L’équipe Caron-Julien a serré les rangs au cours des derniers mois pour accompagner Aurélie (deuxième à droite) dans son combat contre une leucémie aiguë en pleine pandémie de Covid. À ses côtés, on retrouve sa mère, Isabelle, sa sœur, Gabrielle, et son père, Stéphane.
L’équipe Caron-Julien a serré les rangs au cours des derniers mois pour accompagner Aurélie (deuxième à droite) dans son combat contre une leucémie aiguë en pleine pandémie de Covid. À ses côtés, on retrouve sa mère, Isabelle, sa sœur, Gabrielle, et son père, Stéphane.

Mission guérison pour la famille Julien

Mélanie Noël
Mélanie Noël
La Tribune
Quand l’entraîneur-chef du Phoenix de Sherbrooke a appris qu’un de ses joueurs était atteint d’un cancer la saison dernière, il a été très touché. Il s’est demandé comment il réagirait si un de ses enfants devait traverser une épreuve semblable. Stéphane Julien a eu la réponse quelques mois plus tard, en mai, quand sa fille aînée a reçu un diagnostic de leucémie.

« Les deux ne se connaissent pas, mais ils ont réagi de la même façon face à la maladie. Ils ont eu du caractère et sont passés rapidement en mode survie. Ils ont immédiatement misé sur les solutions pour s’en sortir », raconte le coach et directeur général du Phoenix.

Lorsque est venu le temps de soutenir son joueur et ensuite sa fille, ce n’est pas l’entraîneur qui est habitué de pousser ses troupes vers la victoire qui s’est présenté. C’est le père, l’humain, qui a pris le dessus.

« Le coach passe à côté. C’est plutôt le père de famille qui réagit beaucoup plus que le coach. Que ce soit pour mon joueur ou pour Aurélie, j’ai eu les mêmes émotions. Mes joueurs, c’est un peu mes enfants. Ce sont des grands ados qui ont l’âge des miens, je sais ce qu’ils vivent au quotidien. »

L’entraîneur décrit le défenseur Olivier Crête-Belzile comme un gars très effacé, discret. Quand il a appris qu’il avait un cancer, Crête-Belzile a décidé de l’annoncer uniquement à Jocelyn Thibault, dg des Phœnix à l’époque, et Stéphane Julien. « Je pensais qu’il retournerait à la maison, mais Olivier a insisté pour terminer la saison. Je n’en revenais pas. C’est dans l’adversité qu’on voit la vraie nature de gens. »

Pendant deux mois, l’entraîneur garde le secret. « Je ne suis pas facile à faire brailler, mais devant mes joueurs, quand Olivier a décidé d’en parler, j’étais inconsolable. C’était exceptionnel. Pendant les deux mois où personne ne savait, il jouait son meilleur hockey. J’ai découvert une force incroyable en lui. Et pour Aurélie, c’est la même chose. On l’a soutenue, mais son attitude par rapport à la maladie, toujours positive, ça venait d’elle. »

Étudiante en biologie animale, Aurélie Julien effectuait un stage dans une ferme de Compton au printemps dernier quand elle a eu ses premiers symptômes. Fatigue, problèmes intestinaux et ecchymoses sur les jambes. Sa médecin de famille lui prescrit quelques tests, dont une prise de sang.

« Quatre heures après ma prise de sang, ma médecin me rappelle pour me dire qu’elle veut me voir immédiatement dans son bureau avec mes parents », raconte la jeune femme.

Les résultats sanguins ne sont pas beaux. Plaquettes basses, globules non désirés. La médecin envoie la famille directement à l’urgence. L’hémato-oncologue l’attendait. À cause de la pandémie, Aurélie doit aller seule à sa rencontre.

« Le plus gros choc, c’est quand Isabelle et moi, on l’a laissée à l’entrée de l’urgence sans pouvoir l’accompagner. Laisser ton enfant à l’urgence, même si elle a 21 ans, sans savoir, c’est extrêmement difficile », souligne le père de famille.

L’hémato-oncologue annonce à Aurélie qu’elle a possiblement une leucémie, mais que d’autres tests doivent être effectués. Elle est immédiatement hospitalisée. Le surlendemain, on lui annonce le diagnostic. Aurélie est seule lorsqu’elle apprend qu’elle a une leucémie aiguë lymphoblastique. Elle appelle ses parents en Facetime pour leur apprendre la nouvelle.

La force d’un mot

« Entre son entrée et le diagnostic, une gynécologue était allée la voir pour congeler ses ovules à cause de la chimiothérapie. Un autre intervenant était allé pour installer un cathéter pour ses traitements. Donc Aurélie présumait qu’elle avait un cancer. Moi, à ce moment-là, j’avais juste hâte de savoir de quel cancer il s’agissait pour savoir si c’était guérissable et arrêter de penser au pire scénario », explique la mère d’Aurélie, Isabelle Caron.

La question est posée au médecin. Il s’agit d’une leucémie « très difficile, mais guérissable ».

« J’étais dans l’auto et je me suis stationnée. Quand j’ai entendu que c’était guérissable, je me suis effondrée de soulagement. C’est juste ça que je voulais entendre », ajoute la mère de famille.

Toute la famille s’accroche à ce mot : guérissable. « Quand j’ai entendu ça, j’ai dit let’s go. Je vais les faire les traitements il n’y en a pas de problème. Je suis jeune, je suis capable d’endurer ça », lance la jeune femme, qui a récemment célébré ses 22 ans.

Le mot guérissable est aussi précieux quand vient le temps d’annoncer la nouvelle à la famille élargie. « Quand je l’ai dit à mon père, j’avais peur qu’il meure d’une crise cardiaque. Avant de lui dire qu’Aurélie avait un cancer, je lui ai annoncé qu’elle allait guérir », raconte la mère de famille.

« On est chanceux, car certains parents n’ont pas la chance d’entendre le mot guérissable après avoir reçu le diagnostic de leur enfant », ajoute Isabelle Caron, précisant qu’elle et son mari ont aussi eu la chance d’accompagner Aurélie à ses traitements à partir de juin, puisque leur fille était traitée au département pédiatrique à cause de la nature de son cancer.

Stéphane Julien perd sa mère un mois après le diagnostic de sa fille. « Je ne veux pas tomber dans le dramatique, mais 2020 ne nous a pas épargnés », résume-t-il simplement.

Le défenseur du Phœnix de Sherbrooke Olivier Crête-Belzile est atteint d’un lymphome hodgkinien nodulaire.

Voir son enfant malade

La pandémie ne leur donne pas la vie facile. « Aurélie n’a aucune défense. Pour elle, une infection urinaire devient dangereuse. Alors avec la Covid, c’est pas facile. Par chance, ses médecins me rassurent, car moi, je le mettrais sous une cloche de verre », souligne la maman.

« C’était aussi difficile de ne pas voir mes amies », ajoute Aurélie, qui se considère quand même très bien entourée.

Les parents d’Aurélie ont vu des changements physiques chez leur fille. Perte de poids, difficulté à marcher, fatigue, nausée.

« Aurélie est une athlète, comme son père. Elle est allée aux Jeux du Québec dans trois sports différents. Elle était dans l’équipe collégiale AAA en volleyball », mentionne la mère, qui trouve difficile de voir Aurélie diminuée.

Aurélie a une petite sœur, Gabrielle, 19 ans. « Mettons que les rôles se sont un peu inversés et qu’elle s’occupe beaucoup de moi », note l’aînée.

« Je dis souvent que notre famille n’a pas changé. On ne s’aimait pas moins ou plus avant qu’Aurélie soit malade. On a toujours été proches », précise le père.

Aurélie poursuit ses études à l’Université de Montréal à distance en même temps qu’elle poursuit ses traitements de chimio. « Je suis officiellement en rémission, mais je dois poursuivre les traitements pour encore deux ans », note celle qui rêve d’entrer en médecine vétérinaire l’an prochain.

« Aurélie n’a pas de plan B et elle est très persévérante. Tous les enfants sont uniques et aucun d’entre eux ne mérite d’être malade. Mais Aurélie a toujours été si unique. Au secondaire, elle a gagné un record de prix de persévérance, prix sportif ou prix pour son engagement bénévole », énumère fièrement la mère d’Aurélie.

Pour son père, qui combine pour une première année les postes d’entraineur et de directeur général du Phoenix, le plus grand défi sera sa gestion du temps dans les prochains mois.

« J’ai une job où je dois être présent tout le temps. Et quand on part sur la route trois jours, je ne suis pas là du tout pendant ce temps. J’ai déjà pris deux jours de congé pour l’accompagner à l’hôpital; c’est ce qui est le plus déchirant. De ne pas toujours pouvoir le faire. Une chance, Isabelle est là », explique Stéphane Julien.

La famille forme toute une équipe. Mais au-delà des métaphores sportives, il y a les humains. Qui se soutiennent. Dans la joie comme dans la peine. Avec la guérison comme quête. Et l’envie de s’aimer, comme toujours, sur le chemin.