Les membres du clan sont costumés, maquillés, et drapés de bleu et de blanc.

Mondial 2014: la fierté des perdants

La perte de la Coupe du monde de soccer aux mains de l'Allemagne attriste les Argentins, déçus d'avoir échappé de si peu le précieux trophée. Une mince consolation pour les sud-Américains; ils ont fait mieux - beaucoup mieux - que leurs éternels rivaux les Brésiliens.
La communauté Argentine se fait plutôt rare dans la capitale. Peu nombreuse, éparpillée, elle n'a pas la base de fans requise pour les grands rassemblements lors des matchs sportifs, même le plus épique d'entre tous.
Ce qui n'empêche pas les Argentins de Québec de prendre le soccer très au sérieux. Antonio D'Amico avait convié des amis à lui et tous les membres de sa famille au match de l'année à son domicile de Cap-Rouge.
Les membres du clan sont costumés, maquillés, et drapés de bleu et de blanc. L'Argentine est méconnue à Québec. Conséquence? Pas moyen de trouver dans les magasins un maillot aux couleurs de Messi, pourtant un des plus grands joueurs de la planète soccer.
Peu importe. Les enfants portent fièrement des t-shirts fait maison avec le nom de l'illustre buteur. L'adolescent de la maison a invité ses amis «québécois de souche», eux aussi vêtus de casquettes et t-shirts aux couleurs du pays du tango.
L'Argentine malmenée par l'Allemagne laisse souvent un profond silence dans ce salon. Quelques envolées et applaudissements ici et là... mais on sent la tension. La nervosité.
Au moindre sifflet de l'arbitre, à chaque attaque ratée par l'offensive de l'Albiceleste, les voix se font entendre dans le domicile d'Antonio D'Amico. Des chahuts lancés en espagnol, même si toute la famille parle un français impeccable.
L'Argentine a subi la défaite. Mais les parents ne s'en font guère. Ils ont initié leur enfant à cet éternel classique, une finale de la Coupe du monde.
Le duel était aussi pour eux un prétexte pour faire connaître les traditions argentines, de partager les chansons espagnoles importées de leur pays d'origine. Les chants n'ont jamais cessé dans leur salon, de la mise en jeu à la séance de prolongation.
Il ne manquait que la victoire. «J'aurais aimé que mon fils puisse vivre ça aussi... mais ça va venir!» a lancé Antonio après la fin des hostilités. Il en était pour sa part à sa quatrième finale de l'Argentine au Mondial.
«L'équipe a donné tout ce qu'elle avait», relativise-t-il. «Il y avait toujours trois ou quatre joueurs sur Messi, chaque fois qu'il touchait le ballon. Mais c'est ça le soccer...»
Au final, cette famille argentine de Québec ressort gonflée à bloc par ce tournoi à la ronde. «On est plus fiers que les Brésiliens, ça c'est sûr!» assure Antonio. «Gagner au Brésil, ça aurait été quelque chose de spécial. Mais il y a une fierté des Argentins de se rendre plus loin que le Brésil. On s'est rendus en finale, dans le Maracana. Ça, c'est quelque chose!»
La suite des choses? Le visage de l'équipe argentine changera au cours des prochaines années. «Beaucoup de joueurs vont changer», prédit Antonio D'Amico. Le héros national Messi, lui, sera sûrement de retour. «Messi, il lui reste un autre Mondial!»
Antonio D'Amico souhaite une coupe du monde à Messi. Mais il en souhaite avant tout une pour ses enfants, pour qu'ils connaissent l'euphorie qu'il a lui-même vécu, en 1978 et 1986.