Alexander Ovechkin n’a jamais marqué moins de 32 buts en une saison. Il a une moyenne de 0,5 but par match éliminatoire, la 10e meilleure de l’histoire.

Ovechkin s'approche des 700 buts

WASHINGTON — Alexander Ovechkin est arrivé à Washington à l’été 2005, portant des sandales dépareillées et de très courts shorts en jeans. Il avait l’air d’un touriste égaré.

Il a été réclamé avec le tout premier choix au repêchage et on disait de lui qu’on ne pouvait pas se tromper en le sélectionnant. Mais ses coéquipiers des Capitals ne se cachaient pas pour remettre en question ce nouveau visage de la concession, en plus de se demander s’il était vraiment un joueur qui ferait partie de l’élite de la Ligue.

Quinze ans plus tard, Ovechkin est non seulement le visage des Caps, mais celui de tous les buteurs élite du circuit. Et il continue d’étourdir ses adversaires.

L’ailier gauche russe format géant est sur le point de devenir le huitième joueur seulement à marquer 700 buts. Il peut remercier ses attributs physiques, sa puissance et son tir unique, pratiquement impossible à arrêter.

«Il peut marquer de n’importe où, a dit le défenseur des Flames de Calgary Mark Giordano. On pourrait penser que les clubs auraient mis sur pied un plan de match pour l’arrêter, mais c’est impossible.»

Aucun plan de match ne semble fonctionner. Comme les frappeurs qui savaient que le releveur no 1 des Yankees de New York Mariano Rivera allait lancer une rapide coupée, Ovechkin adopte toujours la même stratégie face aux défenseurs et gardiens adverses. Et ses statistiques ne cessent d’augmenter.

Ovechkin n’a jamais marqué moins de 32 buts en une saison. Seul Wayne Gretzky a réussi plus de saisons de 40 buts ou plus que le Russe, qui en compte 11 jusqu’ici. Il a une moyenne de 0,5 but par match éliminatoire, la 10e meilleure de l’histoire. Quand les Capitals ont gagné la coupe Stanley en 2018, il a gagné le Conn-Smythe.

Une dizaine de joueurs ont bien voulu dire ce qui rendait le no 8 si spécial à l’approche de ce plateau.

Opportunisme

«Peu importe le peu d’espace que vous lui donnez, il va trouver une façon de vous passer la rondelle entre les jambes et de trouver le haut du filet. Vous vous demanderez seulement ce qui vient de vous arriver», a déclaré l’attaquant Pierre-Édouard Bellemare, qui a affronté Ovechkin en finale de 2018 avec les Golden Knights de Vegas.

Quelques jours après cette déclaration, les Kings de Los Angeles avaient empêché Ovechkin de décocher tout lancer avec six minutes à jouer. Ovechkin a alors créé l’égalité, donné les devants aux Caps, et concrétisé leur victoire dans un filet désert. Il s’agissait de ses 696e, 697e et 698e buts.

Tireur d’élite

Son boulot, c’est de tirer au filet. Depuis 2005-2006, il a dirigé 5483 lancers sur les cages adverses. Aucun joueur n’en a 4000. La lame de son bâton, une énorme courbe ouverte, l’aide grandement.

«Ses tirs n’ont pas une trajectoire régulière, a déclaré le gardien du Lightning de Tampa Bay Andrei Vasilevskiy, qui a été déjoué neuf fois par Ovechkin. Ils changent de direction chaque fois, on dirait une balle papillon.»

«Son lancer est lourd comme un missile, a ajouté Frederik Andersen, qui a alloué six buts au Russe. Il tire de n’importe où, et ce sont toujours de lourds lancers.»

Marchand de vitesse

Ovechkin se fait un devoir de non seulement tromper les gardiens, mais aussi les défenseurs adverses — avec sa vitesse. Drew Doughty croit que la seule façon de l’arrêter est de lui barrer la route en zone neutre, avant qu’il n’ait pris son élan.

Le problème est que même à 34 ans, Ovechkin génère suffisamment de force avec ses jambes pour glisser hors de portée de ses adversaires comme s’ils étaient immobiles.

«Il peut encore vous battre à un contre un, alors vous ne pouvez pas choisir entre lui laisser le tir ou reculer, a expliqué Ian Cole, qui a longtemps affronté Ovechkin dans l’uniforme des Penguins de Pittsburgh. Il a tellement de façons de vous battre que ça rend votre prise de décision difficile.»

Il n’y a aucun endroit sûr pour relâcher la pression contre Alexander Ovechkin.

«Il peut faire des feintes ou décocher des tirs qui peuvent se retrouver dans le filet de n’importe où, a raconté l’attaquant des Kings Trevor Lewis. Avec la plupart des joueurs, si vous les contenez le long des rampes, ils ne marqueront pas sur chaque occasion. Mais chaque tir que prend Ovechkin est une occasion de marquer.»

Au bureau

Tout le monde sait qu’à un certain moment, Ovechkin va décocher un boulet de canon sur réception du cercle de mise en jeu gauche pendant un avantage numérique. La plupart du temps, c’est télégraphié. Malgré tout, c’est l’un des tirs les plus efficaces de l’histoire du sport.

«Il faut être sur la même longueur d’onde que votre gardien : soit vous lui laissez le tir ou vous tentez de le bloquer, a dit Doughty. Nous savons tous que ça s’en vient, mais ce tir est si bon.»

La réputation d’Ovechkin sur l’avantage numérique est telle que quand il est arrivé dans le circuit Bettman, les coéquipiers de Bellemare lui ont dit de ne pas tenter de le pourchasser pendant un jeu de puissance pour ne pas avoir l’air fou. Bellemare n’en revient pas que tant de joueurs se concentrent exclusivement sur lui pour quand même le voir célébrer un but quelques instants plus tard.

«Nous l’étudions sur vidéo, nous nous préparons en conséquence, mais ça se produit quand même, a-t-il indiqué. Tout le monde tente d’offrir ses meilleures performances contre lui, mais il trouve quand même des moyens de se démarquer. C’est incroyable.»

La saison dernière, Ovechkin est devenu le plus vieux joueur à mener la ligue pour les buts depuis Phil Esposito en 1974-1975. Il refuse de parler de ses exploits tant qu’il joue toujours.

«Quand j’aurai terminé, je suis certain que ma famille, mes amis et moi allons en parler, a indiqué Ovechkin. Pour l’instant, nous — moi en particulier — allons nous concentrer sur le travail à faire.»