L’entraînement physique de Mikaël Grenier comporte certains exercices spécifiques à la conduite de course.

Nouveau départ pour Mikaël Grenier

Il y a trois ans, Mikaël Grenier roulait dans un cul-de-sac. Assez pour remettre sa carrière en question. Mais voilà que le coureur automobile de Stoneham courra dans la même épreuve que Fernando Alonso et Lance Stroll, puis fera équipe pour la saison avec un ex-pilote de Formule 1 et affrontera Giancarlo Fisichella. Tout ça après avoir renoncé à son rêve de F1!

«Quand j’étais en monoplace, je ne voulais rien savoir d’autre», a laissé tomber Grenier, lors d’une rencontre avec Le Soleil mercredi matin, dans un centre d’entraînement du secteur Vanier. C’est là, sous la supervision du préparateur physique Marc Sauvestre, que Grenier se prépare avant son départ pour Daytona, mardi prochain.

Le pilote québécois de 25 ans ne sautera pas dans un stock-car. Plutôt aux 24 heures de Daytona, en Floride, les 27 et 28 janvier. Cette épreuve d’endurance implique des voitures de type GT3, comme celle de Grenier, et des Prototypes, où l’on retrouvera Alonso, champion du monde en 2005, en 2006 et toujours actif en F1, ainsi que le Québécois Stroll, recrue en F1 l’an passé.

Grenier a frappé un grand coup l’an dernier en remportant le championnat Trofeo Lamborghini en compagnie de son coéquipier, l’Italien Loris Spinelli. «Vraiment la saison dont j’avais besoin!» résume-t-il, admettant que le résultat de 2017 s’est avéré au-delà de ses attentes.

Une entrée fracassante dans l’univers des séries Grand Tourisme (GT) qui lui permet maintenant d’obtenir son tout premier contrat professionnel. Pour la première fois en déjà 10 ans de carrière, il n’a pas besoin de fournir un gros chèque de commandite pour faire partie de l’équipe.

Jeune, à 25 ans

«C’est un stress de moins, pour l’argent. Et je commence un projet à long terme avec une équipe que je connaissais déjà depuis longtemps. En monoplace, je commencerais à être vieux un peu, mais en endurance, je suis considéré comme jeune. Il y a un pilote dans notre équipe qui a 46 ans. C’est une mentalité différente. Les courses sont plus longues et il faut prendre moins de risques», explique-t-il.

Il refuse de révéler l’identité de sa nouvelle écurie avant l’annonce officielle du 15 février. On raconte que Jaguar en serait le constructeur. Un de ses coéquipiers serait aussi un ancien pilote de F1 porte-couleurs de l’écurie BMW, mais il a été impossible d’en apprendre davantage de sa bouche.

On sait par contre que la seule équipe Jaguar du championnat GT Blancpain en 2017 était celle d’Emil Frey, de Suisse, qui a déjà commandité l’équipe de F1 BMW Sauber avec Nick Heidfeld et Robert Kubica aux volants. Aux dernières nouvelles, Kubica, 33 ans, est pilote de réserve chez Williams et Heidfeld, 40 ans, roule en Formule E. Ajoutons que Fisichella, 45 ans, qui a disputé 13 saisons en F1, se produit en série GT depuis plusieurs années.

«Quand j’étais jeune, je rêvais de rouler avec ces gars-là!» lance celui dont l’agent italien, Daniele Tartoni, a déjà travaillé auprès du septuple champion de F1 Michael Schumacher.

Il réalise le long détour pris pour atteindre cette destination qui lui a pourtant été longtemps inconnue. C’est l’exemple du Québécois Bruno Spengler, pilote en série DTM depuis une douzaine d’années, qui l’a convaincu d’ouvrir ses œillères à autre chose que la sainte monoplace.

Grenier partage son temps entre Québec et Prato, non loin de Florence, en Italie.

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DEVENIR FORT SANS PRENDRE DE MUSCLE

Depuis plus de cinq ans, Marc Sauvestre est le préparateur physique de Mikaël Grenier.

Marc Sauvestre est préparateur physique depuis 25 ans. Il a entraîné plusieurs hockeyeurs professionnels, dont Éric Bélanger, Philippe Boucher, Marc Chouinard, Mathieu Dandenault et Jean-Yves Leroux, en plus d’athlètes de fitness et de culturisme.

Mais Mikaël Grenier est son premier coureur automobile. Il faut croire que leur association se passe bien, puisque le pilote de Stoneham lui fait confiance depuis plus de cinq ans. «Comme entraînement, c’est très différent de ce à quoi j’étais habitué de donner», reconnaît Sauvestre.

Chaque livre compte. À 5’11”, impensable pour Grenier de faire osciller la balance à plus de 148 livres. Il est actuellement à 145. Pas question donc d’ajouter du muscle sur sa longiligne charpente.

«Le pilote doit être le plus léger possible pour ne pas alourdir la voiture. On travaille à développer sa force relative, c’est-à-dire les compétences musculaires plus que la force musculaire. Son système nerveux devient de plus en plus efficace», explique l’entraîneur.

Malgré son immobilité relative, celui qui conduit une voiture de course compte sur de solides muscles du cou pour combattre la force G qui le repousse dans une courbe prise à grande vitesse, en plus de devoir tourner le volant de façon très précise malgré la fatigue et la chaleur endurées dans l’habitacle.

«La fréquence cardiaque d’un pilote automobile est très élevée, entre 150 et 170 battements par minute pendant toute la course, ce qui équivaut presque à un marathonien», souligne Sauvestre. La musculature du tronc est aussi privilégiée dans les exercices, en plus d’éléments pour améliorer le temps de réaction de l’athlète.