Philippe Marquis a pu chausser ses skis à la rampe d’eau de Lac-Beauport, la semaine dernière, et son genou a tenu le coup.

Philippe Marquis: l’espoir d’une autre saison

Après avoir atteint la finale de l’épreuve des bosses des Jeux olympiques de PyeongChang malgré une déchirure du ligament croisé antérieur du genou droit, le skieur acrobatique de Québec Philippe Marquis voudrait disputer une autre saison pour terminer sa carrière sur une note positive avant d’accrocher ses skis pour de bon.

Marquis verra bientôt si son objectif est réalisable quand il testera son genou dans les Alpes avec l’équipe canadienne, qui tiendra son camp d’entraînement à Zermatt, en Suisse, jusqu’au 26 octobre.

«Je suis amer envers ma fin de saison, pas le fait que je sois sorti de piste en finale à PyeongChang, car c’était déjà un miracle que je me rende là, mais plutôt parce que j’aurais aimé finir ma saison avec mes coéquipiers, célébrer avec eux et conclure ma carrière sur une bonne note», déclarait le spécialiste de l’épreuve des bosses en entrevue téléphonique avec Le Soleil, lundi.

«Bref, j’aimerais que mon corps me permette de faire un dernier tour de piste. Et peut-être aussi de me “venger” à la piste de Deer Valley [en Utah], où je me suis blessé avant les Jeux et où auront lieu les Championnats du monde de ski acrobatique en février», résume l’athlète de 29 ans, qui avoue que la guérison de sa blessure n’a pas été de tout repos.

«Ça a été beaucoup de up and down cet été. On a découvert une déchirure du ménisque externe qu’on n’avait pas anticipée et, au milieu de l’été, je doutais encore de pouvoir skier de nouveau...»

Les choses se sont cependant améliorées au cours des dernières semaines, de sorte que Marquis a pu chausser ses skis à la rampe d’eau de Lac-Beauport la semaine dernière. «Mon genou a passé le test. Je sens que le ligament est solide. Il me reste maintenant à le tester sur la neige, à retrouver mes repères. Mais je sais que chaque fois que j’ajoute une nouvelle composante dans mon entraînement, il y a toujours un peu d’inconnu», poursuit-il.

Persévérance

Malgré les longs mois de réadaptation, Marquis ne regrette pas du tout sa décision d’avoir tenté sa chance aux JO de PyeongChang, même s’il savait que son genou pouvait lui faire faux bond à tout moment. «Quand j’ai frappé cette bosse à Deer Valley, j’ai ressenti une douleur que je n’avais jamais ressentie en 15 ans de carrière. Je savais que c’était critique. Et quand j’ai eu le diagnostic final, j’étais dévasté à cause du timing qui était le pire qu’un athlète puisse espérer», explique celui qui avait terminé neuvième à Sotchi en 2014 et visait un podium en Corée du Sud.

«Si j’ai décidé de continuer quand même, c’est que je ne voulais pas arrêter après m’être rendu si loin, après la fulgurante progression que j’avais faite de 2014 à 2018 qui m’avait amené à être confiant en mes chances de ramener une médaille. Une partie de moi voulait aussi le faire pour les autres, pour mes parents, pour mes commanditaires et je voulais aussi envoyer un message de persévérance et de résilience parce que je sais que 95 % des gens auraient abandonné dans ma situation.»

Sur un genou

Contre toute attente, Philippe a atteint la finale de l’épreuve des bosses sur un seul genou. «J’avais de la misère à y croire, je ne pensais jamais faire une descente avec deux bons sauts. D’autant plus que je n’avais tellement pas skié le mois précédent afin de préserver mon genou. Je ne savais même pas comment je réussirais à me rendre du départ à la ligne d’arrivée. Il m’a fallu beaucoup de préparation mentale. Juste d’être là, c’était une victoire.»

Malheureusement, son genou a finalement cédé, provoquant une sortie de piste qui a mené à sa disqualification et à une vingtième place. «Une blessure au ligament croisé antérieur, ce n’est pas que ce soit extrêmement douloureux, mais tu n’as plus de tonus et c’est extrêmement mobile. Ce ligament envoie l’influx nerveux au cerveau pour dire au muscle de se contracter, alors quand tu es blessé, tu perds beaucoup de force dans ta jambe. C’est dur, car tu sais que ça peut lâcher à n’importe quel moment, sur une bosse ou parce que tu forces un peu trop. Tu as toujours le stress de réussir ou d’aggraver ta blessure. Maintenant, je ne devrais pas avoir d’inquiétude. Ma jambe droite est un peu moins forte, mais je peux réintégrer des mouvements de ski acrobatique dans mon régime d’entraînement», conclut le skieur.

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PAS QUESTION DE JOUER AVEC SA SANTÉ

Remis de sa déchirure du ligament croisé antérieur subie en janvier, Philippe Marquis assure qu’il ne jouera pas avec le feu. Après le camp canadien à Zermatt, en Suisse, le bosseur de Québec a l’intention de participer à un autre camp en décembre dans l’espoir de reprendre la compétition en janvier si son genou droit répond bien.

«Je suis conscient que je ne retrouverai pas mon niveau d’il y a un an, mais je peux quand même retrouver un bon niveau, avoir du fun et skier pour m’amuser avant de passer le flambeau à la nouvelle génération, les Mik [Mikaël Kingsbury], les Marc-André Gagnon. Si ça marche, je m’embarque pour un an seulement, et je le dis avec un “si”, car il reste encore des étapes à franchir. C’est sûr que je ne veux pas mettre ma santé en péril. C’est important aussi que j’aie deux bons genoux pour le reste de ma vie. Tu sais, dans un sport exigeant comme les bosses, 29 ans, c’est un peu l’âge d’or!» illustre-t-il.