Eric Lindros
Eric Lindros

Pas de huées pour Lindros au tournoi pee-wee

Près de 30 ans après qu’il ait refusé de porter le chandail des Nordiques de Québec, Eric Lindros semble avoir obtenu le pardon des amateurs de hockey de la capitale. Des applaudissements polis, mais, surtout, pas de huées audibles ont accueilli l’arrivée sur la patinoire de l’ex-numéro 88 qui faisait samedi la mise au jeu protocolaire lors du Tournoi international de hockey pee-wee de Québec.

Malgré tout, les organisateurs étaient un peu sur les dents avant l’arrivée sur la patinoire du hockeyeur de London, qui avait été précédé par l’ex-Nordiques Owen Nolan. L’annonceur maison François Beaulé a même pris soin de rappeler aux spectateurs qu’ils étaient «la foule la plus sympathique et la plus accueillante» avant de présenter Lindros, qui avait participé au Tournoi pee-wee en 1985 et 1987.

Si Nolan a été chaudement applaudi par les spectateurs, tout comme le Bonhomme Carnaval d’ailleurs, les applaudissements qui ont accueilli Lindros étaient, disons, plus sages.

Problèmes avec Aubut

En mêlée de presse après sa mise au jeu protocolaire, l’ex-athlète de 46 ans a tout de suite juré qu’il n’avait jamais eu de problème avec la ville de Québec malgré son refus de porter l’uniforme des Nordiques à l’époque.

«Je n’ai jamais eu de problème avec Québec, j’ai eu un problème avec un propriétaire», a-t-il déclaré en faisant allusion à l’ex-président des Nordiques, Me Marcel Aubut, sans toutefois le nommer. «S’il avait été propriétaire des Maple Leafs de Toronto, je ne serais jamais allé jouer pour les Maple Leafs. Ça n’a rien à voir avec Québec qui est une très belle ville.» 

Depuis que Me Aubut a quitté la présidence du Comité olympique canadien quand des femmes l’ont accusé de les avoir harcelées sexuellement, Lindros a répété plusieurs fois que c’est uniquement à cause de lui qu’il avait refusé de se rapporter aux Nordiques.

«Je crois que ses vraies couleurs sont ressorties avec ce qui s’est passé récemment», avait-il déclaré en 2016 au journaliste Greg Wyshynski de Yahoo! Sports. « Notre bilan sur cette personne n’était pas reluisant et, pour cette raison, nous avons choisi une autre voie», avait-il ajouté un an plus tard à l’émission «Tout le monde en parle».

Tournoi fantastique

«Ce n’était pas une histoire d’anglais et de français non plus. D’ailleurs, mon épouse est de Montréal et parle français et je possède des propriétés au Québec», a répété samedi celui qui était d’ailleurs accompagné de sa femme Kina Lamarche et de leur fils Carl Pierre, qui portait le chandail que son paternel avait enfilé en 1987 lors de sa dernière présence au Tournoi international de hockey pee-wee de Québec.

«Je suis ici pour célébrer le tournoi. Ce tournoi est fantastique. C’est agréable d’être ici, j’ai vraiment du plaisir», a d’ailleurs rétorqué l’ancien attaquant quand un journaliste lui a demandé si sa visite à Québec avait comme but de «faire la paix» avec la population de la capitale.

«J’ai parlé du Tournoi pee-wee de Québec quand j’ai été admis au Temple de la Renommée du hockey parce que ce tournoi est vraiment légendaire. Mon fils a commencé à jouer au hockey et j’espère qu’un jour il aura la chance d’y participer lui aussi», a-t-il déclaré.

Lindros avait pris part au tournoi à une occasion comme attaquant et à l’autre comme défenseur. «Vous savez, les défenseurs ont plus de temps de glace!», a-t-il lancé avec le sourire lorsque questionné à ce sujet.

Eric Lindros et Patrick Dom

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Dom soulagé

Le directeur général du Tournoi international de hockey pee-wee de Québec, Patrick Dom, l’a avoué après coup : il était soulagé devant l’accueil que la foule avait réservé à Eric Lindros au Centre Vidéotron.

«Oui, je suis soulagé», a-t-il déclaré aux médias alors que Lindros et Owen Nolan entamaient une longue séance de signature d’autographes. «Avez-vous vu? Les gens l’ont applaudi spontanément quand il est sorti de l’ascenseur!», a-t-il ajouté.

Dom était heureux d’avoir gagné son pari «un peu fou» d’avoir ramené à Québec celui qui a été pendant plusieurs années considéré comme un paria. «Écoute, si tu n’en es pas revenu après 30 ans, décroche, déménage!», a-t-il laissé tomber en référence aux personnes qui ont critiqué sa décision d’inviter l’ancien numéro 88.

«J’aurais gagé, peut-être pas ma maison, mais j’aurais gagé qu’il serait accueilli correctement et ça a été le cas. Pour réussir un tournoi, ça prend des partenaires, des bénévoles et des spectateurs et ce qu’on a, c’est les meilleurs spectateurs. Ils ont de la classe», a-t-il poursuivi.

Dom a ajouté qu’il était heureux que son tournoi ait contribué à cette «réconciliation» entre Lindros et Québec. «Honnêtement, je trouve ça “l’fun” que ça ait passé par le Tournoi pee-wee.»

Tout près de là, l’animateur de radio Dany «Babu» Bernier faisait partie des amateurs qui avaient quelques items à faire autographier par l’ancienne gloire des Flyers de Philadelphie.

«Eric faisait partie des joueurs que j’aimais le plus. Bien sûr, j’étais déçu qu’il ne signe pas avec les Nordiques, mais c’est du passé. J’avoue que j’avais moi aussi peur que les gens réagissent négativement», a enchaîné celui qui a eu la chance de montrer à Lindros son chandail et même un casque des Generals d’Oshawa, l’équipe junior ontarienne à laquelle il avait été échangé après avoir refusé de porter l’uniforme des Greyhounds de Sault-Sainte-Marie.

Owen Nolan et Bonhomme

Nolan aussi a pardonné à Lindros

Il n’y a pas que la foule de Québec qui ait pardonné à Eric Lindros. L’ancien attaquant des Nordiques Owen Nolan, qui portait l’uniforme fleurdelisé lorsque Lindros a refusé de se rapporter à Québec et l’a affronté dans les rangs junior ontariens, fraternisait avec son ancien adversaire samedi.

«On ne s’aimait pas beaucoup dans les rangs junior et dans la LNH, mais on était des compétiteurs, et quand tu es un compétiteur, tu aimes être défié par les meilleurs», a résumé Nolan après avoir fait la mise au jeu protocolaire avec son ancien ennemi.

Les deux athlètes n’avaient d’ailleurs pas hésité à s’étreindre et à entreprendre une conversation dès l’arrivée sur place de l’Irlandais maintenant installé en Californie et vêtu d’un chandail orné du logo de la compagnie Santa Cruz Skateboards.

«Tu sais, moi et Eric, on a joué ensemble pour Équipe Canada, alors on a appris à se connaître. C’est bien de connaître quelqu’un qui peut te pousser à être meilleur comme lui le faisait», a résumé Nolan.