Maurice Richard et Jean Béliveau posent avec le prestigieux trophée le 20 avril 1958. Il s'agissait d'une sixième conquête pour le «Rocket» et d'une troisième pour le «Gros Bill».

Montréal, la ville aux... 41 Coupes Stanley

Les Montréalais ne se privent pas de vanter le Canadien et ses 24 Coupes Stanley, un sommet dans les annales du hockey. Toutefois, certains historiens de notre sport national déplorent que peu d'entre eux sachent que les clubs de leur ville ont gagné le prestigieux trophée à... 41 reprises.
La détermination de Maurice Richard, le calme de Jean Béliveau et le brio de Guy Lafleur font partie des gênes de la ville et du Québec, mais qui sait que cinq autres clubs de hockey montréalais - le Montreal Amateur Athletic Association, les Victorias, les Shamrocks, les Wanderers et les Maroons - ont gagné en tout 17 fois la Coupe Stanley?
Les Montréalais semblent avoir légué leur histoire du hockey à la LNH, mais, selon l'historien Michel Vigneault, celle-ci ne semble pas réellement s'intéresser à ce qui s'est déroulé avant sa fondation en 1917. «La LNH a été fondée en 1917 et tout ce qui s'est passé avant cela, on s'en fiche», regrette celui qui a écrit son mémoire de maîtrise et sa thèse de doctorat sur l'histoire du hockey à Montréal.
L'histoire de notre sport national a ses zones d'ombre, même dans la ville fondée par Paul Chomedey de Maisonneuve, ajoute Vigneault. Dans ses pages rédigées dans la langue de Leonard Cohen, le site du 375e anniversaire de la ville de Montréal indique que le Canadien est le plus vieux club de hockey «au monde», même si, dans la langue de Félix Leclerc, le Canadien n'est plus que «la plus vieille équipe de la LNH».
Vigenault, qui est chargé de cours à l'UQAM et à McGill, dit avoir écrit deux fois à la Ville, la priant de faire une précision. «Cela démontre que Montréal ne connaît pas sa propre histoire», affirme-t-il.
Une histoire compliquée
Earl Zukerman, du Service des sports de l'Université McGill, soutient que les médias «commettent de graves erreurs», même quand ils se concentrent sur l'histoire de la LNH. «À titre d'historien amateur et de passionné d'histoire, quand j'entends les gens de Hockey Night in Canada parler des six clubs originaux, je grimace. C'est faire preuve d'une ignorance incroyable. C'est même plutôt honteux. Vous savez quoi? Cela m'étonne que ces erreurs puissent se perpétuer.»
Car des six prétendus clubs originaux, seuls Montréal et Toronto existaient en 1917. Et encore, le club torontois était alors les Arenas, pas les «Maple Leafs».
Selon Vigneault, si tant de gens racontent de bêtises sur l'histoire du hockey, c'est parce que celle-ci est compliquée. Il existait plusieurs équipes avant 1917, mais à l'époque, les structures organisationnelles étaient plutôt lâches. Plusieurs clubs n'ont existé que pendant quelques saisons.
La coupe du Carnaval
Le Quebec Skating Rink, patinoire des Bulldogs de Québec, a accueilli d'autres clubs de Montréal, mis à part le Canadien.
L'historien raconte que le premier match de hockey officiel s'est déroulé à Montréal en 1875. L'intérêt a vite grandi, particulièrement dans la Métropole. Montréal accueillit le premier tournoi en 1883, pendant le carnaval d'hiver.
Cette semaine-là, les Victorias, le club de hockey de l'Université McGill et les Bulldogs de Québec se sont disputé la coupe du Carnaval, un trophée que l'on peut admirer au musée McCord, de Montréal. «C'est un très beau trophée. C'est réellement le premier championnat de hockey», souligne Zukerman. «Les noms des joueurs et des arbitres y sont gravés. La tradition d'inscrire le nom sur les trophées est née à ce moment-là.»
Dix ans plus tard, en 1893, le gouverneur général du pays, Lord Stanley de Preston, offrit une coupe portant son nom au meilleur club du pays. Les équipes devaient alors remporter le championnat de leur ligue avant de pouvoir disputer la Coupe Stanley.
Zukerman signale que la coupe du Carnaval d'hiver valait 750 $. Celle de Lord Stanley? Un gros 50 $. 
L'histoire du hockey montréalais avant la LNH raconte l'histoire de l'urbanisation de la ville et du pays ainsi que des relations entre les Canadiens anglais et les Canadiens français. Les étudiants anglophones des classes sociales supérieures fréquentant les écoles préparatoires ont fait connaître le sport aux Canadiens français avec qui ils partageaient les installations sportives, expose Vigneault.
De plus, l'emplacement des patinoires a suivi le prolongement du réseau de l'aqueduc de Montréal. Il y a eu des époques où la LNH comptait deux clubs à Montréal. En 1917, le Canadien rivalisait avec les Wanderers. Ce club disparut lorsque leur domicile, l'aréna de Westmount, fut détruit par un incendie en janvier 1918.
Sept ans plus tard naquirent les Maroons de Montréal, censés représenter la communauté anglophone de la ville tandis que le Canadien continuait de courtiser les francophones. En 1935, les propriétaires des Maroons achetèrent le Canadien. Et, pour des raisons financières, ils choisirent de cesser les activités du club anglophones, un an plus tard.
Le Canadien fut sauvé parce que la majorité de la population était francophone. Aujourd'hui, Michel Vigneault et Earl Zukerman prient les amateurs de faire un effort pour étendre leur connaissance historique du hockey. «On connaît l'histoire de la LNH, mais ce n'est pas une histoire montréalaise», souligne Vigneault. «C'est là que réside le problème. Tout le monde connaît le Canadien, mais personne ne connaît le reste de l'histoire.»