Maintenant âgé de 28 ans, Philippe Marquis refuse que sa blessure au genou droit le prive de ce qui pourrait être sa dernière chance de remporter une médaille olympique, lui qui avait pris le neuvième rang aux Jeux de Sotchi en 2014.

Même blessé, Marquis s'accroche aux JO

Ligament du genou déchiré? Pas grave. En tout cas, rien pour empêcher le bosseur Philippe Marquis de croire qu’il pourra quand même participer aux Jeux olympiques, en février.

«Je ne veux pas finir ma carrière comme ça!» a lancé le skieur acrobatique de 28 ans de Sainte-Foy, jeudi après-midi, au cours d’une conférence téléphonique devenue un cri du cœur ne laissant pas de place aux scénarios négatifs.

«En ce moment, dans ma tête, je ne rate pas PyeongChang! Ça fait juste trois jours et je suis déjà en plein processus de réhabilitation. Je vois déjà des améliorations! Je vais mettre tous les efforts possibles pour être en haut de la piste en Corée, même si je n’y serai pas à 100 %», a-t-il résumé.

Lundi. Deer Valley, Utah. Première séance d’entraînement en vue des épreuves de Coupe du monde de bosses de mercredi et jeudi. Le vétéran Marquis effectue une «descente de routine répétée des milliers de fois auparavant». Pas de chute. Juste un léger faux mouvement, une torsion inhabituelle. La fois de trop. Le ligament croisé antérieur du genou droit encaisse mal le choc.

«Au moins, si ç’avait été une chute catastrophique, ç’aurait été excitant. Même pas! C’est à n’y rien comprendre! Trop d’angulation, trop de pression, à ce moment-là ç’a été trop pour mon genou», laisse-t-il tomber, encore incrédule devant la banalité du moment. Il est même rentré au chalet sur ses deux pieds.

Se sachant quand même hors service pour au moins quelques jours, il est rentré à Québec aussitôt. Car l’y attendait un chirurgien orthopédiste spécialiste du genou de renom... son père, François Marquis.

«Je ne voulais pas devenir une distraction pour l’équipe et je savais que j’avais les mains de Dieu sous mon toit», rigole-t-il, à propos du paternel. La sentence divine du Dr Marquis a néanmoins fait très mal, surtout que radiographies et examens d’imagerie par résonance magnétique ont confirmé le diagnostic.

Le tout pour le tout

Philippe Marquis assure ne jamais avoir songé à hisser le drapeau blanc. «Pas question d’effacer quatre ans de travail acharné aussi facilement. On avance sur le terrain du tout pour le tout», indique celui qui s’estime même plus motivé que jamais.

Peu d’athlètes de haut niveau ont concouru avec un ligament du genou déchiré. Surtout aux Jeux olympiques et encore moins dans un sport aussi demandant pour les genoux que le ski acro.

Mais il y en a, même en bosses. Marquis souligne les cas de l’Américaine Eliza Outtrim, sixième des JO de 2014, de l’Australien Ramone Cooper, 27e aux JO de 2010, et surtout de l’Australien Russ Henshaw, huitième en slopestyle aux JO de 2014 à peine une semaine après s’être blessé.

Marquis met évidemment une croix sur la Coupe du monde de Tremblant, le 20 janvier. Il sera à la station des Laurentides, mais pour remonter sur ses skis à compter de jeudi, sur le plat, puis tester son genou dans les bosses pour la première fois sans doute dimanche. Le tout équipé d’une attelle.

Réhabilitation en huit étapes

Au total, huit journées sur neige sont prévues dans son plan de réhabilitation avant la compétition olympique. Chaque étape servira à évaluer si le genou tiendra le coup.

Rappelons qu’en 2014, Marquis avait profité de la blessure d’une athlète de skicross pour obtenir une sélection de dernière minute aux Jeux de Sotchi, où il avait pris la neuvième position. Cette fois, avec trois podiums en Coupe du monde la saison passée, dont une troisième place à l’épreuve-test olympique de PyeongChang, il se retrouvera de l’autre côté des portes en attendant cette fois le feu vert du personnel médical de Ski acrobatique Canada.

Directeur de la haute performance à Ski acro Canada, l’ancien bosseur Marc-André Moreau croit que l’expérience de Marquis, qui compte 95 départs en Coupe du monde, Championnats du monde et Jeux olympiques, compensera pour son manque de préparation.

«Mais je connais Phil et je sais qu’il ne voudra pas aller aux Jeux juste pour aller aux Jeux. Il va vouloir être capable de performer», conclut Moreau, après que Marquis ait exclu l’idée d’aller en Corée du Sud «pour parader».

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SANS SURPRISE, KINGSBURY GAGNE ENCORE

Mikaël Kingsbury est demeuré parfait cette saison sur le circuit de la Coupe du monde de bosses en triomphant pour une deuxième fois en deux soirs à Deer Valley, en Utah, jeudi. Le skieur de Deux-Montagnes a amélioré son propre record avec 13 victoires d’affilée et la marque établie la veille avec une 48e victoire en carrière. La dernière fois que Kingsbury n’a pas gagné sur le circuit de la Coupe du monde, c’était le 28 janvier 2017, à Calgary, quand il s’était «contenté» de l’argent, derrière l’Australien Matt Graham.  La Presse canadienne