En 2015, Laurent Dubreuil (à gauche) terminait au deuxième rang du classement général derrière Pavel Kulizhnikov. Le patineur canadien avait déjà dénoncé la présence de Kulizhnikov sur les anneaux internationaux dans le passé, puisque le Russe avait été épinglé pour dopage. Deux ans plus tard, Dubreuil se réjouit à l’idée que les tricheurs paient un lourd prix pour les gestes posés.

«On s’est fait voler à maintes reprises»

L’expulsion de la Russie aux Jeux olympiques de PyeongChang était LE sujet de conversation sur les différents circuits de la Coupe du monde. Pour un, le patineur Laurent Dubreuil se réjouissait à l’idée que les tricheurs paient un lourd prix pour les gestes posés. Mais cela ne viendra jamais compenser les pertes que plusieurs athlètes ont subies au fil des ans.

«Je ne veux pas qu’on s’apitoie sur notre sort, mais nous avons été directement des victimes du dopage systémique de la Russie. On s’est fait voler à maintes reprises. On s’est fait voler des médailles, de grands moments de satisfaction et de réjouissance; à la limite, on a aussi perdu de l’argent, car des commanditaires se seraient peut-être associés à nous», a dit Dubreuil, rejoint à Salt Lake City, où une Coupe du monde de longue piste est à l’horaire à compter de dimanche.

Le patineur de vitesse de Saint-Étienne-de-Lauzon pouvait donner des exemples précis de ces moments où la tricherie a privé les membres de l’équipe canadienne, entre autres, de leur heure de gloire.

«En 2016, Alex Boisvert-Lacroix [qui a remporté la dernière Coupe du monde, à Calgary] a fini troisième au 500 m des Championnats de monde, derrière deux Russes. Il aurait été champion du monde. La même année, mon ami Alexandre St-Jean [de Québec] a terminé sixième au 1000 m à ces mêmes Mondiaux, il aurait remporté la médaille de bronze parce que les trois premiers étaient des Russes. Et moi, en 2015, j’ai fini au deuxième rang du classement général derrière Pavel Kulizhnikov; si j’avais été premier. Tout ça aurait pu changer nos vies», relatait-il.

Dubreuil avait déjà dénoncé la présence de Kulizhnikov sur les anneaux internationaux dans le passé, puisque le Russe avait été épinglé pour dopage.

Sanction drastique

«Ce qu’on s’est fait enlever, on ne pourra pas le récupérer. Nous ne sommes pas les seuls dans cette situation, des centaines d’athlètes dans plusieurs sports ont vécu la même chose. J’espérais que la sanction soit drastique, et de punir un pays, je trouve que ça l’est», a ajouté celui qui tente de se qualifier pour les Jeux de PyeongChang.

Vainqueur d’une épreuve de 500 m en Coupe du monde aux Pays-Bas, plus tôt en novembre, Dubreuil souhaite que cette décision coupe court au dopage. Il n’en veut cependant pas à tous les patineurs russes puisque plusieurs ne savaient pas, selon lui.

«Ça arrive qu’un athlète se dope tout seul, et je suis certain que ça va arriver encore. Mais là, c’était une initiative d’État. J’ai vu dans un rapport que la Russada [agence russe antidopage] n’avait pas testé quelques-uns de ses meilleurs athlètes pendant plus d’un an. On n’imaginerait pas ça au Canada ni aux États-Unis», a-t-il souligné.

«Mon plus grand souhait, ce serait de ne jamais revoir ceux qui ont été testés positifs. J’espère que ça va donner une leçon à tout le monde. Il y a sûrement des athlètes russes qui sont propres, c’est aussi dommage aussi pour eux ce qui est arrivé.»

Laurent Dubreuil dispute deux courses de 500 m en Coupe du monde, vendredi et samedi. Il occupe le sixième rang au classement général, et s’il revenait avec une place dans le top 5, il obtiendrait directement son billet pour la Corée du Sud, en février. Cette fois, aucun patineur russe ne le devance!

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«J’AI HÂTE DE VOIR COMMENT ÇA SE FERA EN PRATIQUE» — ALEX HARVEY

Alex Harvey espérait que le CIO crève l’abcès du dopage avec une sanction sévère, il a maintenant hâte de voir la suite des choses. Ironiquement, il se trouvait en Suisse, d’où émanait la décision du Comité olympique international.

«Ils ont sorti l’artillerie lourde et l’expulsion de la Russie est un début, mais j’ai hâte de voir comment ça se fera en pratique. Est-ce que tous les athlètes russes vont se retrouver sous le drapeau blanc du CIO? Qu’adviendra-t-il de leurs entraîneurs, de leur soutien technique? Est-ce que les athlètes russes qui iront aux Jeux pourront amener les 14 farteurs de leur équipe?» se questionnait-il après l’annonce de l’expulsion de la Russie des Jeux de PyeongChang.

Le fondeur de Saint-Ferréol-les-Neiges, qui participe à une Coupe du monde à Davos, samedi et dimanche, ne mettait cependant pas tous ses rivaux russes dans le même bateau. «Dans le cas d’Alexander Legkov, ça se parlait, c’était juste de la puissance brute. [Sergey] Ustiugov, lui, c’est un excellent tacticien qui a toujours été bon. Je suis prêt à donner le bénéfice du doute à plusieurs athlètes parce qu’il y a des choses qui étaient faites à leur insu, mais le but est d’enrayer le dopage à long terme.»

Pour la suite de la saison, cette décision ne change rien à la préparation de Harvey. «Ça ne m’affecte pas. Il y a beaucoup d’autres fondeurs à battre. Mais les deux plus gros pays dans notre sport, c’est la Norvège et la Russie.»

Louis Bouchard, son entraîneur, faisait confiance aux enquêteurs et ceux qui ont pris la décision de sanctionner la Russie. «Les règles se resserrent parce que des gens tentent de les contourner, tant mieux si on trouve les tricheurs. L’objectif, dans toute l’histoire, c’est que ça ne se reproduise plus, le signal est envoyé.»

Avec le recul, il a compris ce que les Russes avaient fait à Sotchi. «Moi, je suis concentré sur la préparation de mes athlètes, je suis un peu naïf. On savait que les parcours avaient été modelés pour eux. On n’avait jamais vu d’aussi longues montées, peut-être que le temps de l’effort était calculé pour que la drogue fasse son effet. Mais ça n’aurait rien changé pour nous, parce qu’on avait eu un problème d’équipement, on n’était même pas proche.»