Paul Azinger à l'Omnium Sony, en 2006. Six ans plus tôt, c'est à ce tournoi que le vainqueur du Championnat de la PGA de 1993 a remporté sa dernière victoire en carrière.

Paul Azinger célèbre la victoire et la vie

ST. LOUIS — Paul Azinger était de retour au club de golf Inverness en début de semaine dernière pour célébrer les 25 ans de sa conquête du Championnat de la PGA. Plus que son seul titre du Grand Chelem en carrière, il célébrait tout simplement la vie, lui qui apprenait quelques semaines plus tard qu’il souffrait d’un cancer.

Aujourd’hui âgé de 58 ans, l’ex-golfeur devenu un brillant analyste à la télé n’imaginait pas les difficultés qu’il devrait affronter après ce fameux 15 août 1993 et sa consécration sur le parcours de Toledo (Ohio). Grâce à quatre oiselets lors des sept derniers trous pour un deuxième neuf exceptionnel de 30, il avait forcé une prolongation contre Greg Norman qu’il devait finalement remporter au deuxième trou.

«J’étais très heureux de revenir sur ce terrain», a-t-il confié. «C’était bien de se remémorer la semaine que j’y avais vécue. Je ne suis pas du genre à célébrer beaucoup, mais là je l’ai fait.»

Il faut dire qu’il y a 25 ans, les célébrations avaient été de bien courte durée. Pendant toute la saison, son épaule droite lui avait causé des soucis. Puis, en plein tournoi, le vendredi soir, le golfeur qui était alors âgé de 33 ans a reçu un appel. Le Dr Frank Jobe lui a annoncé qu’il avait les résultats des radiographies de son épaule et que ceux-ci n’étaient pas reluisants.

Azinger a alors demandé au médecin s’il pouvait attendre la fin de la Coupe Ryder, quelques semaines plus tard, pour lui transmettre ces résultats. Deux jours après le coup de fil du Dr Jobe, Azinger gagnait le Championnat de la PGA.

Poursuivant sur cet élan, il a aidé l’équipe américaine à remporter la Coupe Ryder, en Angleterre. C’est à ce moment qu’est tombé le diagnostic : cancer. Un lymphome à l’épaule, pour être plus précis, qui allait demander six mois de chimiothéraphie et de radiothérapie. 

«Je n’imaginais jamais que je pourrais souffrir d’une telle maladie à ce jeune âge», avoue Azinger. «J’étais très confiant comme joueur. Je n’étais peut-être pas numéro 1 au monde, mais dans ma tête, je l’étais. Tout allait bien sur le terrain à ce moment de ma vie.»

Combien de temps Azinger aurait-il maintenu ce niveau de jeu? Il ne le saura jamais...

«Il y a deux manières de voir ça», estime Curtis Strange, double champion de l’Omnium des États-Unis qui, à titre de capitaine de l’équipe américaine, a choisi Azinger pour la Coupe Ryder en 2002. «Oui, sa carrière a probablement été raccourcie par cette épreuve. C’était un très bon joueur et il aurait pu gagner bien plus de tournois [Azinger a remporté 12 victoires sur le circuit de la PGA]. Mais, d’autre part, ce qu’il a vécu l’a rendu très fort. Il est revenu, il a bien joué, au point de gagner d’autres tournois, et puis il est devenu un excellent analyste à la télé.»

Coup inoubliable

Azinger a remporté sa dernière victoire en 2000, par sept coups à l’Omnium Sony, au cours duquel il avait surtout attiré l’attention en utilisant un long fer droit, ce qui a inspiré des joueurs de la génération suivante comme Keegan Bradley et Webb Simpson. Un tel bâton a été interdit depuis.

Grâce à sa performance à l’Omnium Sony, Azinger, qui était alors 22e joueur au monde, a été choisi par Strange pour la Coupe Ryder qui devait avoir lieu en 2001. Toutefois, en raison des attentats du 11 septembre à New York, la compétition a été repoussée en 2002.

Ayant glissé hors du top 50 à ce moment, Azinger a toutefois offert une bonne performance à la Coupe Ryder, même si son dossier de 0-1-1 n’est pas reluisant à première vue. Dans le premier match, Tiger Woods et lui ont joué une excellente ronde de 63, mais se sont tout de même inclinés face à Darren Clarke et Thomas Bjorn.

Ensuite, dans un match en simple au total des trous, Azinger tirait de l’arrière par un trou face à Niclas Fasth, avec sa balle dans une trappe de sable à gauche du vert du 18e trou. «J’ai dit à mon cadet : ‘‘Je dois envoyer la balle dans le trou, n’est-ce pas?’’ Le cadet n’a même pas répondu», se souvient Azinger. «Puis, quelques instants plus tard, j’envoyais ma sortie de trappe directement dans le trou. Je n’oublierai jamais ce coup.»

Même en sauvant le match nul grâce à ce coup, l’Europe devait l’emporter en 2002, avant de remporter également les deux éditions suivantes de la compétition. C’est avec Azinger comme capitaine que les États-Unis ont renoué avec la victoire, en 2008.

Il y a 25 ans, Azinger croyait qu’il serait en mesure de gagner d’autres tournois majeurs et d’entrer au Temple de la renommée du golf. Son passage en Ohio lui a toutefois permis de revivre de bons souvenirs et de mettre en perspective le chemin parcouru. «J’ai eu une très belle vie», conclut-il.