Même si elle a pris sa retraite en 2008, Marie-Hélène Chisholm demeure très impliquée en judo, elle qui est gérante à la haute performance au Centre national d’entraînement.

Marie-Hélène Chisholm dans le judo jusqu’au cou

Onze années se sont écoulées depuis que Marie-Hélène Chisholm a annoncé qu’elle accrochait son kimono de compétition. Mais la fin de sa carrière n’a pas signifié qu’elle renonçait au judo. Bien au contraire. Car même si on la voit moins souvent sur le bord du tatami, elle demeure très impliquée dans le sport pour lequel elle a eu un coup de foudre à l’âge de 10 ans.

«Je suis à l’emploi du Centre national d’entraînement de Judo Canada en tant que gérante à la haute performance», explique l’athlète qui, après sa retraite, a d’abord été entraîneure de l’équipe du Québec, puis coach de l’équipe féminine canadienne. «Mon travail consiste à faciliter la vie des athlètes afin qu’ils puissent se concentrer sur leur entraînement et sur leurs objectifs de performance. Je m’occupe ainsi de faire le lien avec Sports Canada, de financement, de la logistique des voyages,  etc.

«À mon époque, on ne pouvait pas profiter d’un environnement comme celui offert au Centre. Je dis souvent aux jeunes combien ils sont chanceux et qu’ils doivent en profiter.»

Il n’y a pas qu’au boulot que le judo prend une grande place dans la vie de Marie-Hélène. Son chum étant Nicolas Gill, avec qui elle travaille au CNE, il est beaucoup question de judo en dehors des heures de bureau. 

«On se voit beaucoup, mais on a chacun nos dossiers. Et on a une belle complicité. C’est certain que l’on parle beaucoup de judo à la maison, mais on ne fait pas que ça. Nous avons deux enfants qui prennent quand même beaucoup de place.»

Vilaine blessure

Marie-Hélène avait 29 ans quand elle a mis fin à sa carrière. Blessée sérieusement à un genou en 2007, elle n’a pu se qualifier pour les Jeux de Londres. Elle espérait obtenir l’une des wild cards distribuées par la fédération internationale, mais son souhait n’a pas été exaucé. Peu de temps après avoir appris la nouvelle qu’elle n’irait pas à Londres, elle a annoncé sa retraite.

«Ce n’était pas le scénario de fin de carrière que j’avais prévu. Sauf que le jour où j’ai eu ma blessure, je savais que la fin s’en venait. Mais même si mes chances d’aller aux JO étaient minimes et que j’aurais dû me battre sur une jambe, j’avais décidé de tout essayer pour m’y rendre. Et quand j’ai su que je n’aurais pas ma wild card, c’était clair que c’était la fin. Faire un autre cycle était impossible. D’abord parce que je n’avais pas le goût d’empirer ma condition physique, mais aussi parce que si je compétitionnais, c’était pour gagner. Et c’était évident que je ne serais plus au niveau que j’avais été. Finalement, j’avais l’opportunité de devenir entraîneure. Alors je me suis dit ‘’OK, je n’ai pas le choix’’.

«J’ai toujours été bien avec ma décision. C’est certain que la journée où j’ai pris ma retraite, j’ai été malheureuse et j’ai pleuré. Mais j’avais fait le choix le plus logique et je ne le regrette pas.»

Pour la championne le fait de rester dans le monde du judo a facilité sa transition. Hormis le fait qu’elle n’était plus sous les feux de la rampe, elle menait en tant qu’entraîneure une vie semblable à celle qu’elle avait quand elle était athlète. C’est d’ailleurs quand elle est devenue maman pour la première fois (2013) qu’elle a vraiment réalisé que sa carrière était terminée.

Cinquième aux Jeux d’Athènes et aux championnats du monde du Caire en 2005, neuf fois médaillée lors des Jeux panaméricains, gagnante de l’or à deux reprises (2000 et 2003) et auteure de 45 podiums internationaux, Marie-Hélène a toute les raisons d’être fière de sa carrière. Pourtant, elle met un bémol. «Avec de meilleurs suivis et un meilleur encadrement, j’aurais peut-être pu aller plus loin. Mais en même temps, j’ai eu une belle carrière et j’y ai eu beaucoup de plaisir. J’ai aimé le judo et j’adore encore le judo. C’est ça le plus important.»

Revenant sur le fait qu’elle était originaire de Port-Cartier et qu’elle avait été obligée de déménager à Montréal avant même la fin de son école secondaire, Marie-Hélène avoue que l’adaptation à sa nouvelle vie où elle devait se débrouiller toute seule et composer avec l’éloignement des siens avait été difficile au début. 

«Quand tu viens de plus loin, c’est plus demandant. Mais quand tu décides de déménager, c’est parce que tu es déterminée à réussir. Les difficultés que j’ai surmontées m’ont donné ma force de caractère.

 «Quand je vivais des moments difficiles, je retournais chez moi. J’y recevais toujours une grosse dose d’amour. Les gens de la Côte-Nord m’ont toujours appuyée financièrement et encouragée. Parfois, ça me mettait un petit peu de pression parce que je ne voulais être à la hauteur de tout ce qu’ils me donnaient. Mais en même temps, ça m’a toujours gardée motivée et sur la track

Opérée au genou à quatre reprises, Marie-Hélène a mis trois ans pour guérir de sa blessure. Aujourd’hui adepte de course à pied, elle a pris part à un demi-marathon et elle court en forêt. «Peu importe ce que je fais, j’aime me challenger. Quand je participe à une compétition, c’est pour aller au bout de moi-même et gagner. Je suis incapable de participer juste pour le fun

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QUESTIONS/RÉPONSES

Q  Fait marquant

R  Ma cinquième place aux Jeux d’Athènes (2004). C’est mon plus beau moment. Un accomplissement et une fin en soi parce que ça avait été beaucoup de travail avant... et bien des défis émotionnels survenus dans les derniers six mois précédents les Jeux. Ç’a donc été un bel événement.

Q  Entraîneur marquant

R  Steve Trudel, mon premier coach à Port-Cartier. C’est lui qui m’a donné la passion du judo.

Q  Ce dont tu t’ennuies le plus

R  Les camps d’entraînement à l’étranger. Juste faire des combats, j’adorais ça.

Q  Ce dont tu t’ennuies le moins

R  Le stress de compétition.

Q  Dans 10 ans

R  Je ne sais pas à quel niveau, mais je me vois encore impliquée avec le judo.

Q  Idoles de jeunesse

R  Quand j’étais très jeune, c’était Lyne Poirier de Port-Cartier. En vieillissant, c’est sûr que Nico (Nicolas Gill) est aussi devenu un modèle avec ses médailles olympiques.

Q  Rêve ou défi

R  Depuis six mois, je n’ai pas beaucoup pensé à moi. À court terme, ça serait de prendre un moment pour moi, de penser réellement à moi. À plus long terme, ça serait de faire un diplôme universitaire en management du sport.