Pascal Dufresne partait à zéro lorsqu’il a plongé dans l’univers du hockey féminin. Quinze ans plus tard, ses Titans de Limoilou sont en quête d’un sixième titre provincial en sept ans.

Pascal Dufresne, le coach qui était trop gentil

Catapulté dans le monde du hockey féminin comme entraîneur des Titans de Limoilou début 2000, Pascal Dufresne a mis quelques années à prendre ses aises. S’il se retrouve 15 ans plus tard à la barre du programme le plus dominant de la province, c’est grâce à ses joueuses qui lui ont dit un jour : «Coach, on est capable d’en prendre.»

Difficile de concevoir que Pascal Dufresne a déjà été un néophyte du hockey féminin. Aujourd’hui, l’entraîneur-chef des Titans du Cégep Limoilou peut discourir sur le sujet pendant des heures. Même lorsqu’on essaie de le faire parler de lui, le Saguenéen d’origine ramène rapidement la discussion sur ses joueuses, sur le développement des filles dans le hockey mineur ou encore sur l’évolution du hockey féminin universitaire.  

Le chemin de Dufresne vers le poste d’entraîneur des Titans a pourtant commencé… dans le baseball mineur. Joueur de baseball à l’adolescence, il a rapidement fait le saut comme entraîneur, à Beauport, comme jeune adulte. Ce n’est que quelques années plus tard que des amis l’ont convaincu de prendre la barre avec eux d’une équipe de hockey atome.

«Je les ai prévenus que c’était du temps et de l’implication. Mais on a embarqué là-dedans et j’ai tout de suite eu la piqûre. Au hockey, l’entraîneur a beaucoup plus l’adrénaline du match qu’au baseball», se rappelle l’entraîneur-chef de 43 ans. 

D’atome à pee-wee, du CC au BB, pour finalement aboutir derrière le banc d’une équipe bantam AA, l’entraîneur monte graduellement les échelons durant les années suivantes. Un travail d’entraîneur qu’il accomplit alors en parallèle de son vrai travail de superviseur d’activités socioculturelles au Cégep Limoilou. «Je suis rentré à Limoilou comme étudiant et je n’en suis jamais ressorti», lance-t-il.  

L’exemple Tourigny

En 1999, informé par un ami que les Huskies de Rouyn-Noranda, dans la LHJMQ, se cherchent un dépisteur pour la grande région de Québec, Dufresne tente le coup. «J’ai écrit au dépisteur-chef de l’époque, Denis Fugère, et il m’a donné ma chance. Ça a été totalement un autre monde, mais j’ai découvert que j’avais des habiletés dans l’évaluation des joueurs.»

Au contact de l’entraîneur-chef André Tourigny, entré en fonction pratiquement en même temps que lui à Rouyn-Noranda, Dufresne apprend rapidement les vertus du travail acharné. «Il m’a jeté à terre avec le nombre d’heures qu’il travaillait. Quand tu côtoies quelqu’un d’aussi travaillant, tu te rends compte que le succès ne tombe pas du ciel dans la vie.»

Le père de famille se plaît dans une organisation des Huskies faisant confiance aux dépisteurs et bâtissant par le repêchage, mais au printemps 2003, le Cégep Limoilou lui fait une offre qu’il ne peut refuser. À l’aube de sa quatrième année d’existence, le jeune programme de hockey féminin des Titans se cherche un nouvel entraîneur. On propose à Dufresne de le transférer du département socioculturel à sportif et de combiner son emploi avec les fonctions d’entraîneur-chef. Il accepte et plonge dans l’inconnu. 

«Je ne connaissais rien au hockey féminin. Zéro. À l’époque, il n’y avait aucune structure. C’était vraiment le bordel. On recrutait des filles de ringuette parce que le bassin de joueuses était minuscule. Les filles jouaient avec les gars. Il y avait des drôles de regroupements dans les Championnats provinciaux. Une fille de 12 ans pouvait jouer avec des juniors de 20 ans.»

Entré en fonction en avril, alors que la plupart des joueuses ont déjà choisi leur équipe collégiale, Dufresne se rend d’ailleurs à ces Championnats provinciaux féminins un peu désespéré. «On n’avait simplement pas suffisamment de joueuses pour jouer l’année suivante. Ce n’était pas une question de qui était bonne. N’importe quelle fille qui voulait jouer au hockey pour nous était la bienvenue. On est parti de rien, mais on a réussi à mettre une équipe sur la glace.»

Les années qui suivent lui permettent de jeter des bases plus solides pour son programme, mais également de commencer à trouver sa voix comme entraîneur. «Ça m’a pris au moins trois ou quatre ans à vraiment prendre mes aises et développer des outils pour intervenir auprès du groupe de filles. Mais j’ai eu un coup de foudre avec le groupe d’âge dès le début. Les filles sont vraiment matures et autonomes», décrit-il.


« Ça m’a pris au moins trois ou quatre ans à vraiment prendre mes aises et développer des outils pour intervenir auprès du groupe de filles. Mais j’ai eu un coup de foudre avec le groupe d’âge dès le début. Les filles sont vraiment matures et autonomes. »
Pascal Dufresne

L’étincelle Poulin

Sauf qu’après cinq ans à la barre des Titans, Dufresne était toujours en quête d’un premier titre provincial. Il manquait encore une étincelle à son programme afin d’atteindre les plus hauts sommets. 

C’est à peu près à cette époque que ce que Dufresne surnomme «l’effet Marie-Philip Poulin» a commencé à se faire sentir. Inspirée par les succès de la jeune prodige beauceronne de l’équipe canadienne, une génération de hockeyeuses de la grande région de Québec se réveille, offrant aux Titans la chance de recruter plusieurs joueuses de talent dans leur cour. «Il y a vraiment eu un avant et un après Marie-Philip Poulin. Ça a été l’élément déclencheur.»

Soudainement, les joueuses débarquent à Limoilou plus fortes et plus avancées au niveau tactique. «Il y a eu une première année où plusieurs très bonnes joueuses de la région ont choisi de venir jouer à Limoilou. Les Noémie Tanguay, Catherine Dubois, Jessica Cormier et quelques autres. Ça a été le point tournant.»

Mais il n’y a pas que le talent qui a mené à ce point tournant dans l’histoire du programme. Également un changement d’attitude de l’entraîneur... demandé par ses joueuses. «Il est arrivé des filles, Laurence Beaulieu en particulier, qui m’ont dit : ‘‘Coach, on est capable d’en prendre. Arrête d’être trop gentil.’’»

Il n’en fallait pas plus pour que Dufresne commence à «exiger la victoire». La préparation physique est devenue plus exigeante, les pratiques plus intenses. Appuyé par le cégep, il s’est mis à promener son équipe dans des tournois afin d’affronter les meilleures équipes canadiennes et américaines.  «Ça a créé une fierté de porter le chandail des Titans et un sentiment d’appartenance plus fort», relate l’entraîneur.

«Avec le recul, je pense que j’ai eu peur d’en mettre trop sur les épaules de mes joueuses durant les premières années. Des fois, surtout au Québec, on a peur de parler de victoire. De mettre la barre haute et d’assumer que l’on veut gagner à tout prix.»

Depuis qu’il a fait ce constat, difficile de parler de Dufresne et de Limoilou sans parler de victoire. Les Titans, qui disputeront le deuxième match de leur série 2 de 3 de demi-finale, samedi soir, au Collège John Abbott, sont en quête d’un sixième championnat provincial en sept ans. 

Pour se faire, l’équipe mise sur une offensive inégalée à travers la province. «Partout dans le monde du hockey féminin, le défi est de marquer des buts. Les gardiennes de but sont meilleures que toutes les joueuses sur la glace. À Limoilou, on met tellement d’énergie sur le développement de chaque petit outil pour marquer des buts. C’est ce qui fait notre succès», explique celui dont l’équipe a marqué plus du double de buts que n’importe quelle autre formation dans la province, cette saison. 

Aux yeux de Dufresne, nulle joueuse ne représente mieux cette philosophie offensive qu’Élizabeth Giguère. Après trois années dominantes chez les Titans, l’attaquante de Saint-Émile a enflammé la NCAA, cette saison, dans l’uniforme des Golden Knights de Clarkson, guidant l’université américaine à une conquête du titre national, il y a deux semaines. «Je n’ai jamais dirigé dans ma carrière de joueuse aussi offensive et électrisante qu’Élizabeth», assure-t-il. 

Le Miracle en or

Avec Giguère et quatre autres joueuses des Titans sous ses ordres, Dufresne a également mené Équipe Québec à une médaille d’or miraculeuse aux Jeux du Canada, en 2015.  Cette dernière culminait avec sa quatrième année à la barre de la formation, qu’il avait graduellement bâtie afin d’arriver aux Jeux avec un noyau de vétérantes. 

 «Ça a été l’expérience de ma vie», avoue l’entraîneur à propos du premier titre de l’histoire de la province en hockey féminin. «On a battu l’Ontario deux fois dans le tournoi, dont en finale. On a été invaincu. Il faut comprendre que le bassin est tellement plus gros en Ontario. C’est complètement fou.»

Aujourd’hui, l’entraîneur émérite se consacre à nouveau aux Titans à temps plein. Il a songé poursuivre son chemin avec le programme national féminin, mais on lui a indiqué à Hockey Canada que l’on privilégie désormais des femmes comme entraîneuses. «Je suis bien à l’aise avec ça.»

Puis il est loin d’être blasé derrière le banc de Limoilou. Maintenir son équipe au sommet année après année apporte désormais son lot de nouveaux défis. «Entre la guerre du recrutement et les critiques venant des autres programmes, c’est débile. Maintenant on gagne et c’est normal, il n’y a pas beaucoup de reconnaissance», lance Dufresne, qui avoue avoir tenté de s’inspirer du travail de Rock Picard à la barre du puissant programme de volleyball masculin du Cégep Limoilou, et de Glen Constantin, du Rouge et Or football de l’Université Laval.

Il a toujours dit que seule la création d’une équipe féminine à l’Université Laval le ferait quitter le Cégep Limoilou. Cela tient toujours, mais des discussions avec des intervenants hauts placés de l’université l’incitent à croire qu’une équipe de hockey féminin du Rouge et Or n’arrivera pas de si tôt.

Qu’à cela ne tienne, Dufresne se promet dans les prochaines années de s’impliquer davantage dans le développement du hockey mineur féminin dans la région de Québec. Et à ceux qui seraient tentés d’aller faire un tour à l’Arpidrome afin d’attraper un match de son équipe, l’entraîneur vous donne sa parole : «Chaque fois que quelqu’un assiste à l’un de nos matchs pour la première fois, il sort en disant “Wow”.»