’attention, bien au contraire. Pour dire le moins, ce n’est pas le plus exubérant à l’extérieur de l’aréna ou dans les quartiers de l’équipe.

«Dans le vestiaire, je ne suis pas le gars qui va parler le plus», confirme l’attaquant de 19 ans. «J’aime plus faire valoir mon talent sur la glace et montrer que je suis capable de faire la différence.»

L’entraîneur-chef du Drakkar, Martin Bernard, se souvient d’un jeune homme plutôt timide à son arrivée. Chekho n’avait alors que 17 ans. «Quand j’étais allé le chercher à l’aéroport, il avait appris une phrase : “Martin, I don’t speak english”. 

«Ça a commencé comme ça, lui et moi. En trois saisons ici, Ivan a eu le même parcours que l’équipe, avec des hauts et des bas, et c’est ce qui forge l’expérience d’un joueur, qui fait qu’aujourd’hui il est mieux outillé pour faire face à l’adversité.»

Au diable les statistiques!

La différence, Chekhovich la fait souvent cette saison. Au moment de la pause de Noël, le tsar de la Côte-Nord avait amassé 55 points, dont 29 buts. Ce dernier chiffre représente un sommet jusqu’ici dans la LHJMQ cette saison. Ses plus proches poursuivants à ce chapitre, Jeremy McKenna (Moncton) et Jimmy Huntington (Rimouski), en ont 25.

Est-il étonné de sa première moitié de saison? «Honnêtement non, mais il faut dire que je ne me fixe pas d’objectif personnel. Mon objectif était simplement d’aider l’équipe», confie l’ailier gauche dans un anglais fort acceptable. «Je ne me préoccupe pas de mes statistiques, l’équipe passe toujours en premier.»

Chekhovich avait pourtant connu une campagne plutôt moyenne l’an dernier, du moins selon ses standards, avec 60 points en 65 matchs. À sa première saison, en 2016-2017, il avait cumulé 59 points en 60 parties. Toutefois, le fait de terminer la saison avec le Barracuda de San Jose, club-école des Sharks dans la Ligue américaine, a fait grimper son jeu d’un cran. Il a récolté neuf points, dont trois buts, en six matchs éliminatoires.

«On ne se fera pas de cachette. Son passage dans la Ligue américaine avec San Jose l’an passé et son camp d’entraînement cette année lui ont donné énormément de confiance», confie Bernard, qui qualifie le lancer du Russe de niveau de la Ligue nationale. «Je pense qu’il a réalisé qu’il était capable de compétitionner avec des joueurs de ce calibre-là.»

L’ailier gauche de 5’10” et 176 livres partage cette analyse. «J’ai franchi une bonne étape au camp des Sharks et ça m’a montré que je pouvais avoir ce qu’il fallait pour jouer en haut.»

Pas de plan B 

Les derniers contacts de Chekhovich avec le dépisteur des Sharks pour le nord-est de l’Amérique du Nord, le vénérable Gilles Côté, lui ont confirmé que le club qui l’a repêché en septième ronde (212e au total)en 2017 est satisfait de sa progression. Il a d’ailleurs signé un contrat avec San Jose le printemps dernier.

Jouer «en haut» est la seule cible de Chekhovich. Comme la grande majorité des Européens qui viennent tenter leur chance dans la Ligue canadienne de hockey, il mise tout sur ce sport. Il reconnaît même candidement qu’il n’a pas de plan B si jamais le hockey venait à lui tourner le dos. À part lire un peu et jouer au Playstation, ses temps libres sont encore et toujours consacrés au hockey. Il n’a même plus d’amie de cœur!

Chekho avoue aussi qu’il a trouvé Baie-Comeau plutôt tranquille lorsqu’il est débarqué, lui qui vient de Iekaterinbourg, une ville de 1,5 million d’habitants. C’est pas mal plus que les quelque 22 000 de Baie-Comeau! «C’est bien pour moi, car il n’y a pas trop de distraction extérieure. Je suis ici pour jouer au hockey et je me concentre toujours là-dessus», fait-il valoir.

Le hockeyeur se souvient cependant que ce fut difficile de quitter sa Russie natale à 17 ans, mais il ne regrette absolument rien, car il se dit convaincu d’avoir fait le bon choix. «Ce n’est pas facile, mais c’est profitable pour n’importe quel joueur européen, pas seulement russe, de venir jouer dans la LHJMQ. C’est une bonne ligue et Baie-Comeau, c’est une bonne place pour ça. On a une bonne équipe, de bons entraîneurs, de bons coéquipiers, de bons partisans et on est bien encadrés.»

Pleins feux

Colten Ellis: le rieur masqué

RIMOUSKI — «J’adore rire», lance Colten Ellis en esquissant un sourire convaincant. D’un calme olympien et d’une nature plutôt discrète sur la patinoire et dans la chambre des joueurs, il dissimule pourtant bien son côté hilare. Même son entraîneur est surpris d’apprendre ce trait de caractère chez son gardien no 1.

«C’est un gars très tranquille dans le vestiaire», perçoit plutôt Serge Beausoleil. «Il est dans son coin, très sérieux. Ça reste un gars calme, discret et effacé. Il est posé dans tout ce qu’il fait.»

Le pilote des Bleus concède toutefois qu’il arrive à Ellis de «rire des niaiseries des autres, qu’il aime rigoler en temps opportun et qu’il est moqueur». Ses coéquipiers ne manquent d’ailleurs pas eux aussi de le taquiner. Mais Beausoleil n’aurait pas cru que le gaillard de 6’1” et 183 livres puisse se bidonner en écoutant des comédies!

«Je l’apprends», laisse tomber Beausoleil d’une mine à la fois étonnée et ravie. Lors de l’entrevue en anglais avec Le Soleil, les éclats de rire ont d’ailleurs été naturellement fréquents de la part du rouquin.

Quand le Néo-Écossais d’origine ne joue pas au hockey ou qu’il ne se consacre pas à ses études, il aime aller au cinéma. «L’été, tous les lundis, je vais m’entraîner à Sydney», raconte-t-il. «En même temps, avec ma famille, on va au cinéma. Mon frère et moi, on regarde aussi des émissions de télé, la plupart du temps des comédies. Je vais parfois voir des films d’action, mais je n’aime jamais autant ça que des comédies! J’ai un grand sens de l’humour!»

Outre le cinéma, il aime aussi jouer à différents sports avec ses amis, pour le plaisir. Il conserve d’ailleurs d’excellents souvenirs de ceux qu’il a pratiqués à l’école lorsqu’il était plus jeune, que ce soit du basketball, du volleyball ou du soccer.

Le nez dans les livres

Lorsque le gardien n’est pas sur la glace, il a le nez dans ses livres. On le décrit comme un étudiant sérieux et ambitieux. D’ailleurs, il a été nommé le joueur étudiant du mois de novembre au sein de sa formation.

«Ça exprime pas mal qui il est», décrit son entraîneur. «C’est un joueur dédié, qui a de très bonnes aptitudes de travail, autant sur la glace qu’à l’extérieur. Dans ses études, il est appliqué et sérieux dans ce qu’il fait. Il est très cérébral.»

L’étudiant termine sa 12e année au Trimble High School, dont les cours sont offerts en ligne au Cégep de Rimouski. Son programme comporte des cours d’arts, de technologies de l’information et d’anglais. Par la suite, il compte s’inscrire à l’université en kinésiologie, pour éventuellement pratiquer sa profession auprès des sportifs, idéalement les hockeyeurs.

À sa deuxième année à Rimouski, a-t-il l’intention d’apprendre le français? «Mon français était bon quand je suis arrivé l’an dernier», raconte-t-il. 

«Mais maintenant, j’en ai perdu. J’espère que l’an prochain, je serai meilleur. Il faudrait que je pratique avec mes coéquipiers francophones, mais ils me parlent en anglais. Quand je prête attention, je comprends quelques mots en français.»

Parfois, il se risque à dire quelques phrases dans la langue de Molière : «Merci», «Allô», «Comment ça va?», S’il-vous-plaît», «Bonne journée»... «Je suis vraiment bon pour commander au Tim Hortons», ajoute-t-il avec son air pince-sans-rire.

Sa logeuse de Rimouski tente de lui inculquer des notions de français. «Marie Soucy est incroyable pour moi», mentionne-t-il avec beaucoup de reconnaissance. «Elle essaie de m’apprendre le français. Elle fait plein de petites choses pour moi. Elle veut toujours être sûre que tout va bien. Elle est toujours là pour répondre à mes besoins. Elle est vraiment extraordinaire!» Originaire d’Edmundston (N.-B), la dame héberge également son coéquipier Carson MacKinnon.

Il adore Rimouski

Ellis adore Rimouski. «Les fans sont spectaculaires. C’est vraiment plaisant. Tous les gens et les fans sont vraiment aimables. Ça rend mon séjour intéressant. C’est une grosse ville de hockey!»

D’ailleurs, s’il compare son village natal de Whycocomagh à Rimouski, il considère celle-ci comme une grosse ville. Il faut dire que sa municipalité, dont le nom signifie «tête des eaux» en micmac, ne compte que quelque 800 âmes!

Né le 5 octobre 2000, il est l’aîné d’une famille de trois enfants. Il a un frère et une sœur : Matthew, 16 ans et Haylee, 11 ans. Son père, Brian Ellis, est entrepreneur de machinerie lourde et sa mère, Jo-Ann Campbell, est réceptionniste pour une clinique vétérinaire.

Ellis raconte les premières années de sa vie avec ravissement. «J’ai eu une enfance amusante», relate-t-il avec une étincelle dans les yeux. «J’étais très actif. J’ai essayé différents sports. J’ai fait des voyages scolaires très intéressants. La communauté à laquelle on appartenait était très gentille. 

J’ai plusieurs amis avec qui j’ai grandi et dont je suis resté proche.»

Pleins feux

Adonis Stevenson revisite ses 10 combats pour le titre

Adonis Stevenson est champion du monde WBC des poids mi-lourds depuis 2002 jours. Près de cinq ans et demi. Une éternité dans le monde de la boxe. Avec une victoire samedi soir à Québec, ville où il a mis sa couronne en jeu le plus souvent, le puissant gaucher surpasserait Lucian Bute et ses neuf défenses à succès, un record pour un boxeur québécois. Revoyez les 10 combats pour le titre à travers les yeux du champion lui-même et de son promoteur Yvon Michel, qui passe en revue ceux contre qui Superman s’est battu… ou pas.

1. Chad Dawson (États-Unis, 31-2),
8 juin 2013 à Montréal ,
victoire par K.-O. à 1:16 du 1er round

› Adonis Stevenson «C’est le début du règne! La réalisation d’un rêve que je caressais lorsque je suis devenu professionnel [en 2006]. J’aurais pu gagner la ceinture IBF à 168 livres les mains dans le dos, mais je préférais celle de la WBC, même à 175 livres. La ceinture verte, c’est la plus prestigieuse! J’avais dédié ce combat à mon entraîneur Emanuel Steward [décédé en 2012], qui m’avait dit que je deviendrais un grand champion. Je ne voulais pas le décevoir.»

› Yvon Michel «Adonis était l’aspirant obligatoire des 168 livres de l’IBF. Mais Carl Froch a préféré une unification contre Mikkel Kessler et le vainqueur abandonnait le titre pour qu’Adonis se batte pour la ceinture contre un autre aspirant. Entretemps, Jean Pascal devait affronter Chad Dawson pour le titre des 175 livres du WBC. Mais l’occasion pour Pascal d’affronter Lucian Bute s’est présentée. Donc, Jean s’est retiré du combat de Dawson et HBO a accepté de prendre Stevenson-Dawson en à-côté de Bute-Pascal.»

2. Tavoris Cloud (États-Unis, 24-1),
29 septembre 2013 à Montréal,
victoire par abandon à 3:00 du 7e round

› Adonis Stevenson «On disait que j’avais gagné la ceinture par chance, et je l’ai encore! Des faux prophètes disaient que je devais ma victoire contre Dawson à un coup de poing chanceux, que Cloud allait me battre. Mais je leur ai fait ravaler leurs paroles! Après, Don King a dit que j’avais la force de Mike Tyson et les pieds qui bougeaient comme Muhammad Ali. C’était vraiment flatteur.»

› Yvon Michel «La première année où un gars devient champion, il a l’adrénaline, n’est pas encore riche et veut se battre. Cloud était un protégé du promoteur Don King et considéré comme un boxeur dangereux, un ancien champion du monde affamé qui revenait pour prendre son titre. Avant le combat, King m’a dit : “Yvon, je ne veux pas te faire de peine, mais mes éclaireurs m’ont dit que ton gars n’est pas de taille. Ce ne sera pas long.” Puis, après un round : “Fuck! Je vais congédier tous mes éclaireurs!”»

3. Tony Bellew (Angleterre, 20-1-1),
30 novembre 2013 à Québec,
victoire par T.K.-O. à 1:50 du 6e round

› Adonis Stevenson «Bellew a accompli beaucoup. Il a été champion des lourds-légers [2016] et s’est même battu poids lourd. Je suis l’un des deux seuls qui l’ont arrêté. Mais à la différence d’Usyk [10 novembre dernier], j’ai battu un Bellew plus jeune, plus féroce, plus hargneux. C’est mon adversaire contre qui il y a eu le plus d’animosité avant le combat, on en est venus aux coups à la pesée. On essayait aussi de me déconcentrer pendant la semaine [avec des articles accablants sur son passé publiés dans La Presse], mais je suis passé à travers de ça. Je suis passé à travers Bellew, aussi.»

› Yvon Michel «Tony Bellew était extrêmement suspicieux. Il était convaincu qu’on ferait tout pour lui nuire, comme empoisonner sa nourriture. Il n’a pas dit à quel hôtel il logeait et n’acceptait même pas un verre d’eau de notre part. Mais Adonis n’a pas eu besoin de ça. [À cause des textes de La Presse], je n’ai jamais vu Adonis aussi furieux. Il s’est présenté sur le ring en broyant du noir. Tout ce qu’il voulait, c’était détruire ce qu’il avait devant lui. Même après la victoire, il n’a pas souri.»

4. Andrzej Fonfara (Pologne, 25-2),
24 mai 2014 à Montréal,
victoire par décision unanime

› Adonis Stevenson «Tenir mon camp d’entraînement en Allemagne a été ma plus grosse erreur en carrière! Le décalage horaire m’a épuisé et en plus, je me suis fait une hernie discale. Deux, trois semaines à juste me faire soigner et masser. Mais je ne voulais pas repousser le combat. Et déjà que j’avais mal au dos, je me suis blessé à la main gauche dès le deuxième round. Ça faisait mal! Je suis allé au plancher [au 9e round], mais ce n’est pas pour rien que je suis champion. Je me suis relevé et j’ai continué comme si de rien n’était.»

› Yvon Michel «HBO avait un combat contre Sergey Kovalev dans les plans, mais Adonis s’est associé à Al Haymon, qui était avec Showtime. Puis il y a eu le camp en Europe, son entraîneur Sugar Hill était adjoint auprès de Wladimir Klitschko. On nous a caché la blessure au dos ; ils ne pensaient pas que Fonfara était un défi important. Adonis a envoyé Fonfara au tapis dès les premières minutes, ce qui renforçait son opinion, mais il s’est finalement battu 12 rounds pour la première fois de sa carrière.»

5. Dmitry Sukhotskiy (Russie, 22-2),
19 décembre 2014 à Québec,
victoire par K.-O. à 2:42 du 5e round

› Adonis Stevenson «La veille, j’ai subi une opération pour enlever un kyste dans la bouche, à 24 heures du combat! On m’avait conseillé de ne pas le faire, mais ça faisait vraiment mal et c’était trop enflé. Une fois dans le ring, je me suis arrangé pour ne pas manger trop de coups de poing.»

› Yvon Michel «Le rêve d’Adonis était d’affronter Bernard Hopkins et on avait une entente pour l’automne. On avait même réservé la date du 10 octobre. Mais Oscar De La Hoya a repris le contrôle de Golden Boy Promotions et est retourné à HBO pour faire Hopkins-­Kovalev! Sukhotskiy était un cadeau de consolation pour rester actif avant Kovalev, qui a battu Hopkins. Jean Pascal était l’aspirant obligatoire de Stevenson et a accepté de mettre sa position en jeu contre Kovalev. Alors, on a fait Sukhotskiy en pensant que le prochain combat serait contre le gagnant de Pascal-Kovalev.»

6. Sakio Bika (Cameroun, 32-6-3),
4 avril 2015 à Québec,
victoire par décision unanime

› Adonis Stevenson «Bika a affronté plein de gros noms, a boxé contre Andre Ward et même Joe Calzaghe! Bika-Ward avait été très serré, mais moi, je n’ai pas été en danger dans ce combat. Je l’ai boxé stratégique. Tu y vas pour knocker, mais si ça ne fonctionne pas, je suis polyvalent.»

› Yvon Michel «C’était la grande première à CBS de la série Premier Boxing Champions [PBC]. En direct, le samedi après-midi. On avait eu plus de 400 000 de cotes d’écoute à TVA Sports et plusieurs millions à CBS. C’était le dernier combat avant Kovalev, qui avait battu Pascal [en mars]. Bon combat, bonnes cotes d’écoute, c’était parfait! Mais la veille de notre départ pour l’appel d’offres à Mexico, le président du WBC m’a appelé pour me dire que Kovalev et sa promotrice Kathy Duva se retiraient. Ç’a été une énorme déception.»

7. Tommy Karpency (É.-U., 25-4-1),
11 septembre 2015 à Toronto,
victoire par T.K.-O. à 0:21 du 3e round

› Adonis Stevenson «Ce n’est pas moi qui choisis mes adversaires. Dès qu’il a fait une erreur, j’ai pu en profiter et j’ai ouvert la machine.»

› Yvon Michel «On se retrouve sans combat populaire. Pascal devient moins intéressant parce qu’il a perdu contre Kovalev qui, lui, affronte son aspirant obligatoire, un obscur Français. Karpency vient de battre Chad Dawson, qui n’a jamais demandé sa revanche incluse dans le contrat du premier combat contre Stevenson. Il nous a revendu ses droits pour 125 000 $US. Karpency est hot et on avait toujours voulu explorer le marché de Toronto, alors le moment était bien choisi.»

8. Thomas Williams Jr (É.-U., 20-1),
29 juillet 2016 à Québec,
victoire par K.-O. à 2:54 du 4e round

› Adonis Stevenson «Plusieurs disaient que j’allais perdre ce combat-là, il était l’étoile montante aux États-Unis. Il a essayé de mettre de la pression au corps à corps, et j’ai détruit son corps. Une fois que je l’ai battu, il n’a plus été le même par après. Quand tu encaisses un gros K.-O. comme ça, vaut mieux prendre au moins un an pour te reposer. Mais lui est retourné trop tôt, contre un autre gaucher et il s’est fait encore knocker.»

› Yvon Michel «PBC avait tellement dépensé d’argent en partant que ça commençait déjà à peser sur le frein. Al Haymon s’était associé à plusieurs boxeurs et n’avait pas autant de dates de télé que prévu, alors on s’est retrouvés en plein été contre un bon jeune boxeur prometteur. Un super combat spectaculaire, mais qui n’a pas duré longtemps.»

9. Andrzej Fonfara (Pologne, 29-4),
3 juin 2017 à Montréal,
victoire par T.K.-O. à 0:28 du 2e round

› Adonis Stevenson «J’avais des choses à prouver et ça n’a pas pris de temps. Pourtant, après avoir fait 12 rounds la première fois, il était très confiant. Il était allé chercher les meilleurs entraîneurs et spécialistes du conditionnement physique. Mais je n’avais pas mal au dos ni à la main gauche, alors il y avait une grosse différence.»

› Yvon Michel «Après la défaite contre Stevenson, Fonfara a battu Julio Cesar Chavez, s’est fait surprendre par Joe Smith, mais a ensuite passé le K.-O. à Dawson. Et après leur premier affrontement, Adonis voulait montrer que Fonfara n’avait pas d’affaire dans le même ring que lui pendant 12 rounds. De notre côté, on voulait prendre le temps d’augmenter la valeur d’Eleider Alvarez, qui avait battu Lucian Bute en février. On a mis Pascal-Alvarez sur la carte pour mettre la table pour Stevenson-Alvarez.»

10. Badou Jack (Suède, 22-1-2),
19 mai 2018 à Toronto,
nulle par décision majoritaire

› Adonis Stevenson «Malgré le match nul, j’ai gagné ce combat. Je n’étais pas à 100 % non plus, j’avais la grippe. Comme je ne pouvais pas prendre de médicament, je prenais du miel chaud pendant la semaine, mais ça ne passait pas. Une fois dans le combat, j’avais le nez bouché et de la misère à respirer. C’est comme si je boxais contre deux adversaires : Badou Jack et la grippe!»

› Yvon Michel «Alvarez-Stevenson était prévu à l’automne, à Québec. Mais Stevenson-Jack se dessinait pour une unification, au début, et j’ai reçu un appel de Kathy Duva. Kovalev devait affronter Marcus Browne, mais celui-ci venait de se faire arrêter pour violence conjugale et elle craignait que le combat soit annulé. Elle a fait une offre pour Alvarez. Stevenson, lui, s’est laissé distraire par ces histoires d’unification ou pas et de Montréal ou Toronto. Et a juste passé trois semaines avec son entraîneur. Maintenant, Jack est encore l’aspirant obligatoire
au gagnant de Stevenson-Gvozdyk et on espère
aussi Alvarez-­Steven­son l’an prochain.»

PLEINS FEUX

La Coupe aux souvenirs

Pour la cinquième fois en 54 ans d’histoire du Championnat canadien du football universitaire, le match de la Coupe Vanier se tient à Québec, samedi après-midi. Le Soleil a remonté le temps en compagnie des joueurs par excellence des quatre finales tenues jusqu’ici au stade de l’Université Laval. Vivez ou revivez ces moments uniques sous un nouvel éclairage truffé de souvenirs, d’anecdotes et même de révélations!

2009 › Queens’ 33/Calgary 30

DEUXIÈME DEMIE MAGIQUE

Ce n’est pas un ni deux, mais trois matchs de fous que les Gaels ont gagnés en ce mois de novembre 2009 afin d’être couronnés champions canadiens.

La plus importante remontée en deuxième demie dans l’histoire de la Coupe Vanier, Queen’s effaçant un déficit de 25-7, a suivi des victoires in extremis de 43-39 aux dépens de Western et d’un autre super quart-arrière, Michael Faulds, puis de 33-31 contre le Rouge et Or et le non moins fantastique Benoît Groulx sur le terrain boueux de Kingston.

«Ces trois matchs font partie des moments les plus excitants de toute ma carrière», atteste celui qui a ensuite évolué une saison dans la LCF, devenant le premier quart-arrière canadien à prendre une remise pour les Argonauts de Toronto en plus de 40 ans.

Cette première présentation du match de la Coupe Vanier au Québec coïncidait avec la première visite de Brannagan au PEPS et son dernier match universitaire. «C’était l’un des endroits où, en commençant ma carrière, j’espérais un jour avoir la chance de jouer. Malgré le vent et le froid, il y avait quand même beaucoup d’amateurs [18 628] et c’était très impressionnant», se remémore-t-il.

«Très divertissant»

Le match s’est de plus avéré «très divertissant», résume Brannagan. Un euphémisme. En retard par 18 points, les Gaels ont pour ainsi dire ouvert le troisième quart avec un jeu de passe de 60 verges pour le majeur à Devan Sheahan, le fils de l’entraîneur-chef Pat Sheahan.

«Les coachs n’ont pas eu besoin de parler beaucoup, à la demie. Notre équipe était expérimentée et on était habitués aux matchs serrés. On savait qu’il fallait juste s’en tenir à ce qu’on savait faire.»

En deuxième demie, Brannagan a réussi 11 de ses 19 passes pour 221 verges de gains, dont six en sept pour 117 verges juste au quatrième quart. «J’en garde plein de bons souvenirs, mais plus de la deuxième demie que de la première... Je ne pouvais pas demander une plus belle fin de carrière universitaire. Mon seul regret est de ne pas avoir eu le temps d’explorer la ville, alors je devrai y retourner pour découvrir Québec davantage», conclut-il, comme une promesse à lui-même.

Pleins feux

Un invité-surprise et un habitué au Bol d'or

LES ÉLANS DE GARNEAU, UNE «FAMILLE» EN FINALE

Les Élans du Cégep Garneau affrontent la meilleure équipe et sans doute les deux meilleurs joueurs du football collégial québécois. Mais au talent individuel, le club de Québec opposera l’effort collectif. Ou «la famille», comme ils disent.

Le mot «famille» est revenu dans les quatre entrevues du Soleil avec l’entraîneur-chef et trois joueurs des Élans, cette semaine, à quelques jours de l’affrontement ultime contre le Phénix du Collège André-Grasset de Montréal.

Le duel a lieu samedi (15h), au Complexe sportif Claude-Robillard de Montréal. La fin de semaine du Bol d’or réunit les finales de cinq catégories.

Après une saison misérable de 1-8 en 2017 et la menace d’être relégués en deuxième division, le retour des Élans en finale pour la première fois en sept ans relève de l’exploit. «La différence, c’est qu’on est vraiment unis. On pousse tous dans la même direction, ce qui nous permet de se surpasser et d’avoir les résultats qu’on désire. On joue en famille», résume le porteur de ballon et botteur Émile Malenfant.

Personne n’est dupe, à Garneau. Tout le monde connaît le quart-arrière du Phénix, Jonathan Sénécal, et son receveur de prédilection, Kevin Mitale. Sénécal vient d’être nommé joueur par excellence de la première division collégiale pour 2018 et il frise 3000 verges de gains par la passe (2956) en 10 matchs.

Mitale a été le troisième dans l’histoire à surpasser 1000 verges sur réception en saison régulière collégiale D1 (1058). Sans oublier le porteur de ballon Anthony Renault, auteur de 40 portées en demi-finale.

Le Phénix a inscrit 354 points en 10 rencontres. Dans le seul duel entre les deux clubs cet automne, Garneau a baissé pavillon 46-32, Sénécal expédiant quatre passes de touché, dont deux à Mitale.

«Grasset n’a pas fini en première place pour rien [fiche de 7-2], c’est un club bourré de talent», constate l’entraîneur-chef Claude Juneau, lui-même vainqueur de cinq Bols d’or avec le Cégep du Vieux-Montréal, deux comme joueur et trois comme coach. Il est à la tête des Élans pour une cinquième campagne et les mène en éliminatoires pour la première fois en trois ans.

Négligés toute l’année

«On a composé avec le rôle de négligés toute l’année», explique Juneau. «C’est une chose qu’on connaît et avec laquelle on fonctionne bien. Tout le monde a embarqué dans le processus d’avancer une semaine à la fois. Je le dis souvent aux gars : il faut être en mesure de canaliser nos émotions et de les sortir aux bons moments pour rester en contrôle tout le match.»

L’ailier rapproché vétéran Philippe Bellerose parle d’un tout nouvel état d’esprit. «Notre but, depuis qu’on a recommencé à s’entraîner en janvier, n’est pas juste de se rendre au Bol d’or, mais de le gagner. On est rendu à prouver qu’on n’a pas fait tout ça pour rien», avance celui qui fait partie des étoiles de la ligue avec ses coéquipiers défensifs Thomas Khuong, Ian Leroux et Geoffrey Cantin-Arku.

Le secondeur Leroux, comme dans toute bonne famille un secondeur, parle justement de «discipline» comme mot d’ordre prioritaire.

«C’est sûr que [les gars de] Grasset, ils sont bons. On ne peut pas leur enlever ça. Mais on a aussi une bonne équipe. Il ne faut pas prendre ça plus gros ni plus petit que ce l’est. Tout le monde est humain, tout le monde a ses forces et ses faiblesses», conclut Malenfant avec conviction.

LES ÉLANS EN BREF

- Entraîneur-chef : Claude Juneau (depuis 2014)

- Fiche cette saison : 5-4 (5e position)

- Éliminatoires : victoires de 28-14 à Lennoxville et de 32-22 au Vieux-Montréal

- Titres : 2011, 2008 et 2000 (D2)

Joueurs à surveiller

1) Tristan Blais (quart-arrière)

Dans les airs  : 81 en 197 (41 %), 1185 verges, 17 touchés et 2 interceptions

Au sol : 144 portées, 611 verges et 7 touchés

À noter : il a couru 26 fois et tenté 26 passes en demi-finale, réussissant 3 passes de touché sur 7 passes captées.

2) Émile Malenfant (porteur de ballon)

130 portées, 647 verges et 5 touchés

À noter : il est aussi botteur de dégagement et de précision.

3) Geoffrey Cantin-Arku (secondeur et retourneur)

63,5 plaqués et 5 interceptions

À noter : il poursuivra sa carrière à l’Université de Syracuse, en 2019.

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Pleins feux

Guylaine Dumont: d'écoute, de doute et d’instinct

Autant Guylaine Dumont a pris beaucoup de place sur un terrain de volleyball comme joueuse, autant elle se montre aujourd’hui discrète en bordure des lignes dans son rôle d’entraîneuse. Nouvelle adjointe chez les Élans du Cégep Garneau, l’olympienne ne dit pas non à l’idée d’un jour devenir coach en chef. Mais seulement dans une formule de copilotage qui épouserait sa philosophie d’écoute et de partage, ce dont elle a trop manqué durant sa carrière d’athlète.

Reconnue comme l’une des plus grandes joueuses de volleyball canadiennes de l’histoire, Guylaine Dumont a fait partie du programme de l’équipe nationale durant une quinzaine d’années, a joué dans les rangs professionnels en Italie et au Japon et détient 12 titres de championne canadienne.

Mais c’est à la fin de sa carrière, revenue d’une retraite de trois ans et sur le sable du volleyball de plage qu’elle a connu son heure de gloire dans l’œil public. En 2004, avec une coéquipière de 14 ans sa cadette, Dumont, alors âgée de 36 ans, a décroché une cinquième position aux Jeux olympiques d’Athènes. Résultat à ce jour encore jamais surpassé par un duo de Canadiennes sous les cinq anneaux.

«Je suis bien dans mon rôle d’assistante», sourit celle qui retrouve après plus de 32 ans le vert des Élans, la couleur de ses yeux. La jeune Guylaine a joué pour Garneau à 19 ans, alors que son patron et actuel entraîneur-chef, Ian Poulin-Beaulieu... n’était même pas né!

Après six ans comme bras droit de Julien Paquette, parti au printemps dernier, Poulin-Beaulieu vient de prendre la barre de l’équipe. Il a 30 ans et l’autre adjointe, Mariane Demers-Ménard, aussi une ancienne des Élans tout juste retraitée, 21. Alors à 51 ans, Dumont a l’âge total des deux autres!

Dumont et Poulin-Beaulieu se sont connus il y a cinq ans, à l’Université Laval. Elle était entraîneuse adjointe avec le Rouge et Or et lui encore étudiant. «Comme j’étais souvent à l’université, j’ai suivi un cours en intervention sportive. Il était dans ma classe, je l’ai adoré! Je coachais aussi sa sœur [Audrey Poulin-Beaulieu]», explique-t-elle.

«J’aime beaucoup sa philosophie de coaching vraiment centrée sur l’athlète», poursuit-elle. «Il donne des responsabilités et de l’autonomie aux athlètes. Ça va carrément avec la philosophie que j’ai développée au fil des années à travers mes expériences personnelles et thérapeutiques.»

Repartir de zéro

Car son «vrai boulot» est celui de thérapeute en relation d’aide, formation acquise avant son retour jusqu’aux JO de 2004. Profession où Dumont adopte «une approche non directive créatrice», souligne-t-elle, tout ce que quelques entraîneurs abusifs lui ont nié durant tant d’années.

Pleins feux

La loyauté au cœur du parcours de Patrice Bergeron

Comme le long fleuve tranquille qui coule au bas de la côte où il a grandi, Patrice Bergeron s’impose tout naturellement dans le paysage de la LNH. Bien ancré à ses racines, coéquipier d’une loyauté exemplaire et fidèle à l’équipe qui lui a fait confiance, il fait partie depuis déjà plusieurs années des joueurs les plus respectés de sa génération. En prévision de sa 15e saison dans la LNH, qui lui permettra de disputer son 1000e match en carrière. Le Soleil l’a rencontré, à la fin de l’été, avant qu’il ne mette le cap vers Boston, où les Bruins disputent leur match d’ouverture locale, lundi.

Patrice Bergeron n’est pas du genre à prendre le plancher. Il laisse plutôt parler ses actions qui lui ont permis d’atteindre la LNH à 18 ans. Il pourrait aussi atteindre les plateaux des 300 buts et des 800 points dans la LNH au cours de l’actuelle saison.

Sa feuille de route est impressionnante avec une Coupe Stanley en poche et des médailles d’or aux Jeux olympiques, à la Coupe du monde, au Championnat du monde senior, au Mondial junior et même à la Coupe Spengler pendant le lock-out de la LNH de 2012. Tout ce qu’il touche se transforme en succès. 

 Et on n’a pas encore parlé des honneurs individuels que Bergeron collectionne, comme le trophée Frank-Selke qu’on lui a remis quatre fois en qualité de meilleur attaquant défensif de la LNH, et le King-Clancy, pour son implication dans la communauté.

«En fait, je ne joue que pour un seul trophée, soit la Coupe Stanley. Même chose dans les événements internationaux, ce qui compte, c’est uniquement la médaille d’or. À mes yeux, tout accomplissement collectif surpasse n’importe quel honneur personnel. Lorsqu’on me nomme pour un trophée, c’est aussi mes coéquipiers que l’on récompense, car tout se passe en équipe», dit-il avec humilité.

Ce trait de caractère le suit depuis toujours. Peu importe où il est passé, le numéro 37 n’a jamais porté ombrage à quiconque.

«Je suis réservé, je suis à mon affaire. Je ne joue pas à la vedette, c’est bien la dernière chose que je voudrais que l’on dise de moi. J’ai pris de l’assurance avec le temps, et dans le vestiaire, je suis plus à l’aise de prendre la parole qu’à mes premières années. Je parle, j’encourage, mais j’essaie aussi de ne pas toujours avoir le même discours, parce que le message ne passe plus lorsqu’on parle tout le temps ou qu’on devient monotone», souligne le centre de 33 ans.

Déjà loyal dans le midget AAA

Le hockey lui a apporté gloire et fortune, mais Bergeron reste terre à terre devant tout cela. Il est concentré sur le moment présent, mais ne s’interdit pas d’apprécier ce qu’il a vécu depuis le début de sa carrière.

«Les plus vieux joueurs me disaient de bien vivre chaque moment, chaque expérience, parce que ça passait très vite. En vieillissant, j’essaie de le faire au jour le jour, autant sur la glace qu’à l’extérieur. Je ne suis pas toujours en train de regarder ce que j’ai fait, mais j’en suis fier. J’ai réalisé le rêve de pas mal de ti-gars du Québec, tout en restant concentré sur ce que je fais.»

Pleins feux

Les 4 Fantastiques du cross-country

Quatre filles de Québec de tout juste 20 ans sont en ce moment les étoiles les plus brillantes au firmament de la course à pied québécoise. Membre de la même équipe universitaire de cross-country avec le Rouge et Or de l’Université Laval cet automne, leur trajectoire pourrait les mener jusqu’aux Jeux olympiques.

Regardez-les bien courir. Et ne clignez pas des yeux, elles courent vite. Pas comme le Flash, mais presque. Plus comme quatre superhéroïnes qui feraient régner la loi sur les parcours en milieu naturel tout l’automne. Les 4 Fantastiques du cross-country, mais sans l’homme-roche, la femme invisible, monsieur élastique ou la torche humaine. Catherine Beauchemin, Anne-Marie Comeau, Aurélie Dubé-Lavoie et Jessy Lacourse, elles, leur superpouvoir, c’est la course.

«C’est de loin l’équipe féminine de cross-country la plus forte que j’ai dirigée en huit ans avec le Rouge et Or. Ça n’a rien à voir ce qu’on a eu dans le passé», affirme d’emblée l’entraîneur Félix-Antoine Lapointe, autour de qui elles se sont réunies.

«Ça témoigne d’une évolution marquée de la course à pied dans la région de Québec au cours des dernières années, mais ça va au-delà de ça. On a vraiment affaire à quatre athlètes d’exception. Ce n’est pas toutes les années qu’on en a quatre comme elles qui choisissent de venir dans la même équipe», indique le coach.

Ce qui lui permet d’envisager une domination sur la scène provinciale universitaire pendant trois ans, puisque Beauchemin est une verte recrue, Comeau et Lacourse des athlètes de deuxième année, tandis que Dubé-Lavoie écoule sa troisième de cinq saisons d’admissibilité au sport universitaire.

«C’est donc trois ans où l’équipe a le potentiel d’être parmi les meilleures au pays», poursuit celui qui s’attend à conserver le titre provincial de 2017 et «à tout le moins» répéter un podium sur la scène canadienne universitaire féminine, comme l’an passé.

«Et si les choses vont bien, on devrait être compétitives pour la victoire», ajoute un Lapointe à la fois confiant et réaliste de pouvoir en découdre avec les puissances ontariennes des universités de Toronto, Queen’s et Guelph, lors du Championnat canadien du 10 novembre, à Kingston.

À moins d’une surprise, seulement l’une de ces quatre équipes rentrera sans médaille. «Ce ne sera pas nous!» clament les quatre filles en chœur.

De vraies amies

En plus de se côtoyer à l’entraînement la semaine et en tête des courses la fin de semaine — Beauchemin, Lacourse et Dubé-Lavoie ont rempli le podium de l’épreuve de 6 km sur les plaines d’Abraham samedi dernier, pendant que Comeau réalisait le septième temps de l’histoire pour une Québécoise sur demi-marathon, à Montréal —, les quatre filles sont aussi de vraies amies.

Elles se connaissent depuis le secondaire. «On faisait de l’athlétisme scolaire et comme Catherine n’était pas dans la même course que moi, je lui avais emprunté ses souliers à crampons, raconte Aurélie. C’est là qu’on s’est connues!

«Je connais Anne-Marie depuis qu’on a 13 ans, continue--t-elle. Anne-Ma, Jess et moi avons aussi participé ensemble aux Championnats panaméricains juniors en 2015, à Edmonton.

«Je suis tout le temps contente si c’est Jessy ou Cat ou Anne-Marie qui gagne une course à laquelle j’ai participé. On est tellement égales toutes les quatre que ça va dépendre du parcours et de qui a la meilleure journée. On s’échange ça», explique celle qui a été nommée athlète féminine par excellence du cross-country universitaire québécois l’an dernier, après son titre de meilleure recrue en 2016. Le titre de recrue est revenu à Comeau, en 2017.

Écrire l’histoire

Lacourse révèle qu’après un exil de 13 ans à Victoriaville, «je sentais le besoin, la presse de devoir venir changer quelque chose si je voulais continuer à progresser et ne pas me blesser».

«Je savais qu’il y avait des bonnes filles qui couraient ensemble à Québec et j’étais tannée de courir toute seule dans des infrastructures en béton. Alors au milieu de mon cégep, en plein hiver, j’ai appelé Félix-Antoine pour voir si je pouvais me joindre à son groupe. Ça fait trois ans», fait valoir Lacourse, par ailleurs nommée athlète féminine par excellence au Québec en athlétisme universitaire la saison dernière.

Car si elles sont à la fois coéquipières et rivales dans les sentiers à l’automne, sur piste, l’hiver et l’été, Lacourse et Beauchemin se livrent une chaude lutte au 3000 mètres steeplechase. Elles s’échangent le record provincial féminin senior civil depuis trois ans.

Alors qu’aucune coureuse québécoise n’était passée sous la barre des 10 min 30 il y a à peine quatre ans, le record que détient Beauchemin depuis cet été est de 9:57,82, une seconde et demie de mieux que les 9:59,37 enregistrées par Lacourse quelques semaines plus tôt. «Ces deux-là sont en train d’écrire l’histoire de cette épreuve au Québec», insiste coach Lapointe.

Pendant ce temps, hors des sentiers, Dubé-Lavoie se concentre sur les courses de demi-fond de 1500 et de 5000 mètres et Comeau vise les longues distances autant en espadrilles qu’en ski de fond. Elle a participé aux Jeux olympiques d’hiver de PyeongChang, en février dernier.

Effet d’émulation

Seule du quatuor à ne pas venir précisément de Québec, mais de Saint-Ferréol-les-Neiges, à l’ombre du Mont-Sainte-Anne, Comeau déniche une stimulation supplémentaire quand elle retrouve ses trois comparses à l’entraînement, les soirs de semaine. «Quand on est ensemble, je force plus sans m’en rendre compte», avoue-t-elle.

Cet effet d’émulation ne peut que profiter aux quatre, estime leur mentor. Les groupes d’entraînement d’élite sont chose courante dans l’univers de la course à pied et ont fait leurs preuves.

«On ne court pas l’une contre l’autre, mais l’une avec l’autre, résume Lacourse. Après la course de samedi passée, on s’est toutes tapé dans les mains!»

Sur les bancs d’école, Beauchemin amorce ses études en médecine, Comeau étudie l’administration des affaires, Dubé-Lavoie le droit et Lacourse l’éducation préscolaire et primaire.

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Pleins feux

Le retour vers le futur de Patrick Roy

Mai 2013. Onde de choc dans le monde du hockey. Patrick Roy quitte les Remparts de Québec et fait le saut dans la LNH comme entraîneur-chef de l’Avalanche du Colorado. Une décision réfléchie, mais aucunement planifiée. Tout au long de la saison précédente, le Diable rouge en chef pensait plus à bâtir une équipe en prévision de la Coupe Memorial qu’à remporter la Coupe Stanley. À l’occasion de son retour derrière le banc, Le Soleil revient sur ses derniers mois à la barre des Remparts, le club qu’il n’a quasiment jamais quitté.

Ironiquement, c’est la construction de l’amphithéâtre où Patrick Roy dirigera son premier match, samedi après-midi, qui l’influencera, en partie, à mettre les voiles vers Denver à un moment charnière de l’histoire du club junior.

«Ce n’était pas dans mes intentions de quitter les Remparts. Ce que je voulais, c’était d’être derrière le banc lors de la Coupe Memorial de 2015, parce qu’on avait déjà commencé à réfléchir à l’idée de l’accueillir pour la dernière année au Colisée Pepsi», rappelle celui qui rentre à la maison après une absence de cinq ans.

Symbole de son retour vers le futur, l’entrevue se déroule sur la Place Jean-Béliveau avec vue sur les deux arénas l’identifiant aux Remparts. Celui d’hier, celui d’aujourd’hui.

Quelques années avant de partir pour le Colorado, Roy avait refusé une offre pour diriger les Capitals de Washington. D’autres clubs ont aussi tâté le terrain, sans le sortir de sa ville.

«Quand j’ai rencontré Joe [Sakic] et Josh Kroenke, j’avoue avoir eu le goût de voir ce que je pouvais faire à un autre niveau. Je savais aussi que les gens voudraient que les Remparts évoluent au Centre Vidéotron, qu’on ne pourrait pas garder l’équipe. Sans dire que j’avais moins de sentiment d’appartenance, ça m’ouvrait un peu plus la porte pour aller vivre une autre expérience. Le meilleur scénario pour assurer la survie des Remparts était ensuite passer le flambeau et de vendre le club à Québecor», rappelle-t-il à propos de la transaction ayant été conclue pendant l’année de cette fameuse Coupe Memorial.

Roy tournait ainsi la page sur huit ans de coaching et de 10 comme directeur général des Remparts. Il est toujours animé par la même flamme, mais s’amène sans vouloir revivre certains épisodes, appelons-les folkloriques.

Plus sage

«J’ai lu quelque chose sur Bill Belichick [entraîneur des Patriots de la Nouvelle-Angleterre dans la NFL], qui se considérait meilleur après son passage à Cleveland. Je pense aussi être rendu à une autre place. J’ai plus d’expérience, mes trois saisons dans la LNH m’ont été très profitables, comme mes deux hivers à ne rien faire. Je déteste perdre, et ça ne changera jamais. Je vais toujours être intense et allumé. Sauf que mon approche sera différente. Je pense être plus sage, aujourd’hui, je recherche moins ça. J’ai pris le temps de faire une introspection, un examen de conscience. Il y a peut-être des limites que je ne franchirai plus», admet celui qui fêtera bientôt son 53e anniversaire.

Pleins feux

Benjamin et Christophe Gagné: frères de sang, frères de sports

L’important, c’est de participer, pas vrai? Non, pas ici. Dans cette maison, tant qu’à jouer, on joue pour gagner. Toujours. À tout. Les frères Gagné portent bien leur nom. Christophe évolue comme secondeur du Rouge et Or football de l’Université Laval et Benjamin occupe un poste de défenseur chez les Remparts de Québec. Voici leur famille, leur histoire.

On roule dans un secteur très résidentiel, au bout de Saint-Augustin-de-Desmaures. Dans l’entrée de la maison, une motomarine. Au bord de la rue, un panier de basketball où ont été disputés un nombre incalculable de matchs épiques. Matchs au terme desquels les joueurs, souvent, se sont aussi disputés.

«Si on joue l’un contre l’autre aux jeux vidéo, celui qui perd va nécessairement finir fâché», constate Christophe, l’aîné, dans un élan de lucidité fraternelle. «Ça joue aux cartes, au Monopoly, n’importe quoi, ils pognent les nerfs!» résume maman Marie-Josée, qui a trop souvent vu un rejeton frustré de perdre contre l’autre pour ne pas en rire.

Christophe raconte : «On était à la maison avec nos blondes, je pense qu’on jouait à Jour de paye. Il ne faisait pas beau. La blonde à Ben fait quelque chose, je ne me souviens plus quoi. Et là Ben, dans son élan compétitif, se lève : “Non! J’arrête de jouer! Tu triches, ça n’a pas de sens! Moi, je ne joue pas avec des tricheurs!” Et il sacre son argent là et s’en va! Les trois, on se regardait et on n’avait aucune idée de ce qui venait de se passer.»

«Ou comme la fois à Noël», renchérit Benjamin. «On jouait à un jeu [Catch Phrase] où il faut faire deviner un mot ou une expression.» Tout le monde autour de la table, sauf le journaliste, sait immédiatement de quoi il parle. Ça rit déjà.

«Moi, je n’étais même pas là», enchaîne Christophe. «Mon frère me texte : “Tu as bien fait de ne pas venir avec nous, c’est de la câlique de marde! P’pa joue à son jeu de mots et il n’arrête pas de tricher!”» 

«C’était moi contre mon père et son équipe était bien plus forte que la mienne», poursuit Benjamin. «On se faisait rincer et je ne trouvais pas ça drôle, mais au moins, c’était dans les règles. Mais à un moment donné, il se met à inventer des règles pour avantager son équipe! Là, ça faisait plus. Je suis allé m’asseoir sur le divan et j’ai arrêté de jouer.»

À écouter ses fistons, papa Richard est celui qui se bidonne le plus. Loin de nier les faits, il en rajoute : «Je m’étais paqueté un club. Je ne veux pas perdre!» avoue-t-il, avant de rappeler que «c’était Noël!»

Pleins feux

Edgar Lebron fait sa place, sans faire de bruit

Le vestiaire des Capitales de Québec est un fantastique bouillon d’accents et de cultures où se mélangent français, anglais, espagnol, néerlandais, même chinois au début de la saison, et maintenant le... langage des signes! Le voltigeur Edgar Lebron est atteint de surdité depuis sa tendre enfance. Toujours poli et souriant, sa discrétion n’en fait pas moins un féroce combattant qui ne connaît pas le sens du mot abandon, autant sur le losange que dans la vie.

«J’étais un enfant très timide, très solitaire; j’avais peur des autres. Je ne savais pas comment communiquer avec eux sans comprendre ce qu’ils disaient! Puis à l’adolescence, je me suis tanné de ceux qui riaient de ma façon d’utiliser mes mains et tout. J’en ai eu assez», raconte le jeune homme de 24 ans.

«Je ne pouvais plus continuer d’être effrayé, poursuit-il. C’était le temps de devenir l’homme que je suis aujourd’hui. Montrer mon courage, faire ce que je veux, peu importe ce que les autres vont dire. J’ai un plan. Je suis malentendant et je veux devenir joueur de baseball professionnel. De l’exprimer, ça m’a conforté. Des gens ont continué à dire que ce n’était pas sérieux, que je n’y arriverais jamais. Mais je ne suis pas du genre à répliquer ou à parler pour parler. J’agis.»

Le Soleil a jasé une bonne demi-heure avec Lebron dans les estrades du stade du parc Victoria. Pas besoin de traduire en signes ou de communiquer par écrit. Face à face, il entend bien et lit sur les lèvres — il détecte même les accents. Lui-même parle un anglais hachuré souvent plus facile à saisir qu’un accent du sud des États-Unis.

Un appareil auditif glissé dans chaque oreille lui permet tout cela. C’est ce qui distingue les malentendants des sourds, qu’aucun dispositif externe ne peut aider à entendre. Mais sans ces deux petits objets précieux, que le préposé à l’équipement des Capitales Christian Tremblay a déjà sauvés de la laveuse, Lebron plonge dans le silence.

Forte fièvre

Le petit Edgar a grandi sur le béton du Queens, à New York, dans le quartier South Richmond Hill. Jack Kerouac a habité le voisinage dans les années 1950, la défunte gloire des Yankees Phil Rizzuto y a aujourd’hui un parc à son nom.

Mais au printemps 1995, c’est la panique chez les Lebron. Bébé Edgar, 18 mois, souffre d’une forte fièvre et de problèmes respiratoires. À l’hôpital, le médecin constate les séquelles : perte d’audition complète et permanente.

«Pour mes parents, c’était très angoissant. Ils ne savaient pas quoi faire! Ils ont travaillé très fort pour me faciliter la vie le plus possible. Mais j’étais quand même très isolé, un enfant gêné qui se faisait très peu d’amis», explique celui qui a fréquenté une école publique destinée aux malentendants.

Si ses oreilles l’ont empêché de socialiser, ses jambes l’ont guidé sur le chemin inverse. Sa rapidité à la course en a fait un athlète accompli. Basketball, football et baseball occupaient son horaire à l’école secondaire.

À voir le gars de 6’ pieds et de 210 livres voler des buts à la tonne au Stade Canac — et même voler un circuit en défensive au début de la saison! —, facile de comprendre qu’au travail acharné s’ajoute un talent naturel.

«Au football, je perdais tout le temps mes appareils quand je me faisais plaquer!» rigole celui qui admirait Derrick Coleman, premier joueur offensif sourd dans la NFL. Plus que Curtis Pride, qu’il est trop jeune pour avoir vu évoluer dans le baseball majeur, bien qu’il l’ait plus tard rencontré.

«Mais j’ai toujours plus aimé le baseball. Mon père a joué comme receveur quand il était jeune, à Porto Rico. Il était l’un des meilleurs. J’ai voulu faire comme lui, le rendre fier!»

L’hiver dernier, Lebron s’est produit au pays de ses ancêtres paternels. Expérience unique et émotive, où il a renoué avec cette famille qu’il n’avait pas vue depuis 2004. Les communications à distance étaient même devenues difficiles depuis le passage de l’ouragan Maria, à l’automne précédent.

Au nom du père

Lebron n’a pas seulement développé la même passion sportive que son père. Il porte aussi le même prénom. «Mon père venait au terrain de baseball avec moi chaque soir, après le travail. Il m’entraînait pendant deux heures et demie, parfois plus. Peu importe le nombre d’erreurs, je devais refaire le jeu jusqu’à ce que je le réussisse. C’était dur, mais je crois que ç’a valu la peine», dit-il.

Edgar Sr assiste le plus souvent possible aux matchs des Capitales et de fiston à Rockland, équipe de la Ligue Can-Am la plus près de New York. Il est pompier, policier et conducteur d’ambulance. Maman, enseignante.

«Tout le monde l’aime! Quand j’étais petit, je l’accompagnais à son école et ses collègues m’avaient adopté. J’adorais ça», confie celui qui, après sa carrière de joueur, souhaite unir ses deux influences parentales à la fois comme professeur d’éducation physique et instructeur de baseball.

Sa mère est venue à Québec, l’an passé, avec sa tante et une amie. Les trois femmes ont adoré l’expérience et veulent revenir apprendre un peu de français.

Lebron est aussi très proche de sa sœur aînée, Victoria, qui habite au New Jersey. «Elle a longtemps été ma seule amie et elle est encore ma meilleure amie. Elle m’a toujours encouragé et compris dans ce que je vis», dit-il avec émotion.

Pleins feux

Gilles Côté, l’autre «maire de Québec»

Ses collègues des Sharks de San Jose le surnomment «le maire de Québec». Le recruteur Gilles Côté est peut-être inconnu du grand public, mais, dans le monde du hockey, il est une sorte de vedette à l’interne. Une vedette de 75 ans pas encore prête pour la retraite!

Dès les premiers instants de notre entretien avec le directeur général des Sharks, Doug Wilson, son admiration transparaît. «Chaque fois que quelqu’un veut me parler de Gilles Côté, je vais toujours bien. Il est l’une de mes personnes favorites et un homme très, très spécial», lance d’entrée de jeu l’ancien défenseur des Blackhawks de Chicago.

Questionné sur les raisons de cette affection, Wilson dresse une longue liste : sa classe, son respect pour les autres, ses connaissances, sa sagesse. «Je l’admire, je le respecte. Pas seulement comme un ami, mais aussi comme un membre de cette organisation. Je sais tout le travail qu’il a accompli. Il nous rend tous meilleurs», affirme le directeur général.

Le surnom de Gilles Côté vient de l’attention qu’on lui porte dans les arénas du Québec. Tous ceux qui ont passé du temps sur une galerie de presse de la Ligue de hockey junior majeur (LHJMQ) le connaissent au moins de vue. Et la plupart du temps, beaucoup mieux que ça.

«Quand on va à Québec avec lui, il est traité comme un roi tellement les gens le respectent», remarque Wilson. «Mais peu importe où l’on va, le respect qu’il commande dans le monde du hockey est fantastique.»

Pleins feux

Six Français revivent le triomphe des Bleus en 98

Black-blanc-beur. Bleu, blanc et pur bonheur! Vingt ans après le triomphe de l’équipe de France à la Coupe du monde de 1998, le moment reste toujours aussi vif à l’esprit de ceux qui l’ont vécu sur place, dans l’Hexagone. Alors que les Bleus amorcent leur Mondial 2018 samedi (6h, heure du Québec) contre l’Australie, Le Soleil a fouillé dans les souvenirs de six Français très impliqués dans le soccer à Québec. Anecdotes cocasses, moments intimes ou gloires nationales, voici quelques morceaux choisis d’un grand casse-tête historique sportif.

LE COQ ET LA REINE

Alfred Picariello a passé ce dimanche soir là... déguisé en coq. Au beau milieu du bien nommé Café du Centre niché au cœur de son village de 700 habitants, L’Étrat. Le troquet local était à ce point bondé durant le Mondial que des clients se tenaient jusque dans la rue et provoquaient des embouteillages.

C’est dans ce même bistrot, rendez-vous transgénérationnel par excellence tout le mois, que le jeune homme d’alors 23 ans a pris un café à côté de Javier Zanetti, le capitaine de l’équipe nationale d’Argentine. La bande à Zanetti, Gabriel Batistuta, Hernan Crespo et compagnie avait élu domicile à L’Étrat, au centre de formation de l’AS Saint-Étienne, le club pro de la ville voisine.

«On a pu assister à des entraînements de l’équipe d’Argentine. C’était complètement dingue! J’ai surtout assisté à trois matchs de la Coupe du monde à Saint-Étienne, dont ce que plusieurs considèrent comme le plus beau match de cette Coupe du monde, Angleterre-Argentine en huitième de finale», se rappelle Picariello, comme si c’était hier.

Il enchaîne : «Il y a eu un super but d’Owen, Beckham qui prend un rouge... Puis à la mi-temps, les Anglais se sont levés dans le Stade Geoffroy-Guichard et se sont mis à chanter God Save the Queen. C’était fa-bu-leux. J’ai vu un paquet de matchs, mais c’est la première fois où j’ai eu les poils qui se sont dressés tout droit! Un match incroyable et en plus, l’Argentine gagne aux tirs de barrage», en frissonne--t-il encore.

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Pleins feux

Édouard Julien à la table des grands

Frank Thomas, Josh Donaldson, Bo Jackson... et Édouard Julien. Inutile de chercher l’erreur, il n’y en a pas. À 19 ans, le natif de Québec ajoute quelques lignes à la riche histoire du programme de baseball de l’Université Auburn, en Alabama.

«Nous avons été les premiers à montrer qu’on l’aimait beaucoup en le repêchant, mais s’il continue à frapper comme ça, les 30 équipes du baseball majeur vont courir après lui en 2020!»

Dépisteur de longue date avec les Phillies de Philadelphie, Alex Agostino était déjà en admiration avec le coup de bâton d’Édouard Julien. Mais les prouesses offensives du joueur de Québec avec l’équipe de baseball de l’Université Auburn dépassent les prévisions les plus optimistes.

Avant la finale super régionale de cette fin de semaine, qui donne accès au tournoi à la ronde des séries mondiales collégiales, le produit du programme sport-études des Canonniers de Québec montrait une moyenne de ,284 au bâton, pointait au deuxième rang pour les circuits (17) et au sommet pour les points produits (68) parmi les recrues de la première division.

Aucun joueur de première année n’avait frappé plus de 11 circuits à Auburn depuis 20 ans. Il a déjà éclipsé les chiffres de Josh Donaldson, maintenant troisième-but chez les Blue Jays de Toronto, à sa première année avec les Tigers d’Auburn, en 2005. Et il ne lui manquait qu’un point produit pour battre le record d’équipe de 68 par une recrue qu’il partage depuis peu avec Frank Thomas, l’ex-frappeur de puissance des White Sox de Chicago.

Pas étonnant qu’il ait trouvé refuge au sein de l’équipe d’étoiles des recrues de la NCAA (All America) dévoilée mercredi. Il avait aussi été choisi dans celle de la conférence Sud-Est, voilà 15 jours.

«C’est flatteur de battre les records, mais je ne pense pas vraiment à cela parce que ça ne veut rien dire. Les deux années suivantes de Donaldson étaient vraiment impressionnantes», dit Julien avec humilité et respect envers deux des meilleurs joueurs à avoir foulé le même losange que lui avant de se démarquer dans les ligues majeures.

Débarqué en Alabama dans la discrétion et la curiosité, Julien a réussi à faire sa place dans une équipe qui vient de livrer le tout premier choix au repêchage du baseball majeur, soit le lanceur Casey Mize, par les Tigers de Detroit.

«Personne n’avait entendu parler de moi à Auburn avant mon arrivée, c’est pour cela que je devais me faire un nom. Et j’ai réussi. Je suis un peu surpris d’avoir produit comme je l’ai fait, je ne pensais pas du tout frapper autant de circuits, moi qui ai toujours été un frappeur d’allées. Je suis plus mature, plus fort physiquement, ça aide, mais je comprends aussi bien mon élan, je sais ce que je fais que je me présente au bâton.

«Il faut s’adapter, car ici, tous les matchs sont télévisés [ESPN] et les lanceurs adverses nous connaissent bien. S’il y a une statistique qui me dérange, par contre, c’est le nombre de retraits au bâton, je veux améliorer cela», confiait-il lors d’une récente entrevue avec Le Soleil.

Le «Canadian Crusher»

Aujourd’hui, non seulement reconnaît-on Julien, mais sa popularité ne cesse d’augmenter. Sa visibilité dépasse celle de la région de Québec. À Auburn, on l’appelle «Eddie», ou encore, le «Canadian Crusher», traduit librement par l’Écraseur canadien…

Repêché en 37e ronde par les Phillies, en juin 2017, Julien a résisté à l’idée d’entreprendre sa carrière professionnelle. Pour l’attirer dans leurs filiales, les patrons d’Agostino auraient dû mettre le paquet.

Pleins feux

Hélène Pelletier, la grande dame du tennis

SAINT-BRUNO — Le rêve a germé grâce à ses talents en ski nautique, puis s’est concrétisé grâce au tennis. Mais Hélène Pelletier a toujours su qu’elle allait gagner sa vie avec le sport. Rencontre avec la p’tite fille de Charlesbourg devenue la grande dame de la raquette au Québec.

«Je ne pensais qu’à ça. Quand tu lis que Guy Lafleur se faufilait dans le petit trou de l’aréna à Thurso, dormait avec ses patins... C’était moi, ça.» Les patins en moins.

Pourtant, Hélène Pelletier a commencé à jouer au tennis «comme par hasard». En fait, ce sport lui donnait une excuse pour un jour s’envoler vers la Floride.

À la fin des années 60 et au début des années 70, elle passe ses étés d’adolescente au Moss Lake Camp, un rigide camp de vacances pour jeunes filles dans l’État de New York. Douée pour les sports, elle impressionne les ex-champions du monde en ski nautique Ken et Roland Hiller, un duo père-fils instructeurs à Moss Lake.

La jeune Pelletier est si bonne que Hiller père souhaite la voir intégrer son école de ski nautique, à Orlando. Son père à elle dit non.

Mais Pelletier insiste. «Papa était tellement tanné que je lui demande à tous les jours d’aller en Floride. Pour se débarrasser de moi, il m’avait dit : “Trouve-toi un autre sport, je t’enverrai en Floride plus tard.” J’ai pensé à mon affaire : quel autre sport je pourrais bien faire pour aller en Floride? Alors j’ai choisi le tennis», raconte Pelletier, 59 ans, rencontrée à Saint-Bruno-de-Montarville, près de chez elle.

Elle se lance dans son nouveau sport à 14 ans. À l’époque, pas facile de pratiquer son activité favorite en hiver. Les deux seuls courts intérieurs de Québec se trouvent à La Bulle Montcalm, près de l’anneau des plaines d’Abraham, se souvient Pelletier.

Elle y reçoit les conseils de Jack Hérisset. «C’était une soie à coacher», se souvient l’homme de tennis. «Parce que c’est elle qui en voulait toujours plus. Très travaillante, très dévouée, passionnée», ajoute-t-il.

Une grosse marche pour la «dévergondée»

Très vite, Pelletier devient la meilleure joueuse au Québec. Ça lui vaut une invitation au camp d’entraînement de l’équipe canadienne. «Mais là, il y avait une grosse marche entre les deux», raconte-t-elle. «Parce que tu jouais contre des filles qui avaient toujours eu le conditionnement physique comme une partie intégrante de leurs cours à l’école. Nous, c’était être une dévergondée, selon les religieuses, que de faire du sport. […] Il n’y avait même pas de gymnase aux Ursulines!»

Elle part pour la Floride à 16 ans. Pelletier y fréquente d’abord la réputée académie de l’Australien Harry Hopman. Après un mois, elle se blesse à la cheville, un air qui deviendra trop connu pendant sa carrière. Une fois remise, elle part pour l’Europe, seule, pour disputer des tournois. Mais elle ne gagne ni match, ni argent.

Pleins feux

La fin du beau tour de Raymond Bolduc

«Comme ils disent, ç’a été un beau tour!» Associé à la Ligue de hockey junior majeur du Québec depuis 37 ans, Raymond Bolduc a tiré sa révérence au terme de la finale de la Coupe du Président. À 67 ans, l’homme de hockey ayant occupé à tour de rôle les fonctions de dépisteur-chef, directeur général et préfet de discipline passe la rondelle à la nouvelle génération. Bilan de carrière, en trois périodes.

Première période : le dépisteur-chef

Né à Boischatel, Raymond Bolduc a passé ses étés d’adolescent à Saint-Tite-des-Caps. Après avoir joué jusqu’aux niveaux junior B et intermédiaire, il s’est impliqué dans le hockey mineur à titre d’entraîneur à Québec et à Beauport. Il ignorait à ce moment que son rôle de parrain d’équipes américaines au Tournoi international de hockey pee-wee lui ouvrirait la porte de la LHJMQ.

«Le Canadien Jr de Verdun avait commencé à recruter des joueurs aux États-Unis et les Olympiques de Hull voulaient en faire autant. Par l’entremise de Serge Larochelle [un ami de toujours], leur dépisteur-chef, René Young, m’avait demandé de surveiller les espoirs américains en raison de mes contacts dans la région de Detroit», raconte-t-il à propos de ses premiers pas dans le milieu.

C’était en 1981. Deux ans plus tard, le défenseur Rick Hayward, natif de l’Ohio, devenait le premier joueur du pays voisin recruté par Bolduc à se joindre aux Olympiques. Il avait aussi vendu le potentiel d’un gros défenseur nommé Cam Russell (aujourd’hui dg à Halifax) après l’avoir vu au tournoi midget de Beauport. Il se souvient aussi avoir moussé les sélections de Johnny Lorenzo et de Jeannot Ferland.

«Le dépistage, c’est un travail d’équipe. Dans chaque région, des recruteurs poussent leurs joueurs. Ça permet aussi de développer des relations. À mes débuts, Pat Burns était aussi dépisteur des Olympiques avant qu’il devienne l’entraîneur-chef qu’on a connu. Alain Vigneault a aussi été coach quand j’étais avec Hull, je l’ai embauché avec les Harfangs», note celui qui n’a pas oublié le championnat des Olympiques en 1986 avec Luc Robitaille, Guy Rouleau, Sam Lang et Pat Brisson, entre autres.

Lorsque Young devient le premier dg des Harfangs de Beauport, il amène Bolduc avec lui. Après leur première saison, il en fera son dépisteur-chef. Le repêchage de 1991 aura été l’un de ses meilleurs, avec les sélections d’Ian McIntyre, de Patrick Deraspe et de Patrice Paquin. En 1992, il recrute Jean-Yves Leroux en première ronde avant de devenir directeur général des Harfangs, un an plus tard. Le hockey l’occupe beaucoup, à ce moment, mais reste un passe-temps, puisqu’il était toujours actionnaire et vice-président aux finances chez (les camions) Mack.