Le jeune Mathieu Morneau se voit aux Jeux olympiques de 2024, à Paris. Mais plus que tout, l’athlète de Val-Bélair se donne pour mission de redonner ses lettres de noblesse au badminton au Québec.

Mathieu Morneau: destin tracé jusqu’à Paris

L’athlète de 19 ans de Val-Bélair est en ce moment à Kuala Lumpur, où il participe au Championnat du monde universitaire de badminton. Mathieu Morneau est double champion canadien de la catégorie, en simple masculin et en double mixte, même s’il ne fréquente pas encore... l’université.

Mathieu Morneau ambitionne de devenir le premier joueur de badminton québécois en 20 ans à participer aux Jeux olympiques. Son trajet est tracé jusqu’à Paris, en 2024. Portrait d’un jeune surdoué qui sait où il va, à commencer par la Malaisie, cette semaine.

Couronné en mars dernier au tournoi national présenté au PEPS de l’Université Laval, Morneau étudie toujours cet automne au Cégep de Sainte-Foy. Mais la compétition incluant également les collégiens, il n’a fait de quartier à personne. Ce n’était pas tant une surprise. Depuis déjà quelques années, le jeune prodige fait des ravages sur tous les courts où il passe. Qu’il le veuille ou non, il porte la responsabilité de bientôt succéder aux Denyse Julien et Philippe Bourret, derniers olympiens du Québec en badminton, en 2004, à Athènes.

Une mission qu’il ne dédaigne pas, au contraire. À la fois humble et confiant en ses moyens, alors qu’il est tout juste sorti de l’adolescence, Morneau va lui-même de l’avant en étalant son plan pour les prochaines années. Sa trajectoire jusqu’aux JO de 2024.

«Après la Malaisie, je vais faire plusieurs tournois au Canada pour me faire un nom et aussi quelques tournois internationaux pour garder mes classements actuels», a-t-il expliqué, avant son départ. Sur la scène nationale, il tentera entre autres de se qualifier pour les Jeux panaméricains de l’an prochain et confirmera sa place aux Jeux du Canada, cet hiver.

Classé sixième au Canada, Morneau arrive 693e au monde en simple et 462e en double aux palmarès de la Badminton World Federation (BWF). Au terme d’un récent tournoi des International Series au Guatemala, il a fait des bonds de 90 rangs en solo et de 860 échelons (!) en duo, après que son coéquipier, le Montréalais Nicolas Nguyen, et lui aient atteint les demi-finales.

Il ira jouer à Los Angeles en décembre, puis en Suède et en Islande, en janvier, avant que la session de cégep recommence. En double, son association avec Nguyen doit durer s’ils veulent conserver leurs points.

«Après 2020 [et les JO de Tokyo], je devrai monter dans le top 100 mondial pour me placer pour 2024. En simple, si je franchis le top 100, je suis pas mal sûr d’aller aux Jeux. En tout cas, top 75, c’est sûr que j’y vais. En double, c’est plus top 50 ou 40.»

«Être au centre du monde»

À un peu moins de deux ans de Tokyo 2020, il est d’ailleurs déjà trop tard pour songer y participer. «Il faut monter proche du top 100 deux ans avant les Jeux, donc ce serait en ce moment. Pour pouvoir participer à de gros tournois où ils demandent une position au moins près du top 100 pour aller affronter les meilleurs au monde», ce qu’il espère atteindre en 2022 et en 2023.

Pas question alors de briser les liens avec son entraîneur de longue date Étienne Couture, qui est à la tête du club Rouge et Or et de toute l’élite du badminton à Québec. Mais Morneau entrevoit déjà l’obligation d’aller s’établir en Europe ou dans les pays scandinaves un an ou deux «pour être au centre du monde».

«Je serai plus proche de tous les gros tournois et j’irai aussi m’entraîner mettons au Danemark avec des joueurs vraiment bons. Je devrai m’entraîner et jouer avec les meilleurs joueurs pour être prêt», constate-t-il.

Plus qu’une étoile montante, il fait déjà partie des badistes les plus brillants au pays. Son nom commence à circuler à l’international. «Au Guatemala, j’ai parlé à beaucoup de monde. Je commence à aller dans de gros tournois pour qu’ils me connaissent et aussi moi, commencer à les connaître, à me faire des contacts un peu partout. Ne serait-ce que pour pouvoir économiser un peu en étant logé quelque part ou pour m’ouvrir les portes des clubs pour m’entraîner.

«En Amérique, pas mal tout le monde commence à savoir mon nom», dit-il sans vantardise. «En Europe aussi ça commence, mais en Asie, il faut que j’aille me faire un nom là-bas», affirme celui qui a participé l’an dernier au Championnat du monde junior en Indonésie, aussi bien dire La Mecque du badminton.

Faire plus pour son sport

Plus que ses succès individuels et une éventuelle participation olympique, Morneau se donne comme mission de redonner ses lettres de noblesse à ce sport qu’il aime tant. «J’essaie que le badminton soit plus médiatisé au Québec, qu’il ait plus de visibilité et qu’on sorte des stéréotypes. Les gens ici voient trop souvent ça comme du badminton de plage ou de camping. Mais ce n’est vraiment pas ça et j’essaie que le côté spectaculaire et excitant soit plus vu.»

Initié par ses parents, qui étaient de bons joueurs de niveau provincial, surtout sa mère, Morneau a d’abord accroché sur le côté convivial du badminton. «J’étais allé voir ma mère et j’aimais le fait que tout le monde se parlait. Alors j’ai demandé à jouer», résume-t-il simplement.

Il a depuis longtemps surpassé ses parents sur un terrain.

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Mathieu Morneau et Beatrice Guay feront équipe au Championnat du monde universitaire de badminton de Kuala Lumpur.

VIEUX DUO AUX MONDIAUX

Mathieu Morneau ne sera pas seul à représenter Québec au Championnat du monde universitaire de badminton, dans les prochains jours. En plus du simple, il jouera en double mixte avec Béatrice Guay, tandis que celle-ci participera aussi au tableau de double féminin avec Virginie Savard.

Le trio du Rouge et Or de l’Université Laval, volet civil du club dans le cas de Morneau puisqu’il est encore au cégep, constitue l’entièreté de la délégation québécoise à cette compétition présentée en banlieue de Kuala Lumpur, en Malaisie, du 15 au 21 octobre.

Les cinq autres Canadiens à se produire au Stade Champion (Stadium Juara) de Bukit Kiara cette semaine proviennent de l’Ontario, des universités de Toronto, Ryerson et Western Ontario.

Beaulieu prend sa retraite

Morneau devait d’abord faire équipe avec sa coéquipière du championnat canadien, Anne-Julie Beaulieu, mais la joueuse alors finissante a depuis décidé de prendre sa retraite du badminton pour se concentrer sur sa carrière en droit. Il s’est donc tourné vers Guay, qu’il connaît depuis près d’une dizaine d’années.

En plus d’être une excellente joueuse de badminton et étudiante de troisième année universitaire en psychoéducation, Guay s’implique auprès des enfants sourds ou malentendants. Elle-même atteinte de surdité depuis son jeune âge, elle veut démontrer que la réussite leur est accessible malgré cette difficulté. Son parcours et son sourire en sont des exemples probants.

«On s’est entraînés ensemble tous les après-midi au secondaire durant trois ans», relate la jeune femme de 21 ans, qui porte un regard à la fois admiratif et affectueux sur son ami et coéquipier.

«Ça fait tellement longtemps qu’on se connaît, notre relation a changé depuis. Mais je n’aurais jamais imaginé qu’il aurait autant de succès quand il était en secondaire un, mettons. C’est très impressionnant et j’espère que ça va continuer de fonctionner, parce qu’il travaille vraiment fort», dit la native de Saint-Étienne-de-Lauzon.

Ils se sont retrouvés au PEPS il y a trois ans, mais leur expérience commune en tournoi s’avère encore assez limitée. Kuala Lumpur sera leur premier vrai tournoi ensemble. Un peu comme pour Guay et Savard, qui ont passé peu de temps dans le même gymnase récemment puisque Savard poursuit ses études de médecine comme résidente à l’hôpital de Gaspé.

Dire que les filles n’avaient même pas gagné le titre canadien universitaire, mais leurs adversaires en finale avaient dépassé l’âge limite de 25 ans pour être admissible au Mondial universitaire.

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LONG VOYAGE, GROS TOURNOI

Mathieu Morneau, Béatrice Guay et Virginie Savard ont quitté Québec mercredi et, après 23 heures de trajet et une escale au Qatar, bénéficient de trois jours d’entraînement sur place avant l’ouverture lundi du Championnat du monde universitaire de badminton à Kuala Lumpur, en Malaisie. Les trois premiers jours seront destinés à la compétition par équipe puis, après une journée de repos, les choses sérieuses s’amorceront vendredi.

«J’aimerais qu’on passe deux à trois rondes. Se rendre jusqu’aux huitièmes ou même aux quarts de finale, ce serait bon», affirme Morneau, à propos de son duo avec Guay. Cette compétition attire de grosses pointures, surtout dans un pays comme la Malaisie où le badminton fait office de sport national. La championne du monde en titre et les champions du monde en double y ont participé ces dernières années.