Philippe Audet, qui travaille aujourd’hui chez AddÉnergie, n’avait aucune attente lorsque s’est amorcé le repêchage de la LCF de 2005 lors duquel les Argonauts l’ont sélectionné en deuxième ronde.

Philippe Audet: un repêchage sans aucune attente

Philippe Audet n’avait jamais rêvé de jouer dans la Ligue canadienne de football. Et même si des équipes lui avaient montré de l’intérêt, il n’avait aucune attente lorsque s’est amorcé le repêchage de 2005. Non seulement a-t-il été sélectionné par les Argonauts, mais c’est dès la deuxième ronde (14e) qu’il s’envola. Sa surprise fut totale.

«J’y croyais plus ou moins parce que même à l’université, j’étais très petit pour évoluer sur la ligne défensive, confie l’athlète de Sainte-Justine. Je pesais autour de 225 livres alors que le poids moyen des gars à ma position était de 265-270 livres. Et malgré une expérience positive au East-West Bowl et de bons résultats au combine, où on m’avait démontré de l’intérêt, jamais je n’avais eu l’espoir de jouer dans la LCF ou que je m’étais dit que c’est ce que je voulais faire.  

«J’avais simplement décidé d’y aller étape par étape et de profiter au maximum de chacune des expériences que je vivrais. Pour moi, être repêché signifiait avoir la chance de prendre part à un camp pro.»

Audet est d’avis que sa journée de repêchage ne constitue pas l’un des fait saillants de sa carrière comme le fut, par exemple, ses deux conquêtes de la Coupe Vanier, des événements lui ayant fait vivre de grandes émotions. Il rappelle que le repêchage de la LCF n’avait rien de glamour à l’époque. Les joueurs le suivaient sur l’écran d’un ordinateur dans le bureau des coachs. Et c’est en pesant sur la touche refresh qu’ils pouvaient voir si des noms s’étaient ajoutés à la liste des joueurs sélectionnés. Le sien est apparu en même temps que ceux de Phillip Gauthier et de Pierre Tremblay. «Les gars ont d’abord remarqué le nom de Phil Gauthier. C’est par la suite qu’ils ont dit ‘‘Phil Audet, tu as aussi été repêché’’. Ce fut bien drôle. Et le soir, je suis allé travailler comme je le faisais à chaque soir. Ma petite vie continuait. 

«Je me suis présenté au camp sans grandes attentes et sans appréhension. Je me suis dit : ‘‘advienne que pourra’’. C’est certain que je voulais montrer ce dont j’étais capable et que je voulais voir du terrain. Mais dans ma tête, jouer au football professionnel ce n’était pas ce que j’allais faire dans la vie.»

Deuil difficile

Audet n’a joué qu’une saison à Toronto. En 2006, il ne connut pas le camp à la hauteur de ses attentes et de celles de ses entraîneurs. Et il fut relégué à l’équipe de pratique. Il fit une remise en question qui l’incita à accrocher ses crampons et à revenir à Québec pour se trouver un emploi dans son champ d’études, soit l’administration.

«J’étais conscient que le football, c’était fini. Les équipes venaient de passer de 90 à 45 joueurs. Personne n’était à la recherches de footballeurs. Aujourd’hui, je suis bien fier d’avoir joué au football professionnel même si mes plus beaux souvenirs, c’est avec le Rouge et Or que je les ai eus. Ç’a été une belle expérience qui m’a beaucoup apporté au niveau professionnel et personnel. J’aurais aimé jouer pro un peu plus longtemps. Mais je n’ai pas de regrets.»

Audet ne cache pas que son deuil du football à son retour à Québec fut très difficile à faire. Et comble de malheur, il était voisin du PEPS où il voyait le Rouge et Or s’entraîner. «Je ne me sentais pas bien là-dedans, j’avais juste le goût de m’en aller.»

Audet a trouvé un travail à Magog où il s’est aussi impliqué comme coach dans une équipe de football d’une école secondaire. Un éloignement qui lui a permis de bien tourner la page sur son ancienne carrière. Parallèlement, il a tenté de trouver une activité qui lui apporterait le même dépassement de soi et l’adrénaline que le football. Ses recherches sont demeurés vaines. «Ça m’a pris des années avant de retourner dans un gym et sans les boys et les coachs, je m’y suis ennuyé à mourir. Je suis toujours actif physiquement, mais je n’ai jamais retrouvé un environnement comme celui que j’avais au football.»

Audet est aujourd’hui directeur principal des opérations manufacturières chez AddÉnergie, une entreprise spécialisée dans les bornes de recharge pour les véhicules électriques. Et comme c’était le cas avec le Rouge et Or, son besoin de dépassement de soi et de vouloir constamment s’améliorer est toujours présent, tout comme sa reconnaissance de l’importance du travail d’équipe. Mais même si le football guide toujours sa vie, il trouve amusant qu’on le présente encore comme un footballeur. «Ça fait 14 ans!» lance l’athlète qui, à sa grande surprise, fut invité à livrer un discours lors du souper annuel du club de football du Rouge et Or .

«J’ai été honoré qu’on me le demande, mais aussi un peu shaké. Je me suis demandé qu’est-ce que j’allais dire pour intéresser les participants. J’ai décidé de remercier les coachs pour ce qu’ils avaient fait pour moi, ce qu’ils m’avaient appris et apporté dans ma vie personnelle et professionnelle et les valeurs qu’ils m’avaient données, quelque chose que je n’avais pas eu la chance de faire. J’ai été très heureux de revoir tout le monde. J’étais retourné à la maison. Ça m’a fait un grand bien.»

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QUESTIONS/RÉPONSES

Q  Faits marquants

R  Mes deux Coupes Vanier (2003 et 2004).

Q  Performance marquante

R  La Coupe Vanier 2003 où j’ai été nommé joueur défensif du match. Un honneur individuel que j’ai eu, mais que les 12 gars en défensive méritaient compte tenu que le match avait été très serré, que je n’avais pas tout brisé et que je n’avais pas eu de statistiques à tout casser.

Q  Personnalités marquantes

R  Tous mes coachs à partir du secondaire. Comme Marc Sauvé, Richard Jolicoeur et Pierre Morin, avec les Dragons de la Chaudière, Gaétan Létourneau, Maddy Lacroix et Gaétan Mathieu, au cégep de Saint-Georges, et mes entraîneurs à Laval dont Pepe Esposito, une personne très importante pour moi à l’époque et qui l’est encore aujourd’hui.

Q  Plus grande qualité

R  Mon moteur. Je n’arrêtais pas. Je courais et j’étais dans le fond jusqu’au sifflet. On m’a aussi déjà dit que je jouais gros, c’est-à-dire comme un joueur beaucoup plus lourd que je l’étais.

Q  Ce qui te manque le plus

R  La fraternité, se dépasser physiquement et travailler pour un objectif commun, mais aussi le défoulement physique. Quand tu rentres dans un gars à tous les soirs pendant deux heures, pas besoin de thérapie quand tu sors de l’entraînement. Tu es zen et épanoui.

Q  Ce qui te manque le moins

R  D’être blessé, d’avoir mal partout, d’être obligé de vivre avec la douleur et d’être obligé de passer beaucoup de temps en physio. 

Q  Rêve ou défi

R  Je viens de me mettre au vélo de montagne. J’aimerais un jour faire la BC Bike Race qui est un raid de vélo d’une semaine présenté en Colombie-Britannique. Comme je suis un néophyte en vélo de montagne, je vais d’abord m’entraîner et prendre du galon. J’aimerais le faire, à court terme, avec ma blonde. On pourrait peut-être emmener les enfants si on devait y prendre part plus tard dans le temps.

Q  Modèle

R  Mon père. Et sachant par quoi ils ont passé et où ils sont rendus, j’ai beaucoup d’admiration pour des gars comme Laurent Duvernay-Tardif et Anthony Auclair. J’admire aussi beaucoup Mathieu Betts et j’ai bien hâte de voir ce qu’il va faire. Ces gars-là m’impressionnent.