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Curling: Jen, Rachel et nous

Dans une semaine, quatre curleuses d’âge junior de Québec se mesureront à l’élite canadienne, même mondiale. Gabrielle Lavoie, Patricia Boudreault, Anna Munroe et Julie Daigle représentent le Québec au Tournoi des Cœurs Scotties, réputé championnat canadien auquel participent les icônes Jennifer Jones et Rachel Homan. Rencontrez quatre filles surprises d’être rendues si loin, si vite.

«Il y a certaines games qu’on ne va sûrement pas gagner. Mettons, contre la fille qui a gagné la médaille d’or aux Jeux olympiques, peut-être qu’on ne va pas la battre. Mais il y en a d’autres qu’on est capables de battre et on espère avoir des victoires», lance Boudreault, sous l’assentiment de ses trois coéquipières attablées au club de curling Victoria de Sainte-Foy, après l’entraînement du dimanche matin.

Lançant chaque bout la troisième pierre de son équipe, Boudreault aura 20 ans et demi lors de leur premier match, samedi prochain, contre l’équipe du Nunavut. À peine plus jeune que la skip Lavoie. La deuxième Munroe deviendrait quant à elle la plus jeune de l’histoire à prendre part au tableau principal des Scotties, à 17 ans, cinq mois et six jours. Moyenne d’âge de l’équipe : 19,6 ans.

Sur les glaces du Centre 200 de Sydney, pour cette première présentation du championnat canadien féminin en Nouvelle-Écosse depuis 1992, elles retrouveront plusieurs modèles, même certaines des idoles. Joueuses bardées de récompenses et d’expérience.

Championne olympique de 2014, Jones (Winnipeg), 44 ans, est championne du monde en titre et a gagné le canadien six fois. Homan (Ottawa), 29 ans, a aussi été championne du monde, a participé aux JO en 2018 et a remporté les Scotties à trois reprises.

Équipe Lavoie a justement rendez-vous avec équipe Homan le lundi 18, en après-midi, pour le quatrième de leurs sept matchs préliminaires dans le groupe A. Quant à un duel contre Jones, ça n’irait qu’en deuxième ronde, le jeudi 21 ou le vendredi 22.

«Hot de les voir en vrai»

Avec Chelsea Carey (Calgary), elles côtoieront les championnes canadiennes des trois dernières années. Sept des 17 équipes en lice pointent au top 15 mondial et peuvent ainsi être considérées comme des professionnelles du curling.

Nos Québécoises, elles, étudient au cégep ou à l’université. Elles apporteront d’ailleurs devoirs et leçons dans leurs bagages pour ne pas accuser trop de retard en classe, au retour.

«Nos adversaires vont toutes être bonnes, mais nous aussi», insiste la capitaine Lavoie. Si les quatre n’arrivent pas à dégager un consensus entre Jones et Homan comme favorite commune, Daigle résume bien la situation.

«Ça fait longtemps qu’on regarde le curling à la télé et ç’a toujours été loin pour nous. Et là, on va y aller, on va être là! Je n’ai pas vraiment d’idole, mais ça va être hot juste de les voir en vrai», dit la première du quatuor.

Elles admettent d’emblée qu’une participation au championnat canadien femmes n’apparaissait pas sur leur liste d’objectifs en début de saison. La cible prioritaire s’avérait le championnat canadien junior. Mais elles ont perdu en demi-finale québécoise junior, contre l’équipe d’Émilia Gagné.

Cette même Gagné qu’elles ont battue deux semaines plus tard en finale provinciale femmes. L’an dernier, Gagné avait été la plus jeune skip dans l’histoire des Scotties. C’est donc la deuxième année que le Québec est représenté sur la plus grande scène nationale du curling féminin par une équipe de joueuses de 21 ans et moins.

La championne provinciale junior, Laurie St-Georges, n’était quant à elle pas des qualifications pour les Scotties, qui ont lieu en même temps que le canadien junior.

Habituée d’être négligées

Le quatuor Lavoie arrivera à Sydney classé 13e sur les 16 formations au tableau principal — deux équipes se livrent un match-­suicide le vendredi. Mais rien pour les décourager, elles qui avaient été semées cinquièmes et dernières par leurs adversaires au championnat provincial, qu’elles ont gagné.

«Ça nous a motivées!» s’exclame Boudreault. «En tout cas, je ne sais pas pour vous autres les filles, mais moi, j’y croyais dès le début. Quand j’ai vu qu’elles nous classaient dernières, ça m’a fait rire. Je me suis dit : “Attendez de voir!”»

Réunies depuis trois ans, Munroe est la dernière arrivée, Lavoie et ses acolytes ont participé en 2017 au championnat canadien des 18 ans et moins, d’où elles ont rapporté une médaille de bronze.

«Oui, on est plus jeunes et ce sera une super expérience pour nous améliorer. On sait qu’on affrontera un meilleur calibre que ce à quoi on est habituées», établit Lavoie. «Mais on sait aussi qu’on est capables de gagner des matchs.» Daigle ajoute : «Si elles réussissent leurs pierres, tant mieux. Mais nous aussi, on est capables de réussir les nôtres.»

Le but est de gagner au moins quatre matchs de groupe sur sept, afin de d’accéder à la ronde suivante. Cette prouesse vaudrait au père de Munroe une bouteille de bière vidée sur sa tête, le pari est pris.

Quinze ans qu’une équipe québécoise n’a pas atteint la finale du Tournoi des Cœurs. C’était en 2004, sous le capitanat de Marie-France Larouche, celle qui leur servira justement de cinquième ou joueuse réserviste.

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Jade Masson-Wong: sortir de sa cage [VIDÉO]

Quand elle entre dans la cage pour se battre, l’athlète en arts martiaux mixtes Jade Masson-Wong se sent plus libre que jamais. Loin des lieux hantés que la drogue lui a fait visiter, comme en témoignent ses nombreux tatouages qui, à l’instar des chemins de sa vie, sont tout sauf des lignes droites. Portrait d’une combattante survivante.

Neuf ans. Son premier joint. Quatrième année. Elle suivait ses deux grandes sœurs. La drogue deviendra un problème pour les trois, beaucoup moins pour leur jeune frère. De son propre aveu, Jade a été «la pire».

Le 8 février, Masson-Wong livrera au Centre Vidéotron de Québec le premier combat de championnat féminin professionnel d’arts martiaux mixtes présenté au Québec. Elle affronte l’Allemande Mandy Böhm. La Québécoise de 26 ans n’a que trois combats professionnels à son actif, trois victoires. Mais son parcours de vie l’a menée dans des endroits beaucoup plus casse-gueule.

Centre jeunesse, tribunal, milieu criminel, maison de désintoxication, bars de danseuses nues, l’adolescente de Sainte-Foy a passé beaucoup de temps dans des lieux où aucun parent ne souhaiterait voir son enfant. En plus de souvent changer d’école.

«J’ai fait trois thérapies avant l’âge de 18 ans. Quand j’étais au Grand Chemin, un centre Jean Lapointe, ils m’ont mis dehors après deux semaines. J’avais des idées suicidaires, j’avais apporté du gaz pour mettre le feu là-bas... J’étais dans un autre monde. La drogue, je vivais pour ça. Je m’en foutais que ça me tue», raconte-t-elle au Soleil, en toute simplicité, attablée dans un Tim Hortons de Charlesbourg, où elle habite maintenant.

Ses parents se sont séparés quand elle avait huit ans. À court de solutions, sa mère a fini par la placer en centre d’accueil à 13 ans en lui disant : «Sans thérapie, tu restes ici jusqu’à tes 18 ans.»

Désintox plein air

Elle fera des allers-retours entre le centre d’accueil, la maison et la désintox. Souvent contre son gré ou pour adoucir la peine imposée par un juge en Chambre de la jeunesse. Les fugues de quelques jours feront partie de ses déplacements. «Mon père et ma mère m’ont couru après, avec la police», laisse-t-elle tomber, pas fière de son passé, mais ouverte à en parler.

Masson-Wong se rappelle une désintox à Lanoraie, dans Lanaudière, aux Pavillons du Nouveau Point de vue. Thérapie par le plein air. «Ça, c’était hot!» sourit-elle. À la blague, elle dit avoir tellement aimé l’expérience qu’elle y est retournée deux fois, à 14 et à 17 ans. Une fois l’été et une fois l’hiver.

«Quatre jours par semaine, on partait en autobus de 9h à 4h pour aller faire des activités dans le bois. J’aimais ça, j’ai toujours aimé le sport. L’hiver, on faisait du ski de fond et de la randonnée en forêt; l’été, du canot, de la descente en rappel. C’était vraiment cool. On était sur des falaises de 40 mètres, il y en a qui avaient la chienne. Mais moi, je n’avais pas peur! Je me mettais la tête à l’envers, me balançais d’une paroi à l’autre...»

C’est ça, le problème. Elle n’a jamais eu peur de rien. Ni de personne. Même aujourd’hui, quand elle pénètre dans le ring octogonal grillagé, elle n’a pas peur. Consciente des risques? Certes. Nerveuse? Toujours un peu. «Mais ce n’est pas de la peur», assure-t-elle.

Accro au GHB

Jamais eu peur non plus de mélanger alcool et plusieurs drogues en même temps. Ni de fréquenter des gens peu recommandables. Comme le fils d’un Hells Angels ou un autre chum qui est aujourd’hui en cavale en Amérique du Sud.

«La drogue qui m’a le plus accrochée, ç’a été le GHB, à 17 ans», explique-t-elle, à propos de ce que l’on connaît aussi sous le nom de drogue du viol. «Je suis sorti avec un gars qui en fabriquait avec un chimiste, alors ça ne me coûtait rien. Et lui se tenait toujours avec des danseuses et des escortes, je finissais par trouver ça banal», poursuit celle qui n’a toutefois pas basculé dans ces «façons faciles de faire de l’argent».

«J’allais au Cégep Limoilou et j’avais toujours ma petite bouteille de jus [GHB]. Je me faisais des bouchons dans les cours. Ça ressemble à l’effet de l’alcool, mais sans l’effet down. Sauf qu’une goutte de trop peut te faire tomber inconsciente et quand tu te réveilles, c’est comme si tu avais juste cligné des yeux. Tu ne te souviens de rien.»

À 17 ans. Six mois sur le GHB. C’est cette année-là qu’elle s’est battue contre deux danseuses, dans un bar, l’une lui fendant la lèvre supérieure d’un coup de poing dont elle garde encore une légère cicatrice. Masson-Wong sera reconnue coupable de voies de fait. Année aussi de sa dernière entrée en maison de thérapie.

Fête de Mères

Le véritable déclic n’est pourtant venu que quelques années plus tard. «Tu ne peux pas aider quelqu’un qui ne veut pas s’en sortir. Moi, je me suis réveillée toute seule. J’avais 20 ans, c’était la fête de Mères. Je me suis réveillée à six heures du soir chez des amis, avec qui on avait veillé deux fois en trois jours. On avait fait plein de coke, on était vraiment maganés.

«Je me suis dit que ça ne me tentait plus. À partir de là, je n’ai rien pris pendant six mois. Même pas une goutte d’alcool. Ensuite, j’ai fait des tests, refait des rechutes, mais j’avais les outils des thérapies pour m’aider», affirme celle qui a assisté aux réunions des Narcotiques anonymes durant quelques années et qui compte sur un entourage alerte à ses anciennes envies.

Son amoureux Marc-André Barriault au premier rang. Elle lui a tout raconté, mais il n’a pas connu l’ancienne Jade. Il est aussi combattant en arts martiaux mixtes.

«Quand Marc a gagné sa première ceinture, en décembre 2017, je regardais mon fil Facebook et j’ai vu que le monde avec qui je me tenais avant faisait un party pour célébrer le départ d’un de nos amis qui était mort d’une overdose. Pendant ce temps-là, moi, j’étais dans un party pour célébrer la victoire de Marc-André. Je me suis dit : “J’ai vraiment fait le bon choix”», raconte-t-elle.

Plus forte que toi

Des tatouages, elle en a presque partout. Dans l’oreille et à l’avant du cou. «Stronger than you», lit-on sous son menton. Plus forte que toi. Pas plus forte que l’armée, qui l’a refusée à cause de cette inscription trop visible.

Tant pis, elle travaille dans le perçage corporel. A aussi suivi une session en soins infirmiers, deux années de techniques ambulancières et obtenu son diplôme de peintre en bâtiment, en 2017.

Dans sa tête, rien ne pouvait l’arrêter. À l’époque, ni les interdictions de sa mère, qu’elle a frappée à coups de poing au visage, ni les dangers d’une surdose.

C’est encore le cas aujourd’hui, mais de façon positive. «J’ai toujours aimé les émotions fortes, j’ai besoin de défis! J’ai transféré mes énergies dans l’entraînement et le sport. La seule manière de t’en sortir, c’est de trouver quelque chose d’autre à quoi t’accrocher, une passion», conclut Masson-Wong, comme un semblant de conseil à qui voudrait bien le recevoir.

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Luke Kutkevicius: un cadeau de «Bundy»

Il a beau avoir des racines lituaniennes et comprendre le français, Luke Kutkevicius est surtout un centre de troisième trio avec de l’expérience. Et c’est exactement ce que cherchaient les Remparts, qui reçoivent les Saguenéens cet après-midi.

«J’ai appelé mon chum Bundy, à Windsor, et je lui ai demandé : “Is it O.K.? ” Il m’a dit : “Oui, ça me fait plaisir de te l’envoyer.” Et c’est comme ça que Luke est arrivé ici», explique simplement Patrick Roy, à propos de son nouvel attaquant de 20 ans.

Bon. «Bundy», c’est Warren Rychel. L’ancien dur à cuire de la LNH devenu copropriétaire, vice-président et directeur général des Spitfires de Windsor, dans la ligue de l’Ontario. Le surnom lui viendrait d’un coach des rangs mineurs qui comparait son tour de taille à celui de l’adipeux lutteur King Kong Bundy. Ça lui est resté.

Rychel et Roy ont gagné une Coupe Stanley ensemble, en 1996, avec l’Avalanche du Colorado. Ils sont aujourd’hui chacun à la barre d’un club junior majeur, le célèbre gardien de but occupant les chaises de dg et d’entraîneur-chef à Québec.

Bonne année!

L’histoire commence au tournant de la nouvelle année. Voyant que ses Spitfires végètent au classement — 15es sur 20 avant les matchs de vendredi — et que son attaquant de 20 ans ne revendique que six buts et 16 points en 30 matchs, Rychel décide d’y aller avec des jeunes et libère Kutkevicius.

L’agent de Kutkevicius, Ian Pulver, dont l’agence codirigée par Igor Larionov gère aussi la carrière des joueurs des Remparts Philipp Kurashev et Aleksei Sergeev, se tourne alors vers Roy et lui offre les services du Torontois. Roy contacte tout de go son chum Rychel et l’affaire est dans le sac.

«Ça ne fonctionnait pas à Windsor. J’aimais bien tous les joueurs, mais je ne m’entendais pas avec les entraîneurs. Alors on a convenu qu’il était mieux pour moi de partir», affirme de son côté le nouveau numéro 18 des Remparts, révélant sa version des circonstances entourant son divorce avec les Spitfires.

Québec constitue un quatrième arrêt en quatre saisons dans le junior majeur pour Kutkevicius, après Mississauga (11 points en 41 matchs), Hamilton (28 points en 95 matchs) et Windsor (38 points en 70 matchs).

«J’espérais trouver le meilleur endroit pour continuer à jouer et les Remparts cherchaient quelqu’un. Patrick est un bon gars, a été un bon joueur et est un bon coach. Ça va bien jusqu’à maintenant et j’espère que ça va continuer», résume celui qui comprend bien le français et le parle un minimum.

Il a inscrit son premier but avec sa nouvelle équipe à son troisième match, dans une défaite contre Gatineau. La plus grande différence entre les ligues du Québec et de l’Ontario réside dans le jeu plus physique de ce côté-ci, estime-t-il.

Jamais repêché par la LNH, le patineur de 6’ 1” et 180 lb a participé aux camps présaison des Red Wings de Detroit et des Blue Jackets de Columbus, en 2017. Avec maintenant plus ou moins trois mois de hockey junior à disputer, le jeune homme dit y aller «un jour à la fois» et attend de voir où la vie le mènera ensuite.

Entre deux jeunes

«Depuis le début de la saison, je me cherchais un troisième centre. On avait un bogue là», fait valoir Roy. «Je voulais un gars d’expérience pour jouer entre Pierrick Dubé et Gabriel Montreuil, alors Luke cadrait parfaitement. C’est plaisant d’avoir deux joueurs de 17 ans chaque bord, mais ça prend un peu d’expérience avec eux. J’aime aussi sa vitesse et il fait du bon boulot sur les mises en jeu.»

Le patron du volet hockey des Remparts avait d’ailleurs tenté l’expérience de muter le défenseur de 20 ans Benjamin Gagné à l’attaque, avant les Fêtes. Roy n’avait toutefois pas été convaincu et voyant les arrières recrues Félix-Olivier Chouinard et Dylan Schives prendre du galon, le sort de Gagné en a été jeté. Il a d’abord été retourné chez lui, ce qui sous-tend aussi d’autres différends avec Roy, avant d’être échangé aux Sea Dogs de Saint-Jean.

Un poste de joueur de 20 ans se libérait alors pour Kutkevicius, les deux autres appartenant toujours aux défenseurs Étienne Verrette et Sam Dunn.

Et la Lituanie? Son grand-père paternel vient du petit pays balte et a immigré au Canada. Ses deux parents sont nés ici et il ne parle pas un mot de lituanien.

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Nicolas-Guy Turbide: encore mieux qu'à Rio

Le nageur malvoyant Nicolas-Guy Turbide n’hésite pas une seconde quand on lui demande quelle est sa meilleure année en carrière : 2018, bien avant 2016 où il avait pourtant remporté le bronze aux Paralympiques de Rio. Cet été, c’est deux fois l’or qu’il a ramené des Championnats panpacifiques de paranatation à Cairns, en Australie, avec en prime une médaille d’argent et une médaille de bronze inattendues.

Les performances exceptionnelles du natif de Québec de l’autre côté de la planète viennent de lui valoir le titre de paranageur de l’année décerné par Natation Canada. «Si on prend en considération les performances et les apprentissages que j’ai réalisés, oui, 2018 est fort probablement ma meilleure année en carrière. À Cairns, je suis monté sur le podium à toutes les épreuves et j’ai abaissé certains records. Après avoir remporté le bronze à Rio au 100m dos, mon épreuve la plus forte, je suis allé chercher l’or. J’ai aussi remporté l’or au 200m quatre nages», explique au bout du fil celui qui s’entraîne au PEPS de l’Université Laval avec le Club de natation de Québec.

«J’ai décidé de participer à deux autres épreuves simplement pour m’amuser : au 50m libre, j’ai décroché l’argent et établi un nouveau record canadien et au 100m papillon, une épreuve pour laquelle je ne m’entraîne pas vraiment, j’ai obtenu le bronze. C’était un peu inattendu, je voyais ces deux épreuves comme une façon de me reprendre si jamais ça allait moins bien à l’une de mes épreuves principales», poursuit le nageur qui est ainsi revenu d’Australie avec beaucoup de métal dans ses bagages.

Pas totalement aveugle

Issu d’une famille de sportifs (son père et sa mère sont golfeurs) Nicolas-Guy souffre d’albinisme oculo-cutané comme le laisse deviner sa chevelure complètement immaculée. «Je ne suis pas aveugle, mais mes yeux sont comme une caméra qui n’a pas de “zoom”. C’est très long avant que je réussisse à faire le focus sur quelque chose, c’est difficile pour moi de reconnaître quelqu’un par ses traits et si je lis, je dois être très proche de mon livre ou de l’écran», illustre-t-il, ajoutant que sa condition ne s’améliorera pas, mais ne se détériorera pas non plus. 

«Dans le sport paralympique, je fais partie de la catégorie d’athlètes considérés comme les “plus voyants” du système, mais je ne pourrais pas avoir un permis de conduire par exemple. La façon dont ça m’affecte dans mon sport, dans les épreuves de dos, un drapeau à 5m du mur indique quand le mur approche. Depuis quelques années, mes yeux ne font plus le focus sur le drapeau. Il a fallu développer un système avec deux partenaires, un de chaque côté de la piscine, avec des perches pour ramasser les balles de golf auxquelles sont attachées des balles de caoutchouc. À cinq mètres du mur, ils me frappent le derrière de la tête avec ça pour m’indiquer que le mur approche. On a développé ce système après Rio», raconte-t-il.

En fait, c’est toute sa planification d’entraînement que le nageur a revue depuis les Jeux de Rio. «Je me croyais invincible aux risques de blessures, j’avais un apprentissage à faire, notamment d’intégrer des étirements dans mon programme d’entraînement. Maintenant, j’ai aussi un massothérapeute, un chiropraticien, toute une équipe autour de moi pour m’aider à garder mon corps en santé et j’en sais beaucoup plus sur la façon dont mon corps réagit.»

La médaille manquante

Ce sont les championnats du monde de paranatation, qui auront lieu en juillet à Kuching, en Malaisie, qui sont sur le radar de Nicolas-Guy Turbide. Après une médaille aux Jeux paralympiques, trois d’or et trois d’argent aux Jeux parapanaméricains et sept médailles (trois en 2014, quatre en 2018) aux Jeux panpacifiques, les mondiaux sont la seule compétition internationale majeure de laquelle il n’est pas encore sorti avec une médaille au cou.

«Les qualifications ont lieu en avril à Toronto, tant pour les championnats du monde para que génériques. Et comme j’ai obtenu le standard canadien au 50m dos, je peux aussi participer aux essais génériques dans cette discipline. C’est un objectif pour moi de faire partie tant de l’élite para que générique en natation. Techniquement, je pourrais participer aux championnats du monde génériques au 50m dos, mais la chance n’est pas énorme. Je ne crois pas que ce soit un objectif atteignable cette année, mais peut-être éventuellement. Qui sait?»

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Davor Kurilic: un géant sous le panier

Il parle cinq langues. Il lui arrive même parfois de les mélanger, histoire de capter l’attention des joueurs qu’il dirige. Mais aujourd’hui, c’est celle du basketball qui lui permet de vivre de sa passion dans la plus européenne des villes canadiennes. Né en Bosnie, élevé en Croatie, Davor Kurilic dirige le club masculin des Dynamiques du Cégep Sainte-Foy, dans le collégial AAA, selon les principes qu’il a appris au fil du temps dans les pays Balkans. Portrait d’un géant sous le panier!

À six pieds et huit pouces, ou 2,2 mètres comme il le précise lui-même, Davor Kurilic est effectivement un géant au sens propre du terme. L’homme de 36 ans qui s’installe devant nous parle d’une voix forte à l’accent slave. Il le fait en français, par respect pour l’endroit où il a choisi de vivre, et passe à l’anglais pour aller au bout de ses réflexions. Mais il pourrait aussi le faire en croate, en polonais et en russe.

Sa nomination à la barre des Dynamiques, dont il mène la barque pour une première saison, n’est qu’une suite logique à son implication sportive et sociale depuis qu’il a décidé de s’établir à Québec, en 2014, à peine deux ans après avoir immigré au Canada. Propriétaire de l’Académie de basketball de Québec, où l’on met l’emphase sur le développement, les valeurs humaines et sportives, son nouveau rôle d’entraîneur-chef lui rappelle tout le chemin parcouru depuis que ses parents ont quitté sa ville natale de Tuzla, en Bosnie, pour s’établir à Varazdin, en Croatie, afin de s’éloigner de la guerre de Bosnie-Herzégovine au début des années 1990.

«J’étais jeune, mais je me souviens très bien des atrocités de la guerre. Ça ne s’oublie pas. Pour mes parents il était facile de partir en Croatie, où nous avions beaucoup de famille. Ils ne voulaient pas y être associés ni être perçus comme des gens qui détestaient l’autre clan, car chez nous, on aime tout le monde. J’ai été élevé pour être ouvert sur le monde. C’est du passé, maintenant, les ponts sont rétablis», raconte-t-il.

De famille

La pomme ne tombe jamais loin de l’arbre, dit-on, puisque le basketball était au cœur de la vie familiale. Son père, Zdravko Kurilic, a été l’un des arbitres les plus reconnus de son époque en Yougoslavie, pays qui n’existe plus. En plus d’être propriétaire d’un disco-club et d’un commerce de jeans qu’ils administraient avec Melita, la mère de Davor, le paternel a notamment fait sa marque dans la décennie 1980-1990, officiant même le premier match des États-Unis contre la Chine en ronde préliminaire du tournoi de basket des Jeux olympiques de 1984, à Los Angeles.

«À notre arrivée en Croatie, mon père m’a impliqué à fond dans le sport. Je les pratiquais à peu près tous, le soccer, le handball, le volleyball, mais le basketball était mon préféré, il passait en premier. À l’école, les enseignants ont été bons avec moi, on me permettait de vivre ma passion, ils m’ont beaucoup aidé, et aujourd’hui, je l’apprécie encore plus», dit en laissant transparaître un brin d’émotion sous son armure.

Mais la réputation de son père explique aussi sa venue au Canada, où il pouvait être lui-même. Davor a donc quitté un continent où ses contacts étaient nombreux pour un autre où l’on ne connaissait pas son historique familial.

«Peu importe où j’allais, j’étais d’abord le fils de l’arbitre. Mon père ne comprenait pas trop au début pourquoi je partais, car il était prêt à m’aider et à me mettre en lien avec diverses équipes dans les Balkans qui auraient pu me donner une chance. Mais je voulais aller dans un pays où on ne le connaissait pas pour y bâtir ma propre identité. Ici, je suis parti à zéro. Personne ne peut me dire que j’ai ce job grâce à lui», dit-il en tout respect pour son père.

Médaille d'or 

À 15 ans, le grand Davor est recruté par le Cibona Zagreb, le meilleur club croate, qu’il a représenté chez les moins de 16 ans et les moins 18 ans. En 1999, il remportera la médaille d’or aux Jeux olympiques de la jeunesse disputés à Esjberg, au Danemark. Puis, l’heure de passer chez les professionnels a sonné.

«Il s’agit du moment où l’on fait face à la réalité : soit vous devenez pro ou non, j’ai été l’un des chanceux à pouvoir l’être», raconte celui qui signera un contrat avec l’équipe bosniaque de Tuzla, sa ville natale.

L’ailier jouera pendant huit ans dans différentes équipes professionnelles basées en Bosnie, à Chypre, en Pologne, en Croatie, en Grèce, la Bosnie à nouveau, et enfin, en Slovaquie, où le temps de devenir entraîneur était arrivé.

«À ma dernière saison, en Slovaquie, j’avais 26 ans, mais j’ai senti que le moment de tourner la page sur ma carrière était venu même si j’étais le deuxième marqueur de la Ligue avec une moyenne de 23 points et 6,7 rebonds par match. J’avais des offres pour poursuivre ailleurs, mais je voulais investir dans mon avenir. Il s’agissait de la plus importante décision de ma vie, mais je ne l’ai jamais regretté. J’en ai discuté avec mon père, il était d’accord que si je voulais devenir coach, je ne devais pas attendre d’avoir 40 ans. Je suis fier de mon parcours, j’ai représenté mon pays dans 75 matchs internationaux et j’ai toujours évolué en première division chez les pros.»

Dès l’âge de 18 ans, un entraîneur lui avait dit qu’il serait grand coach. «Mais je n’ai que 18 ans, avait répondu Davor. Oui, mais un jour, tu le seras.»

Comme l’avait fait son père, Davor Kurilic s’impose à sa façon sur la planète basket!

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Yanni Gourde: l'éloge de la persévérance

Aussi loin qu’il se souvienne, Yanni Gourde a toujours confondu les sceptiques. Mis de côté dans le midget AAA à 15 et 16 ans, ignoré au repêchage de la LHJMQ et à celui de la LNH, l’attaquant natif de Saint-Narcisse-de-Beaurivage a fait son chemin à force de ténacité et de résilience. L’année 2018 qui se termine n’est qu’une suite logique à son parcours, car après une première saison complète à Tampa Bay, le Lightning l’a récompensé avec un contrat à long terme au début du mois de novembre. Voici un éloge à la persévérance!

Si le joueur qu’est devenu Yanni Gourde avait un conseil à donner au jeune de 15 ans qu’il était, il ne chercherait pas à lui faire croire que tout serait facile pour évoluer dans la LNH. «Je lui dirais : “Attèle-toi, mon gars, ça va être dur. Mais ne lâche surtout pas, parce que ça en vaut la peine”», répond l’attaquant du Lightning de Tampa Bay, qui a fait plusieurs fois la démonstration qu’aucun obstacle n’était insurmontable pour atteindre son but.

«Personne ne m’a jamais dit que j’allais faire un joueur professionnel dans ma vie. Je ne me le disais pas non plus, je n’avais aucune attente. Pour moi, c’est arrivé un peu de nulle part. J’y suis allé une année à la fois, petit train va loin, comme on dit», racontait-il en entrevue avec Le Soleil avant le début de la présente saison. 

Fort d’une récolte de 25 buts et 64 points à sa première saison complète dans la LNH, il s’était lui-même déplacé dans les locaux du journal pour faire l’entrevue, peu de temps avant de retourner en Floride en prévision de la présente campagne. «Je vis une belle expérience. Je me pince encore de tout ce qui m’arrive. Et me pincer, ça m’empêche aussi de m’endormir. J’y ai goûté, j’aime ça et j’en veux encore plus. J’ai connu l’incertitude et les ligues mineures, je n’arrêterai jamais d’apprécier où je suis rendu», disait le joueur de 5’9”, qui a fêté son 27e anniversaire le 15 décembre.

Gourde a monté une à la fois les marches menant à la plus importante ligue au monde. Il n’a jamais renoncé, même s’il y a des moments où il aurait pu «arrêter ça là pour aller m’amuser avec mes chums», pour reprendre ses mots.

Il a disputé sa seule saison dans le midget AAA, à 17 ans, avec les Élites de Jonquière, puisque les Commandeurs de Lévis n’avaient pas cru bon lui faire une place dans leur alignement auparavant. «C’est la seule fois où j’ai été repêché. En fait, je ne l’avais même pas été, les Élites m’avaient juste réclamé au repêchage des joueurs laissés sans protection», rappelle-t-il en riant.

Le petit qui faisait tout

Les Tigres de Victoriaville l’ont découvert en allant observer Yoan Pinette, dans le midget espoir, en prévision du repêchage de 2008. «Étant originaire de Lévis, j’ai déjà donné des chances à des gars de la Rive-Sud», raconte Jérôme Mésonéro, ancien dg des Tigres. «Pinette était bien classé sur notre liste, on le suivait. Mais à chaque fois qu’on allait à l’aréna, c’était toujours le petit Gourde qui faisait tout. Après le repêchage de 2008, on l’avait signé comme joueur affilié, et comme il n’avait pas joué midget AAA, je lui avais dit d’aller à Jonquière, que Claude Bouchard pourrait l’aider. Je lui avais donné le défi de finir parmi les 10 meilleurs compteurs de la ligue.»

Le mandat a été rempli, Gourde a percé l’alignement des Tigres à 18 ans et a remporté le championnat des marqueurs de la LHJMQ à 20 ans avec 124 points. «Je n’aime pas parler de mes statistiques ni de mon championnat des marqueurs. Ça fait partie de mon cheminement, mais ce n’est pas important. J’aurais été aussi fier si mon coéquipier Philippe Maillet l’avait été à ma place. À 20 ans, tout ce je voulais, c’était qu’on gagne, mais malheureusement, ça ne s’est pas produit.»

Pas en touriste

Comme dans la LHJMQ, aucune équipe de la LNH ne repêchera Gourde. Premier de classe, son plan de carrière devait passer par le hockey universitaire, mais une invitation de dernière minute viendra tout changer. Après l’élimination des Tigres, en 2012, Worcester lui offre un contrat d’essai pour les quatre derniers matchs de la saison de la Ligue américaine. Il y obtiendra trois points. Les Sharks lui consentiront un contrat d’un an à titre de joueur autonome et il ne fréquentera jamais l’Université de Moncton, où il devait aller.

À sa deuxième année professionnelle, il opte pour un contrat indépendant dans la Ligue East Coast «afin de pouvoir ensuite signer avec n’importe qui si ça allait bien et voir où ça me mènerait». En milieu de saison, Worcester fait encore appel à ses services et il amassera 24 points en 25 matchs. La même année, il signera un contrat à deux volets (LNH-LAH) avec le Lightning, pacte qui entrera en vigueur la saison suivante. Il jouera trois saisons avec leur club-école de Syracuse, étant rappelé pour de courtes promotions de deux et trois matchs avant de saisir sa troisième chance, en 2016-2017.

«La troisième fois, je m’étais dit : “Yanni, ne viens pas ici en touriste”. J’ai réalisé que j’étais là pour une raison, que je pouvais apporter quelque chose à une équipe. Même si je ne le suis pas, j’ai toujours été un petit gars qui voulait être le meilleur.»

Pleins feux

Ivan Chekhovich: le tsar de la Côte-Nord

BAIE-COMEAU — Ils ne sont évidemment pas nombreux, les Russes, sur la Côte-Nord. Et ceux qui s’y arrêtent ne passent habituellement pas inaperçus. C’est le cas d’Ivan Chekhovich, un des deux joueurs du pays des steppes à voyager à bord du Drakkar de Baie-Comeau cette saison.

S’il est reconnu, ce n’est toutefois pas parce que celui qu’on surnomme Chekho est à la recherche d’attention, bien au contraire. Pour dire le moins, ce n’est pas le plus exubérant à l’extérieur de l’aréna ou dans les quartiers de l’équipe.

«Dans le vestiaire, je ne suis pas le gars qui va parler le plus», confirme l’attaquant de 19 ans. «J’aime plus faire valoir mon talent sur la glace et montrer que je suis capable de faire la différence.»

L’entraîneur-chef du Drakkar, Martin Bernard, se souvient d’un jeune homme plutôt timide à son arrivée. Chekho n’avait alors que 17 ans. «Quand j’étais allé le chercher à l’aéroport, il avait appris une phrase : “Martin, I don’t speak english”. 

«Ça a commencé comme ça, lui et moi. En trois saisons ici, Ivan a eu le même parcours que l’équipe, avec des hauts et des bas, et c’est ce qui forge l’expérience d’un joueur, qui fait qu’aujourd’hui il est mieux outillé pour faire face à l’adversité.»

Au diable les statistiques!

La différence, Chekhovich la fait souvent cette saison. Au moment de la pause de Noël, le tsar de la Côte-Nord avait amassé 55 points, dont 29 buts. Ce dernier chiffre représente un sommet jusqu’ici dans la LHJMQ cette saison. Ses plus proches poursuivants à ce chapitre, Jeremy McKenna (Moncton) et Jimmy Huntington (Rimouski), en ont 25.

Est-il étonné de sa première moitié de saison? «Honnêtement non, mais il faut dire que je ne me fixe pas d’objectif personnel. Mon objectif était simplement d’aider l’équipe», confie l’ailier gauche dans un anglais fort acceptable. «Je ne me préoccupe pas de mes statistiques, l’équipe passe toujours en premier.»

Chekhovich avait pourtant connu une campagne plutôt moyenne l’an dernier, du moins selon ses standards, avec 60 points en 65 matchs. À sa première saison, en 2016-2017, il avait cumulé 59 points en 60 parties. Toutefois, le fait de terminer la saison avec le Barracuda de San Jose, club-école des Sharks dans la Ligue américaine, a fait grimper son jeu d’un cran. Il a récolté neuf points, dont trois buts, en six matchs éliminatoires.

«On ne se fera pas de cachette. Son passage dans la Ligue américaine avec San Jose l’an passé et son camp d’entraînement cette année lui ont donné énormément de confiance», confie Bernard, qui qualifie le lancer du Russe de niveau de la Ligue nationale. «Je pense qu’il a réalisé qu’il était capable de compétitionner avec des joueurs de ce calibre-là.»

L’ailier gauche de 5’10” et 176 livres partage cette analyse. «J’ai franchi une bonne étape au camp des Sharks et ça m’a montré que je pouvais avoir ce qu’il fallait pour jouer en haut.»

Pas de plan B 

Les derniers contacts de Chekhovich avec le dépisteur des Sharks pour le nord-est de l’Amérique du Nord, le vénérable Gilles Côté, lui ont confirmé que le club qui l’a repêché en septième ronde (212e au total)en 2017 est satisfait de sa progression. Il a d’ailleurs signé un contrat avec San Jose le printemps dernier.

Jouer «en haut» est la seule cible de Chekhovich. Comme la grande majorité des Européens qui viennent tenter leur chance dans la Ligue canadienne de hockey, il mise tout sur ce sport. Il reconnaît même candidement qu’il n’a pas de plan B si jamais le hockey venait à lui tourner le dos. À part lire un peu et jouer au Playstation, ses temps libres sont encore et toujours consacrés au hockey. Il n’a même plus d’amie de cœur!

Chekho avoue aussi qu’il a trouvé Baie-Comeau plutôt tranquille lorsqu’il est débarqué, lui qui vient de Iekaterinbourg, une ville de 1,5 million d’habitants. C’est pas mal plus que les quelque 22 000 de Baie-Comeau! «C’est bien pour moi, car il n’y a pas trop de distraction extérieure. Je suis ici pour jouer au hockey et je me concentre toujours là-dessus», fait-il valoir.

Le hockeyeur se souvient cependant que ce fut difficile de quitter sa Russie natale à 17 ans, mais il ne regrette absolument rien, car il se dit convaincu d’avoir fait le bon choix. «Ce n’est pas facile, mais c’est profitable pour n’importe quel joueur européen, pas seulement russe, de venir jouer dans la LHJMQ. C’est une bonne ligue et Baie-Comeau, c’est une bonne place pour ça. On a une bonne équipe, de bons entraîneurs, de bons coéquipiers, de bons partisans et on est bien encadrés.»

Pleins feux

Colten Ellis: le rieur masqué

RIMOUSKI — «J’adore rire», lance Colten Ellis en esquissant un sourire convaincant. D’un calme olympien et d’une nature plutôt discrète sur la patinoire et dans la chambre des joueurs, il dissimule pourtant bien son côté hilare. Même son entraîneur est surpris d’apprendre ce trait de caractère chez son gardien no 1.

«C’est un gars très tranquille dans le vestiaire», perçoit plutôt Serge Beausoleil. «Il est dans son coin, très sérieux. Ça reste un gars calme, discret et effacé. Il est posé dans tout ce qu’il fait.»

Le pilote des Bleus concède toutefois qu’il arrive à Ellis de «rire des niaiseries des autres, qu’il aime rigoler en temps opportun et qu’il est moqueur». Ses coéquipiers ne manquent d’ailleurs pas eux aussi de le taquiner. Mais Beausoleil n’aurait pas cru que le gaillard de 6’1” et 183 livres puisse se bidonner en écoutant des comédies!

«Je l’apprends», laisse tomber Beausoleil d’une mine à la fois étonnée et ravie. Lors de l’entrevue en anglais avec Le Soleil, les éclats de rire ont d’ailleurs été naturellement fréquents de la part du rouquin.

Quand le Néo-Écossais d’origine ne joue pas au hockey ou qu’il ne se consacre pas à ses études, il aime aller au cinéma. «L’été, tous les lundis, je vais m’entraîner à Sydney», raconte-t-il. «En même temps, avec ma famille, on va au cinéma. Mon frère et moi, on regarde aussi des émissions de télé, la plupart du temps des comédies. Je vais parfois voir des films d’action, mais je n’aime jamais autant ça que des comédies! J’ai un grand sens de l’humour!»

Outre le cinéma, il aime aussi jouer à différents sports avec ses amis, pour le plaisir. Il conserve d’ailleurs d’excellents souvenirs de ceux qu’il a pratiqués à l’école lorsqu’il était plus jeune, que ce soit du basketball, du volleyball ou du soccer.

Le nez dans les livres

Lorsque le gardien n’est pas sur la glace, il a le nez dans ses livres. On le décrit comme un étudiant sérieux et ambitieux. D’ailleurs, il a été nommé le joueur étudiant du mois de novembre au sein de sa formation.

«Ça exprime pas mal qui il est», décrit son entraîneur. «C’est un joueur dédié, qui a de très bonnes aptitudes de travail, autant sur la glace qu’à l’extérieur. Dans ses études, il est appliqué et sérieux dans ce qu’il fait. Il est très cérébral.»

L’étudiant termine sa 12e année au Trimble High School, dont les cours sont offerts en ligne au Cégep de Rimouski. Son programme comporte des cours d’arts, de technologies de l’information et d’anglais. Par la suite, il compte s’inscrire à l’université en kinésiologie, pour éventuellement pratiquer sa profession auprès des sportifs, idéalement les hockeyeurs.

À sa deuxième année à Rimouski, a-t-il l’intention d’apprendre le français? «Mon français était bon quand je suis arrivé l’an dernier», raconte-t-il. 

«Mais maintenant, j’en ai perdu. J’espère que l’an prochain, je serai meilleur. Il faudrait que je pratique avec mes coéquipiers francophones, mais ils me parlent en anglais. Quand je prête attention, je comprends quelques mots en français.»

Parfois, il se risque à dire quelques phrases dans la langue de Molière : «Merci», «Allô», «Comment ça va?», S’il-vous-plaît», «Bonne journée»... «Je suis vraiment bon pour commander au Tim Hortons», ajoute-t-il avec son air pince-sans-rire.

Sa logeuse de Rimouski tente de lui inculquer des notions de français. «Marie Soucy est incroyable pour moi», mentionne-t-il avec beaucoup de reconnaissance. «Elle essaie de m’apprendre le français. Elle fait plein de petites choses pour moi. Elle veut toujours être sûre que tout va bien. Elle est toujours là pour répondre à mes besoins. Elle est vraiment extraordinaire!» Originaire d’Edmundston (N.-B), la dame héberge également son coéquipier Carson MacKinnon.

Il adore Rimouski

Ellis adore Rimouski. «Les fans sont spectaculaires. C’est vraiment plaisant. Tous les gens et les fans sont vraiment aimables. Ça rend mon séjour intéressant. C’est une grosse ville de hockey!»

D’ailleurs, s’il compare son village natal de Whycocomagh à Rimouski, il considère celle-ci comme une grosse ville. Il faut dire que sa municipalité, dont le nom signifie «tête des eaux» en micmac, ne compte que quelque 800 âmes!

Né le 5 octobre 2000, il est l’aîné d’une famille de trois enfants. Il a un frère et une sœur : Matthew, 16 ans et Haylee, 11 ans. Son père, Brian Ellis, est entrepreneur de machinerie lourde et sa mère, Jo-Ann Campbell, est réceptionniste pour une clinique vétérinaire.

Ellis raconte les premières années de sa vie avec ravissement. «J’ai eu une enfance amusante», relate-t-il avec une étincelle dans les yeux. «J’étais très actif. J’ai essayé différents sports. J’ai fait des voyages scolaires très intéressants. La communauté à laquelle on appartenait était très gentille. 

J’ai plusieurs amis avec qui j’ai grandi et dont je suis resté proche.»

Pleins feux

Adonis Stevenson revisite ses 10 combats pour le titre

Adonis Stevenson est champion du monde WBC des poids mi-lourds depuis 2002 jours. Près de cinq ans et demi. Une éternité dans le monde de la boxe. Avec une victoire samedi soir à Québec, ville où il a mis sa couronne en jeu le plus souvent, le puissant gaucher surpasserait Lucian Bute et ses neuf défenses à succès, un record pour un boxeur québécois. Revoyez les 10 combats pour le titre à travers les yeux du champion lui-même et de son promoteur Yvon Michel, qui passe en revue ceux contre qui Superman s’est battu… ou pas.

1. Chad Dawson (États-Unis, 31-2),
8 juin 2013 à Montréal ,
victoire par K.-O. à 1:16 du 1er round

› Adonis Stevenson «C’est le début du règne! La réalisation d’un rêve que je caressais lorsque je suis devenu professionnel [en 2006]. J’aurais pu gagner la ceinture IBF à 168 livres les mains dans le dos, mais je préférais celle de la WBC, même à 175 livres. La ceinture verte, c’est la plus prestigieuse! J’avais dédié ce combat à mon entraîneur Emanuel Steward [décédé en 2012], qui m’avait dit que je deviendrais un grand champion. Je ne voulais pas le décevoir.»

› Yvon Michel «Adonis était l’aspirant obligatoire des 168 livres de l’IBF. Mais Carl Froch a préféré une unification contre Mikkel Kessler et le vainqueur abandonnait le titre pour qu’Adonis se batte pour la ceinture contre un autre aspirant. Entretemps, Jean Pascal devait affronter Chad Dawson pour le titre des 175 livres du WBC. Mais l’occasion pour Pascal d’affronter Lucian Bute s’est présentée. Donc, Jean s’est retiré du combat de Dawson et HBO a accepté de prendre Stevenson-Dawson en à-côté de Bute-Pascal.»

2. Tavoris Cloud (États-Unis, 24-1),
29 septembre 2013 à Montréal,
victoire par abandon à 3:00 du 7e round

› Adonis Stevenson «On disait que j’avais gagné la ceinture par chance, et je l’ai encore! Des faux prophètes disaient que je devais ma victoire contre Dawson à un coup de poing chanceux, que Cloud allait me battre. Mais je leur ai fait ravaler leurs paroles! Après, Don King a dit que j’avais la force de Mike Tyson et les pieds qui bougeaient comme Muhammad Ali. C’était vraiment flatteur.»

› Yvon Michel «La première année où un gars devient champion, il a l’adrénaline, n’est pas encore riche et veut se battre. Cloud était un protégé du promoteur Don King et considéré comme un boxeur dangereux, un ancien champion du monde affamé qui revenait pour prendre son titre. Avant le combat, King m’a dit : “Yvon, je ne veux pas te faire de peine, mais mes éclaireurs m’ont dit que ton gars n’est pas de taille. Ce ne sera pas long.” Puis, après un round : “Fuck! Je vais congédier tous mes éclaireurs!”»

3. Tony Bellew (Angleterre, 20-1-1),
30 novembre 2013 à Québec,
victoire par T.K.-O. à 1:50 du 6e round

› Adonis Stevenson «Bellew a accompli beaucoup. Il a été champion des lourds-légers [2016] et s’est même battu poids lourd. Je suis l’un des deux seuls qui l’ont arrêté. Mais à la différence d’Usyk [10 novembre dernier], j’ai battu un Bellew plus jeune, plus féroce, plus hargneux. C’est mon adversaire contre qui il y a eu le plus d’animosité avant le combat, on en est venus aux coups à la pesée. On essayait aussi de me déconcentrer pendant la semaine [avec des articles accablants sur son passé publiés dans La Presse], mais je suis passé à travers de ça. Je suis passé à travers Bellew, aussi.»

› Yvon Michel «Tony Bellew était extrêmement suspicieux. Il était convaincu qu’on ferait tout pour lui nuire, comme empoisonner sa nourriture. Il n’a pas dit à quel hôtel il logeait et n’acceptait même pas un verre d’eau de notre part. Mais Adonis n’a pas eu besoin de ça. [À cause des textes de La Presse], je n’ai jamais vu Adonis aussi furieux. Il s’est présenté sur le ring en broyant du noir. Tout ce qu’il voulait, c’était détruire ce qu’il avait devant lui. Même après la victoire, il n’a pas souri.»

4. Andrzej Fonfara (Pologne, 25-2),
24 mai 2014 à Montréal,
victoire par décision unanime

› Adonis Stevenson «Tenir mon camp d’entraînement en Allemagne a été ma plus grosse erreur en carrière! Le décalage horaire m’a épuisé et en plus, je me suis fait une hernie discale. Deux, trois semaines à juste me faire soigner et masser. Mais je ne voulais pas repousser le combat. Et déjà que j’avais mal au dos, je me suis blessé à la main gauche dès le deuxième round. Ça faisait mal! Je suis allé au plancher [au 9e round], mais ce n’est pas pour rien que je suis champion. Je me suis relevé et j’ai continué comme si de rien n’était.»

› Yvon Michel «HBO avait un combat contre Sergey Kovalev dans les plans, mais Adonis s’est associé à Al Haymon, qui était avec Showtime. Puis il y a eu le camp en Europe, son entraîneur Sugar Hill était adjoint auprès de Wladimir Klitschko. On nous a caché la blessure au dos ; ils ne pensaient pas que Fonfara était un défi important. Adonis a envoyé Fonfara au tapis dès les premières minutes, ce qui renforçait son opinion, mais il s’est finalement battu 12 rounds pour la première fois de sa carrière.»

5. Dmitry Sukhotskiy (Russie, 22-2),
19 décembre 2014 à Québec,
victoire par K.-O. à 2:42 du 5e round

› Adonis Stevenson «La veille, j’ai subi une opération pour enlever un kyste dans la bouche, à 24 heures du combat! On m’avait conseillé de ne pas le faire, mais ça faisait vraiment mal et c’était trop enflé. Une fois dans le ring, je me suis arrangé pour ne pas manger trop de coups de poing.»

› Yvon Michel «Le rêve d’Adonis était d’affronter Bernard Hopkins et on avait une entente pour l’automne. On avait même réservé la date du 10 octobre. Mais Oscar De La Hoya a repris le contrôle de Golden Boy Promotions et est retourné à HBO pour faire Hopkins-­Kovalev! Sukhotskiy était un cadeau de consolation pour rester actif avant Kovalev, qui a battu Hopkins. Jean Pascal était l’aspirant obligatoire de Stevenson et a accepté de mettre sa position en jeu contre Kovalev. Alors, on a fait Sukhotskiy en pensant que le prochain combat serait contre le gagnant de Pascal-Kovalev.»

6. Sakio Bika (Cameroun, 32-6-3),
4 avril 2015 à Québec,
victoire par décision unanime

› Adonis Stevenson «Bika a affronté plein de gros noms, a boxé contre Andre Ward et même Joe Calzaghe! Bika-Ward avait été très serré, mais moi, je n’ai pas été en danger dans ce combat. Je l’ai boxé stratégique. Tu y vas pour knocker, mais si ça ne fonctionne pas, je suis polyvalent.»

› Yvon Michel «C’était la grande première à CBS de la série Premier Boxing Champions [PBC]. En direct, le samedi après-midi. On avait eu plus de 400 000 de cotes d’écoute à TVA Sports et plusieurs millions à CBS. C’était le dernier combat avant Kovalev, qui avait battu Pascal [en mars]. Bon combat, bonnes cotes d’écoute, c’était parfait! Mais la veille de notre départ pour l’appel d’offres à Mexico, le président du WBC m’a appelé pour me dire que Kovalev et sa promotrice Kathy Duva se retiraient. Ç’a été une énorme déception.»

7. Tommy Karpency (É.-U., 25-4-1),
11 septembre 2015 à Toronto,
victoire par T.K.-O. à 0:21 du 3e round

› Adonis Stevenson «Ce n’est pas moi qui choisis mes adversaires. Dès qu’il a fait une erreur, j’ai pu en profiter et j’ai ouvert la machine.»

› Yvon Michel «On se retrouve sans combat populaire. Pascal devient moins intéressant parce qu’il a perdu contre Kovalev qui, lui, affronte son aspirant obligatoire, un obscur Français. Karpency vient de battre Chad Dawson, qui n’a jamais demandé sa revanche incluse dans le contrat du premier combat contre Stevenson. Il nous a revendu ses droits pour 125 000 $US. Karpency est hot et on avait toujours voulu explorer le marché de Toronto, alors le moment était bien choisi.»

8. Thomas Williams Jr (É.-U., 20-1),
29 juillet 2016 à Québec,
victoire par K.-O. à 2:54 du 4e round

› Adonis Stevenson «Plusieurs disaient que j’allais perdre ce combat-là, il était l’étoile montante aux États-Unis. Il a essayé de mettre de la pression au corps à corps, et j’ai détruit son corps. Une fois que je l’ai battu, il n’a plus été le même par après. Quand tu encaisses un gros K.-O. comme ça, vaut mieux prendre au moins un an pour te reposer. Mais lui est retourné trop tôt, contre un autre gaucher et il s’est fait encore knocker.»

› Yvon Michel «PBC avait tellement dépensé d’argent en partant que ça commençait déjà à peser sur le frein. Al Haymon s’était associé à plusieurs boxeurs et n’avait pas autant de dates de télé que prévu, alors on s’est retrouvés en plein été contre un bon jeune boxeur prometteur. Un super combat spectaculaire, mais qui n’a pas duré longtemps.»

9. Andrzej Fonfara (Pologne, 29-4),
3 juin 2017 à Montréal,
victoire par T.K.-O. à 0:28 du 2e round

› Adonis Stevenson «J’avais des choses à prouver et ça n’a pas pris de temps. Pourtant, après avoir fait 12 rounds la première fois, il était très confiant. Il était allé chercher les meilleurs entraîneurs et spécialistes du conditionnement physique. Mais je n’avais pas mal au dos ni à la main gauche, alors il y avait une grosse différence.»

› Yvon Michel «Après la défaite contre Stevenson, Fonfara a battu Julio Cesar Chavez, s’est fait surprendre par Joe Smith, mais a ensuite passé le K.-O. à Dawson. Et après leur premier affrontement, Adonis voulait montrer que Fonfara n’avait pas d’affaire dans le même ring que lui pendant 12 rounds. De notre côté, on voulait prendre le temps d’augmenter la valeur d’Eleider Alvarez, qui avait battu Lucian Bute en février. On a mis Pascal-Alvarez sur la carte pour mettre la table pour Stevenson-Alvarez.»

10. Badou Jack (Suède, 22-1-2),
19 mai 2018 à Toronto,
nulle par décision majoritaire

› Adonis Stevenson «Malgré le match nul, j’ai gagné ce combat. Je n’étais pas à 100 % non plus, j’avais la grippe. Comme je ne pouvais pas prendre de médicament, je prenais du miel chaud pendant la semaine, mais ça ne passait pas. Une fois dans le combat, j’avais le nez bouché et de la misère à respirer. C’est comme si je boxais contre deux adversaires : Badou Jack et la grippe!»

› Yvon Michel «Alvarez-Stevenson était prévu à l’automne, à Québec. Mais Stevenson-Jack se dessinait pour une unification, au début, et j’ai reçu un appel de Kathy Duva. Kovalev devait affronter Marcus Browne, mais celui-ci venait de se faire arrêter pour violence conjugale et elle craignait que le combat soit annulé. Elle a fait une offre pour Alvarez. Stevenson, lui, s’est laissé distraire par ces histoires d’unification ou pas et de Montréal ou Toronto. Et a juste passé trois semaines avec son entraîneur. Maintenant, Jack est encore l’aspirant obligatoire
au gagnant de Stevenson-Gvozdyk et on espère
aussi Alvarez-­Steven­son l’an prochain.»

PLEINS FEUX

La Coupe aux souvenirs

Pour la cinquième fois en 54 ans d’histoire du Championnat canadien du football universitaire, le match de la Coupe Vanier se tient à Québec, samedi après-midi. Le Soleil a remonté le temps en compagnie des joueurs par excellence des quatre finales tenues jusqu’ici au stade de l’Université Laval. Vivez ou revivez ces moments uniques sous un nouvel éclairage truffé de souvenirs, d’anecdotes et même de révélations!

2009 › Queens’ 33/Calgary 30

DEUXIÈME DEMIE MAGIQUE

Ce n’est pas un ni deux, mais trois matchs de fous que les Gaels ont gagnés en ce mois de novembre 2009 afin d’être couronnés champions canadiens.

La plus importante remontée en deuxième demie dans l’histoire de la Coupe Vanier, Queen’s effaçant un déficit de 25-7, a suivi des victoires in extremis de 43-39 aux dépens de Western et d’un autre super quart-arrière, Michael Faulds, puis de 33-31 contre le Rouge et Or et le non moins fantastique Benoît Groulx sur le terrain boueux de Kingston.

«Ces trois matchs font partie des moments les plus excitants de toute ma carrière», atteste celui qui a ensuite évolué une saison dans la LCF, devenant le premier quart-arrière canadien à prendre une remise pour les Argonauts de Toronto en plus de 40 ans.

Cette première présentation du match de la Coupe Vanier au Québec coïncidait avec la première visite de Brannagan au PEPS et son dernier match universitaire. «C’était l’un des endroits où, en commençant ma carrière, j’espérais un jour avoir la chance de jouer. Malgré le vent et le froid, il y avait quand même beaucoup d’amateurs [18 628] et c’était très impressionnant», se remémore-t-il.

«Très divertissant»

Le match s’est de plus avéré «très divertissant», résume Brannagan. Un euphémisme. En retard par 18 points, les Gaels ont pour ainsi dire ouvert le troisième quart avec un jeu de passe de 60 verges pour le majeur à Devan Sheahan, le fils de l’entraîneur-chef Pat Sheahan.

«Les coachs n’ont pas eu besoin de parler beaucoup, à la demie. Notre équipe était expérimentée et on était habitués aux matchs serrés. On savait qu’il fallait juste s’en tenir à ce qu’on savait faire.»

En deuxième demie, Brannagan a réussi 11 de ses 19 passes pour 221 verges de gains, dont six en sept pour 117 verges juste au quatrième quart. «J’en garde plein de bons souvenirs, mais plus de la deuxième demie que de la première... Je ne pouvais pas demander une plus belle fin de carrière universitaire. Mon seul regret est de ne pas avoir eu le temps d’explorer la ville, alors je devrai y retourner pour découvrir Québec davantage», conclut-il, comme une promesse à lui-même.