Pascal Vincent a été l’adjoint de Paul Maurice avec les Jets de Winnipeg avant de se retrouver à la barre du Moose du Manitoba, leur club-école dans la Ligue américaine.
Pascal Vincent a été l’adjoint de Paul Maurice avec les Jets de Winnipeg avant de se retrouver à la barre du Moose du Manitoba, leur club-école dans la Ligue américaine.

Pascal Vincent patiente à Winnipeg

Marc Brassard
Marc Brassard
Le Droit
La porte d’entrée à la LNH pour les entraîneurs francophones a toujours été le Canadien de Montréal depuis le départ des Nordiques de Québec pour le Colorado.

Alain Vigneault, Michel Therrien, Claude Julien, même Mario Tremblay sont passés par là avant d’aller ailleurs, et d’y retourner dans les cas de Therrien et Julien.

Comme ce dernier est actuellement bien en selle, ce n’est pas évident pour des entraîneurs de la relève comme Benoît Groulx et Pascal Vincent d’accéder au circuit Bettman.

Alors que le premier continue à faire ses classes avec le club-école du Lightning de Tampa Bay à Syracuse, le second est parfaitement heureux d’être à la barre de la filiale des Jets de Winnipeg dans la Ligue américaine, le Moose du Manitoba.

L’ancien pilote du Junior de Montréal et des Screaming Eagles du Cap-Breton dans la LHJMQ ne pense pas que son accent français lui nuit dans sa quête d’un poste d’entraîneur-chef dans la meilleure ligue de hockey au monde.

«Je me fais poser la question régulièrement à savoir si c’est plus dur pour un entraîneur francophone (d’obtenir un poste d’entraîneur-chef dans la LNH), mais je n’utilise pas ça comme excuse, a-t-il confié en entrevue avec CN2i cette semaine. C’est sûr qu’il faut que tu parles anglais et c’est sur que d’avoir un accent, ce n’est pas l’idéal. Peut-être que je me ferme les yeux par rapport à ça, mais pour moi, ce n’est pas une raison. Il y a des façons de communiquer... Au-delà du langage verbal, que tu aies un accent ou pas, que tu sois francophone, anglophone ou quoique ce soit, Suédois, il y a des éléments qui vont au-delà de ça. Il faut être capable de communiquer en anglais, mais ton langage corporel, la façon dont tu traites les joueurs, le ton que tu utilises devant l’équipe, c’est aussi important. Et il faut que tu aies confiance en toi parce que tu le sais qu’il y a un élément qui est un peu différent lorsque tu as un accent.»

Après neuf ans dans la capitale du Manitoba, cinq ans comme adjoint avec les Jets et quatre ans derrière le banc du Moose, on penserait que Vincent aurait perdu son accent de Lavallois. Mais ce n’est pas le cas.

«Je vais toujours avoir un accent. J’avais passé neuf ans au Cap-Breton et je ne parlais pas anglais en arrivant. J’ai appris ça sur le tard, à 27 ans. Tout ce que je savais, c’est forecheck, backcheck et shoot the puck !», blague-t-il.

Embauché d’abord comme assistant en 1999, le jeune entraîneur avait été promu rapidement après un mauvais début de saison, et il a donc appris sur le tas, autant son métier que sa langue seconde. «J’avais demandé de l’aide aux joueurs et ils ont répondu de façon extraordinaire. J’avais aussi eu beaucoup d’aide de notre dépisteur-chef à l’époque, Gary Lesage (d’Ottawa)», raconte-t-il.

Il a plus tard cumulé les postes d’entraîneur-chef et de directeur général des Screaming Eagles, avant de faire de même avec le Junior de Montréal, basé à Verdun. Ça lui a permis de se faire des contacts à travers la LNH, parmi 30 des 31 équipes.

«La seule où je ne connaissais personne, c’était Winnipeg. J’ai quand même eu un appel out of nowhere venant du (code régional) 204. C’était Claude Noel, alors l’entraîneur-chef des Jets. Une semaine plus tard, j’étais embauché comme assistant. Je pense qu’Alain Vigneault (qui a dirigé le Moose en 2005-2006) m’a recommandé, mais personne ne me l’a jamais confirmé. J’avais établi une bonne relation avec Alain quand il dirigeait le Rocket de l’Île-du-Prince-Édouard et qu’on s’affrontait souvent. Il avait parlé de m’embaucher comme adjoint avec le Moose, mais les Canucks (dont le Moose était alors la filiale) lui avaient finalement imposé ses assistants», se remémore-t-il.

Vincent a fait un pas en arrière pour redevenir entraîneur-chef, estimant qu’il est meilleur dans ce rôle, un peu comme Benoît Groulx d’ailleurs. Il ne le regrette pas, même si la façon de faire des Jets, qui cherchent à développer leurs espoirs au détriment de chercher à gagner une coupe Calder, fait que sa fiche n’est pas nécessairement impressionnante.

«Il y a des clubs qui ont parlé à mon agent pour diriger leur club de la LNH, et ces clubs-là savent comment on fonctionne ici. Tout est fait en fonction des Jets et de leur permettre de gagner. Ça n’a pas encore mené à une entrevue, mais j’ai été considéré», dit-il.

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« La prochaine étape pour moi, c’est d’être entraîneur-chef dans la LNH. »
Pascal Vincent

UNE BONNE RELATION AVEC PAUL MAURICE

Paul Maurice est reconnu à travers la LNH comme un des entraîneurs les plus loquaces et intelligents du circuit Bettman.

Pascal Vincent se considère chanceux d’avoir pu être son adjoint, puis de conserver une approche collégiale avec lui et le reste du personnel des Jets depuis quatre ans qu’il est à la barre du Moose, leur club-école de la Ligue américaine qui partage le même domicile, le MTS Center.

« Les personnels d’entraîneurs des Jets et du Moose, nous sommes très proches. On travaille tout le monde ensemble, on avait justement une réunion sur Zoom ce matin et tout le monde était là. C’est un personnel d’entraîneurs divisé en deux. On travaille de la même façon et on se challenge. Mes adjoints Marty Johnston (l’ancien Olympique) et Éric Dubois ont leur mot à dire eux aussi, souligne Vincent. C’est certain que ma relation avec Paul, au fil des années, on est devenus très proches. On communique très bien, on ne joue pas de game. S’il pense que je fais quelque chose de pas correct, il va me le dire, et vice versa. »

C’est pourquoi Vincent a été rapatrié par les Jets lorsqu’ils ont participé aux séries de la LNH dans la bulle d’Edmonton, mais il n’est pas question pour lui de retourner dans la LNH à titre d’assistant. « On en a parlé, mais la prochaine étape pour moi, c’est d’être entraîneur-chef dans la LNH », dit-il fermement, n’ayant pas manifesté d’intérêt pour le poste d’assistant qui est allé à Dave Lowry cette semaine.

L’incertitude actuelle quant à la reprise des activités dans la LNH et la Ligue américaine, qui espère un début de saison au début de février, fait qu’il passe beaucoup de temps à la maison cet automne. « Mon épouse (Josée) a un travail important dans le milieu hospitalier ici, elle gère les services infirmiers d’un hôpital, notamment pour les aînés qui ont de la démence. J’ai donc l’occasion de passer plus de temps avec notre fille Genève, qui a neuf ans. J’ai pu être là pour la rentrée, alors que d’habitude je suis au camp d’entraînement. Je peux aller la reconduire à l’école le matin et aller la chercher le soir », relate l’entraîneur de 49 ans, qui s’implique également dans des causes de santé mentale chères aux Jets (« Project 11 » a été lancé en souvenir de Rick Rypien, qui s’est suicidé il y a neuf ans).