Éric Martel-Bahoéli (à gauche) a été impressionné par la force de frappe d'Adam Braidwood, un «animal» de 6'4'' et de 250 lb.

Mis K.-O., Martel-Bahoéli se retire

Sa route s'arrête ici! Du moins, celle sur un ring de boxe. Mis K.-O. par un coup de massue d'Adam Braidwood au 5e round d'un combat prévu pour 12, Éric Martel-Bahoéli a confirmé qu'il prenait sa retraite sur-le-champ.
«J'ai mangé assez de coups au niveau de la tête, ça ne m'intéresse pas de me ramasser "légume" à 45 ans», disait le poids lourd de Québec après avoir retrouvé ses esprits.
Il était en paix avec lui-même. Il savait déjà avant même de grimper entre les câbles du Centre Vidéotron qu'il s'agissait de son dernier combat à la maison devant parents et amis. Il ne prévoit pas se battre en Côte d'Ivoire, cet été. Le résultat l'a réconforté dans sa décision.
Quelques minutes plus tôt, il avait fait face à un véritable tourbillon. Braidwood, un ancien choix de première ronde des Eskimos d'Edmonton (LCF) et ex-prisonnier, est une véritable force de la nature en mesure de tout écraser sur son passage, même un boxeur de 6'3" et de 253 livres.
«Je savais qu'il allait être solide, le gars est en rédemption, il a payé sa dette et la boxe semble être sa deuxième avenue. Il avait faim. Honnêtement, c'est un animal. Sa force de frappe est incroyable et je mets au défi tous les boxeurs au Canada de l'affronter. Il a montré que c'était une bête», notait le boxeur de 35 ans, qui boucle sa carrière avec une fiche de 11-7-1.
Martel-Bahoéli a bien failli de ne pas franchir le quatrième round, la cloche lui ayant à peine permis de commencer le cinquième. Il n'a pas terminé celui-ci, une gauche dévastatrice l'envoyant au tapis à 2:01 de ce round.
«À la fin du quatrième, j'ai senti que j'étais dans un autre monde», avouait l'agent d'intervention au Centre Jeunesse de Québec.
Il se disait quand même fier de son parcours, espérant que les gens ne seront pas déçus de sa décision.
«Je me suis donné à chaque combat, je n'en ai jamais refusé un. Yvon Michel ne m'a jamais fait de cadeau. Il y a quelqu'un qui peut dire que ce gars-là avait l'air d'une "zoune"? Je n'étais pas aussi agressif que lui, mais j'ai donné tout ce que j'avais. J'ai toujours essayé de passer un message dans mes combats, mais la boxe est un monde de requin, ce n'est pas toujours le bon gars qui gagne.
«Je n'en pouvais plus, je ne suis plus capable de vivre avec le stress. Je suis content de ce que j'ai fait, mais j'ai autre chose dans ma vie et je vais continuer mes projets. Et si je peux aider des jeunes boxeurs, je vais le faire.»
Braidwood prêt à revenir à Québec
Son entraîneur François Duguay avait mal pour son protégé. Après l'avoir dirigé, il sera aussi là pour l'épauler.
«Éric est découragé, il va avoir besoin d'un support moral et on ne le laissera pas tomber. À la fin de quatrième round, je voyais un peu dans ses yeux que c'était perdu. L'objectif était de survivre au cinquième et d'épuiser l'adversaire. Quand ça ne marche pas à son goût, Éric devient émotif et il a voulu échanger avec lui, mais c'est lui qui a payé le prix.»
Braidwood devenait ainsi le champion de la catégorie de la WBU, une obscure fédération. Une coupure au-dessus de l'oeil gauche ne l'a pas ralenti.
«J'ai été coupé, mais je m'en foutais. J'ai deux yeux, j'en avais besoin d'un seul... C'est la plus belle victoire de ma carrière, je suis prêt à revenir à Québec n'importe quand.»
En sous-carte, Francis Lafrenière a remporté le titre NABO par décision partagée, ce qui lui permet de se hisser dans le top 15 mondial des poids moyens de la WBO et l'IBF. Soulignons aussi les victoires du Français Christian M'Billi et de l'Américain Dario Bredicean, protégé de Lucian Bute.
Bouchard toujours invaincu au Québec
Sébastien Bouchard l'a emporté contre Gustavo Garibay par décision unanime pour décrocher sa septième victoire consécutive, une 15e en 16 combats.
Dès le premier round, Gustavo Garibay (13-8-2, 5 K.-O.) a fléchi les genoux. Pas pour tomber. Juste assez pour que Sébastien Bouchard (15-1, 5 K.-O.) se dise: «On va le finir avant la fin.» Ce qui ne s'est pas produit, mais le boxeur de Québec l'a finalement emporté par décision unanime pour décrocher sa septième victoire consécutive, vendredi soir, une 15e en 16 combats.
«Je voulais essayer de le finir au huitième round, mais je me suis fait pincer au corps, au foie. Ça m'a coupé les deux jambes et je n'ai pas pu ouvrir la machine à la fin», a expliqué le vainqueur, que les juges ont favorisé au pointage 77-75, 78-74 et 79-73.
Garibay subissait une première défaite depuis 2013. Le Mexicain s'est bien défendu, sans toutefois assez attaquer. Soulignons qu'en ce jour de la fête du drapeau du Mexique, les quatre Mexicains en action dans le ring du Centre Vidéotron se sont inclinés, mais non sans avoir livré une fière bataille.
Bouchard répète ne pas souhaiter sauter d'étape et vise à obtenir un combat de championnat nord-américain avant la fin de l'année, avec un autre défi à relever d'ici là. Il a encore du travail à faire, surtout de transporter en combat ce jab si efficace à l'entraînement. Il ne cumule que cinq knock-out jusqu'ici.
Loadé comme un gun
Le favori de la foule est entré dans l'enceinte au son de Loadé comme un gun, d'Éric Lapointe. Clin d'oeil au chanteur rock qui se trouvait dans l'assistance, mais avant tout une musique que Bouchard écoute chaque matin. À l'entraînement, trop tôt, avant d'aller gagner son pain comme débardeur au port de Québec. «Ça vient me chercher au coeur le matin et je voulais un peu retrouver cette émotion-là ici ce soir», a-t-il expliqué.
L'athlète de 29 ans originaire de Baie-Saint-Paul n'a perdu qu'une fois, lors de son seul combat hors du Québec, en mai 2014, au Connecticut. Il réalisait une 10e prestation victorieuse devant ses partisans de la région de Québec. Olivier Bossé