Marie-Pier Huet a renoué avec la compétition lorsqu'elle s'est initiée au Beach Tennis, un sport dans lequel s'est rapidement distinguée, devenant même championne du monde IFBT en simple et en double.
Marie-Pier Huet a renoué avec la compétition lorsqu'elle s'est initiée au Beach Tennis, un sport dans lequel s'est rapidement distinguée, devenant même championne du monde IFBT en simple et en double.

Marie-Pier Huet: à la croisée des chemins

Marie-Pier Huet l’avoue elle-même, elle est à la croisée des chemins. De retour au Québec au début de la crise du coronavirus, elle s’interroge. Toujours aussi passionnée de tennis, elle se demande si elle ne devrait pas réorienter sa carrière. Et même si elle est heureuse aux États-Unis où elle vit depuis une quinzaine d’années, l’idée de se rapprocher de sa famille l’a titille.

«Je fais un ménage, un très grand ménage», lance celle qui fit partie des plus beaux espoirs provinciaux en tennis au début des années 2000 avant de poursuivre sa carrière à l’Université de l’Oklahoma. «Je ne sais pas si c’est la crise de la trentaine, mais j’ai le goût de m’asseoir et de me poser les vraies questions. Parce que je ne me les suis jamais posées. Ma vie a toujours tourné autour du tennis. Je n’ai jamais pensé à autre chose. Et c’est comme la première fois que je dois prendre de grosses décisions. Plus jeune, j’ai toujours eu beaucoup de monde autour de moi qui me donnait des conseils. Ainsi, c’est mon coach qui m’avait dit d’aller étudier aux États-Unis. Je ne parlais pas anglais et je ne savais pas dans quoi je m’embarquais. Mais j’y suis allée. «On dirait donc que j’attends que quelqu’un me dise quoi je dois faire. Mais ça ne marche plus comme ça. Il y a des jours où je crois avoir fait mon choix et le lendemain, je pense complètement le contraire. Être ainsi devant l’inconnu, ça fait peur»

Ayant quitté la maison à l’adolescence, Marie-Pier avoue avoir redécouvert au cours des trois derniers mois, les plaisirs et les joies de la vie en famille. Si elle revenait au Québec, elle devrait cependant composer avec un mode de vie bien différent de celui qu’elle avait en Floride. Au niveau professionnel, même si elle s’ennuie des jeunes qu’elle entraînait, elle ne se voit pas enseigner le tennis jusqu’à sa retraite alors qu’elle aurait mal partout. Mais habituée d’être son propre patron et de gérer son horaire, elle devra probablement travailler pour un employeur. Et même si elle n’a que 31 ans, elle considère qu’il commence à se faire tard pour réorienter sa carrière

«Dans le fond, tout ce que je devrais me dire c’est : «je vais essayer. Si ça ne marche pas, je pourrai toujours retourner au tennis».»

Détentrice d’un bac en communication et d’un autre en relations humaines, Marie-Pier dit que ce qu’elle aime avant tout c’est donner et travailler à faire la différence. Elle se verrait bien, par exemple, travailler pour une fondation où elle pourrait travailler à réaliser les rêves d’enfants malades ou à les aider à se rétablir physiquement. À l’opposé du spectre, elle aimerait demeurer dans le milieu du sport et travailler avec une gang de gens qui aiment bouger et être en forme. «Une chose est sûre, je ne me vois pas travailler dans un bureau, assise à longueur de semaine devant un ordinateur.» 

Le même chemin

Il y a maintenant une quinzaine d’années que Marie-Pier a connu ses heures de gloire sur la scène du tennis. Une époque qu’elle a redécouverte à son retour au Québec en mars quand elle a retrouvé chez sa mère des trophées qu’elle avait gagnés et des photos à 14-15 ans. Elle est aussi tombée sur une cassette VHS où était enregistré un match qu’elle avait joué au Challenge Bell. «J’ai regardé ça avec mes yeux de coach. J’ai eu honte de ce que je voyais. Je me suis demandé comment je jouais», indique-t-elle en riant.

La Québécoise mentionne qu’elle est fière de sa carrière même si elle n’ a que flirté avec son rêve de jouer chez les pros. «La meilleure décision que j’ai prise fut d’aller jouer à l’université de l’Oklahoma. Le niveau était super bon, on était vraiment très bien encadré, j’ai pu apprendre l’anglais, obtenir un diplôme et je me suis fait des connexions incroyables.»

Marie-Pier est d’avis que son passage à l’université lui avait permis d’être techniquement meilleure mais surtout, il lui avait appris à pousser ses limites, ce qu’elle n’avait jamais fait avant. «L’entraînement, ça n’avait jamais vraiment été mon point fort. Mais il fallait que ça change. Je ne jouais plus juste pour moi, je le faisais aussi pour mon équipe, pour mon université. Je ne voulais pas les faire perdre. C’était une pression différente. Et c’est ce qui m’a fait réaliser que je devais travailler plus fort et toujours pousser plus.

«J’aurais aimé ça avoir la même tête quand j’avais 12 ou 13 ans. Parce qu’à cet âge-là, je n’ai jamais compris qu’il fallait que je me dépasse constamment. Je ne pensais pas que c’était nécessaire. Je ne réalisais pas combien j’étais chanceuse d’avoir autour de moi plein de gens qui m’aidaient pour que je m’améliore, que je puisse m’entraîner et faire certains tournois.»

Sa carrière universitaire terminée, la Québécoise a ensuite tenté un retour chez les pros où elle avait fait ses débuts à 15 ans en jouant au Challenge Bell avant de faire quelques tournois de l’ITF par la suite. Et elle s’est expatriée en Floride. Après un an, ralentie par l’opération qu’elle avait eue à l’épaule quelques années auparavant et désillusionnée par la vie de joueuse de tennis, elle a alors mis fin à son rêve pour devenir entraîneure ce qui lui a permis de poursuivre son histoire d’amour avec le tennis. À L’académie du réputé Nick Saviano d’abord puis à son compte par la suite. Elle a été directrice de programmes juniors, coaché des enfants et des adultes et fait de la haute performance et du récréatif.

«Je dirais que le tennis me passionne encore plus qu’avant. Je n’ai jamais eu autant de plaisir à jouer. Et travailler avec des jeunes et les aider dans leur passion, mais aussi dans la vie en général, il n’y a rien de plus motivant et valorisant pour moi. Parce que le tennis, ce n’est pas juste un jeu. Il te permet aussi d’acquérir le respect, la ponctualité, la débrouillardise, la maturité, etc.»

Loin de du circuit pro, Marie-Pier a quand même renoué avec la compétition lorsqu’elle s’est initiée au Beach Tennis, un sport dans lequel s’est rapidement distinguée, devenant même championne du monde IFBT en simple et en double. Elle apprécie beaucoup ce sport qui est à la fois très compétitif mais aussi très relax.

«Ça se passe sur une plage, il y a de la musique. Et tout le monde se parle entre les matchs, on apprend à se connaître. Tu peux vraiment compétitionner pendant que tu joues mais après, on est comme 15 à aller souper tous ensemble et à parler genre quatre-cinq langues parce que les joueurs viennent de partout sur la planète. J’ai été obligé d’arrêter de jouer parce que ma partenaire s’est blessée. Mais je compte recommencer. Je ne veux prendre part à tous les gros tournois et être occupée à toutes les fins de semaine. J’aimerais en faire une couple par année, juste pour le plaisir, pour m’amuser.»

Lorsqu’elle pense à sa carrière, Marie-Pier dit n’avoir aucun regret. «Peut-être que si j’avais mieux performé et que je m’étais entraînée plus fort, mon futur aurait été différent. Mais je ne changerais rien à mon parcours parce que rien n’aurait pu m’apporter autant que mon expérience à l’Université de l’Oklahoma. De l’extérieur, le tennis professionnel ça semble beau, ça semble le fun. Mais c’est tellement plus difficile que les des gens pensent. Si on me donnait la chance de tout recommencer, je referais la même affaire. Jamais je ne choisirais d’aller pro.»

QUESTIONS/RÉPONSES

Marie-Pier Huet en 2001

Faits marquants

Ma première participation au Challenge Bell (2004). J’avais gagné mon premier match (6-3 et 6-3) aux dépens de Dominique Van Boekel, une fille dans le top 300 au monde. C’était au début de ma carrière. Ça été malade comme feeling. J’ai vraiment tripé. Et quand j’ai gradué à l’université d’Oklahoma. J’avais gagné mon dernier match et j’avais obtenu deux bacs (communications et relations humaines), en anglais à part ça. Je me souviens que mon prof de communication m’avait dit la première dois qu’il m’avait vu : «ton anglais n’est pas bon, tu ne devrais pas faire ça.» Et j’ai fini dans les meilleures de toute ma classe à la fin de mes quatre ans d’études. J’étais super fière.

Q Ce dont tu t’ennuies le plus de ta carrière

Les tournois, l’adrénaline et les moments où elle est au maximum parce que tu joues un point important, par exemple, et que tu es dans ta bulle, dans ta tête seule avec toi. Mais ce qui me manque le plus, c’est d’avoir un but clair. «Il faut que je gagne ce point-là et si je le gagne, je vais remporter le match. Et en le faisant, je pourrai penser à gagner le tournoi puis à grimper dans le top 20 au monde». C’est ça dont je m’ennuie le plus. Avoir un but clair, foncer et vraiment essayer de me rendre jusqu’au bout.

Q Ce dont tu t’ennuies le moins

M’entraîner. Je n’aimais tellement pas ça.

Entraîneurs marquants

Ils l’ont tous été. Toutes les personnes qui m’ont aidée m’ont appris des choses importantes. Je pense à Simon Laurendeau, mon coach quand j’étais plus jeune et qui a été avec moi pendant longtemps. Christian Gingras, Jacques Bordeleau, qui a été super généreux avec moi, Jack Hérisset. Il était un petit plus âgé et il me montrait plein d’affaires qui n’avaient comme pas rapport. Et mon coach à l’université américaine. Je lui parle encore à tous les mois. J’aime prendre de bonnes choses de tout le monde qui passe dans ma vie, peu importe que ça soit dans le tennis ou non..

Q Idoles de jeunesse

R Moi c’était Jennifer Capriati pis Arantxa Sanchez-Vicario

Q Dans 10 ans

Je me vois tout simplement heureuse.

Rêve

J’aimerais que le beach tennis grandisse et devienne vraiment gros au Québec. Ça serait vraiment cool.