Alexis Lafrenière déjà parmi les grands

RIMOUSKI — Un tableau publié par la LHJMQ sur les réseaux sociaux, cette semaine, le plaçait en belle compagnie. Son nom se retrouvait parmi ceux Michael Bossy, Mario Lemieux, Pierre Turgeon et Sidney Crosby, entre autres, mais n’allez pas croire qu’Alexis Lafrenière s’en bombe le torse pour autant.

Le surdoué de 16 ans de l’Océanic de Rimouski esquisse un sourire en coin lorsqu’on lui rappelle la chose. Pour le reste, pas question pour lui de se laisser déjouer par le jeu des comparaisons. «Je l’ai vu, c’est le fun, ce sont de très gros noms du hockey, mais je ne peux pas vraiment me comparer à eux, je n’ai que 16 ans, je ne suis pas dans cette catégorie», dit-il avec humilité.

Le Soleil a rencontré le natif de Saint-Eustache dans le salon de l’équipe, près du vestiaire, avant le match de vendredi contre les Remparts. Tout le monde veut lui parler. L’Océanic a l’habitude de cette gestion médiatique, notamment depuis le passage de Crosby à Rimouski pendant deux saisons, de 2003 à 2005. Le no 11 connaît aussi bien la routine, il est à l’aise, posé.

Au terme du présent week-end, le tout premier choix du dernier repêchage de la LHJMQ rejoindra le groupe sélect des joueurs de 16 ans (voir tableau) ayant dominé les pointeurs de leur équipe. Il est aussi devenu le premier adolescent de cet âge à franchir le cap des 40 buts depuis Crosby, en 2003-2004. «J’essaie de faire mon propre chemin et j’oublie ce qui peut se passer et se dire autour de moi. Je me concentre sur ce que je fais», précise-t-il.

Quand tu as les questions d’examen...

Lafrenière se plaît à Rimouski, ville qu’il avait visitée plus jeune lors d’un tournoi de… baseball. Il dit avoir eu besoin de quelques matchs pour s’adapter à la LHJMQ. Avec encore deux matchs à jouer, dont celui de samedi (16h) à Québec, ses 80 points lui valent le 9e rang des marqueurs, le premier des joueurs de première année. Le titre de recrue pourrait fort bien lui être attribué.

«Si ça arrive, ça arrivera, mais il y a d’autres très bonnes recrues dans la Ligue, il n’y pas juste moi. Nous sommes plusieurs jeunes dans l’équipe, on a la chance d’être entourés de très bons vétérans qui ont déjà gagné. Personnellement, mes attentes sont toujours plus grandes, je ne suis jamais satisfait. À chaque match, il y a des choses que je peux améliorer. Serge [Beausoleil] me laisse être créatif à l’attaque et je travaille mon jeu sans la rondelle», dit celui qui est l’un des cinq joueurs nés en 2001 chez l’Océanic. Le gardien de 17 ans Colten Ellis connaît aussi une forte saison.

L’entraîneur-chef Serge Beausoleil vante l’anticipation et la vision du jeu de Lafrenière. «Quand tu as les questions d’examen, ça aide», illustre ce professeur d’histoire en parlant de cette capacité pour la recrue de voir des choses qui ne sont pas données à tous.

Mais Beausoleil ne joue pas à l’autruche, il sait qu’on associera le nom de Lafrenière à ceux des plus grands du hockey. «Au début du mois d’août, Sidney est venu ici, et on a jasé tous les deux. Nous étions sur la même longueur d’onde. Oui, Alexis sera comparé à lui, et c’est inévitable parce qu’il a joué à Rimouski, mais à partir de là, il doit tracer sa propre voie. Il ne peut pas échapper à ce jeu des comparaisons, mais la fraîcheur de ses 16 ans lui permet de s’en détacher.»

«Il veut toujours être sur la glace»

Historiquement, les vétérans ne sont pas tous friands à l’idée de jouer sur la même ligne qu’un 16 ans. «Cette année, ils lèvent tous la main pour le faire», indique Beausoleil en riant.

Tout cela ne serait pas possible sans les efforts de Lafrenière, qui affronte toujours les paires de défenseurs d’expérience des clubs adverses. «Le hockey est un sport extraordinaire où tu es toujours confronté à des batailles à un contre un. Ce n’est pas comme si la mer Rouge s’ouvrait devant toi… «Hormis son talent, la principale qualité d’Alexis est sa passion. Il veut toujours être sur la glace. Les jours de congé, il cogne à ma porte et demande s’il peut embarquer», ajoutait Beausoleil à propos de celui qui sera admissible au repêchage de la LNH après sa troisième saison en raison de son mois de naissance (octobre).

Justement, dans trois ans, où sera-t-il rendu? Le principal intéressé préfère ne pas regarder aussi loin. «Je pense plus aux trois matchs qu’il nous reste, en fin de semaine. Je ne regarde pas ce qui va arriver dans trois ans. Je vis dans le présent», précise Lafrenière avec la sagesse de ses 16 ans.