Pleins feux olympiques

Marie-Michèle Gagnon: le feu de l’effort

Les XXIIIes Jeux olympiques d’hiver se profilent à l’horizon. Le 9 février 2018 en Corée du Sud, la vasque de PyeongChang s’embrasera pour illuminer cette grande quinzaine sportive. Au fil des prochaines semaines, nous vous proposons le portrait de plusieurs athlètes de notre région qui vivront l’aventure olympique. Aujourd’hui: Marie-Michèle Gagnon.

LAC-ETCHEMIN —«Il y en a qui me disent: coudonc, t’es-tu folle?» 

Marie-Michèle Gagnon l’admet. Pas qu’elle soit inconsciente, tant s’en faut. «Je suis pas mal bonne dans toutes les disciplines, mais pas excellente nulle part!» reconnaît la skieuse de Lac-Etchemin, qui prendra part en février à ses troisièmes Jeux olympiques.

«J’ai du talent, oui, mais ce qui me différencie d’autres filles qui ont peut-être plus de talent, c’est que je travaille vraiment fort. Pour moi, ce n’est pas difficile. J’adore m’entraîner! Je passe de longues heures dans le gym sans problème. Mais d’autres personnes vont te dire que je suis assez intense.»

Cette folie de l’effort, du travail, porte l’athlète de 28 ans depuis plus d’une décennie au sein de l’équipe canadienne de ski alpin. Ce qui en fait l’athlète la plus expérimentée du volet féminin actuel. Son compteur affiche 190 départs en carrière sur le circuit de la Coupe du monde, quatrième dans l’histoire canadienne depuis l’instauration du circuit mondial derrière Erik Guay (229), Thomas Grandi (215) et Emily Brydon (203). Son total grimpe à 209 avec les Championnats du monde et les Jeux olympiques.

Sa polyvalence en fait l’une des rares skieuses de haut niveau à participer à la fois aux courses techniques, slalom (75 départs en Coupe du monde) et slalom géant (66), surtout, mais également aux disciplines de vitesse, super-géant (25) et même descente (7).

Être bonne-dans-tout-mais-excellente-dans-rien en fait une spécialiste du combiné alpin. Cette cinquième épreuve alliant technique et vitesse, le plus souvent une descente et un slalom. Les deux extrêmes.

C’est là qu’elle est montée sur la plus haute marche du podium de Coupe du monde à deux reprises en carrière. Là aussi où elle espère enfin enfiler autour de son cou du métal olympique, à PyeongChang, dans quelques semaines.

Sous l’impulsion de l’entraîneur-chef de l’équipe féminine canadienne, l’Italien Manuel Gamper, qui a par le passé épaulé Aksel Lund Svindal, Gagnon a décidé de placer l’accent sur les épreuves de vitesse cette saison, afin de mettre toutes les chances de son côté pour le combiné olympique.

«Ma meilleure chance de médaille est là», disait-elle au Soleil, lors d’une entrevue à la base de la station Mont Orignal.

«Enfant-monstre»

Son royaume d’enfance. Grande reine de la petite montagne qui porte aujourd’hui son nom en couronne, au sommet de la piste numéro 15, aussi surnommée le Pitch à Mitch. Même si elle se décrit plutôt comme un «enfant-monstre» qu’un enfant-roi.

Troisième de cinq rejetons, «j’étais vraiment énergique. Surtout avec mon frère plus jeune», avoue celle qui louange ses parents d’avoir toujours gardé la maisonnée active. L’hiver sur la neige, l’été dans le lac.

Les sacrifices, certains diront des choix de vie, se sont vite imposés. Quand, jeune, elle propose l’installation d’un spa ou l’achat d’une motomarine pour profiter encore plus de la proximité du lac, et faire comme ses amis, maman et papa la ramènent sur terre. Avec les trois derniers en ski de compétition, faut choisir. Le ski l’emportera chaque fois.

Même chose quand à seulement 12 ans, Marie-Michèle quitte le nid familial pour poursuivre son cheminement sportif. D’abord à l’école secondaire du Mont-Sainte-Anne, puis au centre-ville de Québec, à l’école Cardinal-Roy.

«Ça n’a pas été une grosse décision, pour moi», laisse-t-elle entendre, avec plusieurs années de recul. «Depuis que j’étais jeune, je voulais être championne de ski, je voulais aller aux Olympiques. Je voulais tout! D’autres auraient eu peur de s’ennuyer, mais pour moi, je voyais ça comme une aventure», explique Gagnon, qui idolâtrait alors Mélanie Turgeon et Geneviève Simard. Ainsi qu’un jeune espoir du nom d’Érik Guay qui, à 36 ans, participera en 2018 à ses quatrièmes Jeux olympiques.

La grande Mélanie avait dédicacé une affiche à la petite Marie-Michèle, alors âgée de 10 ans : «Bonne saison! On se voit sur l’équipe canadienne!» Elle l’a longtemps gardée accrochée au-dessus de son lit. «Ç’a allumé le feu!» affirme Gagnon, qui n’intégrera la formation nationale qu’après la retraite de Turgeon.

Congé de vaisselle

Entre-temps, durant son adolescence, elle a été hébergée à Québec par un couple devenu ses «deuxièmes parents». «Ils ne me faisaient jamais faire mon lit ou la vaisselle! Ç’a pas été les grosses tâches... Ils disaient : “Tu vas avoir tellement de travail le reste de ta vie, profites-en maintenant! ”» se rappelle-t-elle à propos de Diane et François, qu’elle revoit de temps à autre.

Chose sûre, Gagnon n’a pas perdu son temps. Dès l’âge de 18 ans, elle accède à l’équipe canadienne. Saison recrue toutefois gâchée dès octobre par une fracture ouverte de la jambe subie à l’entraînement, dans un coin reculé des Rocheuses de la Colombie-Britannique.

Mais rien pour freiner ses ardeurs. «Ça m’a juste donné plus de feu!» assure-t-elle, disant avoir redoublé d’efforts sur «les petits exercices vraiment plates» de rééducation pour revenir en piste à peine trois mois plus tard.

Au fil des hauts, elle s’est classée 51 fois dans le top 10 en Coupe du monde, mais aussi des bas en piste, Gagnon assure ne jamais avoir songé à accrocher ses skis. Même pas après sa dislocation de l’épaule gauche qui est venue saboter son rêve olympique en 2014. Alors qu’elle venait de gagner le combiné d’Altenmarkt, quelques semaines plus tôt, et s’amenait à Sotchi comme l’une des favorites à cette épreuve.

C’est finalement le facteur humain qui forcera une sérieuse remise en question, à l’hiver 2016. Le style militaire de l’entraîneur de l’équipe féminine canadienne à ce moment, l’Autrichien Roland Pfeifer, auparavant aux côtés de Mikaela Shiffrin, pousse la Québécoise dans ses derniers retranchements.

«C’est vraiment là que pour la première fois, je me suis demandé si je voulais continuer», révèle celle qui admet avoir néanmoins obtenu de bons résultats sous la férule de Pfeifer. Mais surtout au moment où elle a décidé de faire à sa tête.

«Je ne suis pas prête à prendre ma retraite!» tranche-t-elle maintenant avec aplomb, épanouie sous les ordres de Gamper. Elle avance vouloir concourir jusqu’aux Jeux de 2022.

«Je n’ai pas encore atteint ce que je veux atteindre dans mon sport. Je veux gagner une médaille olympique, je veux gagner un Globe de cristal, j’ai des rêves pour lesquels je travaille fort. Je sais que ce n’est pas facile, mais quand tu as des victoires ou des podiums, c’est tellement spécial», résume Marie-Michèle Gagnon, la détermination dans le plafond.

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15 questions à Marie-Michèle Gagnon

1 - Plus bel endroit visité? Nouvelle-Zélande 

2 - Artiste musical préféré? Ben Howard 

3 - Votre spécialité en cuisine? Pain aux bananes

4 - Séries télévisées que vous avez adorées? Game of Thrones, New Girl 

5 - Une lecture qui vous accompagne? Outlander (Le Chardon et le Tartan)

6 -  Votre héros ou héroïne olympique (passé ou présent) et pourquoi? Georgia Simmerling. C’est ma bonne amie et elle nous a tous tellement impressionnée en devenant la première Canadienne à participer à trois Jeux olympiques dans trois sports (ski alpin, skicross, et cyclisme sur piste), en plus de gagner une médaille de bronze en poursuite par équipe.

7 - Si vous étiez aux JO dans un autre sport, lequel serait-ce? Descente de vélo de montagne

8 - Une cause qui vous tient à cœur? Faire bouger les enfants avec le sport.

9 - Vous aimeriez prendre un café ou une bière avec quelle personnalité (morte ou vivante)? Serena Williams

10 - Une peur ou phobie que vous avez? Les requins…

11 - Décrivez-vous en trois mots. Déterminée, énergétique, plein air

12 - Vous ne partez jamais sans… Ma bouteille d’eau

13 - Êtes-vous plus Marie-Michèle ou plus Gagnon? Plus Gagnon. Marie-Michèle est rarement utilisé pour me nommer, plus Mitch, Mimi, Marie…

14 - Une gâterie ou une gourmandise que vous vous permettez n’importe quand, sans retenue? Kladdkaka, un genre de brownie pas assez cuit suédois! Rien à voir avec le kaka, assuré!;)

15 - Si vous n’étiez pas athlète, vous feriez quoi comme métier? Physiothérapeute ou médecine sportive

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Pleins feux

Antoine Vermette: le 1000e match d’un bon gars

Comme la plupart des petits Québécois de sa génération, Antoine Vermette a bien dû disputer des milliers de matchs de hockey dans le sous-sol familial et dans la rue, théâtre de ses premiers exploits. Comme la plupart des petits Québécois de sa génération, Antoine Vermette a rêvé de joindre le plus grand circuit professionnel de hockey et d’y connaître une longue carrière.

Même si la LNH compte beaucoup d’appelés, peu sont élus. Le talent aidant, Antoine Vermette fait toutefois partie de ceux qu’il qualifie lui-même de « chanceux ».

Après deux saisons dans la LHJMQ, avec les Remparts et les Tigres, le jeune homme de 6’1” et 196 livres, qui venait de signer une saison de 30 buts et 41 passes en 71 matchs à Victoriaville, a entendu les Sénateurs d’Ottawa prononcer son nom, en deuxième ronde (55e rang au total) en 2000. Deux autres saisons à Victoriaville, dont l’une de 119 points, et une première campagne professionnelle prolifique avec le club-école des Sénateurs à Binghamton (62 points), et voilà que Vermette frappait déjà, à 21 ans, à la porte de la LNH.

«J’avais eu une très bonne saison l’année précédente. Mon objectif était donc, pendant le camp, de demeurer avec le grand club. À la fin d’une pratique, Jacques Martin était venu me voir pour me demander si j’étais capable de jouer l’aile. Je n’avais jamais joué à l’aile. Je lui avais répondu que oui. J’avais lu entre les lignes que c’était probablement une belle opportunité. C’est ce qui est arrivé. J’ai percé l’alignement.»

C’est ainsi que, le 9 octobre 2003, il voyait son rêve se réaliser, alors qu’il prenait part à sa première partie dans la LNH. Et question d’ajouter à l’excitation du moment, il s’agissait du match d’ouverture des Sénateurs qui recevaient… le Canadien de Montréal.

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Helder Duarte, le baveux devenu gentilhomme

Joueur, il n’hésitait pas à critiquer ses coéquipiers dans les journaux. Jeune entraîneur, il injuriait ses hommes depuis le banc. Helder Duarte n’a jamais eu la langue dans sa poche. Mais le «baveux» qu’il était s’est transformé en gentilhomme. Et, au passage, en véritable gagnant.

L’entraîneur-chef de l’équipe féminine du Rouge et Or soccer contemple son passé avec beaucoup de fierté... et une touche d’embarras. La fierté d’Helder Duarte provient des triomphes, des réussites de ses joueuses. Du chemin parcouru, depuis sa jeunesse à Sept-Îles jusqu’au Rouge et Or, en passant par ses sept années passées chez les Aigles Bleus de l’Université de Moncton.

Son embarras, mi-amusé, s’éveille lorsqu’il raconte ses sautes d’humeur de l’époque. «Je n’aime pas dire ça, mais j’étais à la limite intimidateur. J’avais une grande gueule. Je pouvais te planter devant tout le monde. J’ai vraiment changé», affirme Duarte, 55 ans, au milieu d’un entretien de deux heures avec Le Soleil, dans son bureau du PEPS.

Pendant sa carrière de joueur universitaire, il critique l’un de ses coéquipiers pendant une entrevue. Et en arrivant dans le vestiaire le lendemain, il n’hésite pas à interpeller l’homme en question : «Heille, t’as vu ce qui était écrit dans le journal? C’est de toi que je parlais!»

Dans un extrait vidéo datant de ses deux années comme entraîneur-chef à Moncton, on le voit enguirlandant l’un de ses joueurs. «Je regarde ça, et j’ai honte. C’est ridicule», lance aujourd’hui Duarte, devenu coach tout de suite après cinq saisons passées comme gardien de but de l’équipe, dans les années 80.

Le juste milieu

Les choses ne se corrigent pas tout de suite à son arrivée à Québec, en 1989. Lorsqu’il devient l’entraîneur du Dynamo (senior), en 1993, il n’est pas tendre avec ses joueuses. «Je pense que je faisais pleurer une fille chaque semaine à l’entraînement, pour n’importe quoi. Je les piquais», se souvient Duarte.

Son adjointe de l’époque, Nathalie Bernier, lui suggère de changer son approche, ce qu’il refuse au départ : pas question de s’adapter à chacune de ses 20 joueuses. Mais le monde change, et Duarte changera avec lui.

«Je me suis tellement assoupli au fil des années que je suis devenu trop mou de l’autre bord», rigole-t-il. Il semble avoir trouvé le juste milieu. Et ne tolérerait pas de ses protégées un comportement comparable au sien à l’époque.

Ses joueuses avec le Rouge et Or, anciennes et actuelles, peinent à voir le jeune baveux dans le Duarte qu’elles connaissent. «Je ne l’imagine vraiment pas comme ça!» lance Cynthia Turcotte en riant.

La joueuse de cinquième année le décrit plutôt comme un homme calme, rigolo et agréable à côtoyer. Termes répétés par Marie-Claude Dion, athlète de la première heure, de 1995 à 2000. Comme quoi Duarte a vite opéré son changement de tempérament. «Il a toujours été enjoué», souligne-t-elle. «C’est le fun, parce que ça détendait l’atmosphère. Il avait toujours une belle façon d’aborder les choses, de passer ses messages. […] Il est un excellent motivateur.»

Comme une peine d’amour

Toujours disponible pour ses athlètes, l’entraîneur peut devenir une ressource utile au-delà du sport. «Il m’a aidée dans mon travail personnel, au niveau de la confiance en soi», souligne Turcotte, deux fois championne canadienne sous ses ordres. «J’ai appris des techniques de jeu grâce à lui, mais ce que je retiens le plus, c’est qu’il m’a fait grandir en tant que personne.»

Elle n’est pas la seule à tenir pareil discours. Duarte a reçu, au fil du temps, des messages venus d’anciennes joueuses lui déclarant les effets positifs qu’il avait eus dans leur vie. Certaines ont poursuivi leurs études grâce au soccer, grâce aux conseils de leur coach. Il nous a récité l’un de ces messages, venu d’une femme dont il était entraîneur il y a plus de 20 ans. «Quand je pogne un down, je le lis. Ça, c’est aussi trippant que de gagner un Championnat canadien.»

Il parle de ses joueuses avec admiration. Dans son bureau traînent des photos grand format de ses athlètes, en action ou célébrant la victoire. Il les épluche avec plaisir. Il se souvient des années, des noms, des détails.

Il pense aux meilleures, mais aussi à celles qu’il a dû retrancher. Il se souvient de son insomnie à l’aube de briser leur rêve. «Elles ont fait des sacrifices, elles sont venues aux activités de financement, elles t’ont aidé quand t’en avais besoin. Et là, il y a des meilleures qui arrivent, que tu ne connais même pas… Et t’es obligé de les couper. C’est comme une peine d’amour : elles pleurent, elles sont déçues. Ça fait mal. Et là tu te dis : c’est moi qui décide ça!?» remarque Duarte.

Décisions difficiles, mais nécessaires. Et à regarder la feuille de route de l’entraîneur, facile de conclure qu’il a souvent pris les bonnes.

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Le jeune homme qui «haïssait courir»

Il était «poche» et il «haïssait courir». Helder Duarte, 16 ans, passera malgré tout sa vie dans le soccer. Un destin imputable en partie à une blessure infligée — involontairement — à l’un de ses gardiens de but.

Natif des Açores, des îles portugaises situées dans l’Atlantique, Duarte a déménagé à Sept-Îles avec ses parents alors qu’il avait six mois. C’est là, 16 ans plus tard, qu’il participe à l’échauffement d’une équipe senior, même s’il commence à peine le soccer. Lors d’un coup de pied de coin, il entre en collision avec le cerbère et le blesse à la cheville. Fini pour la saison. L’équipe se retrouve sans gardien et personne ne veut du poste. Un coéquipier lui lance : «C’est toi qui l’as blessé, tu vas y aller!»

Il ignore comment remplir ce rôle, mais deux choses jouent en sa faveur. D’abord, sa qualité de «plongeur», venue de son talent au handball, sport qu’il pratiquera au niveau universitaire. Mais surtout sa capacité à dégager le ballon très loin.

Pour améliorer cette qualité prisée par les foules, Duarte expédie des ballons par-dessus l’aréna près de chez lui. «Je bottais de l’autre côte, je prenais mon bicycle, j’allais chercher mon ballon et je revenais. Et je reculais, je reculais… J’ai fait ça pendant un été complet, une cinquantaine de frappes par jour.»

Pleins feux

Ann-Renée Desbiens, la muraille canadienne

L’équipe canadienne de hockey féminin s’amène à Québec pour un match préolympique contre sa rivale américaine, dimanche (14h). Ce sera l’occasion unique de voir en action la capitaine Marie-Philip Poulin et ses coéquipières avant le grand rendez-vous de PyeongChang. Parmi ces dernières, la gardienne de but de La Malbaie, Ann-Renée Desbiens, dont le poste est assuré et qui tentera de convaincre les décideurs de Hockey Canada de lui confier le filet, en février.

Sixième Canadienne de l’histoire à recevoir le titre de joueuse par excellence dans la division 1 de la NCAA au printemps, Ann-Renée Desbiens a connu un parcours universitaire remarquable pendant ses quatre années avec les Badgers du Wisconsin. Faisant tomber un à un la plupart des records de la ligue, la gardienne de but a réécrit l’histoire de son programme et de son sport.

Sans renier ces accomplissements, la grande blonde de 23 ans échangerait toutefois en un clin d’œil cette gloire personnelle, dont son prestigieux prix Patty Kazmaier, pour le titre national que les Badgers, une puissance de la NCAA, ont échappé contre Clarkson en finale, au printemps. «À la fin de la journée, ce qui compte le plus, c’est la victoire d’équipe. Surtout comme gardienne de but. Si les filles ne suivent pas le système de jeu, ma job est impossible à faire en arrière», a raconté Desbiens à la suite d’une séance d’entraînement, au PEPS, en juin.

Quelques mois après la finale, elle admettait que cette défaite, au terme d’une saison de blessures (commotion cérébrale, luxation du genou) dont elle s’est bien remise, demeure difficile à avaler. Elle n’hésite d’ailleurs pas à qualifier d’«échec» l’incapacité des Badgers à décrocher un titre collectif au cours de son passage avec l’équipe. Ce goût amer l’a laissée plus affamée que jamais pour la victoire. Et c’est à PyeongChang qu’elle entend mener sa mission à bien.

«Entre un titre dans la NCAA et une médaille d’or olympique, je vais prendre la médaille d’or olympique. Je pense que c’est vraiment le sommet pour le hockey féminin», a estimé celle qui lutte pour défendre le filet canadien avec ses coéquipières Geneviève Lacasse et Shannon Szabados.

Une famille de hockey

Le poste de gardienne numéro un d’Équipe Canada tiendrait du rêve pour Ann-Renée Desbiens, qui aspire à une participation aux Olympiques depuis ses débuts dans le hockey. La cadette d’une famille de cinq enfants a donné ses premiers coups de patin dans la foulée de ses frères Martin, Dominic et Vincent, ainsi que de sa sœur Sabrina.

«Tout le monde jouait au hockey chez nous, même ma sœur. C’est ce que je voulais faire aussi. Ma mère voulait que je fasse du patinage artistique, mais les patins blancs, ça ne m’intéressait pas!»

Parce qu’elle avait l’habitude de défendre le filet dans le sous-sol familial, l’athlète de 5’10’ et 161 livres s’est vu confier le même rôle à son arrivée chez les novices, où elle a immédiatement brillé. «Ça m’attirait moyennement, parce que je me débrouillais bien comme joueuse à cet âge-là. Je patinais bien. Mais je l’ai essayé et ça s’était bien passé. Je n’ai plus jamais rejoué comme attaquante», a indiqué celle qui n’a jamais regretté d’avoir choisi cette position difficile, même si «compter des buts, ce serait plus le fun que de s’en faire compter».

Très rapidement, le hockey est passé de hobby à passion. C’est à ce moment qu’elle a amorcé son cheminement, parfois sinueux, dans le hockey masculin, en joignant d’abord les Caribous de Charlesbourg (atome BB). «Quatre fois par semaine, mes parents faisaient l’aller-retour entre La Malbaie et Charlesbourg. Pour un enfant de cet âge-là, c’était quand même assez dur. Comme j’étais la plus jeune, mes parents avaient plus de temps pour moi. J’ai eu cette chance-là», a convenu Desbiens, consciente du sacrifice de ses parents, Raynald et Claire.

Puis, il y a eu le pee-wee CC à Charlesbourg, le bantam AA avec les Seigneurs de Beaubourg et le midget espoir avec le Séminaire Saint-François, où elle avait particulièrement bien fait. «À ce moment-là, je restais en pension à Québec. J’ai été chanceuse parce que c’était mon entraîneur bantam AA, Jonathan Clément, qui m’a hébergée.»

Rendu au niveau midget, les filles sont plus rares — et moins bien acceptées — dans le hockey masculin, ce qui allait amorcer une valse des formations pour Desbiens. Pendant 48 heures et pour l’expérience, elle a d’abord pris par camp des Cataractes de Shawinigan, en août 2011.

«Sur la vitesse, sur la technique et même sur la force, elle n’avait rien à envier aux autres gardiens. Elle est en bonne forme, elle est concentrée devant son filet, bref, retenez son nom, car ce n’est pas la dernière fois que vous allez en entendre parler!» avait alors prédit l’entraîneur-chef Éric Veilleux au Nouvelliste de Trois-Rivières.

Retour à Beaubourg (midget AA), mais non sans avoir d’abord transité par le junior AAA (La Tuque), où elle n’a pas la faveur d’un entraîneur qui «n’aimait vraiment pas les filles». La porte s’ouvre ensuite dans le midget AAA (Chateauguay), mais la LHMAAAQ met vite fin à ses aspirations. «Quand c’est arrivé pour passer à la ligue, les dirigeants ont dit : “C’est une fille. Elle a 17 ans. Elle n’a rien à développer. On ne la veut pas”», se souvient-elle.

Aux États-Unis

Ann-Renée Desbiens passe alors du midget AA au junior AA. À travers, elle se joint parfois aux entraînements des Titans de Limoilou. Elle porte ensuite brièvement les couleurs des Stars de Montréal (CWHL). La transition vers le hockey féminin s’amorce tranquillement pour celle qui fait alors déjà partie du programme national.

«Si c’était à refaire, je jouerais encore avec les gars. En tant que gardienne de but, tu as plus de chances de te développer en jouant avec les garçons. Les lancers sont plus forts, le jeu est plus vite. Si j’avais été dans une ligue de filles, je me serais ennuyée.»

L’offre d’une bourse pour aller étudier à l’Université du Wisconsin — à l’incitation de l’entraîneure-adjointe Jackie Crum — et la visite du campus l’ont toutefois convaincue de poursuivre sa carrière du côté féminin aux États-Unis, malgré un anglais «très, très, très mauvais».

Cette décision allait lui permettre d’atteindre un niveau inégalé d’excellence dans la très relevée NCAA, tout en poursuivant ses études en comptabilité. À ses quatre années dans l’uniforme des Badgers de l’entraîneur Mark Johnson — il a fait partie de la célèbre équipe américaine qui a réalisé le Miracle sur glace aux JO de 1980 —, elle a mené son équipe quatre fois aux demi-finales nationales (Frozen Four).

«À ma troisième année, j’ai brisé tous les records. À ma quatrième année, les gens me demandaient si je pourrais refaire ça. Je leur disais que non. Ç’a fini que j’ai terminé l’année avec des meilleures statistiques dans la plupart des catégories!»

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Marc Fortier, le grand maçon

Le Rouge et Or profite d’une semaine de relâche avant le dernier droit. Si la défensive gagne les championnats, le club de l’Université Laval se montre encore en excellente posture avec aucun touché accordé par son unité défensive au cours des trois derniers matchs. Grand maçon derrière ce mur impénétrable, Marc Fortier reste dans l’ombre malgré ses 22 années de service. Rencontrez un entraîneur à la fois intense et discret.

«On te donne des bons joueurs et tous les outils pour pouvoir travailler le mieux possible, essaie de ne pas tout gâcher.» C’est ce que se répète Marc Fortier chaque matin depuis son arrivée au PEPS, à l’été 1996. Un endroit que l’ancien maraudeur étoile des Stingers de l’Université Concordia croyait d’abord fréquenter seulement à titre d’étudiant.

Le flair d’un Glen Constantin, à l’époque lui-même coordonnateur défensif de l’équipe naissante, a vite repéré son curriculum vitæ dans la pile. «Je m’en venais à Québec pour étudier et devenir préparateur physique», explique celui qui avait déjà réalisé que le boulot de prof d’histoire, champ d’études où il détenait un baccalauréat, n’était pas pour lui.

«Je ne voulais pas coacher au football non plus! Mais j’arrivais ici sans argent et je me suis dit que de rester impliqué dans le football pourrait m’aider. Je venais de finir de jouer et je comprenais qu’il y avait probablement des personnes pas mal plus compétentes que moi. Je me voyais juste donner un coup de main», explique Fortier aujourd’hui.

Constantin, qui allait devenir entraîneur-chef cinq saisons plus tard, poste qu’il occupe toujours depuis 17 ans, n’a pas tardé à saisir l’importance de sa prise. Dès le départ, Fortier s’est vu attitrer aux demis-défensifs. Il a ensuite gravi les échelons pour finalement recevoir les clés de la défensive des mains de Constantin, en 2007. Et l’équipe continue depuis à cumuler victoires et succès, à un rythme encore plus soutenu si cela est possible.

L’équipe avant tout

Fortier s’est ainsi hissé au rang de sommité défensive dans le petit monde du football universitaire canadien. «J’ai peut-être juste duré plus longtemps!» rétorque-t-il avec cette humilité caractéristique au sein du personnel du club neuf fois champion canadien. L’équipe avant tout.

«On a du succès et j’en fais partie, mais je ne suis pas le seul responsable de ce succès. C’est un mélange du travail de tout le monde et je fais partie du mélange», insiste Fortier, assurant ne pas rechercher la lumière d’une notoriété publique.

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Danault: la construction d'un héros local

L’explosion offensive de Phillip Danault dans l’uniforme du Canadien en a surpris plus d’un, l’hiver dernier, mais pas le principal intéressé. Les indices permettant de prévoir sa saison 2016-2017 étaient un peu partout dans le parcours de celui que ses coéquipiers surnomment le «Dépanneur». Retour en cinq temps sur la construction d’un héros local.

› L’aventure des Tigres

Le 6 juin 2009, Phillip Danault est assis dans les estrades du Colisée de Moncton entouré de sa famille. Ils ont fait le voyage de Victoriaville. Classé 29e meilleur espoir par la Centrale de dépistage, le jeune n’a pas d’attentes lorsque Jérome Mésonéro s’avance au micro pour annoncer le choix de première ronde des Tigres, neuvième au total de la séance de repêchage.  «Des Estacades de Trois-Rivières, Phillip Danault», déclare sobrement le directeur général, déclenchant une explosion de joie chez les proches du jeune homme, dont son père Alain, ex-annonceur maison des Tigres. 

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Kurashev, tombé dans la marmite du hockey

Avec un père et un oncle entraîneurs, Philipp Kurashev était prédestiné à devenir joueur de hockey. Plus que jamais cette saison, le talentueux Suisse de 17 ans s'approche de son but : les rangs professionnels. Pour y parvenir, le meilleur marqueur des Remparts en 2016-2017 sait qu'il devra encore élever son jeu d'un cran. Rencontre avec un jeune homme déterminé à réussir, malgré le poids des attentes.
Sous un ton posé et un air réservé, Philipp Kurashev cache un esprit vif et une personnalité attachante. Parlant couramment le russe, l'allemand, l'anglais et le français, c'est toutefois sur la glace que le prolifique attaquant des Remparts s'exprime le mieux. Et pour cause!

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Bienvenue chez les Muganda

Rarement le football de Québec a autant brillé à l'échelle provinciale que lors des conquêtes du Bol d'or du Campus Notre-Dame-de-Foy et du Blizzard du Séminaire Saint-François, l'automne dernier. Derrière ces sacres historiques, deux porteurs de ballon dominants du même nom. Des frères élevés par des parents congolais entre la Tanzanie, Val-Bélair et Chibougamau. Bienvenue chez les Muganda, l'improbable famille de footballeurs à succès.
«Au début, j'allais aux matchs et je regardais les gens se lever et crier le nom de mes fils. Je ne comprenais rien à part que c'était bon quand le ballon arrivait au bout du terrain. Ce sont les autres parents qui devaient me dire que l'on avait gagné.»

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Les petites histoires d'un grand tournoi

En 25 ans, la Coupe Banque Nationale de Québec a vu passer de grandes vedettes comme Venus Williams et Lindsay Davenport; des étoiles montantes comme Maria Sharapova et Jelena Ostapenko; et même la future reine du tennis, alors anonyme, Serena Williams. Les joueuses ont fait vibrer les foules par leurs passings imparables ou leurs courses effrénées. Mais les meilleures histoires se déroulent parfois à l'extérieur du terrain. Le Soleil vous en raconte trois...
1993: le jour où Pam Shriver a eu besoin d'un verre