Pleins feux

Le Rouge et Or recrute dans sa cour

Alors que s’achève le recrutement 2018 au football universitaire, force est d’admettre que le Rouge et Or pige plus que jamais dans sa cour. L’ajout du porteur de ballon Gloire Muganda, fin mars, a porté à huit le nombre de joueurs issus du Campus Notre-Dame-de-Foy à avoir choisi le programme de Glen Constantin, cet hiver. Au total, c’est 18 des 22 nouvelles recrues qui proviennent de cégeps de Québec et de Chaudière-Appalaches. Le Soleil vous plonge dans cette cohorte à saveur locale.

«C’est plutôt circonstanciel. Ça a adonné que beaucoup de bons joueurs ont gradué dans les programmes de la région cette année», lance l’entraîneur-chef Glen Constantin à propos du recrutement des derniers mois. «Lorsque c’est le cas, comme ils sont dans notre cour, c’est normal que l’on ait plus de succès pour les recruter que d’autres programmes.»

Il faut également mentionner que de plus en plus de joueurs de l’extérieur viennent jouer dans des cégeps de Québec, souligne Constantin. Les joueurs recrutés dans les programmes collégiaux de la région ne sont donc pas toujours des produits locaux. Tous trois passés par le Notre-Dame du Campus Notre-Dame-de-Foy (CNDF), Vincent et Cédric Forbes-Mombleau, ainsi que Maxym Lavallée sont respectivement originaires des Laurentides et de l’Outaouais, donne en exemple l’entraîneur. 

Le facteur ontarien

N’empêche, le fait que le Rouge et Or n’a recruté aucun joueur dans les cégeps de la région de Montréal surprend. Les Carabins, et même les Stingers et les Redmen, ont évidemment un avantage géographique, mais y a-t-il un lien à faire avec le recrutement de plus en plus agressif des universités ontariennes dans la Belle Province? Après tout, les Gryphons de Guelph et les Ravens de Carleton ont tous deux recruté une dizaine de joueurs au Québec durant l’hiver. 

«On voit avec les embauches de Jean-François Joncas [Guelph] et Paul-Eddy Saint-Vilien [Carleton] que les universités ontariennes viennent chercher des entraîneurs québécois. Ça aide pour le recrutement», admet  Constantin, précisant tout de même que les universités ontariennes font surtout des percées dans les cégeps anglophones Vanier, John-Abbott et Champlain-Lennoxville. 

«Mais il n’y a pas vraiment de joueurs que l’on voulait qui ont choisi l’Ontario. On réussit encore à garder les meilleurs espoirs, les blue chips, au Québec», assure le pilote du Rouge et Or, qui dresse donc un bilan fort positif de son recrutement.

«Au début du processus, on avait ciblé quatre ou cinq joueurs que l’on voulait vraiment et on les a pas mal tous eus. Le seul que l’on aurait voulu rapatrier et qui nous a échappé, c’est Sean Côté. C’est un gars de Québec qui était admis en droit chez nous, mais il a préféré aller à l’Université de Montréal», conclut Constantin à propos de l’ex-secondeur du Blizzard du Séminaire Saint-François qui s’était exilé à Champlain-Lennoxville, au collégial.

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LE RECRUTEMENT EN CINQ NOMS

Les frères Forbes-Mombleau (Campus Notre-Dame-Foy)

«D’après moi, la génétique Forbes-Mombleau est bonne», lance sans détour Marc-André Dion, qui a dirigé ces dernières années les frères Vincent et Cédric au Campus Notre-Dame-de-Foy.  Vincent, un receveur, a capté en trois ans plus de ballons que quiconque dans l’histoire du circuit collégial. «Physiquement, il est hors norme. Dès sa première année universitaire, il risque d’être plus fort et plus vite que la plupart des gars de l’équipe.» L’athlète de 5’10’’ et de 190 livres, qui devrait être utilisé comme receveur inséré chez le R et O, est «déjà prêt à dominer» au niveau universitaire, croit Dion, qui ne lui trouve pratiquement aucun défaut. «Il n’est peut-être pas le plus grand, mais il est tellement explosif. Il fait des gros attrapés dans les moments importants et c’est aussi un gars super humble.» Son aîné Cédric n’est pas à oublier. Après deux ans loin du football où il se questionnait sur ses choix de carrière, le secondeur a effectué un retour fracassant cette saison, étant élu dans la première équipe d’étoiles du circuit. «Il est capable de jouer physique et de courir avec les porteurs de ballons adverses, mais sa plus grande force est sa compréhension du jeu. Il ne devrait pas avoir de difficulté avec la transition à un nouveau système de jeu», note Dion à propos du joueur originaire de Sainte-Marthe-sur-le-Lac.

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Le coup de foudre tardif de Rémi Bizier

On s’imagine l’entraîneur de boxe comme un ancien pugiliste à la carrière remplie de hauts et de bas. Comme un homme ayant sautillé dans le ring toute sa vie ou presque. Rémi Bizier est d’une autre race. Il avait déjà 46 ans lorsqu’un petit cours suivi en famille a provoqué un coup de foudre. «D’une seconde à l’autre», dit-il, tout le clan Bizier délaissait le karaté pour la boxe. Et pas question de faire les choses à moitié.

On accède à l’école de boxe de Rémi Bizier par un vétuste ascenseur. Au quatrième étage du Centre Horizon, dans le Vieux-Limoilou, le club Le Cogneur offre un décor parfait pour un film sur le noble art. Une grande salle, deux rings en son centre. Sur les murs, des affiches, des photos, des coupures de journaux. Ici, un article publié dans Le Soleil à la fin des années 1990. Là, des photos de Bizier en compagnie de Bernard Hopkins et d’Oscar de la Hoya.

Le plus imposant de ces souvenirs trône au milieu du mur côté ouest : l’affiche du combat de championnat du monde entre le fils de Rémi, Kevin, et le Britannique Kell Brook.

Bref, rien à ajouter, rien à changer pour le responsable des décors de notre film fictif.

Affable, Rémi Bizier nous accueille avec le sourire. Sa voix n’est plus qu’un souffle depuis de nombreuses années, résultat d’une laryngite mal soignée d’abord, puis d’une virulente tumeur au cou. Cette dernière a gonflé en cinq heures au point de devenir dangereuse pour ses voies respiratoires.

«J’entraînais à 19h, et à minuit j’étais sur la table d’opération. J’étais en train de crever étouffé», raconte-t-il. Parler s’avère parfois ardu pour l’homme de 69 ans, mais il se prête à l’entrevue avec plaisir, riant souvent au détour de ses souvenirs.

Le «petit rough» de Sainte-Sabine

Au milieu des années 1990, Rémi Bizier possède un restaurant et un bar à Saint-Émile. Ses quatre enfants — Sandra, les jumeaux Yannick et Yan, ainsi que le bébé de la famille, Kevin — et lui viennent de décrocher leur ceinture noire en karaté lorsqu’ils s’initient à la boxe. «La première journée où on a connu la boxe, les enfants ont dit : on ne fait plus de karaté», raconte le paternel.

Bien vite, le restaurant familial est remplacé, dans le même local, par un club de boxe. Le même club qui plus tard déménagera sur la 1re Avenue, puis sur la 4e Rue, où il se trouve toujours.

Dans les premières années, Bizier gagne sa vie grâce à son bar, situé au-dessus de son club. Autant ses jeunes boxeurs sont les bienvenus au rez-de-chaussée, autant ils sont bannis du deuxième étage. «Mes boxeurs n’avaient pas le droit d’aller en haut. Défendu. Je ne voulais pas voir des gars qui prenaient un coup et qui allaient se battre un mois après.»

Adolescent, il était le «petit rough» des jeunes de son village natal, Sainte-Sabine, situé près de Lac-Etchemin, dans Bellechasse. Le voilà chargé d’une école de boxe, où plusieurs adolescents viennent apprendre la discipline et évacuer sainement colère et frustration.

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Pascal Dufresne, le coach qui était trop gentil

Catapulté dans le monde du hockey féminin comme entraîneur des Titans de Limoilou début 2000, Pascal Dufresne a mis quelques années à prendre ses aises. S’il se retrouve 15 ans plus tard à la barre du programme le plus dominant de la province, c’est grâce à ses joueuses qui lui ont dit un jour : «Coach, on est capable d’en prendre.»

Difficile de concevoir que Pascal Dufresne a déjà été un néophyte du hockey féminin. Aujourd’hui, l’entraîneur-chef des Titans du Cégep Limoilou peut discourir sur le sujet pendant des heures. Même lorsqu’on essaie de le faire parler de lui, le Saguenéen d’origine ramène rapidement la discussion sur ses joueuses, sur le développement des filles dans le hockey mineur ou encore sur l’évolution du hockey féminin universitaire.  

Le chemin de Dufresne vers le poste d’entraîneur des Titans a pourtant commencé… dans le baseball mineur. Joueur de baseball à l’adolescence, il a rapidement fait le saut comme entraîneur, à Beauport, comme jeune adulte. Ce n’est que quelques années plus tard que des amis l’ont convaincu de prendre la barre avec eux d’une équipe de hockey atome.

«Je les ai prévenus que c’était du temps et de l’implication. Mais on a embarqué là-dedans et j’ai tout de suite eu la piqûre. Au hockey, l’entraîneur a beaucoup plus l’adrénaline du match qu’au baseball», se rappelle l’entraîneur-chef de 43 ans. 

D’atome à pee-wee, du CC au BB, pour finalement aboutir derrière le banc d’une équipe bantam AA, l’entraîneur monte graduellement les échelons durant les années suivantes. Un travail d’entraîneur qu’il accomplit alors en parallèle de son vrai travail de superviseur d’activités socioculturelles au Cégep Limoilou. «Je suis rentré à Limoilou comme étudiant et je n’en suis jamais ressorti», lance-t-il.  

L’exemple Tourigny

En 1999, informé par un ami que les Huskies de Rouyn-Noranda, dans la LHJMQ, se cherchent un dépisteur pour la grande région de Québec, Dufresne tente le coup. «J’ai écrit au dépisteur-chef de l’époque, Denis Fugère, et il m’a donné ma chance. Ça a été totalement un autre monde, mais j’ai découvert que j’avais des habiletés dans l’évaluation des joueurs.»

Au contact de l’entraîneur-chef André Tourigny, entré en fonction pratiquement en même temps que lui à Rouyn-Noranda, Dufresne apprend rapidement les vertus du travail acharné. «Il m’a jeté à terre avec le nombre d’heures qu’il travaillait. Quand tu côtoies quelqu’un d’aussi travaillant, tu te rends compte que le succès ne tombe pas du ciel dans la vie.»

Le père de famille se plaît dans une organisation des Huskies faisant confiance aux dépisteurs et bâtissant par le repêchage, mais au printemps 2003, le Cégep Limoilou lui fait une offre qu’il ne peut refuser. À l’aube de sa quatrième année d’existence, le jeune programme de hockey féminin des Titans se cherche un nouvel entraîneur. On propose à Dufresne de le transférer du département socioculturel à sportif et de combiner son emploi avec les fonctions d’entraîneur-chef. Il accepte et plonge dans l’inconnu. 

«Je ne connaissais rien au hockey féminin. Zéro. À l’époque, il n’y avait aucune structure. C’était vraiment le bordel. On recrutait des filles de ringuette parce que le bassin de joueuses était minuscule. Les filles jouaient avec les gars. Il y avait des drôles de regroupements dans les Championnats provinciaux. Une fille de 12 ans pouvait jouer avec des juniors de 20 ans.»

Entré en fonction en avril, alors que la plupart des joueuses ont déjà choisi leur équipe collégiale, Dufresne se rend d’ailleurs à ces Championnats provinciaux féminins un peu désespéré. «On n’avait simplement pas suffisamment de joueuses pour jouer l’année suivante. Ce n’était pas une question de qui était bonne. N’importe quelle fille qui voulait jouer au hockey pour nous était la bienvenue. On est parti de rien, mais on a réussi à mettre une équipe sur la glace.»

Les années qui suivent lui permettent de jeter des bases plus solides pour son programme, mais également de commencer à trouver sa voix comme entraîneur. «Ça m’a pris au moins trois ou quatre ans à vraiment prendre mes aises et développer des outils pour intervenir auprès du groupe de filles. Mais j’ai eu un coup de foudre avec le groupe d’âge dès le début. Les filles sont vraiment matures et autonomes», décrit-il.

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L'après-tempête de Pascal Laberge

Les échanges, la maladie de ses parents, le deuil, les blessures. Pascal Laberge a vécu toutes les épreuves durant sa carrière junior. Dans la tempête, le hockey est toujours resté une forme de thérapie. Jusqu’à cet automne, où il a finalement perdu le plaisir d’enfiler les patins. En décembre, les Remparts ont acquis un joueur à la croisée des chemins. Il assure aujourd’hui avoir retrouvé sa vitesse de croisière.

Assis à une table dans les entrailles du Centre Vidéotron à l’aube des séries éliminatoires de la LHJMQ, Pascal Laberge ne se défile pas. Côté hockey, la saison régulière a été particulièrement éprouvante. 

«La première moitié de saison avec les Tigres, c’est vraiment la confiance qui n’était plus là. Je n’étais plus le joueur que j’étais avant et je n’avais plus de plaisir non plus. C’était la première fois de ma vie que ça m’arrivait. À l’aréna, c’était lourd.»

Laberge n’est pas le premier joueur junior à connaître un passage à vide ou à perdre de sa passion pour le hockey, mais dans son cas, l’aveu sonne comme un virage à 180 degrés. C’est qu’il y a à peine trois ans, quand la maladie a frappé sa famille de plein fouet, le hockey était tout, sauf un fardeau. Plutôt une échappatoire, un rare plaisir quand, en dehors de la patinoire, la vie semblait s’écrouler.

Espoir hautement convoité après avoir mené les Grenadiers de Châteauguay à la conquête du championnat midget AAA, au printemps 2014, Laberge est devenu quelques mois plus tard le deuxème choix au total du repêchage LHJMQ. Les Olympiques de Gatineau voyaient en lui leur grand joueur de centre d’avenir.

L’expérience n’a duré que quelques mois.  Le courant ne passait pas particulièrement avec Benoit Groulx, «un entraîneur assez intimidant pour un gars de 16 ans», et les Olympiques ont sacrifié Laberge pour mettre la main sur des vétérans les rapprochant d’un championnat. Après seulement 27 matchs en Outaouais, il refait ses valises vers Victoriaville, soulagé de retrouver son entraîneur midget AAA, Bruce Richardson, qui venait de faire le saut avec les Tigres. 

La maladie

Être échangé au milieu de sa première saison junior était une première épreuve pour le natif de Sainte-Martine, mais ce n’était rien par rapport à ce qui l’attendait l’été suivant, période où sa mère a été diagnostiquée avec une sclérose en plaques et sa belle-mère avec un virulent cancer. Puis, alors que le hockeyeur était de retour au foyer familial quelques jours après le camp d’entraînement des Tigres, son père lui a demandé de venir s’asseoir dans le salon avec ses frères. Lui aussi était frappé par la maladie : un cancer de la prostate. 

La belle-mère de Laberge est décédée en septembre. Avant sa maladie, elle ne manquait presque jamais un match de hockey de son beau-fils. Laberge a manqué un match des Tigres pour se rendre à ses funérailles. 

«À mon retour, Bruce m’a rencontré et il m’a dit que si j’arrivais à me concentrer sur le hockey et performer, ça allait m’aider et aider ta famille à passer à travers ça. J’ai pris ça pour du cash et j’ai tout donné cette année-là.»

Il y a eu des soirées difficiles, avoue-t-il. Frappée par un difficile épisode de sclérose, sa mère n’arrivait presque plus à marcher. Son père était en traitement, vivant le deuil de sa conjointe.

Il y a eu des soirées de réjouissance aussi, tout aussi émotives. Comme celle du match des meilleurs espoirs de la LCH. Sous les yeux des dépisteurs de la LNH, contre les meilleurs joueurs de 17 ans au monde, Laberge a explosé avec deux buts et une passe, étant nommé joueur du match. 

«Mon père n’était pas là parce qu’il venait de se faire enlever sa prostate. Je l’ai appelé après le match. Je pouvais entendre dans sa voix au téléphone qu’il était ému. Il était tellement fier de ce que je venais de faire. Je vais toujours me rappeler de ce moment-là.»

Quelques mois plus tard, toute la famille était dans les estrades du First Niagara Center, à Buffalo, lorsque les Flyers de Philadephie ont fait de Pascal Laberge leur choix de 2e ronde, 36e au total du repêchage de la LNH. 

Son père en rémission, sa mère prenant du mieux, la tempête des 12 derniers mois était passée. Laberge en ressortait grandi.

La blessure

De retour de son premier camp professionnel, il a toutefois retrouvé une organisation des Tigres transformée par le renvoi de Richardson. L’attaquant étoile n’allait avoir que très peu de temps pour faire ses preuves auprès de son nouvel entraîneur, Louis Robitaille, avant que l’adversité ne frappe à nouveau en la personne de Zachary Malatesta. 

Le robuste défenseur des Wildcats de Moncton était de passage au Colisée Desjardins de Victoriaville pour y affronter les Tigres, le 15 octobre 2016. À la sixième minute, Laberge récupère une rondelle le long de la bande, en sortie de zone, lorsque Malatesta s’amène à toute vitesse dans son angle mort. Il n’a jamais eu le temps de réaliser ce qu’il se passait, reçevant le coude de l’Américain en plein visage et s’écroulant sur la glace. 

«J’ai senti que je m’étais fait frapper solide, puis je n’ai comme rien vu. C’était noir. Je me suis relevé après, mais j’étais sonné ben raide.»

Le simple fait que Laberge réussisse à quitter la glace sur ses deux jambes était surprenant. L’impact était à ce point violent. Suffisamment pour que son agent Alan Walsh apostrophe le commissaire de la LHJMQ, Gilles Courteau, le soir même sur le réseau social Twitter. «Allez-vous attendre qu’un joueur meure sur la glace?» demande-t-il, se disant révolté que pareil geste ait encore lieu dans la LHJMQ.  

Pleins feux

La cage, planche de salut de Jonathan Meunier

Il y a dix ans, sa vie d’excès et de mauvaises fréquentations semblait le destiner droit derrière les barreaux. C’est plutôt dans une cage qu’il a trouvé son salut. Bien qu’un vieux problème médical vient de lui coûter sa place dans l’UFC, le combattant d’arts martiaux mixtes Jonathan Meunier rêve toujours de championnat du monde. Mais qu’il y parvienne ou non, il a déjà gagné.

Au milieu du Nordik Fight Club pratiquement désert, un jeudi soir, Jonathan Meunier s’étire sur le tapis cousiné, en sueur après son entraînement. Au-dessus de lui, de grandes affiches promotionnelles sont suspendues sur les murs comme pour rappeler les différentes étapes de la carrière du seul combattant de Québec de l’histoire du Ultimate Fighting Championship (UFC). 

Les affiches ne racontent toutefois pas le début de l’histoire de «District» Meunier. Pour cela, il faut plutôt aller sur la rue Racine, à Loretteville, dans les bars de la Grande Allée et au club de combat d’Ali Zirakhi, à Sainte-Foy. 

Élevé à Loretteville, champion de taekwondo à l’adolescence, Meunier était surtout un jeune turbulent. Son secondaire se déroule entre deux polyvalentes et l’éducation aux adultes. «La première fois que j’ai passé en cour, j’avais 14 ans. À 16 ans, j’étais en centre d’accueil.»

Quelques années plus tard, sa photo passe pour la première fois dans les journaux. Pas pour une victoire sur le ring. Plutôt après une descente de la police de Québec au Dagobert. Les soirées hip-hop tenues chaque semaine dans la discothèque sont reconnues à l’époque comme un repère de gangs de rue.

«J’étais un gars extrême sur une mauvaise pente. Les 400 coups, je les ai faits. Mes amis étaient plus vieux et je voulais être comme eux. Ils avaient la réputation d’être des durs. C’était aussi presque tous des gars qui allaient aller en prison, qui y étaient ou qui venaient d’en sortir. Des histoires de drogue et tout ça.»

Le soir du 10 octobre 2008, au Dagobert, il s’en sort indemne après une fouille et une nuit d’interrogatoire musclé. Le lendemain, par contre, les appels des membres de sa famille affluent. Il est en une du Journal de Québec les mains menottées par des policiers. Un dossier spécial sur les gangs de rue. «Ça a été un wake-up call».

L’autre claque au visage est venue d’une fille. «Les grands amours de jeunesse», lance-t-il à propos de celle qui l’a alors largué, lui prédisant une vie de délinquance. «Je me suis promis que j’allais faire mentir cette fille-là. C’est con, mais ça a été dans ma tête pendant des années.»

Champion de kickboxing

Peu de temps après sa rupture, un ami l’amène à l’école de boxe thaïlandaise d’Ali Zirakhi, à Sainte-Foy. S’il n’y avait pas mis les pieds ce jour-là, c’est bien au pénitencier qu’il aurait fini, croit-il. «Je serais peut-être devenu riche d’une mauvaise manière, mais j’aurais fini en prison d’une façon ou d’une autre.»

Excessif de nature, Meunier s’engouffre dans la boxe thaïe à fond. En parallèle, il ouvre sa boutique de vêtements, District, à Loretteville. Au magasin toute la journée, s’entraînant le soir, il n’a pas plus d’énergie pour les bars à la tombée de la nuit. 

Il dispute son premier combat de kickboxing après 10 mois chez Ali. À son cinquième, il met la main sur le titre québécois. Il mise sur son expérience en taekwondo et sa génétique avantageuse — un corps longiligne de 6’3’’ — pour sauter les étapes. 

«Pour me garder loin des sentiers troubles dans lesquels j’étais, la boxe thaïe s’est vite imposée comme la seule activité capable de me captiver. Sur un ring, tu n’as pas le temps de penser à tes problèmes.»

Mais au bout de quelques années, il a déjà fait le tour du jardin en kickboxing. La compétition se fait rare. En l’absence de circuit professionnel en Amérique du Nord, Zirakhi lui propose d’aller se battre sur le circuit européen. Mais les bourses sont minimes et ne couvrent pas les frais de déplacement. 

Bien au fait de la réputation de Meunier, le directeur du Nordik Fight Club, Yoan Bérubé, le convainc de venir essayer les arts martiaux mixtes (AMM) où, à la différence du kickboxing, le combat se déroule aussi au sol. Surtout, le sport possède des ligues professionnelles en Amérique du Nord, l’UFC en tête de liste. 

La décision de délaisser la boxe thaïe et Zirakhi, «un père d’arts martiaux» pour Meunier, est déchirante. Il débarque au Nordik convaincu qu’il va prouver la supériorité de sa formation aux combattants d’AMM. Grave erreur. «Les premiers mois, je me suis fait traîner à terre comme une guenille. Je me faisais humilier par des gars plus jeunes et moins gros que moi. Mais après six mois, il y a quelque chose qui a commencé à débloquer au sol. J’avais 24 ans. Je me suis dit qu’il n’était peut-être pas trop tard.»

Le mauvais garçon

Meunier devient rapidement le mauvais garçon des arts martiaux mixtes québécois. Certains, connaissant son passé trouble, refusent de travailler avec lui. Il faut dire que le combattant entretient alors l’image. Sur le ring, celui qui a également adopté le surnom de «District» se fait connaître non seulement pour son talent, mais aussi pour son comportement agressif et parfois antisportif. 

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La double vie d'Étienne Couture

À l’œil, un terrain de badminton et un comptoir de pharmacie sont des univers parallèles que rien ne relie. Étienne Couture évolue pourtant avec aisance et succès dans ces deux mondes, y trouvant même plusieurs similitudes. Entrez dans la double vie de l’entraîneur du club de badminton du Rouge et Or, qui accueille à l’Université Laval jusqu’à dimanche le Championnat canadien des collèges et universités.

La réputation d’Étienne Couture n’est plus à faire avec un volant. Pour la deuxième fois en trois ans, ses protégés viennent de rafler les trois bannières universitaires québécoises, mixte, féminine et masculine.

Il a été nommé meilleur entraîneur de badminton universitaire au Québec pour une septième fois au cours des 10 dernières années et risque fort de décrocher un cinquième titre de suite cet été auprès de Badminton Québec, fédération qui chapeaute tout ce qui se joue dans la province.

Il a pris part à un Championnat du monde universitaire, à trois Universiades et dirigera l’équipe du Québec aux Jeux du Canada en 2019. En poste chez le Rouge et Or depuis 2006, c’est aussi cette année-là qu’il est devenu pharmacien.

«Quand tu rencontres des clients, il faut établir une relation de confiance comme avec des athlètes. Je vois beaucoup de ressemblances entre les deux professions. La base de ce que tu vas construire, c’est ta relation avec une personne», explique celui qui donne en plus une charge de cours au baccalauréat en kinésiologie.

Ah oui! Parce qu’il est aussi kinésiologue et prof. Pour l’homme de 43 ans et père de deux jeunes enfants, coaching, enseignement ou consultation pharmaceutique, la dynamique demeure la même. «Tu auras beau avoir une activité pédagogique incroyable, un très bon exercice ou un super bon conseil à la pharmacie, si tu ne prends pas soin de la relation avec l’étudiant, l’athlète ou le patient, ça ne marche pas ou pas autant que ça pourrait», assure-t-il.

Pas de recette

D’abord étudiant en biochimie, son esprit scientifique s’est rapproché du facteur humain lors de son déménagement de Montréal à Québec, en 1996. Natif de Laval, il passait déjà ses étés dans la capitale, sur la ferme de ses grands-parents.

Des sciences de l’activité physique, Couture a bifurqué vers la kinésiologie sans jamais perdre de vue la psychologie sportive, son principal point d’intérêt. Matière qu’il a ensuite enseignée et qu’il applique encore dans le gymnase chaque jour auprès de la trentaine d’athlètes évoluant sous son égide. Donc aussi pas mal psychologue. Et philosophe à ses heures.

«Le coaching, comme toute forme de leadership, c’est d’amener du changement avec le moins de résistance possible», explique-t-il. «Ce que je fais est un peu artistique, parce qu’il n’y a pas de recette. Il faut toujours créer quelque chose de nouveau et c’est ce qui m’intéresse dans le travail. Mais en même temps, pour créer, je me base à des choses solides.

«C’est de la science, mais ça réfère toujours à comment l’être humain fonctionne. Beaucoup avec des émotions, des envies», poursuit-il. «Alors tu ne peux pas juste être rationnel. Dans l’organisation, je suis quelqu’un de structuré, mais je peux faire appel à l’émotion tout autant qu’à une gymnastique mentale. L’un n’exclut pas l’autre», insiste l’excellent vulgarisateur.

Pharmacien par hasard

Et Couture aborde le métier de pharmacien de la même façon. Trouver le meilleur angle pour faire comprendre à une cliente l’utilité ou non de prolonger sa prise de médicaments. Faire émerger la réponse de la personne, au lieu de lui ordonner une marche à suivre que, de toute façon, elle négligera souvent une fois à la maison.

Mais le plus drôle, c’est que les études en pharmacie sont entrées dans sa vie presque par défaut. Ou par hasard. Après deux ans de biochimie, baccalauréat et maîtrise en kinésiologie, plus certificat en psycho, l’envie du doctorat lui a manqué. À 27 ans, il s’est donc tourné vers la pharmacie dans le seul espoir d’un jour sortir de l’université pour décrocher un vrai job.

Pleins feux

Cindy Ouellet, athlète paralympique... et bien plus

Elle participera à ses quatrièmes Jeux paralympiques, ses premiers d’hiver; elle est une musicienne accomplie; elle terminera bientôt un doctorat en génie biomédical. Tout ça après avoir survécu à un cancer souvent fatal. L’expression «force de la nature» est utilisée à tout vent, mais elle colle bien à Cindy Ouellet.

Dans le gym où elle s’entraîne, à Donnacona, elle nous accueille avec un demi-sourire. D’un naturel réservé, Cindy Ouellet ne semble pas trop aimer parler d’elle.

Il y a pourtant beaucoup à raconter. Le 11 mars, elle réalisera un exploit peu banal : l’ajout des Jeux paralympiques d’hiver à ses trois présences à ceux d’été! La joueuse de basketball, présente à Pékin (2008), à Londres (2012) et à Rio (2016), s’attaquera aux pistes de ski de fond de PyeongChang. Un an seulement après avoir commencé ce sport de façon sérieuse.

Une sorte de retour aux sources pour l’athlète de Québec, frappée par un cancer des os à l’âge de 12 ans, au moment où elle brillait en ski alpin. «Je faisais beaucoup de sports d’hiver avant mon cancer. C’est un challenge personnel : je voulais essayer de faire quelque chose de totalement différent [du basket]», raconte Ouellet, 29 ans.

Elle admet trouver «un petit peu surréaliste» la rapidité avec laquelle elle a atteint les plus hauts sommets de ce sport de glisse.

Surréaliste, peut-être. Mais pas si surprenant, si l’on se fie à ses proches. Derrière son caractère réservé, Ouellet cache une détermination sans pareil. Celle qui l’a aidée à se remettre des ravages laissés par son cancer, la physiothérapeute Francine Laforce, l’a rapidement remarqué lorsque Cindy était adolescente.

«En réadaptation, on se lançait des défis. Je la traitais beaucoup en piscine et on jouait au hockey sous l’eau. Au début, je la battais, mais ça n’a pas été long qu’elle a repris du poil de la bête. On marchait toujours par défis, parce que c’est ce qu’elle aimait», raconte Mme Laforce, celle qui a dirigé Ouellet vers le basketball en fauteuil roulant.

Le piano l’a sauvée

Son entraîneur en musculation, Félix Morissette, a découvert une femme acharnée, il y a un peu plus d’un an, lorsqu’il a commencé à travailler avec elle. «C’est une athlète très persévérante. Elle fait ce qu’elle doit faire pour aller où elle veut aller. Ça rend le travail de l’entraîneur un peu plus facile», dit-il en riant. «Elle est très exigeante envers elle-même. Souvent, il faut que je lui dise d’être un peu indulgente.»

En ce sens, Ouellet n’a pas beaucoup changé depuis l’enfance. Ses parents ont remarqué sa passion pour le sport alors qu’elle était «très, très, très jeune», souligne sa mère. Le ski alpin prenait beaucoup de place, le soccer aussi. «Il ne fallait jamais manquer un entraînement. Ce n’était jamais assez. Un moment donné, on devait calmer ses ardeurs», explique Christine Émond.

Ouellet est si passionnée, si engagée dans le sport, qu’il serait tentant de la voir comme la femme d’un seul grand intérêt. Faux.

Pleins feux olympiques

Le patinage de vitesse courte piste, bébé du Dr Jean Grenier

Le patinage de vitesse sur courte piste est l’un des sports de prédilection du Canada aux Jeux olympiques. Il y a 30 ans, presque jour pour jour, cette discipline faisait son entrée dans la grande famille des seigneurs des anneaux. Chef de mission de l’équipe canadienne aux Jeux de Calgary, en 1988, le Dr Jean Grenier a été un rouage important dans le développement de ce sport.

«Ce fut une aventure absolument folle, marquée par le hasard et la chance», raconte le Dr Jean Grenier, toujours membre honoraire de l’Union internationale de patinage (ISU).

Dans les bureaux de la Fédération de patinage de vitesse du Québec (FPVQ), la présence de ce géant de 81 ans est remarquée. Le directeur général nous prête son bureau pour réaliser l’entrevue. «M. Grenier, c’est un gros morceau. Il est le maître d’œuvre de ce qu’on a ici», lance Robert Dubreuil, en nous accueillant à l’anneau de glace Gaétan--Boucher, en ce froid mercredi du mois de décembre.

En novembre, le Dr Grenier était à Lausanne pour souligner le 125e anniversaire de l’ISU. «Je suis un dinosaure, je n’ai aucun pouvoir», admet-il, tout en racontant comment il a convaincu le président actuel de poursuivre son mandat…

L’anneau de glace n’existait pas lorsqu’il a participé à la fondation du club de patinage de vitesse de Sainte-Foy, en 1969. Un an plus tard, il sera le président fondateur de la FPVQ. Il a ensuite enchaîné les titres comme un champion enfile les victoires : de vice-président à président de l’association canadienne de patinage; membre d’un comité de développement de la courte piste à l’ISU; directeur, vp et secrétaire-trésorier du comité olympique canadien; adjoint au chef de mission aux Jeux de Sarajevo (1984); chef de mission aux Jeux de Calgary (1988). La liste est longue.

«Pourtant, je ne connaissais rien au patinage de vitesse, je ne savais même pas pourquoi ça tournait d’un bord et pas de l’autre. En fait, j’ai passé proche de ne pas fonder la fédération parce qu’au début, j’étais plus intéressé à lancer un club d’aviron. Je continue à trouver que c’est un sport élégant et noble, mais à l’époque, je m’étais aussi vite aperçu que ça coûtait moins cher de partir un club de patinage de vitesse. On avait besoin de quelques vieux matelas et des patins de seconde main à 7,95 $.»

Il pointe trois raisons pour expliquer le succès de la démarche : la qualité et la détermination des bénévoles, l’arrivée d’athlètes au talent extraordinaire ainsi que l’obtention des Jeux olympiques par Montréal, en 1976, «qui nous amenait une cagnotte qu’on n’avait pas avant».

Roller derby, vodka et appui soviétique

Lors de la naissance de la Fédération des sports du Québec, au début des années 1970, il étale les objectifs de la nouvelle FPVQ : passer de cinq à 12 clubs en un an et à 50 dans cinq ans, présence d’un club de courte piste dans tous les arénas du Québec par la suite, tenue de Coupes du monde et d’un Championnat du monde. «Et on va aller chercher des médailles olympiques», lancera-t-il, même si on lui fait alors remarquer que ce sport n’existe pas encore. Dix ans plus tard, Gaétan Boucher gagnait l’argent aux Jeux de Lake Placid (1980).

Au moment où l’on se pointait à l’extérieur pour une séance de photos, son complice de toujours Maurice Gagné chaussait ses patins. Le respect entre les deux hommes est évident.

«Je n’en ai pas fait plus que les autres, il y avait des mordus autour de moi, comme Maurice et André Lamothe et d’autres, on poussait tous dans la même direction. Ce qui est important, dans tout cela, ce n’est pas moi, c’est plutôt la vue d’ensemble et le résultat. Mais quand tu t’ouvres la trappe et que tu as un peu de fierté, tu essaies de prouver que c’est vrai», souligne-t-il d’un ton convaincant.

Il avait dû l’être pour convaincre l’ISU de considérer la courte piste au même niveau que la longue piste. «Jamais de la vie, c’est du roller derby», lui avait d’abord répondu le président norvégien de l’ISU du temps alors que le Dr Grenier cherchait à développer ce nouveau sport à l’international. «Je l’avais menacé de partir une autre fédération avec le Canada, les États-Unis, le Japon, l’Australie, l’Angleterre. Ce n’était pas vrai, mais il avait accepté d’en discuter à la prochaine assemblée.»

Pendant deux ans, son comité développera des courses internationales. À l’approche du vote pour créer un championnat du monde sous l’égide de l’ISU, il n’a pas les appuis suffisants. Il se tournera vers le représentant de l’Union soviétique, isolé par une situation géopolitique n’ayant rien à voir avec le sport.

«Viktor Kapitanov était un apparatchik russe, un ancien commandant d’un régiment de l’Armée rouge. Je savais qu’il parlait un peu allemand après quelques verres de vodka. Je lui avais dit que je l’appuierais dans tel dossier, il m’avait demandé quel était le prix en retour. J’avais répondu la résolution 32. Short track, avait-il compris. Il nous avait donné le bloc de votes nécessaires pour passer aux deux tiers. Le président de l’ISU était rouge de rage. Mais à Lillehammer, en 1994, il m’avait dit qu’il avait eu tort, que j’avais eu raison.»

Le reste appartient à l’histoire, que les patineurs ont su écrire avec brio!

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Pleins feux

Brady, ou l'art de passer de la parole aux actes

Sélectionné au 199e rang du repêchage de 2000, le jeune quart avait déclaré au propriétaire Robert Kraft qu’il s’agissait de la meilleure décision jamais prise par son organisation. Tom Brady est passé de la parole aux actes. À 40 ans et à sa 18e saison dans la NFL, il tentera dimanche de remporter le Super Bowl pour la sixième fois, lui qui en sera à sa huitième participation à la finale ultime dans l’uniforme des Patriots de la Nouvelle-Angleterre. Du jamais vu!

Incapable de terminer le match de championnat de la Conférence américaine contre Pittsburgh après avoir subi une blessure à la jambe gauche, Tom Brady était de retour sur le terrain une semaine plus tard, le 3 février 2002, pour se mesurer aux Rams de St. Louis lors du XXXVIe Super Bowl, où il allait écrire — à 24 ans seulement — les premiers mots d’un conte de fées qui n’est pas encore terminé... 

En dirigeant avec l’aplomb d’un vétéran la poussée offensive qui allait permettre aux Patriots de surprendre les Rams 20-17 avec un placement de 48 verges d’Adam Vinatieri sur le dernier jeu du match, Brady donnait pour la première fois un aperçu de son immense talent aux amateurs de football.

On était alors loin de se douter que le numéro 12 allait répéter ce scénario à quatre reprises au cours des années suivantes, permettant ainsi aux Patriots de devenir LE symbole d’excellence dans le sport professionnel des années 2000.

Dans un duel où la défensive des Pats avait brillé pendant les 45 premières minutes en provoquant notamment trois revirements, l’inexpérimenté Brady avait permis aux siens de prendre les devants 17-3. Mais Kurt Warner et les Rams trouvaient finalement une faille au quatrième quart et créaient l’égalité 17-17 avec 90 secondes à écouler au tableau indicateur.

Pendant que l’ex-entraîneur John Madden conseillait aux Pats, qui n’avaient plus aucun temps d’arrêt à leur disposition, d’ordonner à Brady de mettre le genou au sol à la ligne de 17 verges et de forcer la tenue de la prolongation, Belichick et son adjoint Charlie Weis décidaient plutôt de faire confiance à leur jeune quart.

Même si Brady n’avait pas encore atteint le cap des 100 verges par la voie des airs, ses entraîneurs mirent soudainement l’accent sur le jeu aérien et il a répondu en complétant cinq de ses six relais (53 verges), mettant ainsi la table pour Vinatieri. 

Pleins feux olympiques

Petite «Pou» devenue grande

Les XXIIIes Jeux olympiques d’hiver se profilent à l’horizon. Le 9 février 2018 en Corée du Sud, la vasque de PyeongChang s’embrasera pour illuminer cette grande quinzaine sportive. Encore une fois, Marie-Philip Poulin sera de l’aventure. Portrait de la capitaine de l’équipe de hockey féminin, qui tentera de ramener au pays une cinquième médaille d’or consécutive.

On dit que les plus grands athlètes offrent leurs plus grandes performances dans les plus grands moments. De là, difficile de contester le titre de meilleure joueuse de hockey au monde à Marie-Philip Poulin, auteure du but victorieux des deux dernières finales olympiques. En février, la Beauceronne accomplira-t-elle le triplé doré?

Caroline Ouellette n’en doute pas. Que ce soit encore à l’aide d’un but d’anthologie ou par son simple leadership, Poulin a tout pour mener l’équipe canadienne de hockey féminin à un cinquième sacre olympique de suite, à PyeongChang.

Bardée de quatre médailles d’or olympiques, Ouellette en sait quelque chose. C’est elle qui, en 2015, a passé à Poulin le prestigieux «C» de capitaine de l’unifolié. En plus d’être sa dauphine et protégée, Poulin s’avère l’une de ses meilleures amies.

«Pour moi, Marie-Philip est de loin la meilleure joueuse au monde. Parce qu’elle a les habiletés et la vision du jeu, mais aussi la passion et l’engagement d’être la meilleure athlète possible», affirme l’attaquante de 38 ans, retraitée des patinoires internationales.

«Les filles de l’équipe canadienne la suivent et la respectent au plus haut point. C’est son équipe. C’est elle la meneuse», tranche Ouellette.

Depuis ses premiers JO en 2010, alors qu’elle n’avait que 18 ans, Poulin reconnaît avoir fait beaucoup du chemin. Les gloires d’autrefois — Ouellette, Wickenheiser, Hefford, Apps, Ward — ont toutes depuis accroché leur gilet à feuille d’érable au clou de la retraite. À 26 ans, la fierté de Beauceville est «rendue dans les plus vieilles» de l’équipe, du moins parmi les plus expérimentées.

Apprivoiser le «C»

Être capitaine, «c’est un nouveau rôle pour moi que j’ai appris à aimer», affirme celle qui a porté le «C» chez les Terriers de l’Université de Boston et les Canadiennes de Montréal.

«Veux, veux pas, je suis une fille gênée, je ne suis pas celle qui parle le plus. J’aime mener par l’exemple, mais j’apprends à parler un peu plus et à prendre ma place de cette façon-là. De grandes leaders sont parties et c’est les filles qui m’ont accueillie à mes premiers pas avec l’équipe, en 2009.

«Quand Caro m’a donné le chandail de capitaine à ses derniers Championnats du monde, c’était vraiment un moment marquant», poursuit-elle. «Caro est une de mes meilleures amies et un modèle, alors quand elle me l’a donné et qu’elle a dit qu’elle ne pourrait pas le donner à une meilleure personne, je ne savais pas comment réagir. C’était très émotif!»

Poulin admet qu’avec cette lettre sur la poitrine viennent de grandes responsabilités. Succéder à Cassie Campbell (JO 2002 et 2006), Hayley Wickenheiser (2010) et Caroline Ouellette (2014) constitue un défi.

La séquence de quatre sacres olympiques porte le poids de toute une nation, sans compter que les défaites en finale des Mondiaux contre les États-Unis au cours des trois dernières années ne font rien pour alléger la tâche. Mais Poulin assume.

Dans une série de six matchs préparatoires face à leurs grandes rivales américaines, cet automne, les Canadiennes ont surmonté une correction de 5-2 en ouverture à Québec — amère défaite qualifiée de «honte pour notre pays» par l’entraîneuse Laura Shuler — pour ensuite aligner cinq victoires. Et qui a été la meilleure buteuse de cette série entre les deux meilleures formations féminines sur la planète hockey? Poulin. Qui d’autre.

Maman? À l’aide!

La petite «Pou» arrivée avec l’équipe canadienne en préparation pour les JO de Vancouver. Les vétérantes Ouellette, Kim St-Pierre et Charline Labonté l’avaient alors prise sous leur aile, jusqu’à la loger avec elles.

«Elles m’ont vraiment mise sur le bon chemin, non seulement en tant que joueuse de hockey, mais en tant que personne. Elles faisaient la bouffe, me montraient tout. Elles n’étaient vraiment pas trop dures envers moi», insiste Poulin, leur en étant «très reconnaissante».

N’empêche que la recrue avait aussi sa part de tâches à l’appartement. Comme la première fois que la responsabilité du souper pour les quatre lui a incombé. «J’ai jamais appelé ma mère autant de fois dans la même soirée!» s’esclaffe-t-elle, huit ans plus tard. «J’étais tellement stressée de manquer tout ça. Je suais!» rigole encore celle qui estime s’en être assez bien tirée avec filet mignon, riz, asperges et petite salade.

De côtoyer ces grandes athlètes au quotidien en a fait la joueuse et la femme qu’elle est devenue. C’est aujourd’hui à son tour de passer la rondelle aux plus jeunes. Les recrues de l’équipe canadienne, sans doute, mais aussi les fillettes qui accourent à ses matchs ou dans les camps de hockey où Poulin œuvre l’été comme entraîneure.

«Juste de voir ces jeunes filles-là sourire, de voir leurs yeux éblouis, tu sais déjà que tu as un impact dans leur vie. C’est ça qui me donne la motivation de pouvoir être leur modèle et de les aider, pas seulement au hockey, mais dans leur vie comme personne. Elles me poussent à m’améliorer et à jouer au hockey de mieux en mieux pour qu’elles, les petites, un jour, se rendent aussi loin.»

Pas d’erreur sur la personne

Les modèles féminins se font trop rares dans le sport. Et même si cela s’avérait d’abord contre nature, la Beauceronne embrasse de plus en plus son image publique.

De voir son visage placardé en format géant à travers le Canada aux côtés des grandes vedettes sportives masculines Andre De Grasse (athlétisme), DeMar DeRozan (basketball) et Roberto Osuna (baseball), pour une pub de Gatorade, a permis d’un peu plus effacer son sentiment d’imposteur.

«C’est quelque chose…» laisse-t-elle tomber, coincée entre fierté et malaise. «Quand ils m’ont approchée et expliqué ce qu’ils voulaient faire, ils me nommaient De Grasse, et je disais quasiment : “Tu me niaises? T’es-tu trompé de personne?”

«Je reçois des tweets des photos du centre-ville de Toronto avec toutes les faces, c’est gros! Ça fait chaud au cœur, mais en même temps, ça donne un choc. Ce n’est pas juste en Beauce, c’est partout au Canada!»

Aucun doute, la finale olympique du 21 février (23h10, heure du Québec) sera aussi «partout au Canada». Et les attentes seront énormes pour Poulin et ses coéquipières. Une médaille d’argent s’avérerait un échec.

«On sait qu’il y a beaucoup de pression», reconnaît-elle sans détour. «On y va pour notre cinquième [titre olympique] et on a perdu les trois derniers Championnats du monde. Pour nous, on sera en mission et ce sera à nous de produire. On a des nouvelles vétérantes et plusieurs jeunes talents qui poussent. À nous de mettre ça ensemble», conclut Marie-Philip Poulin, consciente de la grandeur du moment.

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