Pascal Siakam a fait son entrée dans la NBA grâce au programme Basketball sans frontière.

Pascal Siakam: le futur prêtre devenu champion de basket

Aujourd’hui champion de la NBA avec les Raptors de Toronto, l’ailier intérieur Pascal Siakam se destinait pourtant à la prêtrise au milieu des années 2000. Aujourd’hui, le longiligne Camerounais ne regrette pas du tout d’avoir opté pour le maillot et le short de basketball plutôt que la soutane.

«En fait, je n’avais pas vraiment envie d’être prêtre. Mon père avait beaucoup d’amis prêtres et c’est pour ça qu’il m’avait inscrit [au Séminaire Saint-André de Bafia]», a avoué Siakam lundi après l’entraînement des Raptors au PEPS de l’Université Laval. «Cependant, j’ai appris beaucoup de choses là-bas en tant qu’homme», a-t-il ajouté à propos de l’école qu’il a fréquentée à l’adolescence.

C’est plutôt l’appel du ballon orange que Siakam a suivi. D’abord dans un camp estival tenu par l’attaquant des Clippers de Los Angeles Luc Mbah a Moute qui l’a finalement mené au programme Basketball sans frontière de la NBA. Il a ensuite traversé l’Atlantique pour aboutir sur les terrains de l’école préparatoire God’s Academy de Lewisville, au Texas, puis à l’Université du Nouveau-Mexique pour finalement devenir un choix de première ronde des Raptors en 2016.

Revoir son pays

Siakam est d’ailleurs retourné au Cameroun pour la première fois depuis sept ans cette année après avoir célébré la conquête du trophée Larry O’Brien avec sa mère, sa sœur et ses frères, maintenant installés en Amérique eux aussi.

«C’était spécial d’y retourner, c’est différent. C’était aussi la première fois que je voyais la tombe de mon père», a ajouté le basketteur de 25 ans dont le paternel, Tchamo Siakam, est décédé dans un accident de voiture en octobre 2014. Le fils n’avait pas pu assister aux funérailles en raison du fait qu’il était alors aux États-Unis et que son départ vers l’Afrique aurait pu nuire au renouvellement de son visa.

La venue du camp des Raptors à Québec a aussi de quoi réjouir celui qui est l’un des quatre francophones de l’équipe avec le Québécois Chris Boucher, le Congolais Serge Ibaka et l’ailier recrue Sagaba Konate, originaire du Mali.

«Ça fait vraiment plaisir. En fait, c’est la première fois depuis un bon bout de temps que je suis à l’hôtel, que je veux commander quelque chose et qu’on me répond en français!» explique-t-il.

D’un océan à l’autre

Il a également été à même de constater que la victoire des Raptors en grande finale résonnait toujours d’un océan à l’autre. «Quand je vais au resto, les gens m’arrêtent pour venir me parler, même à Québec», indique-t-il.

Cependant, malgré la présence d’un quatuor de joueurs francophones à Toronto, Pascal Siakam avoue que la langue de Molière ne se fait pas vraiment partie des us et coutumes du vestiaire torontois. 

«Non, pas vraiment! Tout le monde parle en anglais! Cependant, quand je parle à Serge ou à Chris, parfois on se parle en français», indique-t-il.

Par ailleurs, Siakam demeure confiant en ses talents et en ceux de ses coéquipiers même après le départ de l’ailier vedette Kawhi Leonard et de l’arrière Danny Green vers Los Angeles, le premier avec les Clippers, le second avec les Lakers.

«Je sais qu’on est compétitifs, qu’on a des joueurs expérimentés. Nous avons un bon effectif en place pour répéter l’exploit et, en plus, on a déjà vu ce que ça faisait de gagner. Ça ne nous dérange pas d’être les négligés. Quand on joue pour les Raptors, il faut s’y attendre», souligne-t-il.

Joueur autonome 

Siakam deviendra agent libre avec restriction au terme de la présente saison s’il ne négocie pas une extension de contrat avant le 21 octobre. «C’est mon agent qui s’occupe de cela. Moi, je focalise plutôt sur le basket. J’adore Toronto et j’aimerais beaucoup rester ici», poursuit celui dont le président de l’équipe, Masai Ujiri, a dit il y a quelques jours qu’il était un joueur qu’il souhaitait garder «très longtemps».

«Moi, je suis prêt pour le rôle que l’équipe voudra bien me donner et je ne crois pas que (d’avoir gagné le championnat) m’ajoute de la pression. Je crois que je suis un joueur amélioré. La plupart des choses que je ne fais pas bien, je travaille pour les faire mieux», a-t-il indiqué, acceptant son nouveau rôle de numéro un avec les Torontois.

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BASKETTEURS OU LUTTEURS?

Durant l’entraînement, des basketteurs des Raptors de Toronto se pavanent avec d’immenses ceintures de championnat de la World Wrestling Entertainment (WWE) portant le logo de leur équipe. Cette vision peut paraître étrange aux non-initiés, mais pas pour l’entraîneur Nick Nurse. «Vous savez, nous aimons avoir un peu de plaisir», a-t-il déclaré en point de presse mardi. «La plupart du temps, nous les remettons aux joueurs qui ont accompli des exploits défensifs comme Freddy [VanVleet]», poursuit-il à propos du meneur qui arborait l’une des deux ceintures dorées mardi, l’autre ayant abouti à la taille du pivot Serge Ibaka. En fait, les Raptors avaient au départ une ceinture, mais en ont reçu une deuxième après leur championnat, gracieuseté du lutteur Triple H. L’ex-champion poids lourd de la WWE originaire du New Hampshire, de son vrai nom Paul Levesque, en a aussi fait parvenir une aux Blues de Saint-Louis après leur conquête de la Coupe Stanley comme il le fait avec les équipes championnes de tous les sports majeurs.

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UN CHAMPIONNAT QUI SOUDE LES LIENS

Pour le meneur Fred VanVleet, le premier championnat des Raptors aura eu un effet majeur sur la chimie au sein de l’équipe de la NBA. «C’est agréable de se réunir maintenant, nous avons un niveau différent de camaraderie après avoir passé autant de temps ensemble durant les séries. Nous sommes soudés ensemble pour la vie», a-t-il déclaré. L’athlète de 25 ans était très fier de revenir il y a quelques mois dans sa ville natale de Rockford, en Illinois, avec en mains le trophée Larry O’Brien. «Je tiens un camp là-bas chaque année et c’était très agréable de pouvoir faire ça pour ma communauté», a déclaré celui qui avait la lourde tâche de nuire au dangereux meneur des Warriors de Golden State Stephen Curry durant la finale. «Ce n’était pas agréable», déclare-t-il. «Tu n’as jamais le temps de relaxer, tu ne dois jamais quitter ton homme des yeux, tu dois le ralentir, tu dois rendre le jeu difficile pour lui. Mais ça en valait la peine, car je crois que ça nous a aidés beaucoup à remporter le championnat», conclut-il.