Mathieu Turcotte, entraîneur-chef des Chevaliers de Lévis

Mathieu Turcotte, le maître entraîneur des Chevaliers de Lévis

Mathieu Turcotte n’a jamais joué dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec. Il n’a jamais joué non plus dans la Ligue midget AAA, ce qui n’empêche pas l’entraîneur-chef des Chevaliers de Lévis de réécrire le livre des records de ce circuit. Et dire qu’il pensait au départ devenir avocat.

«J’ai arrêté de jouer au hockey à l’âge de 17 ans. Je venais d’être invité au camp du Drakkar de Baie-Comeau à l’époque de Richard Martel, mais j’ai décidé de ne pas y aller, car je savais que je n’allais pas faire carrière comme joueur de hockey», explique Mathieu Turcotte, attablé à un café de Lévis.

«À l’époque, j’étudiais au Cégep Brébeuf et j’avais l’intention de m’en aller en droit à l’université», ajoute l’ex-défenseur originaire de Montréal. «C’est un ami qui m’a initié au coaching au niveau bantam AA. J’avais Stéphane Chaput, qui a plus tard joué plusieurs saisons dans la Ligue américaine, dans mon équipe, et on jouait souvent contre l’équipe d’Angelo Esposito!»

C’est donc derrière le banc des Dauphins des Deux-Rives que Mathieu Turcotte a eu la piqûre. Depuis, il n’a plus quitté le banc d’une équipe de hockey. Et vendredi, ses Chevaliers de Lévis ont continué à réécrire une autre ligne du livre des records de la Ligue de hockey midget AAA. Leur victoire de 7-3 contre le Collège Charles-Lemoyne au Challenge à La Baie (Saguenay) était en effet leur 30e match de suite sans défaite, ce qui a effacé le record des Gouverneurs de Sainte-Foy (28 victoires, un verdict nul) établi lors de la saison 1984-1985.

En cours de route, ils avaient effacé deux autres vieux records des Gouverneurs, ancêtres du Blizzard du Séminaire Saint-François : le plus grand nombre de victoires consécutives (25) et le plus de victoires d’affilée pour amorcer la saison (16).

Changement de programme

Turcotte semble avoir fait le bon choix en troquant la toge d’avocat pour le sifflet d’entraîneur. «Durant mes cours au cégep, je vérifiais les plans de match et je préparais des stratégies. J’ai donc décidé de laisser tomber l’idée d’étudier en droit et j’ai décidé de m’inscrire à l’Université Laval en intervention sportive.»

C’est durant ses études qu’il a commencé à travailler sur la rive sud avec les Éclaireurs de Chaudière-Etchemin. D’abord adjoint au niveau bantam AA, il a ensuite occupé le même poste au niveau midget Espoirs, avant de faire le saut avec les Commandeurs de Lévis, l’ancienne appellation des Chevaliers, comme adjoint de Francis Bouchard.

«C’est quand même une bonne marche entre le hockey mineur et le midget AAA. J’ai beaucoup appris en voyant Francis travailler, c’est un gars qui avait beaucoup d’expérience dans le hockey senior et c’était un excellent entraîneur. J’ai aussi appris de lui comment gérer mes adjoints, car Francis me donnait beaucoup de responsabilités, il n’hésitait pas à déléguer.»

Quatre belles années

En 2010, après la présentation de la Coupe Telus à Lévis, le téléphone a sonné chez Turcotte. Marc-André Dumont, l’entraîneur des Foreurs de Val-d’Or, était à la recherche d’un adjoint. «J’ai passé trois entrevues avec Marc-André et le directeur général Mario Carrière et, finalement, ils m’ont choisi même si je n’avais que 26 ans. La même journée, j’ai aussi appris que j’étais sélectionné comme entraîneur adjoint aux Jeux du Canada à Halifax.»

Aux Jeux du Canada, il avait plusieurs futurs joueurs de la LNH sous sa responsabilité : Jonathan Drouin, Anthony Duclair, Frédérik Gauthier et Samuel Morin, qu’il avait déjà connu avec les Commandeurs. Son équipe s’est inclinée en finale contre la Colombie-Britannique, propulsée par Curtis Lazar et Sam Reinhart, aujourd’hui avec les Flames et les Sabres dans la LNH .

Après deux années passées à Val-d’Or, un vent de changement s’est mis à souffler sur les Foreurs. Dumont est devenu dg en plus de ses fonctions d’entraîneur-chef et il recherchait un adjoint plus expérimenté. Il est allé chercher Mario Durocher, qui occupait alors un poste d’adjoint avec les Saguenéens de Chicoutimi.

Le poste d’adjoint des Sags devenait libre par le fait même et Turcotte a fait le saut. «C’est rare que ça se passe comme ça, mais en fait, on a simplement changé de place, Mario et moi! Je suis devenu l’adjoint de Marc-Étienne Hubert et Mario est devenu l’adjoint de Marc-André.»

Turcotte a passé quatre belles années au hockey junior. «J’ai eu la chance de vivre la rivalité Val-d’Or/Rouyn-Noranda et la rivalité Chicoutimi/Québec. C’est là que j’ai appris les outils qu’il fallait donner à des jeunes de 15-16 ans pour qu’ils puissent passer à la prochaine étape.»

Nouvelle vague

Turcotte est retourné à Montréal pour gérer pendant un an le programme de hockey au Collège Notre-Dame, puis le poste d’entraîneur-chef des Commandeurs s’est libéré et l’ancien adjoint a été choisi parmi 30 candidats pour devenir le nouvel entraîneur-chef, il y a de cela quatre ans.

«Mon objectif est de coacher très longtemps et, éventuellement, de devenir entraîneur-chef dans la LHJMQ ou encore adjoint avec un entraîneur qui est aussi dg. Même si je n’ai pas joué au hockey à un niveau élevé, il y a une nouvelle vague d’entraîneurs et de directeurs généraux qui n’ont pas nécessairement eu de carrière professionnelle et je crois que ça va finir par atteindre la LHJMQ. On n’a qu’à penser à Mike Babcock avec les Maple Leafs de Toronto ou Jon Cooper avec le Lightning de Tampa Bay, qui a été avocat pendant plusieurs années avant de devenir entraîneur.»

Mathieu Turcotte, entraîneur-chef des Chevaliers de Lévis

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LE DÉFI D'ÊTRE INVAINCU

Mathieu Turcotte se retrouve dans la situation idéale pour tout entraîneur : les Chevaliers de Lévis n’ont toujours pas perdu un match et abattent un après l’autre les records de la Ligue midget AAA. Cependant, l’entraîneur-chef de 34 ans avoue qu’il y a quand même un défi à diriger une équipe qui gagne tout le temps.

«Il y a du travail à faire même après une victoire. Nous, on se concentre sur notre façon de jouer et sur le processus qui mène à la victoire. Il y a certains matchs qui sont traités comme s’il s’agissait de défaites.

«Par exemple, si ça n’a pas bien été dans notre couverture défensive, on va pratiquer davantage cet aspect. Même chose pour l’avantage numérique, le désavantage numérique, le repli défensif, l’échec avant. Et on varie nos stratégies selon l’adversaire.»

L’entraîneur est reconnaissant d’avoir sous la main un groupe «spécial» de joueurs, qui lui permettent de vivre des moments qu’il ne revivra probablement plus jamais dans sa carrière. «Ce sont des joueurs de talent, mais surtout des joueurs intelligents qui s’adaptent bien à toutes les situations. La culture que j’ai tenté de mettre en place à Lévis, c’est une culture où on n’est jamais satisfait de certains résultats et où on sait qu’il y a toujours des choses à améliorer.»

«Sois meilleur qu’hier»

D’ailleurs, au sortir du vestiaire local, les joueurs des Chevaliers lisent la phrase suivante inscrite au-dessus de la porte : «Be Better than Yesterday» (Sois meilleur qu’hier). «Je veux que chaque jour, en sortant de la chambre, chaque joueur soit un peu meilleur qu’il l’était la veille», explique l’entraîneur.

Avec la période des Fêtes qui approche, Turcotte sait cependant que ses effectifs risquent d’être modifiés avec neuf joueurs de son alignement qui appartiennent à des équipes de la LHJMQ, dont deux, William Veillette (Cataractes de Shawinigan) et Samy Paré (Tigres de Victoriaville) qui ont déjà goûté au circuit Courteau.

«On s’attend à perdre au moins un joueur, sinon deux. C’est la rançon du succès et, au fond, on n’a pas le contrôle là-dessus. Comme nous sommes une ligue de développement, nous sommes fiers lorsque des jeunes sont rappelés, car c’est ça, notre travail.»

L’an dernier, les Chevaliers ont perdu Jacob Bernard, rappelé par l’Océanic de Rimouski aux Fêtes. L’année précédente, c’était Édouard Saint-Laurent, rappelé par le Drakkar de Baie-Comeau, mais qui évolue maintenant avec le Phoenix de Sherbrooke.

«On le sait, on a chez nous des gars qui seront probablement repêchés par la Ligue nationale dans deux ans. Je pense entre autres à Joshua Roy et Olivier Nadeau. Et n’oublions pas que cette année, nous avons trois de nos joueurs de 16 ans qui sont restés dans la LHJMQ au début de la saison : Antoine Coulombe et Xavier Bourgault à Shawinigan et Pier-Olivier Roy avec les Olympiques de Gatineau.  C’est la deuxième année que c’est comme ça. L’année précédente, c’était Jérémy Michel, Maxence Guénette et Mathieu Bizier.»

Outre de jeunes joueurs talentueux, Turcotte peut aussi compter sur une équipe d’adjoints chevronnés : Jonathan Deschênes, Louis-Francis Richard (défenseurs), Jonathan Lamy (attaquants), Hugo Bélanger (gardiens) et Benoît Bélanger (vidéo).

«C’est aussi l’une de nos forces à Lévis, notre groupe d’entraîneurs et les heures que ces gars-là mettent là-dessus. Plusieurs d’entre eux pourraient très bien être entraîneurs-chefs ailleurs dans la Ligue.»  Ian Bussières

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MATHIEU TURCOTTE VU PAR...

  • Marc Fortier
    «C’est moi qui avais engagé Mathieu comme entraîneur adjoint alors que j’étais directeur général des Saguenéens de Chicoutimi», rappelle celui qui est aujourd’hui dépisteur des Remparts de Québec. «Il m’avait impressionné. Quand Marc-Étienne Hubert avait quitté son poste d’entraîneur-chef, il aurait voulu relever le défi, mais je jugeais qu’il n’avait pas encore le “millage” nécessaire. Je lui ai suggéré de devenir entraîneur-chef au niveau midget AAA avant de faire le grand saut et c’est ce qu’il a fait. Je me réjouis beaucoup de ses succès avec les Chevaliers.»

  • Mario Carrière
    «Quand j’étais directeur général des Foreurs de Val-d’Or, j’avais donné à Mathieu son premier poste dans la LHJMQ», raconte l’actuel directeur général adjoint et dépisteur en chef des Cataractes de Shawinigan. «Je l’avais regardé travailler derrière le banc des Commandeurs et il avait piqué ma curiosité. Même s’il était jeune et qu’il n’avait jamais coaché dans le junior majeur, il avait une certaine maturité et s’exprimait bien en français et en anglais. Honnêtement, pour une première expérience, il faisait très bien les choses. Il voulait réussir et il a pris les moyens. Aujourd’hui, il est sûr de lui et je suis content de voir ce qui lui arrive à Lévis.»

  • Francis Bouchard
    «Mathieu a été mon adjoint à mes deux dernières années avec les Commandeurs de Lévis. Il avait la responsabilité du conditionnement physique, des désavantages numériques et d’autres aspects du jeu», précise le directeur général du Tournoi atome Desjardins de Lévis. «Mathieu, c’est un passionné, il avait des convictions pour continuer dans le hockey. C’est un travaillant, toujours dédié dans ce qu’il fait et qui n’hésitait pas à aller se chercher du bagage ailleurs, notamment en agissant comme dépisteur pour les Saguenéens de Chicoutimi pendant qu’il était avec les Commandeurs.»