Maxime Roberge: aimer se challenger

«Mon plus grand plaisir dans la vie, ç’a toujours été la compétition et d’avoir une chance de gagner. J’aime la compétition, n’importe quel genre de compétition. Et que ce soit dans mes loisirs, dans mon travail et même dans ma vie personnelle, j’essaie toujours d’être le meilleur. Ainsi, quand je fais du vélo de montagne avec des amis, mon but, c’est toujours d’arriver au sommet de la montagne avant eux.»

Presque 15 ans après avoir mis un terme à sa carrière de judoka, Maxime Roberge n’a rien perdu de l’esprit compétitif qui l’animait lorsqu’il était sur le tatami. Se mettre au défi est son crédo. Il adore apprendre, se bâtir ou se rebâtir et faire les efforts pour figurer parmi les meilleurs. Quand il a réussi, il n’hésite pas à repartir à zéro afin d’amorcer l’ascension vers de nouveaux sommets. C’est d’ailleurs cette philosophie qui l’a poussé à la retraite.

«J’aurais pu être champion canadien pendant peut-être quelques années. Qui sait? Mais en quelque part, j’avais fait le tour. J’avais gagné tout ce que je voulais gagner, de sorte que je n’avais plus aussi envie de m’investir autant dans le judo. Il fallait que j’essaie d’aller gagner autre chose. Ç’a été tough mais c’était un beau défi.»

Après avoir démissionné des équipes nationale et provinciale, Roberge, qui s’entraînait à Montréal, est revenu s’installer à Québec, la ville d’où il était originaire. Ayant un diplôme en communications et en relations publiques en poche, il s’est cherché un emploi.

«Même si je savais ce que je voulais faire — je voulais idéalement demeurer dans le monde du sport —, je n’avais aucune idée de ce que serait ma nouvelle carrière. J’ai regardé les opportunités qui s’offraient à moi et j’ai foncé.

Amateur de chasse et de pêche, Roberge a travaillé quelques mois chez Latulippe avant de se retrouver chez Desjardins. Mais un emploi de bureau de 9 à 5 ne lui convenait pas. Informé que le centre d’entraînement Énergie Cardio de Beauport était à la recherche d’un directeur, il a postulé. En moins de deux ans, il a fait de la succursale beauportoise la plus performante au Québec au chapitre des revenus et des abonnés. Alors à la recherche d’un nouveau défi, il a été recruté par l’entreprise Maison Laprise comme directeur des ventes, un emploi qu’il occupe depuis 10 ans.

Une belle carrière

Roberge a fait du judo de haut niveau pendant une quinzaine d’années. À l’époque où il était membre de l’équipe nationale, il a toujours considéré le judo comme son travail. «Et même si la carrière que je menais n’était pas extrêmement payante en termes d’argent — je devais faire des jobines afin de pouvoir joindre les deux bouts —, elle le fut beaucoup au niveau personnel.»

Grâce au judo, le Beauportois a fait le tour du monde. Il a pris part à toutes les compétitions prestigieuses, à l’exception des Jeux olympiques. «Se qualifier pour les Jeux, c’est souvent une question de timing. L’année où je devais performer, j’ai fini deuxième aux qualifications. J’ai perdu mon combat par décision partagée. Ç’a été la fin de mon parcours olympique. Ce fut un deuil à faire. Mais ça se fait. C’est comme une peine d’amour. Un moment donné, tu te dis : “J’étais pas dû et il faut que je commence à regarder en avant.”

«Aujourd’hui, je sais que je n’avais pas assez de ressources pour viser une médaille au Jeux. Y aller aurait quand même été une expérience inoubliable. J’aurais aimé tripper avec les boys et, plusieurs années plus tard, partager des souvenirs avec eux. Mais je n’ai pas de regrets. J’ai vécu d’autres choses plus tard qui m’ont apporté de grands bonheurs, comme la naissance de mes enfants.»

Maxime n’a jamais ressenti de pression à performer, et ce, même si son frère Patrick et sa sœur Sophie ont représenté le Canada aux JO en judo. Par la suite, la cadette Catherine y est aussi allée. «Chez nous, on a toujours fait du judo parce que l’on aimait ça. La seule pression que j’avais, c’était de ne pas pouvoir vivre de ma passion.»

Loin du tatami, Roberge demeure un judoka dans l’âme et le cœur. Il applique toujours au quotidien le code de vie du judo qui repose sur des valeurs comme la politesse, l’amitié, le courage, le respect, l’honnêteté, l’importance de la parole donnée, etc. Il suit aussi passionnément la carrière de son ami Antoine Valois-Fortier.

«Je regarde ses combats en direct sur le Web. Pendant qu’il se bat, je force quasiment autant que lui. Quand il gagne, je suis soulagé et quand il perd, je suis un peu triste.»

Roberge ne le cache pas, il aimerait recommencer à faire du judo. «Le problème, c’est que ce que j’aimais dans le judo, c’était de me battre. Mais à ma connaissance, il n’y a pas beaucoup de judokas à Québec qui pourraient m’affronter et soutenir un effort constant. Mais à mon âge, je ne suis même pas sûr que je pourrais offrir un effort constant. Et quand je pense à comment ça faisait mal de me battre, combien c’était dur sur le corps, je me dis que j’aime mieux faire du vélo. Il faudrait donc que j’envisage le judo sous un autre angle, celui des katas et de la technique.»

Q Faits marquants

R La première fois que j’ai gagné un championnat canadien, le championnat canadien junior de 1992 à Winnipeg. Je partais de nulle part et j’ai fini champion. Cette victoire m’a ouvert de nouveaux horizons. Elle m’a fait dire : «Tu es capable. Oui, mon chum.» Et par la suite, j’ai foncé.

Q Ce qui te manque le plus

R Le repos du guerrier. La fatigue après un combat et le sentiment d’avoir donné tout ce que tu pouvais.

Q Ce qui te manque le moins

R Manquer d’argent. Tu te payes une compétition en Italie mais tu ne sais pas si tu vas avoir assez d’argent pour la fin de ton mois. C’est dur, c’est stressant.

Q Idoles de jeunesse

R Je n’avais pas d’idoles. J’aimais une équipe de hockey qui s’appelait les Nordiques. Mais étant un athlète amateur qui faisait un sport individuel, je trouvais que, nonobstant leur personnalité, des athlètes comme Sylvie Bernier et Myriam Bédard, des filles de la région de Québec qui avaient obtenu des succès dans des disciplines où on n’était à peu près pas présents, étaient des modèles intéressants.

Q Dans 10 ans

R Proche de la retraite, j’espère. Mais surtout heureux. Oui. Où que je sois, avec qui que je sois, quoi que je fasse, je vais être heureux, j’espère. 

Q Rêve ou défi

R Je rêve des grands espaces, d’aller voir la faune et la flore du nord du Québec et peut-être même de descendre quelques rivières. Je rêve aussi de recommencer à voyager autant que j’ai pu le faire dans ma carrière.