Victor Montagliani, président de la CONCACAF et un des vice-présidents de la FIFA, a joué un grand rôle pour transformer la candidature canadienne pour le Mondial de 2026 en candidature nord-américaine conjointe entre le Canada, les États-Unis et le Mexique.

Mondial 2026 : bientôt le grand jour pour le Canada

TORONTO — Tout a commencé en novembre 2010, à l’occasion d’un repas chez Il Giardino, à Vancouver.

Victor Montagliani, alors vice-président de Canada Soccer (CS), et Peter Montopoli, qui en était le secrétaire général, partageaient une table avec leur mentor, Walter Sieber. Ce dernier, un homme ayant ses entrées à la FIFA, a été le directeur général des sports lors des Jeux olympiques de 1976, à Montréal.

«Nous étions en processus de candidature pour le Mondial féminin de 2015. Walter m’a dit : ‘‘Une fois que tu seras devenu le président de Canada Soccer, à mon avis, ce sera le bon moment de considérer appliquer pour la Coupe du monde [de soccer masculin]’’», se rappelle Montagliani.

Fiesta de 32 clubs à cette époque, le Mondial masculin est désormais un géant à 48 têtes.

Montagliani, élu deux fois aux commandes de Canada Soccer, est devenu le président de la CONCACAF et un vice-président de la FIFA.

Le Canada a persévéré dans la candidature pour une Coupe du monde, mais dans un effort commun avec les États-Unis et le Mexique. Mercredi, on saura si ce trio a été choisi au détriment du Maroc pour le tournoi de 2026, alors que plus de 200 associations membres de la FIFA voteront, lors du conseil de la FIFA.

Énormes montants en jeu

Plusieurs milliards de dollars sont en jeu. La candidature tripartite a mis au budget une facture de 2,16 milliards $US et prévoit des revenus de 14,3 milliards.

Sieber compte aussi à sa feuille de la route la vice-présidence du Comité olympique canadien (1985 à 2009), et aussi d’avoir été le chef de mission du Canada lors des Jeux olympiques de 1992, à Albertville.

En 2010, Sieber racontait à Montagliani et Montopoli comment le Canada a tenté sa chance pour le Mondial de 1986. Accordé à l’origine à la Colombie, l’événement devait être présenté ailleurs, car en 1982, la nation sud-américaine s’est retirée, disant ne pas avoir les ressources économiques pour répondre aux demandes de la FIFA.

«J’annonce à mes compatriotes que la Coupe du monde de 1986 n’aura pas lieu en Colombie, statuait le président colombien Belisario Betancur, selon le New York Times. Nous avons beaucoup de choses à prendre en charge, et nous n’avons pas le temps de nous plier aux extravagances de la FIFA.»

Les Canadiens, les Américains et les Mexicains ont déposé des candidatures séparées comme hôte de remplacement. Le Mexique a remporté le vote.

Montagliani a accédé à la présidence de CS en 2012. Le Canada a formellement annoncé une candidature en janvier 2014. À ce moment, on trouvait prématuré de parler d’une candidature partagée, mais c’était dans le domaine du possible.

Au milieu de 2015, à peu près pendant le Mondial féminin, Montagliani avait des ententes verbales avec ses homologues aux États-Unis et au Mexique. Pour lui, vu les atomes crochus des organisations, il n’était que sensé de partager la tâche comme des voisins. L’idée a paru encore meilleure quand le nombre de matchs est passé de 64 à 80.

«Vic va être modeste dans tout ça, mais comme il était le président de la CONCACAF et un vice-président de la FIFA, il a joué un grand rôle pour ce qui est de rassembler les trois pays, a dit Montopoli. Nous étions plus forts ensemble que séparément.»

Succès du mondial féminin

La triple candidature a été annoncée officiellement en avril 2017. Le plan, que la FIFA pourrait modifier : 60 matchs aux États-Unis, 10 au Canada et 10 au Mexique.

Montopoli dit que deux choses ont été cruciales pour la campagne canadienne : d’abord le succès retentissant du Mondial féminin avec une assistance de 1 353 506 personnes selon la FIFA, le plus important public dans les gradins d’un tournoi de la FIFA, à part le Mondial masculin. Mais aussi le fait que Montagliani est devenu le président de la CONCACAF, en mai 2016. «Au point de vue de la crédibilité, nous avions tous les éléments pour marquer», a dit Montopoli.

Steven Reed, successeur de Montagliani comme président de Canada Soccer, et Sandra Gage, numéro 1 du marketing de CS, ont aussi mis l’épaule à la roue. «Et maintenant nous voilà», résume Montagliani.

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LE MAROC REMET EN CAUSE LES CHIFFRES NORD-AMÉRICAINS

MOSCOU — Dans une élection de la FIFA où l’argent risque d’occuper un rôle clé, le Maroc a tenté de semer le doute sur la candidature nord-américaine, qui promet des milliards de dollars de profits si elle obtient la Coupe du monde de soccer 2026.

Les Marocains se sont moqués de la présentation des États-Unis, du Canada et du Mexique lorsque les dirigeants des comités de candidatures ont rencontré les électeurs des six continents membres de la FIFA.

«Il y a beaucoup d’incertitude», a déclaré le président de la Fédération royale marocaine de football (FRMF), Fouzi Lekjaa, au sujet des revenus de 14,3 milliards $US que promettent ses rivaux. «Ça ne correspond ni aux faits historiques ni aux extrapolations futures. C’est un exercice qui va au-delà de ça.»

L’argent ne sera pas le seul sujet qu’auront en tête les 206 électeurs potentiels lors du scrutin mené mercredi, à Moscou. Un panel de la FIFA a par contre noté que le chiffre avancé par la candidature nord-américaine est plus élevé «de façon significative» que la projection marocaine de 7,2 milliards $ de profits pour la fédération internationale découlant d’un tournoi à 48 équipes.

Le Maroc a répliqué en soulignant que des profits de 5 milliards $ constitueraient un record pour une Coupe du monde.

«Nous ne sommes pas gênés par ce que nous proposons», a affirmé la ministre du Tourisme du Maroc, Lamia Boutaleb, lors d’une allocution devant les 53 électeurs africains, dans un hôtel de Moscou.

Le comité de candidature marocain a pris la parole immédiatement après ses adversaires — qui ont fait face à leur audience la plus hostile de la journée — lors de la réunion de la Confédération africaine de football (CAF).

«Nous avons montré le meilleur de ce que nous avons à tous les membres de la FIFA», a souligné Decio de Maria, président de la Fédération mexicaine.

Bien que la délégation nord-américaine a été accueillie par des applaudissements polis et qu’aucune question n’eut été posée après sa présentation, elle espère toujours obtenir l’appui de l’Afrique.

«Cohésion continentale»

Le Liberia, la Namibie et le Zimbabwe ont tous donné leur appui aux Nords-Américains avant de s’amener en Russie. Le comité tente maintenant d’en récolter davantage dans le sud du continent.

Le président de la CAF, Ahmad, a tout de même lancé un appel à la «cohésion continentale», un appel surprenant étant donné que la FIFA dévoilera le vote de chacun de ses membres après l’élection. «Nous avons une obligation de favoriser la famille, a dit le dirigeant malgache. Mais bien sûr, il s’agit d’un choix personnel.»

La réunion de la CAF a débuté par l’annonce de la démission du vice-président Kwesi Nyantakyi, qui a aussi quitté son poste au sein de la commission exécutive de la FIFA en raison de l’enquête pour corruption dont il est la cible au Ghana.

Dans un reportage télévisé diffusé la semaine dernière, on peut voir Nyantakyi accepter 65 000 $ de reporters se faisant passer pour des hommes d’affaires souhaitant entrer dans les bonnes grâces du président ghanéen, Nana Akufo-Addo, et d’autres hauts dirigeants. Le Ghana a tout de même conservé son droit de vote à l’élection de mercredi. 

Le lobbying de dernière minute se poursuivra dans un autre hôtel de Moscou, mardi matin, où les deux comités présenteront leurs candidatures aux 54 électeurs européens.  AP