La skieuse américaine Mikaela Shiffrin a répondu aux questions des journalistes, jeudi, à Courchevel, dans les Alpes françaises.

Mikaela Shiffrin, un top-modèle différent

COURCHEVEL — Mikaela Shiffrin domine outrageusement le ski alpin avec deux gros Globes de cristal, deux titres olympiques, trois Mondiaux et 48 victoires en Coupe du monde, mais l’Américaine de 23 ans pense qu’il est «important de se battre» pour que les femmes y soient mieux reconnues, a-t-elle expliqué jeudi, à la veille du slalom géant de Courchevel.

Vous avez déclaré «Je ne veux pas être une femme-objet parce que je porte un bikini», après être apparue en tenue de ski dans le magazine pour hommes Maxim, au milieu de modèles en maillot de bain. Que vouliez-vous prouver?

La vérité, c’est que Maxim a choisi la photo. En faisant partie de cette liste des 100 femmes les plus hots, je voulais prouver que vous pouvez venir d’horizons différents, vous n’avez pas besoin d’être un top model en bikini pour être hot ou sexy. Mais aussi que, être intelligente, authentique, aimable et dure au mal rend sexy, peut-être de façon différente.

Pensez-vous que les femmes dans le sport de haut niveau manquent de reconnaissance pour leurs performances plutôt que pour leur physique?

Oui, clairement. Personnellement, j’ai toujours plaisir à m’apprêter pour être jolie. Je ne suis pas la fille la plus belle du circuit, mais je suis une des plus rapides et je suis très fière de ce que j’accomplis dans le sport. C’est certainement l’une des premières choses que j’aimerais que les gens reconnaissent en premier chez moi.

Dans le milieu du ski, la plupart des entraîneurs, des dirigeants et des techniciens sont des hommes. Est-ce un milieu trop masculin ou macho?

C’est un milieu dominé par les hommes, c’est sûr. C’est parfois un milieu chauvin aussi. Je pense être protégée de ça parce que mon équipe est très professionnelle. Mes entraîneurs me respectent énormément, mon technicien aussi, donc je ne ressens pas cela directement. Ma mère le vit [elle a été son entraîneure et fait partie de son équipe]. Quand elle voyage dans le circuit, c’est l’une des seules femmes. De plus en plus de femmes arrivent dans le milieu, mais pour je ne sais quelle raison, elles restent très peu nombreuses par rapport aux hommes. Je pense qu’il est important de se battre pour cela, tout simplement de dire : «Respectez les femmes».

Aimeriez-vous voir plus de femmes entraîner au plus haut niveau?

Je pense que de nombreuses femmes seraient tout à fait compétentes pour cela. Mais j’estime que c’est aussi un choix personnel, peut-être que ces femmes ne voient pas qu’elles peuvent entraîner en Coupe du monde. Il y a beaucoup de femmes entraîneures dans les jeunes catégories. S’il y a une bonne entraîneure, qu’elle a envie de l’être en Coupe du monde, alors qu’elle fonce!

Votre compatriote Lindsey Vonn a demandé plusieurs fois à skier en compétition avec les hommes, sans être exaucée. Ça vous intéresserait?

Ce n’est pas l’un de mes objectifs. Je trouve toujours drôle de m’entraîner avec les garçons et je pense que ce serait le fun de concourir avec eux, mais ce serait peut-être dans un type de course différent. Clairement, je ne me vois pas courir une descente avec les hommes, ni même un géant, un slalom ou un super-G contre eux. Il y a un important mouvement pour les droits des femmes et l’égalité des sexes en ce moment, mais dans certains sports, comme le ski alpin, la force est un facteur très important de la performance, et les hommes ont un avantage naturel à ce niveau. J’ai déjà été plus rapide que des garçons parmi les plus forts de la Coupe du monde à l’entraînement. Mais c’est différent, ce n’était pas en compétition.

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Marcel Hirscher est devenu jeudi le skieur le plus décoré de l'histoire de l'Autriche.

HIRSCHER DEVIENT L'AUTRICHIEN LE PLUS DÉCORÉ

SAALBACH — Marcel Hirscher est retourné à l’endroit où il a appris à skier afin de devenir le skieur le plus décoré de l’histoire de l’Autriche. Jeudi à Saalbach, il a dominé le slalom et remporté sa 63e victoire en carrière en Coupe du monde pour devancer Annemarie Moser-Proell, qui avait enregistré 62 victoires lorsqu’elle a pris sa retraite en 1980.

«Quand j’étais jeune, j’ai pris part à plusieurs compétitions régionales sur cette piste. Ce parcours était alors un peu plus orienté vers la droite», a confié Hirscher. «Ce sont de bons souvenirs. La boucle est bouclée.» Seuls le Suédois Ingemar Stenmark (86) et l’Américaine Lindsey Vonn (82) ont obtenu plus de victoires que lui sur le circuit.

Moser-Proell, détentrice de sept gros Globes de cristal en carrière, a encensé le nouveau détenteur du record autrichien. «Nous n’avons jamais vu un skieur aussi prolifique auparavant», a-t-elle confié au télédiffuseur autrichien ORF. «Quand je regarde Marcel, je n’en reviens pas d’avoir pu accomplir un tel exploit à l’époque. Mais on ne peut comparer ces exploits, car ils ont été réussis à des époques différentes. Tout est beaucoup plus professionnel aujourd’hui.»

«Ç’a l’air spectaculaire, mais c’est plutôt irréel», a convenu Hirscher à propos de sa 63e victoire. «Il viendra un moment où je pourrai savourer cet exploit, mais en ce moment je suis simplement enchanté d’avoir pu signer une autre victoire, lors de l’un des slaloms les plus exigeants de ma carrière.»

Vingt-quatre heures après sa surprenante sixième place en géant, Hirscher a donc rapidement réagi et rétabli la hiérarchie. Pour l’Autrichien de 29 ans, il s’agissait d’un quatrième gain d’affilée en slalom, lui qui a remporté neuf des 10 dernières épreuves de cette discipline en Coupe du monde. Il n’est plus qu’à une victoire du record de la spécialité détenu par la légende suédoise Ingmar Stenmark (40). AP et AFP