Le Camerounais Pascal Siakam, 25 ans, s’est rapidement imposé comme l’une des pièces maîtresses des Raptors de Toronto, un exploit considérant qu’il n’a découvert le basketball qu’à 15 ans.

Pascal Siakam: de l’ombre à la lumière

NEW YORK — En l’espace de quelques mois, Pascal Siakam, un longiligne ailier camerounais, est devenu à 25 ans l’une des pièces maîtresses des Raptors de Toronto, qui ont expédié Orlando en vacances en cinq matchs au premier tour des séries de la NBA.

Après une saison régulière magistrale, où il s’est imposé dans le cinq majeur des Raptors, Siakam a entamé les séries sur des bases encore plus élevées : en cinq rencontres, il affiche des moyennes de 22,6 points et 8,4 rebonds par match.

Il a notamment marqué les esprits lors du troisième match, vendredi dernier, avec 30 points, onze rebonds et aucune perte de balle. Mardi, il a contribué à la victoire décisive de son équipe (115-96) avec 24 points.

La progression est spectaculaire pour le natif de Douala, qui évoluait en G League, le championnat de développement de la NBA, il y a encore deux ans, et qui n’avait été utilisé que cinq fois lors de la saison 2017-18.

«Entre l’année dernière et cette année, c’est le jour et la nuit», résume l’arrière de Toronto Danny Green, admiratif.

«Peu de monde savait qui il était la saison dernière. Cette saison, tout le monde le connaît et pour de bonnes raisons», poursuit Green, lui-même stupéfait d’apprendre que le Camerounais ne jouait au basketball dans un cadre organisé... que depuis sept ans.

Pour de nombreux observateurs, Siakam fait même figure de favori pour le trophée du joueur ayant le plus progressé cette saison, décerné fin juin.

Ascension fulgurante

«Je n’y pense pas vraiment et je ne sais pas quels sont les critères retenus», tempère l’intéressé auprès de l’AFP.

«Mais pour moi, peu importe. L’essentiel, c’est de continuer à travailler dur et d’aider cette équipe à aller le plus haut possible», assure-t-il.

Auteur d’une ascension fulgurante dans la NBA, Siakam était pourtant loin d’envisager un tel destin lors de son enfance au Cameroun.

Élevé dans une famille catholique pratiquante, il a connu les rigueurs du séminaire, où il a passé, à contrecœur, une partie de son adolescence.

Siakam n’a découvert le basketball qu’aux alentours de 15 ans après avoir caressé l’idée d’une carrière au soccer.

Repéré en 2011 lors d’un camp d’été, il a alors vu les événements s’accélérer : participation à un programme pour jeunes talents en Afrique du Sud, obtention d’une bourse universitaire pour les États-Unis, puis recrutement par l’université de New Mexico State.

À l’été 2014, juste avant sa première année dans le championnat universitaire américain, le jeune homme a appris le décès de son père dans un accident de la route au Cameroun.

«Une saison incroyable»

Dans l’attente d’un nouveau visa, il a renoncé à quitter les États-Unis pour ne pas mettre en péril son statut légal et a donc dû manquer les funérailles.

«Je me souviens avoir fait le deuil de mon de père en sachant que je ne pourrais pas rentrer à la maison et être avec ma famille», s’est remémoré Siakam lors d’une récente entrevue à la radio.

«C’était la décision la plus difficile de ma vie», a-t-il confié.

Fort de deux saisons prometteuses à New Mexico State, Siakam s’est présenté au repêchage de la NBA en 2016, où Toronto l’a choisi en 27e position.

Dans une franchise où le directeur général, Masai Ujiri, est Nigérian et l’un des pivots, Serge Ibaka, est Congolais, Siakam s’est senti vite intégré malgré un temps de jeu limité à ses débuts.

«C’est mon jeune frère africain», sourit Ibaka, admiratif de l’éclosion au plus haut niveau de son coéquipier cette saison.

Une explosion que Siakam doit en grande partie à Nick Nurse, le coach des Raptors, qui lui a fait confiance en lui donnant des responsabilités grandissantes.

«Aucun autre joueur n’a progressé autant que ce gamin, aucun joueur n’a eu autant d’impact sur son équipe. Il n’a cessé de s’améliorer, ne serait-ce que ces 20 derniers matchs», s’émerveille Nurse.

«Il n’a fait qu’aller de l’avant. Il n’y a eu aucun retour en arrière, aucune incohérence. C’est une saison incroyable», conclut-il.

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COUPS DE TONNERRE POUR WESTBROOK ET OKC

LOS ANGELES — Russell Westbrook est (encore) tombé de haut : le meneur d’Oklahoma City a échoué pour la troisième saison de suite à franchir le premier tour des séries éliminatoires, et cette année les dégâts ne se limitent pas au terrain.

Lors de leurs trois dernières présences en série, OKC et son joueur-vedette n’ont remporté que quatre matchs contre douze défaites.

Pire, le Thunder a perdu ses douze derniers matchs en séries disputés à l’extérieur.

Il a certes fallu, mardi soir, un tir improbable à la dernière seconde de Damian Lillard pour permettre aux Trail Blazers de Portland (118-115) d’éliminer le Thunder en cinq matchs, mais la tendance est nette : OKC n’est plus un prétendant au titre.

Pour la troisième année de suite, le meneur d’OKC a terminé la saison avec un «triple double» de moyennes, un exploit rarissime réalisé seulement avant lui par le légendaire Oscar Robertson, grâce à ses 22,9 points, 11,1 rebonds et 10,7 passes décisives par match.

Mais ces chiffres flatteurs sont à relativiser, car Westbrook tire beaucoup et son efficacité devant le panier adverse est en berne.

Il a fini la saison régulière avec une réussite de 42,8 % — 29 % à trois points —, l’une des pires de sa carrière débutée en 2008.

«Trop agressif»

À 30 ans, Westbrook, élu meilleur joueur de la NBA en 2017, doit changer, selon plusieurs anciennes gloires de la ligue. «Russell est trop agressif, il joue toujours à 100 km/h et à 100 %, il devrait prendre plus de recul et laisser plus de place à ses coéquipiers», a estimé Charles Barkley, qui est l’un des rares à la défendre.

«Il faut qu’il soit plus imprévisible dans son jeu», a de son côté jugé Shaquille O’Neal.

Westbrook a aussi beaucoup à faire pour changer son image.

Lors de ses conférences de presse d’après-match, il se contente de réponses monosyllabiques et ne cache pas son dédain, notamment pour un journaliste dont les questions ont longtemps eu pour réponse un lapidaire «question suivante?»

Devenu le cauchemar des journalistes, dont certains le présentent comme le sportif le plus difficile à approcher, Russell est-il en train de devenir un problème pour la NBA?

Steve Kerr, l’entraîneur de Golden State, s’est inquiété avant même le match no 5 de son comportement. «Les spectateurs aiment le basketball, la dynamique sociale, la mode, mais ce qu’ils aiment par-dessus tout, c’est la connexion avec les joueurs et les joueurs doivent en être conscients», a prévenu le coach des Warriors.