Dominic Larocque a perdu sa jambe gauche sous le genou lors d'une mission militaire en Afghanistan, en 2007.

Parahockey: un gardien de but en or

Dominic Larocque est le Carey Price du parahockey. Avant, il était plutôt un Paul Byron. La grosse différence avec les joueurs du CH, à part sa jambe amputée, est que notre homme a pas mal moins la baboune, ces jours-ci.
Pendant que le Canadien de Montréal se faisait éliminer, samedi soir, Larocque rentrait à Québec d'un long voyage en Corée du Sud. Le militaire de Valcartier transportait dans ses valises un souvenir très précieux : la médaille d'or des Championnats du monde. En fait, elle est translucide, avec l'écriture dorée.
Gagnée de haute lutte par un triomphe de 4-1 en finale contre les États-Unis, première victoire en quatre ans des hockeyeurs sur luge canadiens aux dépens de leurs éternels rivaux américains.
«Ce match-là, c'est exactement la raison pour laquelle j'ai décidé de devenir gardien de but», explique l'athlète de 29 ans, auteur de 12 arrêts dans la rencontre ultime. Cela peut paraître peu, tout comme les 36 tirs reçus par les gardiens canadiens au total des sept matchs du tournoi.
Plus d'impact
Mais il se marque plus de buts. Un bon portier de parahockey affiche un taux d'efficacité de ,800, quatre arrêts tous les cinq lancers. «Je n'ai pas été beaucoup testé, mais j'ai fait les arrêts quand il le fallait. J'ai plus d'impact dans un match comme ça comme gardien que comme attaquant», résume-t-il, soulignant avoir bloqué une échappée en finale, jeu où l'attaquant possède autour de 60 % des chances de marquer.
Arrêt plus crucial encore contre les Américains, qui alignent le plus de joueurs amputés des deux jambes, donc capables de tirer des deux côtés.
Il a été surpris de voir le Suédois Ulf Nilsson nommé meilleur gardien des Mondiaux, lui qui a accordé 36 buts en sept rencontres. Nilsson a quand même stoppé 144 rondelles pour un taux d'efficacité respectable de ,800. Juste d'avoir dû affronter 180 lancers, cinq fois plus que ses homologues canadiens, semble lui avoir valu la compassion du comité organisateur. À titre comparatif, le Canada a marqué 49 buts et en a encaissé trois.
C'est comme ça. Il y a les Canada, les États-Unis et les autres. Les Russes sont bons, mais ont été bannis des compétitions internationales à la suite du scandale de dopage étatique. Les Coréens ont par ailleurs surpris avec un nouveau gardien dont les prouesses leur ont valu la médaille de bronze. Pratique, à moins d'un an d'accueillir les Jeux olympiques et paralympiques à Pyeongchang. 
Larocque admet qu'après avoir goûté à l'or dans l'aréna de Gangneung, seule la grande victoire pourrait le satisfaire au même endroit, en 2018. Lui qui possède déjà une médaille de bronze paralympique, rapportée de Sotchi. Il était alors attaquant, bon joueur de deuxième trio avec en moyenne un point par match.
C'est à la suite de la campagne 2014, voyant le gardien numéro un prendre sa retraite, qu'il a décidé de tenter sa chance devant le filet. Plusieurs incrédules sur le coup, dont certains coéquipiers qui le lui ont rappelé après le triomphe de jeudi dernier.
Afghanistan 2007
Il avait toujours voulu être gardien. Au hockey dans la rue, jeune, avec ses chums, c'est lui qui mettait les jambières. Il avait été gardien au soccer, là aussi après une carrière d'attaquant.
Mais ça, c'était avant que son véhicule ne saute sur un engin explosif lors d'une mission en Afghanistan, en 2007. Journée dont il ne conserve aucun souvenir. Il se rappelle de la veille et de s'être réveillé trois jours plus tard à l'hôpital. Mais entre les deux, rien. Une chance, dit-il 10 ans plus tard, ce qui l'épargne à ce jour d'un trouble de stress post-traumatique.
Le sport l'a aidé à accepter le fait d'avoir perdu sa jambe gauche sous le genou. Larocque a vu plusieurs amis soldats emprunter «le chemin opposé de la drogue, l'alcool, la dépression». Il dit avoir été bien encadré et être allé chercher les ressources nécessaires.
Caporal de grade et graphiste d'emploi, sa carrière militaire est toutefois sur le point de prendre fin, lui qui ne peut plus répondre aux critères de forme physique récemment rehaussés. Il attend bientôt sa libération médicale.
Plusieurs années déjà qu'il ne travaille pour les Forces armées qu'à temps très partiel. Le hockey occupe de grands pans de son horaire.
Depuis qu'il a été invité aux Jeux paralympiques de 2010, à Vancouver, dans le cadre d'un programme de soutien aux militaires blessés. C'est là qu'il a découvert ce sport et parlé avec des joueurs maintenant devenus ses coéquipiers comme le capitaine de l'équipe canadienne Greg Westlake et Billy Bridges. À l'époque, le Québécois Jean Labonté était aussi du groupe.
Seul Québécois
Sept mois plus tard, Larocque était au camp de sélection de l'équipe canadienne. Il vient de conclure sa septième saison. Il était le seul Québécois dans l'alignement aux Mondiaux. Antoine Lehoux fait partie du programme, mais n'a pas été retenu pour ce tournoi.
Des 20 joueurs membres de l'équipe canadienne masculine de hockey sur luge, Larocque est le seul militaire blessé en mission. Outre d'apaiser sa soif de compétition, côtoyer d'autres amputés lui a permis de réaliser qu'une vie normale s'avère possible même après une telle tragédie.