C’est en pensant aux jeunes hockeyeuses que Marie-Philipp Poulin et plus de 200 autres joueuses de la défunte CWHL ont décidé de ne pas jouer l’hiver prochain. Elles l’ont fait afin que la prochaine génération de hockeyeuses puissent gagner leur vie en jouant au hockey.

Marie-Philipp Poulin: une année sabbatique pour les générations futures

BEAUCEVILLE- Comme plus de 200 autres hockeyeuses nord-américaines et européennes, l’attaquante Marie-Philipp Poulin a fait ce printemps une déclaration à l’effet qu’elle ne jouerait pas au hockey professionnel en 2019-2020. Presque deux mois plus tard, la Beauceronne de 28 ans n’a pas changé d’idée et estime que le geste posé par les joueuses de la défunte Canadian Women’s Hockey League (CWHL) et de la National Women’s Hockey League (NWHL) est important pour les générations futures.

«Je le fais pour que les petites filles comme elles puissent gagner leur vie en jouant au hockey plus tard», a déclaré Marie-Philipp Poulin au Soleil durant le camp de hockey féminin qu’elle et son ancienne coéquipière des Canadiennes de Montréal et de l’équipe nationale, Caroline Ouellette, tiennent pour la première fois dans sa ville natale de Beauceville.

«Nous avons formé un syndicat pour qu’il se passe quelque chose. Vous savez, une joueuse de hockey ne gagne environ que 2000 $ à 3000 $ par année et c’est impossible de gagner sa vie comme ça. En plus de cela, nous n’avons aucune assurance-santé si nous nous blessons», ajoute-t-elle.

Conditions minimales

Les tribulations autour de la fin de la CWHL en mars et de la tentative avortée d’intégrer les Furies de Toronto et les Canadiennes de Montréal à la NWHL a amené les joueuses à former une association syndicale afin de demander des conditions de travail minimales. 

«Nous ne jouerons dans aucune ligue en Amérique du Nord la saison prochaine. Les joueuses de Toronto, Montréal et Calgary vont s’entraîner dans leurs villes respectives et nous allons jouer des matchs hors concours dans différents marchés. Bien sûr qu’on craint que ça puisse avoir un effet négatif sur le sport, mais nous croyons que ça en vaut la peine. Les partisans savent que nous sommes loin d’avoir des salaires élevés comme dans la Ligue nationale de hockey [LNH] et ils nous appuient», poursuit-elle.

Les joueuses ne souhaitent pas atteindre le niveau salarial de leurs collègues masculins, mais aimeraient beaucoup voir la LNH s’engager dans le financement de la NWHL comme la National Basketball League (NBA) l’a fait pour son pendant féminin, la WNBA, où le salaire moyen avoisine présentement les 75 000 $. Une telle alliance permettrait d’établir une formule de rémunération plus acceptable pour les hockeyeuses, pensent Marie-Philipp et les autres joueuses qui déserteront la NWHL cette année.

«Nous avions plusieurs questions qui sont demeurées sans réponse pour la NWHL. On nous promet une chose, ensuite c’est le contraire et ça ne fonctionne plus», déplore Marie-Philipp. «C’est vraiment agréable de représenter les Canada aux Jeux olympiques, mais les trois ans entre les Olympiques, il faut faire quelque chose!», souligne la capitaine de l’équipe canadienne de hockey féminin, pour qui l’avenir du hockey féminin passe assurément par un partenariat financier avec la riche LNH.

CAMP de hockey

Pour l’instant, l’athlète se concentre sur son camp de hockey qui passera aussi par Montréal, Gatineau et le Nouveau-Brunswick. «Honnêtement, quand je les ai vues donner leurs premiers coups de patin ce matin, ça m’a fait chaud au cœur», déclare-t-elle à propos de la cinquantaine de petites et de grandes joueuses de la Beauce qui s’étaient donné rendez-vous à l’Aréna de Beauceville. «D’en voir autant, c’est vraiment agréable aussi. Surtout que moi, à l’époque, j’étais pas mal la seule fille à jouer au hockey chez nous. J’ai joué avec les gars jusqu’au Midget Espoir!»

À l’époque, Marie-Philipp était inspirée par une certaine... Caroline Ouellette, qui faisait partie de la première équipe canadienne à remporter l’or olympique au hockey féminin. «Oui, Caroline était une de mes idoles et maintenant, en plus d’avoir pu jouer avec elle aux Olympiques et avec les Canadiennes, je suis maintenant partenaire dans son camp de hockey depuis deux ans!». La souriante athlète beaucevilloise a sûrement inspiré elle aussi plusieurs des jeunes filles à qui elle prodiguera des conseils encore toute la fin de semaine.