Ex-porte-couleurs de l’équipe nationale de ski de fond, Nancy Dassié fait profiter aux jeunes du centre des Sentiers du Moulin, à Lac-Beauport, de son expérience de fondeuse.

Nancy Dassié Version 2.0

Les années ont passé, mais la passion de Nancy Dassié pour le ski de fond en particulier et l’activité physique en général n’a pas diminué d’un iota. Victime d’une bactérie contractée lors d’une course d’aventure en Malaisie en 2000 puis d’un traumatisme crânien survenu à la suite d’un accident banal de kite surf au début des années 2010, elle a cependant dû apprendre à diminuer la cadence et à scrupuleusement respecter ses limites.

«C’est drôle parce que souvent les filles me disent : “Nancy, tu n’es plus la même”», lance l’ex-porte-couleurs de l’équipe nationale. «Avant, c’était toujours performer et pousser au maximum. Maintenant, je suis plus relax. Et je me sens bien avec ça. Ma philosophie, c’est qu’il n’y a rien qui n’arrive pour rien. Ce que j’ai eu, c’était pour me faire ralentir. Si ce n’était pas arrivé, j’aurais continué à toujours vouloir plus.»

La Québécoise avoue que de devoir composer avec moins d’énergie avait été un grand deuil à faire. «Quand tu es habituée à toujours avoir trop de gaz et que ton corps, c’est une machine qui marche tout le temps, c’est dur de se retrouver du jour au lendemain avec une tank de gaz au quart que tu ne dois absolument pas vider au risque d’en payer le prix. Ce que tu fais, il ne faut pas que ça soit trop énergivore. Il faut tout le temps que tu fasses attention. 

«Mais dans la vie, tu as deux choix. Soit tu t’adaptes ou sois tu chiales et tu continues à te morfondre. J’ai décidé de m’adapter. Quand j’ai de l’énergie, je vais faire du sport. Quand je n’en ai pas assez, je marche ou je me tiens plus tranquille.»

Il n’y a pas que dans sa vie sportive que Nancy a décidé de mettre la pédale douce. Courir du matin au soir afin de remplir ses obligations professionnelles et familiales hypothéquait aussi ses énergies. Son chum lui ayant proposé de demeurer à la maison, elle a décidé de travailler à temps partiel du foyer familial et de s’occuper de son fils. 

«Pour être heureux, pas besoin d’être le meilleure, d’avoir la plus grosse auto ou la plus grosse maison. Tu n’as pas besoin que tout le monde te regarde. Il faut que tu sois bien avec toi-même et que tu apprennes à apprécier les petits moments du quotidien. Ma vie est plus équilibrée. J’ai le temps de cuisiner de meilleurs repas, de me reposer et je suis moins fatiguée.

Aucun regret

C’est au terme de la saison 1998-99 que Nancy a accroché ses skis. «Un moment donné, il faut que tu réalises que tu as beau vouloir bien t’entraîner, manger le mieux que tu peux, dormir et faire tout ce que tu peux, ce qui t’empêche de progresser, c’est la génétique. C’est sûr, je n’ai jamais gagné une médaille de Coupe du monde. Mais compte tenu de mes capacités, je ne pense pas que c’était possible.

«J’ai donc décidé de me retirer après les championnats du monde. Je venais de finir mon bac en chimie, j’avais le goût de passer à autre chose. Comme j’avais le sentiment du devoir accompli, ça n’a pas été difficile de tourner la page. Et je n’ai jamais eu de regrets.»

Nancy dit devoir beaucoup à sa carrière. Notamment parce qu’elle lui a apporté de nombreuses amitiés, elle lui a inculqué un style de vie et elle lui a permis de développer sa persévérance. Et même si elle n’a jamais profité d’un encadrement comparable à celui qui est maintenant offert aux membres de l’équipe nationale, elle n’envie en rien les Alex Harvey et cie qui ont une obligation de performer et toute la pression qui vient avec celle-ci.

Sa carrière terminée, la Québécoise a vécu dans la région de Vancouver, où elle a travaillé comme chimiste pour l’Agence canadienne d’inspection des aliments. Son mandat : développer des méthodes de recherche pour tester des aliments. «Vancouver, c’était vraiment le paradis pour une personne qui aime bouger. Ma transition s’est super bien faite.»

Désireux de fonder une famille et sentant le besoin de se rapprocher de leurs parents, Nancy et son chum sont revenus dans la région de Québec en 2006. Chimiste, elle a ensuite été représentante dans le domaine des produits chimiques. Parallèlement, elle est devenue entraîneure au club des Sentiers du Moulin au sein du programme d’initiation en ski de fond Jack Rabbit, avant de devenir, cette année, co-entraîneure-chef du groupe des plus jeunes.

«Les jeunes m’apportent une belle énergie. Ils sont tellement contents de venir faire du ski de fond. Et être coach aux Sentiers du Moulin, c’est vraiment spécial parce que le centre a failli fermer. Mais une gang de bénévoles de Lac-Beauport a décidé de le sauver. Quand on arrive ici, on sent une fierté de faire partie de ce centre-là.

«Comme coach, j’essaie de montrer aux jeunes les choses que je ne savais pas quand j’avais leur âge comme savoir quoi penser avant et pendant une compétition, comment se préparer pour ne pas être trop stressé, quoi faire quand tu amorces une course et que tes skis ne vont pas bien, etc. C’est ma façon de redonner. Je le fais pour les jeunes et pour le fun. Car je n’ai pas d’ambition de devenir entraîneure à un autre niveau.»

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QUESTIONS/RÉPONSES

Q Faits marquants?

R Ma première course nationale. C’était aux Championnats canadiens à 100 Mile House. J’étais juvénile. Mon but, c’était de ne pas finir dernière. Et à ma grande surprise, j’ai terminé première. Et l’une de mes dernières courses que j’ai faites : la Keskinada. J’avais gagné le 50 km patin. C’était environ un an après avoir pris ma retraite. J’étais vraiment contente.

Q Ce que tu changerais?

R Je trouve que dans notre temps, on n’était pas assez accompagnés au point de vue mental au niveau du stress avant les courses, comment gérer des défaites, comment gérer la vie en équipe, etc.

Q Personnalités marquantes?

R Mes parents et Pierre Harvey. Mes parents ont tout le temps été là, ils m’ont toujours accompagnée et ils se sont même impliqués comme bénévoles dans le club pour lequel je compétitionnais (Skibec). Et Pierre Harvey pour sa personnalité. Même s’il performait à un haut niveau, il n’hésitait jamais à donner de son temps aux autres. Et c’est toujours le cas aujourd’hui. Il donne de son temps encore et encore. Il a toujours été mon idole.

Q Point que tu aurais aimé améliorer?

R J’aurais souhaité être moins stressée avant les courses. J’aurais aimé ça être plus zen parce que ça ne sert à rien de s’énerver, ça brûle du jus que tu pourrais mettre dans ta compétition.

Q Coachs marquants?

R Guy Métayer pour quand j’étais dans le Skibec et Laurent Roux quand j’étais avec l’équipe canadienne. Laurent, il m’a tout le temps accompagnée, on s’entendait bien. C’était vraiment un bon entraîneur. Pas juste au niveau coaching, mais aussi pour comprendre les athlètes. 

Q Plus grande qualité?

R La persévérance

Q Si tu n’avais pas fait du ski de fond?

R J’aurais aimé faire du patin longue vitesse. Je n’ai jamais essayé, mais j’aurais aimé ça parce que ça va vite et c’est exigeant au niveau cardio.

Q Dans 20 ans?

R Je me vois passer trois mois ici, trois mois dans l’Ouest canadien et trois mois dans l’Ouest américain. L’Ouest canadien-américain me ressemble côté personnalité et mode de vie. Le monde est plus santé, plus axé sur le sport. Et j’aime beaucoup le Colorado.